Cf. W. Bâcher : Die Agada der Tannaiten, I
2. Cf. Dalman : Aram. Grammatik'^, p. 35; Salfeld : Das Hohelied..., p. 8; Riedel : Die Auslegung des Hohenliedes, pp. 6-8; Landauer : Zum Targum der Klagelieder (dans les Oriental. Studicn... Nôldehe, p. 505). La meilleure traduction du Targum est celle de Riedel (pp. 9-40).
Israël (8,1)- Le Targum parle tour à tour, parfois du reste en méconnaissant l'ordre chronologique, des événements de l'Exode, de rentrée en Palestine, du temple de Salomon, de rinfidélité d'Israël et de son exil en Babylonie, de sa libération par Cyrus et du retour en Palestine, des Maccabées et de l'ère messianique.
Notre Targum offre plusieurs particularités remarquables. Il insiste beaucoup sur les infidélités d'Israël, contrairement à l'esprit du poème qui présente ces infidélités en termes très voilés (cf. n^ 70). L'éloge des Maccabées (6,7), race détestée des Pharisiens, est à noter, car la littérature rabbinique ne leur est généralement pas favorable. Dans quelle mesure le Targum reproduit-il l'exégèse primitive du Cantique? il n'est pas aisé de le dire. Il y a dans cette interprétation aggadique une part considérable de fantaisie et d'enfantillage. Mais sous la broderie édifiante, on devine une trame qui s'imposait au targumiste comme ancienne et traditionnelle. Parmi les données qu'on peut considérer comme primitives, je noterai surtout l'idée que le Cantique décrit les principaux événements de l'histoire d'Israël.
38. — Le MiDRASH Rabbah sur le Cantique, écrit en hébreu, avec quelques parties araméennes, est une compilation rédigée en Palestine vers la fin du viii^ siècle ou dans la première moitié du ix^ ^ : il serait donc un peu postérieur au Targum. Le compilateur donne sur chaque verset un grand nombre d'interprétations avec l'indication des rabbins auxquels la tradition les attribuait^. Les principales sources de ce Midrash sont le Talmud de Jérusalem, la Pesikta de Rab Kahana, puis les anciens Midrashim Genèse-Rabbah et
1. Cf. Dalman, p. 22; Salfeld, p. 14; Riedel, p. 41; Lauterbach (dans la Jewish Encyclop., s. v. Shir Ha-Shirim Rabbah).
2. Il conviendra de se rappeler que le Midrash est une pure compilation d'opinions diverses, quand nous citerons cet ouvrage au cours du commentaire. Nous avons omis, en général, de donner pour chaque opinion, le nom du rabbin auquel elle est attribuée, la chose étant sans intérêt pour notre but. Pour plus de commodité, nous avons cité, comme Scholz, d'après la traduction de Wunsche (1880).
Lévitique-Rabbah. Le Midrash sur le Cantique représente exclusivement la tradition palestinienne. Les interprétations qu'il contient sont toutes dans la tonalité du Targum. Le fait que les explications de détail, parfois très disparates, s'inspirent toujours du même thème allégorique fondamental, à savoir l'histoire d'Israël, montre qu'il existait un fond d'idées traditionnelles qui s'imposait aux prédicateurs et aux exégètes. Les thèmes qui reviennent le plus souvent sont les événements de l'Exode, l'arche, le tabernacle et le temple, la loi, Moïse, le Messie.
On a publié récemment deux autres Midrashim sur le Cantique, le Midrash Zuta, sorte de commentaire homilétique, édité par Buber (1894) et par Schechter (1896), qui n'est pas antérieur à la seconde moitié du ix^ siècle, et un Midrash Shir-ha-shirim du xii® siècle, édité par Griinhut.
39. — Parmi les rabbins qui continuent la tradition exégétique du Cantique, nous nous contenterons de mentionner quelques noms.
Saadia (892-941) admet le sens allégorique. Malheureusement, le commentaire qui accompagnait sa version arabe du Cantique a péri, sauf un court fragment messianique sur 8,8-10. L'authenticité d'un autre commentaire attribué à Saadia est mise en doute par Salfeld et rejetée par Merx ^
La secte dissidente des Raraïtes, ces protestants du judaïsme, comme on les a appelés, a produit un commentaire du Cantique assez remarquable, celui de R. Yaphet Abou Aly (mort après 992), qui a été édité et traduit par l'abbé Bargès-. Ce commentaire est particulièrement intéressant pour nous, parce qu'il représente une école indépendante du judaïsme officiel ou rabbanite. Pour Yaphet comme pour les rabbanites, le Cantique est une allégorie historique. Mais il interprète la plus grande partie du poème non du passé,
1. Voir Merx : Die Saadjanische Vebersetzung des Hohen Liedes iii's Arahische (1882); et cf. Ginsburg, p. 37.
2. R. Yaphet Abou Aly : In Canticum Canticorum commentarium arabicum edidit et transtuUt Bargès (1884). — Nous citerons d'après Bargès.
