‹ Le cantique des cantiques avec traduction spéciale sur l'Hébreu et commentariesChapitre 23 sur 90 · SAR M NI A? AE · texte numérisé non relu

SAR M NI A? AE

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S. Jean Baptiste, qui s’est dit l’ami de l’Epoux; les apôtres, que le divin Sauveur a appelés ses amis, ont été à divers degrés très élevés, les épouses de Jésus-Christ selon lesprit, non pas toutefois précisément à raison de leurs sublimes ministères, mais à raison de leur éminente sainteté. Car les grâces de ministère sont données à ceux qui en sont les dispensateurs, non pour eux-mêmes, mais pour les autres. Elles peuvent traverser ceux qui en sont les canaux, sans les pénétrer. Néanmoins, comme le divin Maitre l’a déclaré, la bouche parle de abondance du cœur (), et la fécondité des grâces de ministère est terriblement diminuée par là résistance que les ministres de Jésus-Christ opposent aux grâces de sanctification propre. Sans doute, la parole de Dieu ne perd pas alors toute $a vertu, et les sacre- : ments gardent la leur ; mais les effets du ministère sont bien amoindris; . de sorte que la sainteté des ministres de Jésus-Christ et des pasteurs des : âmes, est la meilleure garantie de leur fécondité dans l’ordre de la grâce. Or, c’est par la sinclfication propre qu’une âme s’élève par degrés dans

les rangs des épouses de Jésus-Christ; et, grâce à l’union étroite qué la É charité étabht entre les membres de l'Eglise, à la communication de mé- à

rites qui en résulle, certaines âmes obscures, mais grandes devant Dieu, sans exercer aucun ministère visible, ont souvent une influence profonde et étendue sur l’œuvre de sanctification qui s’opère dans l'Eglise; car ce sout surtout les saints qui sont les vrais nourriciers de l'Eglise.

D° La perpétuité. Le mariage est indissoluble et ne se rompt que par la mort de l’un des conjoints. Mais le mariage de Jésus-Christ avec son Eglise est indissoluble dans le sens le plus absolu; il est pour l’éternité. 11 en est de même, dans les desseins de Dieu, du mariage de Jésus-Christ avec les âmes fidèles. Il ne les abandonne jamais, à moins qu’elles ne l’abandonnent elles-mêmes. La vie surnaturelle qu’elles recoivent de leur union avec Jésus-Christ, qui en est la source, s’accroit de toutes les bonnes œuvres qu’elles font, même des plus petites, pourvu qu’elles ‘soient animées d’une intention pure. Souple pour s'étendre. elle est ferme pour se soutenir. Les fautes légères peuvent affaiblir par degrés et énerver les vertus acquises. Mais l’homme intérieur n’en esi pas directement atteint, la grâce habituelle n’en est pas diminuuée. Elle se perd tout d’un coup par un péché mortel. Mais si cile renaît par la pénitence, elle renaît au degré où elle était avaut la chut Le degré définitif est celui où l’âme fidèle est parvenue lorsque, par à mort du corps, se rompent les liens de la vie d’épreuve, et que le temrs de mériter et de démériter est fini. Ce même degré est alors fixé pour Péternité, là où la vie de la grâce et du concours laborieux, est remplace par celle de la gloire et du bonheur parfait.

$ 2. — MANIÈRE DONT SE PRÉSENTE L'OBJET PRÉCIS DU CANTIQUE DES CANTIQUES.

Nous avons deux choses à faire sur ce point : 1° tirrr les conclusions

énérales des données de la tradition; 2° confirmer ces conclusions 1:10

(5) Matth., x11, 34.

S. BiBLEe. CANT. — 4

150 & 2 ÉTUDE EU générales par des textes du Cantique des Cantiques et, par conséquent, par ;

ge

ces caractères intrinsèques de ee livre sacré.

$. — Conclusions générales des données de la tradition sur la manière dont se présente | l'objet précis du Cantique des Cantiques, 4

4° Le mariage de Salomon a-t-il été l’occasion du Cantique des Canti-" ues ? | È ; Nous avons fait connaître dans la 2° partie de cette étude, quelques : commentateurs considérables qui, tout en soutenant que le mariage de” Salomon n’est, à aucun point de vue, l’objet du saint Cantique, pensent. qu’il en a été l’occasion. Tels sont Estius et Cornelius à Lapide. | Mais il en est d’autres (et ce sont ceux de la 3° classe des commenta-. teurs modernes du Cantique) qui tiennent une sorte de milieu difficile à, déterminer. Le P. de Pinéda dit que l’on peut, sans manquer de respect à: la sainte Ecriture, penser que le saint Cantique a décrit les noces de! Jésus-Christ avec l'Eglise, à l’occasion du mariage de Salomon, en y. faisant une certaine allusion. | 1 Nous parlerons tout à l’heure de ces sortes d’allusions. Pour le mo-« ment, nous nous contentons de dire que nous n’avons rien à opposer à # l'hypothèse que le mariage de Salomon a été l’occasion du Cantique. | Mais s’il n’a été que cela, 1l ne faut voir dans le Cantique sacré qu’une 4 sorte de mémorial du fait de ce mariage, sans aucune circonstance de, détail ; s’il y a aussi, dans le Cantique, quelques allusions au fait de ce“ mariage, cela reporte à une autre question.

