ADN IV OUTE (6) XV
(7) xvr, 24, 25, etc, Ç | 48) IV Reg., xv, 14, 16, 17. — Joseph., Antiq., jud. lib. IX, cap. x.
ee En
Le "fu, 5 PIYEAESSS
| SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES AS Nous supposons que le Cantique est tout entier du même auteur et d’un . seul jet. Richard Simon l’a-t-il contesté, ainsi que le dit Rosenmäüller qui le cite comme la première source de cette opinion (1). On peut douter pour le moins, que le savant exégète allemand ait bien saisi la pensée É du critique français. Pour en juger, il faut prendre d’ur peu plus haut la a citation de Richard Simon. Cet auteur parlant du livre de Job : « Ce que l’on a, de plus, inséré dans ce poème, dit-il, pour marquer les différences des personnes qui y parlent, y a apporté de grands éclaircissements : au lieu qu’il y a beaucoup de confusion dans le livre du Cantique où l’on à de la peine à distinguer les aufeurs, parce qu’ils n’ont pas été marqués (2). » ri ; | | : RENE Nous ne voudrions pas aller jusqu’à affirmer expressément que le mot auteur à été mis 1ci à la place du mot acteur. Mais il nous paraît fortavoir ce sens, et désigner les personnages qui sont en scène dans ce livre, IL *. semble que la liaison de la phrase le demande. Car pour trouver dansle passage du critique français l'harmonie désirable, en dehors de cette sup- 4 position, et en faire sortir Le sens que lui a donné Rosenmüller, il faudrait . dabord rattacher le mot auteur bien plus haut, à Pendroit où Richard Simon dit que les deux premiers chapitres du livre de Job ne sont pas du même auteur que ce livre en lui-même. Mais ce ne serait pas encore assez ; la difficulté ne serait pas résolue. En effet, les derniers mots de la phrase : « Ces auteurs n’ont pas été marqués », ne peuvent se rapporter à divers auteurs du Cantique, puisque, à cet égard, il n’y aurait pas entre . ce livre et celui de Job, l’opposition qui fait le fond du passage. Car les auteurs du livre de Job ne sont point marqués non plus. Ces mots se. rapportent donc, non pas aux auteurs, mais aux personnages qui sont en scène, et qui marqués nettement dans Job, ne le sont ordinairement que d’une manière très obscure dans le Cantique. Au reste, les Allemands n’ont pas besoin que l’on invente pour eux en fait de critique hasardée. Ils ont assez, de leur fond, ce genre de richesse. Plusieurs, parmi eux, ‘ont regardé le livre qui nous occupe comme un recueil de poésies érotiques, réunies par l’analogie ainsi que les psaumes Herder semble avoir ouvert la voie dans laquelle Dœderlein, Paulus, Pareau sont entrés (3).
Mais l’unité de sujet et de style s’oppose à cette gratuite hypothèse. . L'unité de sujet se révèle’ à la plus simple lecture. Si on l’entend au sens propre ce sont les entretiens d’un jeune homme et d’une jeune fille, qui viennent de s’unir par le mariage (4), et qui s’aiment mutuellement d’un . amour tendre et ardent. Le jeune époux semble être présenté comme . roi (5), et appelé Salomon, et fait paraître quelque chose de l’opulence de 88 ce prince (6). Il figure aussi avec la qualité de pasteur, de berger, et s’oc- . cupe du soin des champs et des vignes (7). On rencontre çà et là ses mis en scène (8). Il a plusieurs épouses du premier et du second ordre,
(1) Rosenmül.,.Proœm., in cant. p. 953. a (2) R. Simon, Hixt. critiq. du V. T. 4re p., 1v, in-40, Paris, 4725. : 14
. (3) Institutio interpretis, Y. 6, p. 559. Les auteurs cités par Rosenmüller, p. 254. 12 #0 (4) Cant. n1, 4. À HOME, 9,
(6) in, 7,9; 44; vin, A4 et 42,
Der (1) vr, 4:
(8) 1,6; Ÿ. 4; van, 413.