comme ceux-ci, mais de l'avenir. Il n'explique guère du passé que i,l-5 (Josué); 5,2-4 (exil en Babylonie); 5,5-6 (le second temple)T-
40. — Parmi les rabbanites, le commentateur qui représente le plus fidèlement la tradition, est R. Salomon ben Isaac (mort en 1105), qu'on nomme ordinairement Rashi d'après les initiales de son nom, et qu'on appelait souvent autrefois larchi d'après le nom de la ville de Lunel, traduit en hébreu. 11 adopte la conception traditionnelle sur le Cantique, mais il ne suit pas servilement le Targum. Son système est plus cohérent et mieux ordonné que celui du targumiste. Il résume lui-même son interprétation de la façon suivante : « J'estime que Salomon a prophétisé et qu'il a parlé de la sortie d'Égypte, de l'octroi de la Torah, du tabernacle, de l'entrée dans la Terre promise, du temple, de l'exil babylonien, de la venue au second temple et de sa destruction » (in 2,7). Pour mieux faire connaître les vues de Rashi, nous donnerons une traduction littérale de la préface de son commentaire :
« Dieu a dit une chose : je l'ai comprise de deux façons )> (Ps. 62,12). Un texte biblique peut avoir plusieurs sens, mais en fm de compte il n'y a pas de verset qui soit indépendant de son sens littéral entendu naturellement. Bien que les propliètes aient parlé d'une façon allégorique, il faut néanmoins exposer l'allégorie de la manière qui lui convient, et en se conformant à l'ordre dans lequel se suivent les versets.
J'ai lu sur ce livre nombre de xMidrashim aggadiques : les uns forment une explication unique et qui se suit ; les autres donnent des explications aggadiques isolées et sans suite pour les diflérents versets, et ne tiennent compte ni du sens grammatical des versets ni de leur ordre.
^ Quant à moi, j'estime que Salomon a vu, grâce à l'Esprit Saint, qu'Israël irait de captivité en captivité, de ruine en ruine, et qu'en captivité, elle se lamenterait sur sa gloire passée, qu'elle se rappellerait ses premières amours, comme quoi elle était le bien pro-
1. D'après Berliner, toute cette fin de la préface ne serait pas de Rashi, mais de Joseph Kara (cf. Salfeld, p. 41).
pre de Jéhovah préférablement à toutes les nations, et qu'elle dirait : « Je retournerai à mon premier Époux, car j'étais alors plus heureuse qu'aujourd'hui » (Osée 2,9), qu'elle se rappellerait les bontés de cet Époux et ses infidélités à elle et les bienfaits promis par lui pour la fin des temps. Salomon composa donc ce livre, inspiré par l'Esprit Saint, sous la figure d'une femme qui souffre les douleurs du veuvage alors que son mari est encore vivant, qui ressent pour lui d'ardents désirs, qui « s'appuie sur son bienaimé » (Gant. 8,5), qui lui rappelle ses jeunes amours et avoue ses fautes. Son bien-aimé, de son côté, partage sa douleur; il lui rappelle les grâces de sa jeunesse, les charmes de sa beauté, la droiture de sa conduite qui l'enchaîna à elle par un ardent amour. Par là, il veut lui faire entendre qu' <( il ne l'a pas rejetée de son cœur » (Lam. 3,33), que son renvoi n'est pas pour toujours, mais qu'elle est encore son Epouse et lui son Époux, et qu'un jour il reviendra à elle.
41. — Abraham Ibn Ezra (mort en 1167), tout en admettant le principe allégorique, s'écarte cependant notablement de l'esprit de la tradition par l'importance exagérée qu'il donne au sens apparent du poème (voir n*' 33). Il semble n'avoir pas perçu nettement que, dans une allégorie, le sens grammatical exprime directement et sans intermédiaire la réalité visée par le poète. Il divise son commentaire en trois parties distinctes : explication philologique et grammaticale, explication du sens apparent qu'il appelle S'^ja {ce qui alUgorise) et qui forme comme un petit roman, enfin explication de l'allégorie, c'est-à-dire de la chose signifiée par le Stja et qu'il appelle in S^JD^n {ce qui est allégorisé) ^ . Le commentaire que j'ai utilisé est celui qu'on trouve dans les Bibles rabbiniques et que Genebrard a traduit en latin. Mathews a publié en 1874 une recension notablement différente. Ibn Ezra voit successivement dans le Cantique le séjour des Hébreux en Égypte, leur délivrance, la loi donnée au Sinaï, l'entrée en Chanaan, le temple, le schisme des dix tribus, la captivité de Babylone, le retour en Palestine, l'oppression des Juifs par les Syriens, les succès des Macca-