Assurément l’union de Dieu avec la synagogue et avec le peuple juif, se # présentait à Salomon comme une occasion suffisante. Mais cet auteur sacré a pu avoir d’autres occasions, et l’inspiration a fort bien pu le dis-« penser d’en avoir aucune. | À 2° Le Cantique des cantiques présente-t-il quelques allusions au mariage de Salomon? 1 Il semble qu’il serait puéril de le nier. D’abord le mariage de Salomon # avec la fille du roi d'Egypte est un fait historique attesté par le IIT° livres des Rois (1). En second lieu, le saint Cantique, étant une allégorie continuelle, destinée d’abord au peuple juif, doit faire souvent allusion à des. faits intéressants pour cette nation, et propres à conduire au vrai sens dus livre, comme les figures conduisent aux réalités. Or, Salomon et son. mariage probablement avec la fille du roi d'Egypte, sont des figures très4 convenables à ce double point de vue. Aussi Salomon est-il nommé deux fois à la fin du Cantique sacré (2); et la Sulamite, dont il est parlé aussi deux fois un peu plus haut (3), semble avoir un nom dérivé de celui de: Salomon. Le lit de Salomon est entouré de soixante braves choisis parmi les plus forts d'Israël (4); son trône est fait de cèdres du Liban, avec des: colonnes d’argent, un siège d’or, etc. (5), et les filles de Jérusalem. sont appelées à contempler ce prince, sous le diadème dont sa mère l’a:

(1) HI Reg., ur, 4.

(2) Cant., vit, AA et 12, 43) vi, 42; vis, 4.

(5) 9 et 40.

SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES St

orné au jour de ses fiançailles (1). L’épouse se compare par la beauté aux pavillons de Salomon; et, quand l’époux compare sa bien-aimée aux cavales attelées au char de Pharaon (2), on peut y voir une allusion aux chevaux et aux chars que le roi d'Egypte aurait donnés à Salomon, en Jui accordant sa fille en mariage. Mais on peut aussi se contenter d’y voir une allusion à la beauté des chevaux d'Egypte, que Salomon faisait

acheter à si haut prix pour en faire un ornement de son règne (3). On ne.

peut donc assurer que, dans ce passage du saint Cantique, il soit question du mariage de Salomon avec la fille du roi d'Egypte. À la vérité, l'épouse dit elle-même aux filles de Jérusalem : « Je suis noire, mais je suis belle. Veuillez ne pas considérer que j’ai le teint hâlé, parce que le soleil m’a décolorée (4) ». : |

Mais cette expression : « Je suis noire », ne doit pas se prendre à la rigueur ; elle est atténuée par ce qui suit et ramenée à son vrai sens, c’est-à-dire, à un teint hâlé par le soleil plutôt qu’à la couleur cuivrée, commune aux Juifs de la Palestine aussi bien qu'aux Egyptiens. D’ailleurs, Ja couleur noire serait caractéristique non d’une Esyptienne, mais d’une Ethiopienne ; et même les monuments de l’ancienne Egypte attribuent aux femmes une couleur plus blanche que celle des hommes. Quant à l’expression jélle du prince (5), elle peut indiquer, sans doute, une origine royale, mais elle est aussi pleinement justifiée, au sens figuré et spirituel, si elle désigne la sainte Vierge, l'Eglise ou une âme fidèle.

Nous ne contestons donc pas ces allusions, pas même la dernière si l’on veut. Mais il faut ne pas y voir autre chose. Or, les allusions faites, dans un ouvrage littéraire, à certains personnages, à certaines choses qui peuvent être d’un autre temps et d’un autre lieu, ne supposent pas que ces personnages et ces choses aient un rôle actif dans les récits de cet ouvrage. On ne saurait donc être autorisé à conclure, des allusions précédentes, que Salomon et son épouse aient un rôle quelconque dans ce saint Cantique. Et ces allusions n’empêchent pas de dire, avec M. Le Hir, que « les deux époux sont des personnages purement allégoriques (6). » Nous allons essayer d’en rappeler les preuves en peu de mots.

3° Le Cantique des cantiques ne présente aucun sens suivi relatif à Salomon et à son épouse, qui ainsi n’y ont aucun rôle actif. | Un auteur italien que nous avons cité plus haut, s’est attaché à réunir des textes des SS. Pères et des auteurs ecclésiastiques, auxquels il a même joint deux Juifs célèbres, pour montrer que le sens spirituel suppose le Isens littéral comme son fondement nécessaire (7). Il aurait pu allonger de beaucoup cette liste sans sortir des généralités vagues et sans avancer la question d’un pas. En effet, si l’on entend par sens spirituel de l’Ecriture, le sens médiat, second, que l’on appelle mystique, 1l est évident qu’il suppose le sens littéral ou immédiat. Mais si l’on caractérise le sens spirituel par son objet, il est aussi évident qu’il est souvent le sens immédiat de

(4) Cant, rx, 44.

(2) Cant. 1, 8.

. (3) II Reg., x, 28 et 29; II Paralip., r, 46 et 47. (4) Cant., 1, 6 et 7.

(5) Cant, vir, 4.

(6) Sur le chapitre vins, 4. | (7) Casazza, Cantici canticorum, etc., À p. Cap. VIT, VIT et XUII.

