‹ Le Cantique des CantiquesChapitre 12 sur 81 · Certains auteurs qui se disent et qui se croient de · texte numérisé non relu

Certains auteurs qui se disent et qui se croient de

purs allégoristes montrent parfois dans l'exposé de leurs systèmes ou dans le détail de leur exégèse une singulière méconnaissance du principe allégorique. Origène lui-môme s'exprime parfois d'une façon équivoque (cf. Scholz, p. vi). M^'^ Meignan, qui prétend bien être allégoriste, admet, non pas une histoire réelle d'amour comme Bossuet, mais une histoire fictive. D'après lui, le Cantique est une idylle qui peint « l'amour ardent et mutuel d'un berger et d'une bergère » et le poète « a fait la peinture de l'amour humain pour mettre dans un relief plus saisissant l'amour divin » {Salomon, p. M8). On remarque une confusion d'idées analogue dans certaines notes de la Sainte Bible de Fillion (t. IV, 1900) ; in 6, 10 : « Le printemps avait pour la troisième fois remplacé l'hiver depuis le début du Cantique » ; in 8, 5 : « En se promenant, les Époux mystiques rencontrent un arbre qui leur rappelle d'émouvants souvenirs. C'est là qu'ils avaient échangé leurs premières paroles d'amour. » Chez plusieurs commentateurs le sens extérieur et apparent prend une telle importance, et le sens allégorique est réduit à si peu de chose qu'on se demande s'il faut encore les considérer comme des allégoristes.

35. Les différents systèmes allégoriques. ~ Tous les allégoristes, Juifs ou chrétiens, sont d'accord pour admettre que le Cantique est une pure allégorie. Mais l'accord cesse dès qu'il s'agit de préciser le sujet de cette allégorie. Nous parlerons d'abord de l'allégorie juive traditionnelle, puis des allégories chrétiennes des anciens Pères (n° 45 sq.), enfin de certains systèmes allégoriques indépendants (n*' 49 sq.).

36. L'allégorie juive chez les Juifs. — L'histoire de l'exégèse du Cantique chez les Juifs a été écrite avec grand soin par Salfeld {Bas Hohelied Salomo's bei den jûdischen Erkldrern des Mittelalters, 1879) ^ Les principales sources auxquelles nous pouvons étudier cette exégèse sont le Targum du Cantique et le Midrash Rabbah sur le Cantique-.

1. Voir aussi rinlroduction des commentaires de Ginsburg et de Griilz.

2. En dehors de la littérature rabbinique, il faut mentionner le IV« livre d'Esdras. D'après Gunkel (dans Kautzsch : Apocryphen und Pseu-

Il convient d'y joindre les grands commentateurs qui ont filtré et systématisé les opinions traditionnelles, et au premier rang Rashi et Ibn Ezra.

Aussi loin que nous pouvons remonter, nous trouvons que les Juifs ont vu dans le Cantique une allégorie sur l'amour de Jéhovah et d'Israël. Akiba, qui défendit si énergiquement la sainteté et la canonicité du livre, déclarait que le Cantique glorifie les rapports entre Jéhovah et Israël et décrit les principaux événements de l'histoire juive. Pour lui, l'Époux représente Dieu, l'Épouse Israël, et le chœur des femmes, les nations païennes ^

37. — Le Targum du Cantique, écrit dans un araméen de caractère composite, a été rédigé à une époque assez tardive, peut-être au vii^ ou au viii*^ siècle 2. Ce Targum n'est pas une simple paraphrase du texte biblique comme le Targum du Pentateuque ou celui des Prophètes : c'est une explication allégorique développée, du genre de celles qu'on trouve compilées dans le Midrash. Mais tandis que le Midrash, comme les chaînes du moyen âge chrétien, donne pêle-mêle une quantité d'interprétations différentes d'un même verset, le Targum du Cantique renferme une interprétation unique qui se développe en une suite régulière d'un bout à l'autre : notre Targum est, en somme, une interprétation midrashique suivie. Pour le targumiste, le Cantique décrit à grands traits l'histoire d'Israël depuis l'Exode jusqu'au Messie, et cette vue générale nous semble fort juste. Mais, comme à ses yeux le Messie est encore à venir, il est amené à voir dans la fin du Cantique l'exil actuel en Edom {= Rome) (7,12), dont le roi Messie délivrera un jour

depigraphen), ce livre fut écrit entre 90 et 100, par un Juif. Dans 5, 25, 26, l'auteur appelle Israël le lis et la colombe. « 11 ressort de ces images, dit avec raison Gunkel (h. 1.), que dès cette époque on interprétait allégoriquement le Cantique de Jéhovah et d'Israël. )>

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