et un grand nombre
abrégé qu'Origène avait fait lui-même de son grand commentaire.
de jeunes filles. Mais parmi elles toutes, il en distingue une qu’il aime d’un amour de prédilection, et qu’il appelle s&
colombe, sa toute belle (1), son épouse (2). Elle semble désignée sous le . nom de Sulamite (3). Sa beauté est louée, célébrée, exaltée à plusieurs
reprises (4). Elle avait été commise par ses frères à la garde des vignes; mais elle n’avait pas pu garder même la sienne (5). Comme son époux, elle prend part à la vie pastorale (6). On trouve en scène, à diverses reprises, les jeunes filles de Jérusalem, qu’elle a pour compagnes (7). Les gardes de la ville figurent deux fois, avec une conduite bien difiérente à l'égard de l’épouse. L'unité est amenée par les rencontres des deux époux. Il est vrai qu'il faut entendre ce poème dans un sens figuré et allégorique, comme nous le dirons plus bas, mais on verra en .
même temps que l’unité n’en est pas altérée. ;
Que s1, du fond du poème, on passe à la forme, au style, au ton, à la
couleur, on n’est pas moins frappé de l’unité. Ce sont partout les mêmes figures avec le même cachet d’hyperboles orientales.
Les SS. Pères n’ont pas seulement reconnu cette unité, mais ils ont
encore remarqué et admiré les liaisons étroites, qu’il y a entre ce livre, et
ceux des Proverbes et de l’Ecclésiaste, et les ont attribués tous trois à Salomon.
:i est naturel, quand il s’agit des études sur le Cantique sacré, de citer en première ligne Origène, moins encore parce qu’il vient le premier dans l’ordre des temps, que parce qu’il a été le brillant modèle et la source féconde de tant d’autres qui sont venus après lui. On lui doit encore cet honneur à un autre titre, si, comme le dit S. Jérôme, Origène s’est autant surpassé lui-même, dans son grand ouvrage sur le saint Cantique, qu’il a surpassé tout le monde, dans lPexplication des autres livres sacrés : « Origenes cum in cæteris libris omnes vicerit, in Cantico Canticorum ipse se vicit (8). » |
Le génie d’Origène, élevé, hardi,-fécond, ne connaissant guère la contrainte, et aimant les vastes horizons de l’allégorie, son cœur ardent, son imagination luxuriante, se trouvaient à lPaise dans un petit livre, dont le sujet est si relevé par son vrai sens allégorique et spirituel, et où les
sentiments sont si tendres, et les images si riantes et si fortes.
Pour mettre en relief l'harmonie frappante qu’il découvre entre les trois : PP q
livres que l’Æqlise a recus, dit-il, de S'alomon, il compare ces trois livres
aux trois parties principales de la philosophie chez les Grecs. Nous citons ici, à défaut de l'original qui a péri, la traduction de Rufn, qui, comme on . va le voir, parle ici et ailleurs, en semblant oublier qu'il n’est que tra-
ducteur. « Les études générales », « disciplinæ generales », dit-il, par
lesquelles on arrive à la science des choses sont au nombre de trois que ;
LS
vi, 12 et Vulg. vit, 4.
1, 7, 9, etc., I entier, vi, 8 et 9.