Ba | ADR UNE SSETUDE | | Fur] certains livres sacrés, en tout ou en partie, par exemple des livres sapientiaux. | ; nr CARE Comme 1l est reconnu de part et d’autre que le Cantique doit être entendu dans le sens spirituel, il importe de ne pas se méprendre sur le double sens de ce mot. L’union de Dieu avec l'humanité, de Jésus-Christ avec l'Eglise et avec les âmes fidèles, est célébrée, de l’aveu de tout le. monde, dans le livre sacré. Mais y est-elle célébrée au sens littéral ou immédiat, où bien sous le voile du mariage de Salomon, et au sens médiat ou mystique? En d’autres termes, l’allégorie est incontestable ; mais est-ce une allégorie littérale, comme on en trouve partout, ou bien une de ces. allégories mystiques propres aux livres inspirées ? Toute la question est là. Nous lavons déjà résolue en exposant la chaîne de la tradition qui est. Si unanime et si conslante à nous présenter le sens spirituel comme unique sens du livre sacré. que parmi les SS. Pères et les auteurs ecclé-. siastiques jusqu’au XVI° siècle, on ne trouve qu’Honorius d’Autun qui ait, vu dans le Cantique un sens littéral et un sens mystique. Depuis le’ XvI° siècle, parmi les trois classes e commentateurs catholiques, la première et la plus nombreuse suit la voie battue dans les siècles précédents ;« la troisième s’en écarte peu, et la deuxième se réduit à un petit nombre. Enfiu, comme nous Pavons dit, la tradition si constante de l'Eglise se rat-! tache à une imposante tradition des Juifs. | Nous pourrions nous en tenir là; mais il est utile d'ajouter quelques. mots pour débarrasser la thèse des objections dont on cherche à l’encombrer.. Pour commencer par les deux docteurs juifs allégués plus haut, il est, manifeste que Salomon Jarchi professe un figurisme outré, quand il dit que toute l’Ecriture a un premier sens historique (1), et nous avons parlé,” plus haut, d’Aben-Ezra. | À Passant aux SS. Pères, notre auteur italien fait deux choses : 4° il" essaye de montrer qu'Origène, $. Grégoire de Nysse, S. Augustin, ne. rejettent pas du Cantique la réalité de tout sens historique antérieur au. sens principal ; 2° il avoue que les $$S. Pères insinuent à peine ce derniers sens : & Sed ista Patres vix innuunt », parce qu’ils le regardaient comme. assez clair pour tout le monde (raison un peu trop expédilive) et qu’ils souscrivaient aux raisons d'Origène, qui, dit-il, après avoir exposé brièvement l’histoire; ajoute : « Mais ces choses, en ce qui concerne la narration! historique, ne me paraissent avoir aucune utilité, si ce n’est pour concevoir au moins une certaine suite de narration, comme nous la trouvons dans! toutes les histoires de l’Ecriture. » | |

Nous avons assez mis au jour, plus haut, la pensée d’Origène; nous! ferons seulement remarquér que la réflexion de l’illustre docteur, dans cet dernier passage, ne porte que sur les deux versets qui l’occupent (2), qui n'ont point spécialement trait au mariage de Salomon, et qui semblent, réduire les mots narration historique à un sens très général. |

Nous renvoyons, pour S. Grégoire de Nysse, à ce que nous en avons dit, en exposant la chaîne de la tradition. 1 Den |

Mais l’objection tirée de S. Augustin appelle ‘notre attention. Notre auteur en cite plusieurs passages. Mais il y en a qui restent dans dei

(1) Sal, Jarchi in Ps. zr, 44 ; Casaz. cap. xur1, p, 50. (2) 11, 43 et 14, | AN TUE

| SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES 53 * telles généralités, que nous les laisserons de côté. Nous nous en tiendrons doncaux deux principaux. Le premier est tiré d’un sermon où S. Augustin presse un donatiste de sa vive argumentation. Ces sectaires lui ayant opposé un texte du Cantique, il leur répond : « Qu'est-ce que vous objectez du Cantique des (antiques? Ce que peut-être vous n’entendez pas. Car ce Cantique est énigmatique, il est connu d’un petit nombre d'hommes intelligents, 1l s'ouvre à un petit nombre de ceux qui frappent. Tenez et acceptez pieusement ce qui est ouvert, afin de mériter que les choses obscures vous soient manifestées. Comment pénétrerez-vous les choses obscures, vous qui êtes contempteur des choses manifestes : Quomodo

,etis penetrator obscurorum, contemptor manifestorum (1)? » Or, y a-t-il là un seul mot qui insinue un sens antérieur au sens spirituel] ? Le Cantique ne demeure-t-il pas assez mystérieux sans ce premier sens? Et si. ce sens antérieur rend le Cantique plus obscur, est-ce une raison de l'acccpter ?

L'autre texte du saint Docteur sert encore moins notre auteur. Il est tiré du livre de Genesi ad litteram. Réfutant les Manichéens qui ne voulaient prendre qu’au sens figuré ce que la Genèse rapporte du Paradis terrestre, il écrit : « La narration dans ces livres (il s’agit des livres historiques) n’est pas cette espèce de langage des choses (ou propreaux choses) gui sont fiqurées, comme dans le Cantique des Cantiques, mais des choses qui se sont accomplies, comme dans les livres des Roïs etautres de ce genre (2). » Nous arrêtons là cette citation, parce qu’il serait inutile de l’allonger. Or, elle se retourne manifestement contre celui qui l’a faite. En effet, d’après ce texte, le Cantique des Cantiques diffère des livres historiques, en ce qu’il parle de choses figurées quine se sont pas accomplies. Le Cantique n’a donc pas de sens historique antérieur au sens spirituel]. S. Augustin parle ici avec sa sagacité et sa précision ordinaires. Il distingue deux sortes de sens spirituels : l’un est médiat et se tire d’un premier sens qui est littéral, comme dans les livres historiques ; l’autre est immédiat et résulte, sans intermédiaire, de la signification propre ou figurée des paroles ; ce qui veut dire que, dans ce dernier cas, l’allégorie est littérale, tandis que dans le premier elle est mystique.

Tel est bien le sens auquel s’attache S. Grégoire de Nysse, qui ne voit dans Salomon que lauteur du livre, et dans le livre que le sens mystique sous un appareil nuptal. C’est aussi le sens d’Origène, de son épithalame sous forme de drame, et de sa narration historique réduite à si peu de chose. De plus, les mots sarrationem historicam, qui sont du traducteur Rufin, doivent être pris, ce semble, dans un sens très général. Ils expriment d'abord le sens littéral qui sert de base au sens mystique; car, comme Îles faits de l’Ancien Testament sont souvent des figures du Nouveau, et que, de plus, ce genre de figures est plus fréquent dans les livres historiques que dans les livres prophétiques ou sapientiaux, les SS. Pères et les auteurs ecclésiastiques ont donné les noms communs d’#istoire ou de faits au premier sens sur lequel est fondé le sens mystique, bien que ce sens se rattache parfois à un premier sens qui est doctrinal, comme dans les livres sapientiaux. Et c’est dans cet esprit qu'ont été conçus

(1) S. Aug. Serm. xLvI, cap. xv, 35.

