DEUXIÈME ACTE
Sine dolore non vivitur in amore, dit le pieux auteur de l’fmitation, Le Saint-Esprit nous enseigne la même vérité en cet endroit.
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filles de Jérusalem, comme les tentes de Cédar, comme les pavillons de Salomon. Fu 5. Ne considérez pas que mon teint a bruni, le soleil m’a ôté mon éclat; les enfants de ma mère se sont élevés contre moi; ils m'ont placée à la garde des vignes : je n'ai pas gardé ma vigne.
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Jerusalem, sicut tabernacula Cedar,.
sicut pelles Salomonis. 1
D. Nolite me considerare quods fusca sim, quia decoloravit me sol :" filii matris meæ pugnaverunt contra me, posuerunt me custodem in vineis : vineam meam non custodivi.
On ne va pas loin dans la piété sans rencontrer [a persécution. L’épouse n'avait reçu jusqu'ici que des douceurs; si elle avait couru, c'était sans fatigue. parce qu'elle était
portée par la grâce, fortifiée par l'odeur des :
parfums. Dieu, dans les commencements , ménage souvent ainsi notre faiblesse ; puis il nous envoie l'épreuve nécessaire à l’affermissement de notre vertu. Cette première épreuve décrite ici vient des hommes. Il semble que le Saint-Esprir ait voulu nous montrer l’auguste Vierge, paisible, durant ses jeunes années, dans la maison paternelle, dans le temple ou dans l’humble demeure de Joseph. La persécution commence pour elle dès les premiers jours qui suivent la naissance de son Fils.
Elle fuit devant Hérode, brülée par le soleil du désert et par le soleil de l’Egvpte, plus brûlée au dedans par la vue de l’ingratitude des hommes, L'Eglise, dont Marie est le type et la mère, passera par les mêmes voies (4). Enivrée du vin de l'amour au jour de sa formation, quand
le Saint Esprit descendit sur les apôtres et.
sur leurs premiers disciples, elle vit promptement les enfants de la synagogue, et puis toutes les nations sorties d'Eve, s’'irriter contre elle et la poursuivre. Mais le soleil de la persécution put bien la noircir au dehors, non lui rien ôter de sa véritable et perdurable beauté. Tout-épris de l'amour divin, les martyrs bafoués, maltraités et condamnés aux travaux les plus durs, par la malice des tyrans, souffraient tout sans se plaindre, et sacrifiaient leur âme en ce monde, pour la retrouver plus sûrement dans l’autre. C'est ce que signifie le dernier trait du discours de l’épouse : « Je n’ai point eu souci de ma propre vigne. » Jouant sur les significa-
tions diverses de la vigne, elle désigne par là.
(4) « Ecclesia in terris peregrinata vere simillima est regis tentoriis soli, pulveri, pluviæ expositis, adeoque extra deformibus ac nigris, intus ornatis. » Boss. in hunc vers. — C’est pour cela que le tabernacle de Moïse, figure de l'Eglise, était recouvert d’une étolfe faite de poil de chèvre, par dessus la tenture de byssus richement brodée des couleurs les plus vives.
bonheur, commence à négliger tout le reste, !
ne peut lui pardonner la sienne. 1] prétend.
ce que l’homme a de plus personnel et natu-.
rellement aussi de plus cher. ï
Depuis que l'ère des persécutions violentes est close, les âmes dévotes n’en sont. pass moins exposées à des persécutions de plus, d’un genre. Il faut que tous les élus de Dieu boivent au calice de Jésus-Christ, vendu et livré à la mort par ‘ses propres frères : M Omnes qui pie vivere volunt in Christo Jesu persecutionem palientur. Il faut que tous arent, part à la plus grande des béatitudes : Beati qui persecutionem patientur propter justi-" tiam (1). L'expérience le confirme. Dès qu’une « âme entre généreusement dans le service du!
divin Maître, et qu’il l’attire pour se l’unir. plus intimement, cette âme, éprise de son
Le commerce des hommes lui est à charge. !
Leurs entretiens l’ennuient, leurs plus im-" portantes affaires la trouvent indifférente. ; Elle cherche le silence et la solitude, pour « s'occuper tout entière de son bien-aimé. Elle aspire à la vie du cloître, ou du moins eile en a l'esprit. Le monde, qui ne la comprend pas, la croit folle. Et lui, si indulgent pour toutes les passions, et pour tant d’autre folies, #
l'en guérir à tout prix, et les remèdes que lui suggère sa compassion, plus cruelle souvent & que sa malice même, réduisent cette pauvre âme à d’étranges extrémités. Mais rien ne la®# surmonte, et, fidèle au saint époux qui lap-« pelle, elle livre ses biens, sa réputation, sa santé, elle livrerait sa propre vie plutôt que. de renoncer à la perfection à laquelle elle# aspire. « Je ne crains rien de tout cela, # s'écrie S. Paul, le modèle de ces âmes” héroïques, en présence des chaînes et de la ® prison qu’on lui prépare, je ne crains riens de tous ces maux, et je n'ai souci de mon âme, c’est-à-dire de ma vie temporelle, pourvu que j'accomplisse ma course, et le ministère de la parole que j'ai reçu du Sei-w gneur Jésus (2). »° 1
(4) Matth. v.
(2) Act. xx.