: ET À 7) 111, 6, 9-14 ; Y. 8 et 9; vi, À; vus, 4. | ! #. (8) Interpret. homil., duar., Orig., in Cantic., præf. initio. Ces deux homélies sont un
- les Grecs ont appelées : « L’élhique, la physique et la théorique, ethicam, … physicam et theoricam, que nous pouvons appeler, (dit-il, comme sil ” continuait à traduire Origène), la morale, la naturelle et l’inspective, . moralem, naturalem et inspectivoum. » Et continuant à mêler son rôle à . celui d’Origène. « Quelques Grecs ont, à la vérité, placé au quatrième rang, . Ja logique, que nous pouvons, ajoute-t-il, nommer la rationelle, logicam… : rationalem. Mais d’autres l’ont envisagée, comme mêlée à tout le corps des sciences principales que nous venons de rappeler (1). » :
Origène arrive ensuite à l’ . Salomon, qui le premier apprend aux hommes, la divine sagesse, a mis à la tête de son œuvre, le livre des Proverbes qui, comme nous l’avons dit, occupe la place de la morale, et a pour but de développer Pintelligence et de former les mœurs... Celui qui veut avancer encore, passant des Proverbes à l’Ecclésiaste, s'applique à l'étude de la nature, afin que connais- : sant les causes et le fond des choses, il voie la vanité de dout cela, et se tourne vers les choses éternelles. Car ce livre apprend que toutes les choses visibles et corporelles sont caduques et fragiles. Et celui qui en'sera . convaincu les dédaignera, et avec elles, le monde entier, pour arriver aux choses invisibles, impérissables et immuables, que le Cantique des Cantiques fait voir dans un sens spirituel en les voilant sous certaines figures de poésies amoureuses : « Sensibus spiritualibus, sed adopertis amorum quibusdam fisguris (2). » Le saint Cantique est donc « placé en dernier lieu, afin que l’on n’y arrive qu’après avoir épuré ses mœurs, et s’être bien pénétré de la profonde différence qu’il y a entre les choses corruptibles et les incorruptibles. On se trouve ainsi en état de n'être blessé d’aucune des figures sous lesquelles est décrit, comme il se forme, amour de l’épouse pour le céleste époux, c’est-à-dire, de âme parfaite pour le Verbe de Dieu (3). »
… S. Jérôme pensait s’être borné à resserrer Origène. Mais il appelle logique, la dernière des trois sciences des Grecs; et même dans les . manuscrits on lit : ékeoloicam ou theologicam, mots que les éditeurs de Venise, Vallarsi et Maffei, regardent comme des corruptions de {keoricem ou theoricam (4). Ge qui ramènerait la formule de S. Jérôme à celle d’Origène.
Théodoret pense, sans doute, à Origène plus qu’à tout autre, quand il reconnaît dans l’épître dédicatoire, de son explication du Cantique, avoir . beaucoup profité de ses devanciers. 1] ajoute avec raison, que lon ne doit as voir un lercin dans ce qu’il s’est approprié ; car, dit-1l, ce n’est point [à un larcin, maïs un héritage paternel : "Eorev dé ro rolouov où xAomn, dXXX xnpovoutx ruzpüux (5). Il prend les trois livres dans le même ordre qu’Origène et S. Jérôme, et il conclut « que la doctrine de Salomon est comme une échelle de trois degrés : le moral, le naturel, le mystique, vov nrxov, vov oucwWhoy:x0v, Tov puotixov (6). »
S. Grégoire-le-Grand envisage les mêmes livres, dans le même ordre et
(4) Orig. in Cantic., cantic. Prolog, p. 307, t. XIV, in-42, éd., Lommatzsch, Berolini, 4842. (2) P. 344 et 342. |
{4) Comment. in Eccl. cap. 1, vers. init. {n. 383 et 364, ap. dig., €. IE, col. 4042).
(5) T. 4, p. 995, éd. Sirmond, 1642. | |
explication. « Ce maître, dit-il, en parlant de |
le Cantique des Cantiques tient le premier rang dans les œuvres de Salomon; et ce n’est point par hasard, mais avec une pleine connaissance
de cause, « plena ratione » que Salomon a placé après les Proverbes,
sous le même point de vue. Ce n’est pas sans mystère, selon lui, que
J’Ecclésiaste, et après l’Ecclésiaste, le Cantique des Cantiques. Dans les
Proverbes, il présente la vie morale, car il dit : on fûts, écoutez la sagesse; dans l’Ecclésiaste, la vie naturelle ; car on y considère la fin de toutes
choses, puisqu'il dit : Vanité des vanités, et tout est vanité. Mais dans le |
Cantique des Cantiques, est exposée la vie contemplative, puisqu'on y
désire la venue et la vue du Seigneur lui-même, et que l'épouse y dit:
« Qu'il me baise d’un baiser de sa bouche, etc. (1). » | S. Bernard arrive aussi par l’Ecclésiaste et par les Proverbes, (Para-
bolæ) au Cantique sacré qu’il appelle « hunc sacrum, theoricumque
seérmonem (2). »
On pourrait invoquer ici une multitude de Pères de l'Eglise, qui parlent
de concert avec ceux que nous venons d’entendre; ils attribuent à Salomon le Cantique des Cantiques, et reconnaissent ce livre comme sacré, au même titre que les Proverbes et l’Ecclésiaste, avec lesquels il forme un seul corps de doctrine. Mais l’authenticité et l’inspiration du
saint Cantique, ressortiront encore des nombreux et éclatants témoi-
gnages, Où nous verrons la tradition constante el moralement unanime, assurer au poème sacré du divin amour, le sens spirituel et allégorique, proclamé par les S$. Pères que nous venons de citer.