(2) De Gen. ad litt. cap. x, n. 2.

‘Hey

OT | Let ÉTUDE .

les deux vers latins biens connus, et qui réduisent les divers sens de la sainte Ecriture à quatre, savoir : les sens Historique, allégorique, moral et. anagoyique. | | | « Liltera gesta docet, quid credas allegoria, « Moralis quid agas, quo tendas anagogia. »

Il y à plus : les mots de Rufin, dans sa traduction d’Origène, paraissent | tout à fait être pris dans un sens encore plus général, pour désigner la … trame dramatique, le fond même des figures de langage qui portent au | sens spirituel sans Pintermédiaire d’aucun sens antérieur. Ces termes, L2s- \ toire ou narration historique, n’exprimeraient donc, en général, que le « Rienel des mots pris au sens figuré et même au sens propre, dans un | ivre.

Ainsi on ne peut rien tirer des SS. Pères contre l’allésorie littérale du Cantique. Mais nous avouons qu'il n’en est pas de même pour un certain nombre d’auteurs ecclésiastiques, comme Honorius d’Autun,au xu° siècle ; : et, à partir du xvI° siècle, pour la deuxième des trois classes dans lesquelles nous avons rangé les commentateurs du Cantique, dans les derniers » siècles, et jusqu’à un certain point pour la troisième. Nous saluons avec : honneur, dans la deuxième classe, le génie de Bossuet; mais sans oublier .

que le grand homme a vu poindre parfois, dans le téxte du Cantique, des «

sens littéraux relatifs à sainte Magdeleine et à la sainte Vierge.

2. — Confirmation de ce sens traditionnel du Cantique des Cantiques, par quelques textes de ce livre sacré. |

Il y à des textes du saint Cantique qui s’harmonisent très bien avec le sens que la tradition a reconnu à ce livre, c’est-à-dire avec l’allégorie lit. térale, et qu’il serait très difficile de concilier avec l’hypothèse où le sens : littéral se rapporterait au mariage de Salomon, et où l’union de Jésus-

Christ ne serait que l’objet du sens mystique, c’est-à-dire avec lallégorie |

mystique. Ces textes sont donc des convenances ou des nécessités pour la : première manière d'entendre le Cantique, et des inconvenances ou :

incohérences pour la seconde. ‘4

Pour plus de netteté, nous nous attacherons au point de vue des. incohérences, et nous les ramènerons à cinq chefs : | 4° Incohérences de parenté entre l’époux et l’épouse ; 2° Incohérences d’état, de condition ; À 3° Incohérences d’origine ; Lis CU 4° Incohérences morales ; | "À 5° Incohérences de figures. os) 4° Zncohérences de parenté entre l'époux et l'épouse. . On ne peut pas s’arrêter un instant à la pensée que Salomon, roi d'Israël, : ait célébré, dans le Cantique, un mariage entre frère et sœur, si for-. mellement défendu par la loi de Moïse (1). Or, si le Cantique doit être. entendu au sens littéral d’un mariage naturel et humain, il semble, d’après | quelques textes du saint livre, que c’est un mariage entre frère et sœur, et.

Mgr Martini, archevêque de Florence, a tiré de là ses deux premières ral-.

sons d’écarter du Cantique l’idée d’un mariage humain. | |

(4) Lév., xvit, 9

Mais il faut avouer que ces raisons n’ont guère de force, et ne sont

| guère fondées que sur une interprétation très contestable des textes, pour ne rien dire de plus. De sorte que, si nous nous y arrêtons, ce n’est que pour débarrasser le terrain de cette objection assez répandue et pour la | réduire à sa juste valeur, qui est peu considérable.

Ainsi, notre auteur, s’attachant à la version des Septante (1), fait donner . à l'époux par l’épouse le nom de petit frère, /ratello. À la vérité, le mot grec a&hados, expression de tendresse, veut dire frère bien-aimé; mais le mot hébreu (2) dont 1l est la traduction, n’a point la signification de frère et. veut dire simplement bien-aimé, dilectus, comme traduit la Vulgate. L'idée de frère n’est donc pas expressément renfermée dans le texte.

Elle est bien dans le texte suivant (3), que notre auteur traduit ainsi : « Chi a me ti darà, fratello mio? » « Qui te donnera à moi, mon petit frère? » C’est aussi la traduction des Septante. Mais la Vulgate évite le vocatif, et fait du mot frère le complément direct du verbe : « Quis mihi dette fratrem meum ? » « qui te donnera à moi comme frère ? et tel est bien le sens de hébreu, où l’adverbe comme est exprimé par la particule 2, Aussi M. Le Hir a-t-1l traduit : « Qui me donnera que tu fusses mon frère, nourri du lait de ma mère? » Le texte ne dit donc pas que l’époux et l’épouse fussent frère et sœur, il dit plutôt le contraire. Mgr Martini croit voir dans ces derniers mots du texte sacré la preuve qu’il faut prendre le mot /rère au pied de la lettre ; et S. Thomas conclut des mêmes paroles qu’il ne peut être question ici d’un mariage humain, parce que le désir de l’épouse que Pépoux soit un enfant à la mamelle ne paraît pas naturel. Mais nous répondons à Mgr Martini que, d’après le texte hébreu, l’épouse ne donne pas à Pépoux le nom de frère; mais elle désire qu’il soit pour elle comme un frère, suçant les mamelles de sa propre mère. Pourquoi? La suite du verset le dit: « Te rencontrant dans les rues, dit l’épouse, je te donnerais le baiser : sans m’atürer le mépris. » Et ces paroles répondent aussi à S. Thomas; elles sont une des formes passagères sous lesquelles s’exprime la tendresse de lépouse pour son bien-aimé. |

