Je suis noire, mais fort belle, ô
bien-aimé la prévienne. C’est ce qu’expriment ici les parfums délicieux qui s’enexhalent. Si l’'Epoux ne s'était approché et n'avait réveillé dans l'âme, par la suavité de ses attraits, le sentiment de sa présence, celle-ci ne l’aurait point cherché. Tout son mérite est d’obéir au charme de cet attrait, comme à une voix qui lui cne : Ecce sponsus (1):
Cet attrait a la force du vin et la douceur de l'huile. Il transporte l’âme et lenivre; mais sans dérèglement et sans violence.
Notre nom, à Jésus, est comme une huile répandue. L’onction de ce nom si suave se mêle heureusement à la vertu plus piquante du vin, pour calmer toute douleur et adoucir Jes blessures que l’amour nous cause. Cette même onclion se répand sur tous nos membres, et les rend souples et forts pour le combat ou pour la course.
Il y a, en effet, pour l’épouse. une longue carrière à parcourir. Le baiser de lPEpoux et les premiers instincts par lesquels il a réveillé sa bien-aimée, l’ont peut-être surprise au milieu d'occupations séculières ou distrayantes. Maisil la veut conduire au désert ; et ce n’est guère que dans la solitude qu’il se donne à elle sans réserve. Il semble donc à présent fuir devant celle qu’il avait recherchée d’abord ; mais c’est pour l’éprouver et l’affermir. 1l lui laisse l’odeur de ses parfums, qui la guide et
. (4) < Sponsa, quantumvis vehementissimo amore incitata, agnoscit se, nisi tractam, blandaque vi ductam, accedere non posse. » Boss. in c. 1, v. 3
qui enflamme ses désirs, c’est-à-dire qu'il Ja fortifie et la dirige par ses exemples, et par le mouvement de sa grâce. Résolue à ne s'attacher qu’à lui seul, elle efface tout autre souvenir de sa mémoire, toute autre lumière de son entendement, et surtout toute autre affection de son cœur. Libre désormais, et dégagée, elle ne marche pas, elle court plutôt, et se précipite, et vole à la suite du céleste ami, jusqu'à ce qu’elle arrive à son lieu Île plus retiré et le plus secret. Une fois introduite en ce délicieux séjour, comment auraitelle le moindre sentiment de ses fatigues ?
Elle se repose, elle contemple, elle admire, elle aime, elle ne sait plus où elle est, ni ce qu’elle fait. Muette et ravie, à la conscience refléchie d'elle-même, elle reçoit les inspirations de l’Epoux et converse avec lui sans paroles et sans discours. Moments heureux et trop courts, s’écriait un grand contemplalif, S. Bernard : Rara hora, et brevis moral Mais, si ces moments sont abrégés, le fruit en demeure. L'âme, nourrie, abreuvée et rassasiée de la manne céleste, n'oublie pas aisément cet avant-goût des délices éternelles.
Elle marche, fortifiée par ce pain, jusqu’à la montagne de Dieu. Là sera la jouissance sans
fin et [a dernière consommation de l’amour. :