$ 2. — DES DIVERS SENS DANS LESQUELS ON À TENTÉ D’EXPLIQUER LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
Pour bien comprendre ces divers sens, il importe d’entrer dans quelques détails et d’y mettre de la précision. Et d’abord, il ne faut point confondre
le sens d’un mot avec sa signification. La signification d’un mot est sa |
puissance, « potentia », comme disaient les Latins ; et le sens d’un mot est
son acte, son effet dans une phrase et dans un contexte. Or, on ne fait
jamais que ce que l’on peut ; mais on ne fait pas toujours tout ce que lon
cas particulier, dans une phrase, dans un contexte, n’a pas toutes les
significations qu’il peut avoir. Pour concourir à l’action d’ensemble, il |
faut qu’il s’encadre dans une phrase, qu’il perde pour ainsi dire sa liberté q P qu'il p P
d’allure, et s’assujettisse à n’avoir qu’un sens, qu’une seule action déter- 1 minée par le contexte. À cette précision près, on peut dire du sens d’un mot, ce que l’on dirait de sa signification, et réciproquement. Maïs,
comme on le voit, cette précision ne doit jamais être oubliée. Le sens propre d’un mot est celui qu’il tire directement de sa signification, soit que cette sigmification soit unique ou multiple, comme on vient de le dire, sens qu’il conserveintact dans une phrase, par exemple : pierre, fer, etc. Il est opposé au sens figuré ou métaphorique, qui est transporté S. Greg., Magni, Exposit., in Cantic. Cantic., proœæm. S. Bern. in Cantic. cantic. serm. 1, n. 3, ed. Gaume,
peut. Il en est de même d’un mot. Il peut avoir plusieurs significations où puissances, que les dictionnaires font connaître. Mais un mot dans un
RAR MAD STRLE CANTI | d’un objet à un autre, à raison de quelque | exemple : un cœur de pierre, une âme de fer. .- Peut-on donner au sens propre. le nom d’immédiat, et au sens figuré, | celui de médiat? Pour cela, il faudrait que le sens propre fût un sens vrai, | réel, auquel lesprit s’attache, bien qu’en outre, il en cherche un autre.
* Qu Y D
| Or, il est des cas où le sens propre d’un mot n’arrête nullement lesprit,
et n’est qu'une sorte de corps transparent qui laisse pénétrer la vue au
| sens figuré. Par exemple, quand on dit : cet homme a un cœur d’or, une tête de bronze, etc., évidemment, les mots, or, bronze, ne sont là que pour. exprimer certaines similitudes ou analogies, et pour porter Pesprit aux
idées de bonté, de dureté, etc. D’où l’on voit que les figures ou méta-
. phores sont des comparaisons, traitées par lellipse, et dont on supprime
. les moyens termes. Mais on voit aussi que bien des propositions n’ont pas de vrai sens propre, et ne peuvent être entendues que dans le sens figuré.