Cependant il y à dans le Cantique d’autres textes où l’époux donne expressément à l’épouse le nom de frère (4), et où 1l l’appelle en même temps sa sœur et son épouse (5), 122 *NWIN, s0ror Me4, Sponsa, comme traduit la Vulgate ; et S. Jérôme s’appuie sur ces mots pour montrer à Jovinien que le Cantique des cantiques ne peut pas être entendu d’un mariage charnel. :

Mais il faut avouer que M. Casazza, comme Gésénius et tant d’autres, n'ont pas de peine à prouver que les mots hébreux NN FX, frère et sœur, se prêtent à un sens très général,comme dans bien d’autres langues, surtout dans les langues sémitiques, qui, étant très anciennes, sont aussi très elliptiques. En effet, ces mots sont employés dans l’Ancien Testament et même dans le Nouveau pour désigner les frères et sœurs, les consan- EU ou alliés à divers degrés, ceux de la même tribu ou du même peuple, es associés, etc., etc.; el c’est pour cela qu’il est si aisé de montrer aux

(4) Cant., 1, 42, 43 et 45.

(3) Cant., vu, 4.

(4) Cant., v, 2; vins, 8, deux fois, (5) 1v, 9, 40 et 42; v, 4.

56 és ST MÉTUDE Ve

esprits légers ou prévenus, que ceux qui sont appelés frères de Jésus- . Christ dans l'Evangile (1) et dans les écrits des apôtres (2), n’étaient point |

des enfants de la Bienheureuse Vierge.

On conçoit donc sans beaucoup de peine que, par manière de familia- :

rité et de caresse, l’époux donne à son épouse le nom de sœur, comme

sainte Elisabeth, dans sa gracieuse histoire par M. de Montalembert, se

plait souvent à ue son époux du nom de frère. Il est vrai que la |

sainte reine Elisabeth, ayant passé une partie de son enfance avec son fiancé, avait contracté l'habitude de l’appeler frère. Mais c’était bien là aussi une expression particulière de tendresse, et peut-être encore l’ex-

pression du sentiment, si vif dans la sainte, de la fraternité surnaturelle |

en Jésus-Christ.

Cependant S. Jerôme, qui vivait en Judée et connaissait si bien le génie de la langue hébraïque. voit dans la réunion de ces deux mots l’exclusion immédiate et décisive d’un mariage charnel: « Illico excludit hunc sensum... Ubi soror nomen est, suspicio omnis fœdi amoris excluditur (3). » Et Estius commence sa courte préface au Cantique des Cantiques, par ce texte de $. Jérôme, pour indiquer le sens qu’il attache lui-même au livre sacré. :

Néanmoins, nous ne voyons rien de décisif dans ces considérations, ni dans tout ce premier chef de preuve contre la réalité d’un mariage humain qui serait la figure de celui de Jésus-Christ avec son Eglise.

2° Zncohérences d'état, de condition.

Le règne de Salomon fut le point culminant de la gloire temporelle d'Israël, parce que ce prince fit goûter dans la paix, des biens obtenus par les conquêtes de David son père. Aussi avons-nous vu, plus haut, que les quelques allusions faites à Salomon, dans le Cantique, le représentent toujours avec quelque chose de la splendeur qui lui convient (4). Mais les choses changent bien de face si on essaye de lui donner une part active dans ce poème sacré, si l’on veut lui assigner le rôle d’époux. Alors on le trouve confondu avec les bergers et occupé à faire paître les chevreaux (5).

Il en est de même de l’épouse,qui est dite #7le d’un prince (6),et supposée

fille du roi d'Egypte, et qui, cependant. après avoir été préposée à la garde

des vignes (7), est occupée aussi à la garde des chevreaux (8). L’incohé-

rence se trouverait jusque dans son état physiologique, si, ce qui à la vérité

est loin d’être forcé, la petite sœur dont il est parlé au dernier chapitre (9),

était la même que l’épouse bien-aimée ; car, dans le premier de ces textes, :

elle est encore une enfant : « Soror nostra parva est, et ubera non habet », :

et dans les autres elle est présentée avec les développements et la plénitude de la puberté (10). |

On essaye de résoudre les premières difficultés, en supposant que Salo- {

(4) Conf. Gen., xiv, 44 et 16; xx, 2, 5 et 12, xXVI, 7, etc. (2) Gal. r, 49., Conf. Jac. 1, 4 et Jud., r.

(3) S. Hier. Cont. Jovian., lib. I, cap. xxx.

(4) Cant. 1, 46; at, 7 et 41.

(6) vu. À.

19) virt, 8.

(40) 11, 5 et 40 ; vix, 3 et 8.

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SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES PA À ce OS mon a voulu célébrer son mariage avec la fille du roi d'Egypte par une | scène de la vie pastorale. Mais on peut douter que Salomon eût goûté le rôle | qu'il jouerait et celui qu'il ferait jouer à la reine, dans ce livre sacré, s’il avait voulu attirer les pensées sur ses noces. | | Mais, de plus, il y a dans le Cantique des traits qui semblent résister | absolument à cette supposition. Comment comprendre que la fille d’un | grand roi et l’épouse de Salomon évoque un souvenir de sa vie passée, comme celui qui se lit au commencement du Cantique: « Les fils de ma | mère se sont irrités contre moi ; ils m'ont mise à la garde des vignes; Je n’ai | point gardé ma propre vigne (1). » Au sens propre, ces paroles ne peuvent | convenir à une jeune fille née dans la pourpre, et qui, jusqu’à son mariage, | n’est déchue en rien de cet état. Mais que peuvent-elles signifier au sens | figuré, si elles se rapportent à l’épouse de Salomon ?

| Mais allons un peu plus loin. Voici un passage qui déroge encore plus à la dignité d’une reine d'Israël : « Je me lève, je parcours la ville, je | cherche sur les places, sur les voies publiques, celui qu’aime mon âme. | Les gardes qui font la ronde dans la ville m'ont rencontrée : Avez-vous vu celui qu'aime mon âme (2)?>» Ce trait est, sans doute, bien propre à | montrer les ardeurs de amour ; mais n’indiquerait-il pas un dérangement d'esprit, dans une reine d'Israël, qui sort la nuit, sans aucune suite, et parcourt non pas les jardins et les bocages, mais les rues et les places de Jérusalem où elle ne rencontre que les gardes de nuit ? Si l’on veut représenter là une scène pastorale, pourquoi la mêler à une scène de la vie | urbaine qui choqueraiït les bienséances partout, mais plus encore chez les. peuples orientaux et particulièrement dans le peuple d'Israël?

Ce n’est pas tout ; les choses ne se sont pas arrêtées là. Dans une autre excursion nocturne, épouse royale a fini par être arrêtée : « Les gardes. dit-elle, qui font la ronde dans la ville, m'ont rencontrée; ils m’ont frappée | et blessée ; les gardes des murailles m’ont enlevé mon voile (3). » Comment! s’écrie Mgr Martini, « cette épouse, fille de roi, reine et compagne | d’un grand roi, dans la ville même de sa résidence, va, pendant la nuit, à | Ja recherche de son bien-aimé, est rencontrée par les sentinelles et par les gardes des murailles, qui la battent, la blessent et la dépouillent de son voile ! Il est aisé de voir l’inconvenance de toutes ces choses entendues littéralement (4). » < |

M. Casazza convient bien qu’on ne peut pas les entendre au sens propre; mais il veut un sens figuré relatif à l’épouse de Salomon ; 1! répond que le fait n’est point physiquement vrai, mais qu’il l'est grammaticalement, et qu'il ne faut y voir autre chose que la véhémence de l’amour, qui mettait l'épouse hors d’elle-même, parce qu’elle avait manqué la visite de son époux. Il appelle à son secours les hardiesses du génie oriental et des langues dans lesquelles il s’est déployé, et les analogies d’une foule de

araboles ou d’apologues de l’Ancien Testament, par exemple de Joathan, {ils de Jérobaal et neveu de Gédéon, sur le choix à faire d’un roi (5); de Nathan avertissant David de la gravité de son péché et des justes châti-

OH) Tr 5. |

- (2) x, 2 et 3. si CIEL COTE

(5) Judic., 1x, 8, etc.

ments qu’il mérite (1); de cette femme qui, dressée par Joab, cherche à obtenir de David le retour de son fils Absalom (2), et d’autres paraboles | familières aux prophètes (3). | Mais ces exemples ne servent-ils pas précisément à montrer avec force que ce n’est point sortir des analogies de l’Ecriture, que de ne voir dans le Cantique sacré, qu’une allégorie littérale se rapportant à Jésus-Christ et: à l'Eglise ? On convient, en tout cas, qu’il ne faut pas prendre au sens propre les versets qui nous occupent, et qu'il ne faut y voir qu’une locu- | tion poétique, une hyperbole orientale, l’ornement d’une scène champêtre et pastorale. Mais il faut avouer que si les sentinelles de Jérusalem sont bien restées dans leurs rôles, elles ont très mal joué ceux qu’on voudrait. leur assigner dans le drame champêtre. La scène où figurent ces soldats se présente deux fois, et, unie à celle de la garde des vignes et des mauvais traitements qui en sont la suite, elle tient une place notable dans le Can-. tique; et ainsi livrer tout cela à de pures figures de rhétorique, n’est-ce, . pas ouvrir une porte qu'il ne serait pas facile de fermer; n’est-ce pas s’abandonner soi-même à la fantaisie et à l'arbitraire? 1 N’est-il pas plus naturel de voir là les épreuves auxquelles Dieu soumet . les âmes justes, les peines par lesquelles 1l les purifie de leurs infidélités« les plus légères ; les persécutions qui leur sont suscitées dans Le monde, parce que ces âmes veulent s’attacher à Jésus-Christ et se conformer aux“ règles de l'Evangile? La pauvre humanité comprend et justifie toutes les | folies, excepté celles de la croix, qui préservent ou délivrent de toutes les« autres, parce que celles-ci, inspirées par une sagesse surnaturelle et forti-" fiées par la vertu de Dieu, élèvent l’âme au-dessus d’elle-même et dans, une région sereine où ces âmes parlicipent aux pensées, aux sentiments, | À

aux désirs, à la vie même de l’'Etre infini.

3° Jncohérences d'origine. î Ceux qui prétendent que l’épouse du Cantique était la fille du roi d'Egypte, doivent éprouver quelque difficulté à expliquer ce qu’elle dit, « peu après avoir rencontré les gardes de nuit : « Lorsque je me fus éloignée“ d'eux, j’ai trouvé celui qu’aime mon âme, je l’ai suivi et je ne le quitterai

plus, jusqu’à ce que je l’aie conduit dans la maison de ma mère, dans law chambre de celle qui m’a mise au monde (4). » | Si l’on prend ces paroles au sens propre, il faut supposer ou bien que Pépouse voulait conduire son époux en Egypte et ne pas le quitter jusque-4 là, ou bien que sa mère l'avait suivie à Jérusalem, ou bien que, par on new sait quelle circonstance, elle l’avait réellement mise au monde dans cette ville, Or, la moins invraisemblable de ces trois hypothèses est law deuxième. Encore est-ce une hypothèse toute gratuite, qui n’est fondées sur rien. À la vérité, on peut y chercher un appui dans un autre texte du« Cantique, où, selon une certaine interprétation, l’époux disait à épouse : 4 «Je t’ai réveillée sous un arbre fruitier (5), là ta mère t’avait enfantée, là ellew avait donné le jour (6). » Mais un tel appui serait trompeur et ne ferait

(4) IT Reg., x11, 4-44.