Or, le premier sens auquel on s’arrête, soit qu’il soit propre, soit qu'il
soit figuré est appelé immédiat ou littéral, sens générique dont les espèces sont le sens propre et le sens métaphorique. Le savant Rosenmüller a
donc confondu le genre avec lespèce, quand parlant du premier sens ou
du sens immédiat du Cantique des Cantiques, il l'appelle indifféremment
. propre ou litteral, « in proprio, sive quem dicunt litterali sensu (1). »
Si l’on peut dire que la métaphore est une comparaison abrégée, on
| peut dire que lallégorie, le proverbe, lapologue ou la fable, et même de
| grands poèmes, comme le poème épique, sont, pour le fond, des méta-
phores prolongées.
Mas il faut ajouter que le langage propre et le langage figuré sont tellement mêlés dans une composition quelconque, que le sens propre est
fréquent dans les morceaux les plus poétiqués, et le sens figuré dans les Araités les plus métaphysiques. Le premier est nécessaire à la précision
du discours, et le second à son élégance et à son énergie.
Le sens immédiat ou Httéral comprend donc le sens propre et le sens métaphorique du mot. Mais au-dessus du sens immédiat: et littéral, il y en à un autre dans les livres saints, qui est médiat parce qu’il s'appuie
sur le premier et qu’il en part. Il n’est pas à proprement parler celui des mots, mais celui des choses exprimées par les mots dans le sens littéral. Ce sens nouveau est appelé mystique et spirituel : #ystique, parce qu’il est caché dans le sens immédiat; et spirituel, parce qu’il a pour obje]
des choses de l’ordre spirituel, ou plutôt de l’ordre surnaturel. Il est bien
allégorique, mais c’est une allégorie qui s’ajoute au sens immédiat complet, dont lallégorie littérale fait partie.
Peut-être est-ce la facilité de confondre ces deux sortes d’allégories ‘ependant si différentes, qui a conduit Rosenmüller à présenter le sens
propre et le sens littéral, comme une sorte de synonymie.
Ce second sens, caché où mystique, se trouve quelquefois dans les
auteurs profanes. On a cru le voir dansla Lusiade du Camoëns. L’académicien Thomas a indiqué ce sens, comme un moyen de donner de la finesse au style, et Winkelmann en a étudié les fondements. Mais il est
surtout très fréquent dans les livres saints, plus particulièrement, dans les
prophètes et dans les morceaux poétiques. Dieu qui voit et fuit les rela-
(1) In Cantic. proæm., fin. p. 277.
ressemblance ou analogie, par
tions entre les choses ; et qui, dans l’ordre surnaturel, opère en dehors et. au-dessus des lois de la nature et des conceptions de la raison, a manifesté. aux écrivains sacrés des relations entre les faits gouvernés par sa provi-. dence, entre les évènements dont se compose la trame de Phistoire, et les … mystères de la vie surnaturelle des âmes en particulier, et de l'Eglise. qui les renferme. Et c’est ainsi que ce qui concerne le peuple Juif, à des” relations plus élevées avec l'Eglise ; que les institutions de l’ancienne loi .
sont des figures de celle de’ la nouvelle, et que les saints personnages de l'Ancien Testament, présentent des traits épars quise retrouvent réunis et . fondus dans la personne sacrée du Verbe incarné. | On comprendra maintenant sans peine, les divers sens qui ont été donnés au Cantique des Cantiques. Il y a des auteurs qui n’ont pas voulu
en élever le sens littéral au-dessus d’un épithalame ; ou qui sont même restés au dessous. D’autres n’y ont vu qu’une allégorie littérale sous :
laquelle l’auteur a voulu cacher, en partie, et rendre cependant plus .
saisissantes par des figures vives, les diverses vicissitudes du peuple juif. mai Bei Plusieurs ont vu ce dernier sens ressortir d’un premier sens, et ont présenté le Cantique comme une allégorie mystique, mais dont lobjet n’est pas de l’ordre spirituel. Beaucoup d’interprètes catholiques n’ont fait. que transporter cette allégorie mystique dans le domaine de Pordre. spirituel, en lui donnant pour objet l’union de Dieu, de Jésus-Christ. avec l'Eglise ou les âmes, union figurée par le mariage de Salomon. Mais la chaîne vraiment continue, et toujours grossissante de la tradition. catholique (1), supprime le sens relatif au mariage de Salomon, et présente l’union de Jésus-Christ avéc l'Eglise, comme lobjet vraiment spirituel d’une aliégorie purement lttérale. Et ainsi nous exposerons surtout cette dernière interprétation dans notre seconde partie, et nous la défendrons dans la troisième, contrée les partisans de Pallégorie.
purement mystique. Nous allons donc nous contenter ici, de rappeler en.
quelques mots, les interprétations tout à fait étrangères à la tradition, et. qui repoussent toute allégorie spirituelle. |
$ 3. — DE QUELQUES SYSTÈMES D'INTERPRÉTATION DU CANTIQUE DES CANTIQUES, OPPOSÉS A L’EXPLICATION TRADITIONNELLE.
Il s’est trouvé de bonne heure, même dans le sein du christianisme, : des esprits qui n’ont pu voir dans le Cantique des Cantiques, autre chose
qu’un morceau de poésie érotique, ou tout au plus un épithalame ; et les.
modernes qui sont entrés dans cette voie, n’ont guère innové. Ecoutons Théodoret, auteur du v° siècle. « La plupart, dit-1l, de ceux qui calomnient. le Cantique des Cantiques, et ne veulent pas y voir, un livre spirituel, en. font un tissu de fables insensées, indignes même des bonnes vieilles. Les uns veulent que le sage Salomon l'ait écrit de lui, et de la fille de.
Pharaon ; et quelques autres de la même classe, raurnot rés cüpuopias, sub-
stituent comme épouse à la fille de Pharaon, Abisag, A6ton, la suna- mite (2). » | s, | |
- (4) Se rattachant à celle des Juifs.
(2) Theod. In cantic., p. 984. Voir HI Reg., 1, 2-4; 11, 21, 22, etc.
SE
GER HR SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES … De tous les auteurs anciens dont parle Théodoret, on ne connaît quele . fameux Théodore de Mopsueste, homme de beaucoup d’esprit etde savoir; mais d’un esprit mal discipliné et d’un cœur peu constant dans le bien. Quoiqu'il ait été ramené au devoir par son ami $S. Jean Chrysostome, il n’en paraît pas moins qu'il avait été le précurseur de Nestorius. Il a doublement prêté à limitation, et par la nature de l’opinion qu’il a adoptée relativement au saint Cantique, et par la manière dont il Fa exposée. On dirait certain critique moderne écrivant en grec. Il répond à un ami que jusque là « il n’a pas eu le courage de le lire (le Cantique), parce qu'il n’est ni historique, n1 prophétique, ni doctrinal; mais que la lettre de son ami, l’a rendu, il ne sait comment, plus diligent malgré lui; qu’ainsi par le désir de lui plaire, 1l n’a point cessé sa lecture, bien que dès le commencement, 1l ne put s'empêcher de bailler et de sommeiller, à chaque pas, comme sous le charme du royal festin de noces, célébré dans ce Cantique. Cum me piguisset perlegere.….. nescio quomodo tuarum Htterarum præceptum de Gantico Canticorum, exigens a nobis irrecusa- biliter causam, fecit me circa eum diligentiorem, violenter quidem. Et sic -enim non cessavi, et initio 1pso lectionis, quasi studiosa alacritate, oscitans frequenter et dormitans; sicut convivio coducis nuptial, et hoc regali percantatus (1). » | . Les Pères du V° concile auxquels nous avons emprunté cette citation, ont flétri ces boutades indécentes comme elles le méritaient, et condamné la doctrine dont elles étaient le digne ornement. Les saillies de Théodore de Mopsueste ne semblent pas avoir eu de linfluence dans les siècles suivants. Mais on voit que le souvenir n’en était pas perdu au vu° siècle, par la manière dont Léonce de Byzance les qualifie. « Ce saint et très saint Cantique, loué des chrétiens et admiré des Juifs ennemis de la croix de Jésus-Christ, il l’a retranché des livres sacrés, par une audace tout à fait incroyable, en linterprétant d’une manière licencieuse, avec. son esprit et sa langue de femme perdue, #eretricia (2). »
. Julien d’Eclane, ardent pélagien, qui s’était mis en rapports intimes avec Théodore de Mopsueste, avait ainsi une raison de plus pour expliquer le Cantique, dans le sens d’un naturalisme grossier. Nous le passons sous silence, disent les bénédictins éditeurs des œuvres de S. Grégoire-le- Grand, comme ennemi de la grâce qui se répand en abondance dans ce saint livre. « Prætermittimus utpote gratiæ hostem quæ in hoc libro sacro copiossissime effunditur (3). » Le vénérable Bède s’est proposé dans son commentaire du Cantique, de combattre les erreurs que cet hérétique avait répandues dans le sien.