(2) IE Reg., xi1v, 4-15.

(3) Ezech., xv, xvi, xix ; Joel, 1; Amos, 1v, 7 (4) Cant., nr, 4.

(5) Sous cet arbre.

(6) Cant., vit, 5.

reine d'Egypte avait sa maison à Jérusalem, au moment des noces de sa fille ; mais on demanderait encore commert elle était déjà là quand elle a mis au monde cet enfant, et surtout comment une reine a pu mettre au monde son enfant sous un arbre et en plein air.

Il faut convenir qu’une partie de la difficulté disparaît de ce texte, si la

mère dont il s’agit n’était pas une étrangère, et si l’enfant était Salomon, > a9 8 ;

au lieu d’être son épouse. Or, c’est ce qui résulte du texte hébreu, tel qu'il existe dans les Bibles communes munies des points massorétiques; car les verbes hébreux, bin et sh que nous venons de traduire par enfanter, ont une particule annexée (1) tellement ponctuée qu’elle indique le masculin et par conséquent Salomon, auquel son épouse adresserait la parole, de sorte que les rôles seraient renversés.

Rosenmüller s’appuie sur la ponctuation massorétique pour soutenir que c’est l’épouse qui parle (2). Les versions syriaque et arabe ont un pronom commun au masculin et au féminin, et sont par conséquent équivoques. Mais la paraphrase chaldaïque donne la parole à Salomon, qui représente le peuple de Dieu, et par conséquent l’époux.

D. Michaëlis, au contraire, croit que la parole est à l’époux (3). C’est aussi l'avis de M. Le Hir : « D’après la ponctuation massorétique dans

hébreu, dit-1l, ces paroles appartiendraient à l'épouse, et seraient adres-

sées à son époux. Mais, quelque respectable que soit, en général, la tradition dont les massorètes ne sont que les organes, nous ne pouvons les

suivre en cet endroit. Nous sommes persuadé, avec la plupart des inter-

prèles catholiques, que ces paroles sont mieux placées dans la bouche de l'époux. Nous laissons néanmoins subsister la ponctuation des versets suivants (6 et 7), parce que rien ne s’y oppose (4). »

Toutefois, que l’on donne la parole à l’époux ou à l'épouse, il faut joindre ensemble les parties de la phrase. Or, pourquoi lun des époux dit-il à autre : « Je Lai éveillé sous larbre fruitier sous lequel ta mère La entanté ? » C’est, selon Rosenmüller, qui s’appuie (5) sur divers textes grecs et latins, c’est que cet arbre fruitier est le pommier, symbole de Jamour (6). Mais, dans ce cas, il aurait mieux valu traduire comme À. Schultens, fondé sur les analogies de l’arabe : C’est là que ta mère t'a con£u où conçue (7). Et puis, ce serait passer du sens historique à une figure poétique. |

Quoi qu'il en soit, on ne s’explique pas que l’épouse de Salomon, si elle

était fille du roi d'Egypte, ait pu être mise au monde ou conçue sous un arbre des jardins du palais de Sion; et il n’est guère naturel de penser, et il était encore moins raisonnable de dire à Salomon qu’il avait été conçu là, et surtout qu’il y était né, en plein air. Il semble donc bien que ce passage pris à la lettre ne doit pas s'entendre de Salomon et de son épouse. Il est vrai que D. Michaëlis épure la phrase, qu’il trouve inconvenante, et fait disparaître les incohérences ou incompatibilités dont nous venons

. (1) Le pronom suffixe 3, (2) In Cant., vur, 5. | {3) In notis ad Lowth, 1, c.

(4) Sur le Cant., vit, 5, (5) nn.

(6) In Cant., vit, 5.

(7) Ibid.