Parmi les modernes qui, dans les Cantiques, n’ont vu que le mariage de Salomon avec la fille de Pharaon, il en est un qui ne peut pas être passé sous silence. C’est le célèbre Grotius qui conciliait tant bien que mal, une foi assez prononcée sur le gros des dogmes chrétiens, avec des allures bien hardies, même aux yeux des protestants, et qui à émis plus d’une opinion téméraire sur les livres saints. Voiei comment il apprécie le Can-
MoUPConc œcum:V, GP: Coll. iv; Ap. S. Binium, t, II, p. 535, ap. Mansi, t. IX, col. 225. | . (2) Contra Nestor., et Eutychen, in Canisii lect. antiq., vol. 4, p. 577, Rosenmüller, p. 270, note
(3) S. Greg. Magni Opp., Admonit., in Cant., t. IT, 2e p., p. 393 et 394.
Ho
dus
bientôt le cherche encore par les voies publiques, mais cette fois est :
arrêtée et battue par les gardes (4)? |
Il est fort à croire que Grotius m'aurait pas été aussi frappé des incohérences du saint Cantique, s’il l'avait envisagé comme une allégorie htté-.
rale. Le sens spirituel qu’il s’est contenté de regarder comme possible,
aurait été pour lui le sens immédiat, et aurait fait disparaitre les inco-.
hérences qui l’ont frappé.
Plusieurs ont imaginé que lamant n’est point Salomon, mais un berger. à qui l'épouse a donné sa foi, et la lui conserve, malgré les efforts . tentés par le roi, pour la séduire. Rosenmüller cite quelques docteurs . allemands qui ont écrit sur ce thème, et dont le plus célèbre est J. David Michaelis dans ses notes sur Lowth, « De sacra Hebræorum poesi (5). » . Mais, comme le remarque Rosenmüller, chacun de ces auteurs, pour. donner de la vraisemblance à son hypothèse, est obligé de faire entrer .
dans le cadre du poème, des détails plus arbitraires les uns que les autres,
et tous également étrangers à la vraisemblance et à la pensée de l’auteur. : G. H. A. Ewald avait déjà été frappé des difficultés de ce système d’in- |
- terprétalion, Mais ïl Pa remplacé par un autre qui, s’il n’avait pas été de. Jui, dit Rosenmüller, n’aurait pas échappé à la causticité de sa verve (6).
Selon Ewald, c’est la Sulamite qui est en scène ; en se promenant dans |
la riante campagne d’Engaddi, elle s’embarrasse entre les chars du rot, :
qui, épris d'amour pour elle, la fait arrêter et conduire dans son gynécée. |
Mais il faut, ce semble, être bien préoccupé d’une idée, pour voir une.
arrestation de ce genre, dans les ÿÿ. 11 et 12 du chapitre vi, qui sont d’ail-
leurs fort mal placés près de la fin du livre pour commencer le drame. Et .
si l’on compare ce passage à un autre (7) qui précède de beaucoup dans le
(4) 1, 46 et 17.
(2) 1, 8 et 9.
43) au, 4-4
(£) v. 4-7. | | | Ra {51 Not. 123, Rosenmül., in cantic., proœm.. p. 264. Li (6) Rosenmül,, p. 263.