IFRS

| . 5 qu'ageraver la difficulté. On ne demanderait plus seulement comment la

60 | | ÉTUDE AT de parler, en disant que l’époux a trouvé son épouse sous tel arbre fruitier, et que là elle lui à été promise en mariage. Il appelle à son secours les analogies du verbe arabe pour amener le verbe hébreu b3r, deux fois. employé dans la même phrase, au sens de lier par un pacte, par une. alliance (1). Mais Rosenmüller dit que Michaëlis aurait évité cette méprise. s’il avait fait attention au symbolisme de cet arbre fruitier. | I est vrai que le verbe hébreu a bien la signification que lui attribue. Michaëlis. Mais, selon Gésénius, ce verbe, à la forme (2) où il se présente. dans cette phrase, signifie enfanter avec douleur, ce que les Septante. out bien traduit par wdtvnce. ( te | | 4° Jncohérences morales entre un premier sens littéral relatif au mariage de Salomon et le caractère d’un livre inspiré. Il y a, sans’ doute, dans plusieurs livres de la Bible, particulièrement dans les plus: anciens, comme la Genèse, le livre de Ruth, des scèues de la vie de. famille dépeintes avec une naïveté qui n’est pas sans danger pour plus d’un lecteur. Le Lévitique, en pressant la propriété des termes, qui convient assez aux lois. présente souvent des formules qui ne conviennent plus à: nos mœurs. Mais on rencontre partout ces inconvémients dans les monu-! ments les plus anciens des langues diverses. Il y a des choses qu'il faut, dire le plus clairement possible. à l’esprit. en excitant le moins poss'ble. les sens. Mais la corruption du cœur a bientôt percé à jour les expre-sionst dont on habille certaines pensées; de sorte que le langage doit recu'er à mesure que la corruption avance, et se retirer vers les expressions plus: générales, à mesure que les termes propres sont compromis. Voilà pour-: quoi des tableaux de livres antiques, qui étaient peut-être sans danger. pour jes contemporains, font rougir les lecteurs plus modernes, et le lan-. gage devient d'autant plus raffiné, que les mœurs sont plus amollies par, les abus de la civilisation. | Mais il faut remarquer que le Cantique des cantiques n'appartient pas. aux premiers temps du peuple hébreu, et qu’il appartient plutôt au point. culminant de la civilisation et de la littérature hébraïques. Il est vrai que, : même plusieurs siècles après, on trouve dans Osée des faits, dans Ezéchiel des descriptions, où des matières très délicates sont peu voilées. Mais, : dans ces prophètes comme dans les livres plus anciens que nous avons: rappelés tout à l’heure, ces détails sont des incidents passagers, tandis. qu’ils composeraient toute la trame du Cantique des Cantiques, s’il fallait y reconnaître un premier sens littéral, purement naturel. Aussi les an-° ciens Juifs ont-ils discerné de bonne heure le caractère particulier de ce, livre sacré pour en défendre la lecture avant l’âge de trente ans, sans! comprendre aucun autre des livres saints dans cette exclusion générale. C’est que, en effet, tout allégorique qu’on le suppose, la lecture en est. dangereuse pour ceux qui n’ont pas purifé leurs affections, en les morti-. fiant dans la partie sensible; et cette « lecture, dit Bossuet, ne doit être. entreprise que par les âmes chastes, éprises de l’amour divin (3). » Mais. cette lecture serait plus dangereuse encore si les scènes de ce livre se. rapportaient d’abord à un mariage ordinaire, bien que ce fût pour élever. ensuite l'esprit jusqu’à Dieu; car l'esprit se trouverait conduit à des détails.

(4) In Lowth Prælect. xxx, not. 193. (2) Pihei.

(3) In Cant. Præf. 1v, p. 222, éd. Lebel.

qui seraient peu dignes de l'inspiration dans cette hypothèse. Cest la

remarque de M. Le °Hir dans sa note sur le chapitre VI, où il combat opinion de Bossuet.

De plus, le même Gésénius constate que le même verbe à la forme simple, signifie en second lieu corrompre, dépraver, agir mal, signification encore

renforcée à la forme qui nous occupe, et où il veut dire corrompre, Deranes |

dévaster.

Ceci nous amène à la traduction de la Vulgate, qui, dès lors, ne doit pas trop étonner : « Ibi corrupta est mater tua, ibi violata est genitrix tua. Il.

est cependant vrai qu’il faudrait substituer dans ces verbes l'actif au passif : « Ibi corrupit te mater tua, ibi fœdavit te mater tua. » Le traducteur de la version arabe faite au x° siècle, et dont Walton a reproduit le travail, a rendu à peu près le même sens : « Ibi te destruxit mater tua, te parturivit genitrix iua. »

Or, cette manière d'entendre le texte nous élève bien au-dessus de Salomon et de son épouse, et nous conduit à Jésus-Christ et à son Eglise ou aux âmes fidèles. « C’est ici la fin du Cantique, dit M. Le Ilir. C’en est aussi la partie la plus dif iicile et la plus obscure. Le passage d’une idée à l’autre y est si brusque qu’on est tenté d’y voir au moins trois compositions distinctes et tout à fait étrangères l’une à Pautre : la première du Ÿ. 9° au 8°; la deuxième du 8° au 11°, et la dernière du ÿ. 11° jusqu’à la fin. Cependar: tilu'est pas impossible d'établir une counexior entre ces diverses parties. Dans la première, l’âme sanctifiée, au terme de sa course mortelle, s’avance, appuyée sur son bien-aimé, vers le palais de amour éternel. L’époux, d’un mot, lui rappelle tout ce dont elle lui est redevable. Il Pa réveillée et rappelée du sommeil de la mort, sous l’arbre fruitier, c ee dire sous arbre funeste où Eve l'avait déposée à sa naissance et où elle dormait d’un sommeil de mort. L’arbre de mort dont le fruit, en répandant son venin dans les veines de la mère, avait infecté tous les enfants. dont les feuilies mêmes donnaient une ombre funeste, est devenu Parbre divin. Son ombre guérit les nations, ef /olium ejus ad sanitatem gentiuwm (1), et son fruit est une manne cachée qui procure limmortalité. L’arbre est devenu la croix, et le fruit qu’on y cueille est Jésus- Ghst fn)»: 42

Cette remarque acquiert une nouvelle force, si l’on fait réflexion que les scènes de mariage réel qui figurent dans ce livre, seraient des scènes persônnelles à l’auteur, qui ainsi semblerait encore moins se RESAREN ES er des conveñnances qu inspire la pudeur.

Il y a plus encore : ce seraient des scènes du mariage même du roi d’Israël, peu propres, ce semble, à lui concilier le respect de ses sujets. Il est “vrai que les ancêtres illustres du peuple juif, les grands patriarches dont il avait raison de se glorifier, étaient des bergers ; que le plus grand de ses rois, David, père de Salomon, avait été tiré de la garde des troupeaux pour

être élevé sur le trône d’Israël. Mais cela rend-il vraisemblable que Salo-

mon ait voulu faire deses relations les plus intimes, secrètes de leur naturê, l’objet d’un drame adressé à tout le monde, rendre publiques les scènes les plus AGE jouer la reine, se jouer lui-même, sous les personnages

HEADER XTL, 2) (2) Sur le Cant., vit, 5.

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