‹ Le Cantique des CantiquesChapitre 16 sur 81 · Cf. Riedel, op. cit. y pp · texte numérisé non relu

Cf. Riedel, op. cit. y pp

3. Édité dans G. Heine : Bibliotheca Anecdotorum (1848). Wilmart a réédité la première homélie dans le Bullet'm de iittér. ecclés. de Toulouse, oct. 1906.

et à l'âme indifféremment. Pour saint Bernard, l'Épouse est proprement l'Église : l'âme n'est Épouse qu'en tant qu'elle appartient à l'Église; mais, en fait, il n'applique guère qu'à l'âme. Le commentaire de saint Thomas est une œuvre indépendante et d'une extrême originalité, qui montre bien l'absence d'une tradition chrétienne précise sur l'interprétation du texte et la liberté avec laquelle on peut l'expliquer. Saint Thomas a mis dans ce commentaire tout son cœur et tout son esprit, ses vues mystiques et ses théories scolastiques; il applique le texte beaucoup moins à l'Église qu'à l'âme.

47. — On le voit, il n'existe pas dans l'ancienne littérature chrétienne une allégorie unique : chaque auteur voit à son gré dans tel ou tel verset l'âme, l'Église ou même la sainte Vierge. Nous pouvons donc affirmer avec le P. Gietmann que la liberté de l'exégète est ici très large : « Allegoriarum usus maxime varius est. Nihil igitur, ut generatim concludamus, veterum auctoritate efficitur, nisi hoc unum, allegorica utendum esse ratione mferpretandi ac divinum esse Sponsum; atque id ipsum ita communiter veteres tenent, ut dissentire homini catholico non liceat. In ceteris rébus, utpote dubiis, libertas erit » (p. 368). Ajoutons toutefois aux paroles du P. Gietmann que l'Église n'impose même pas le principe de l'allégorie. De la condamnation de Théodore de Mopsueste (n° 56) il ressort simplement que le Cantique n'est pas un chant purement profane. Les adversaires de l'allégorie pure, qui admettent à la fois un sens profane et un sens spirituel, comme Bossuet et Calmet, ne sont donc pas atteints par le décret du 5^ concile œcuménique.

48. Les allégories chrétiennes fondues ensemble par la THÉORIE GÉNÉRALisATRiCE. — Le désir dc couscrver les applications à l'âme, à l'Église, à la Vierge (et aussi à Israël), en n'admettant cependant qu'un sens littéral unique a donné naissance à la théorie généralisatrice, dont nous avons déjà parlé plus haut (n° 19). Cette théorie dont on trouve des traces chez beaucoup d'auteurs anciens, chez Mercerus par

exemple, a été nettement formulée par le P. Gietmann. Elle semble s'être dessinée dans son esprit en terminant son commentaire. Tandis que dans le cours de l'ouvrage il interprétait le Cantique uniquement de l'Église dont il voyait décrits certains états : consolation, travail, épreuve, etc., arrivé au terme, il écrit (p. 538) en généralisant singulièrement : « Nihil est aliud Canticum Ganticorum nisi inter increatam et creatam naturam supernaturalis consuetudo communiter plerumque descripta, sed aliquando raris lineamentis ad Ecclesiam Christi proprie accommodata. » Cette idée, émise en 1890, a été reprise et développée dans un article de la Zeitschrift fur Katholische Théologie (1903, pp. 385 sq.). Dans cet article, le P. Gietmann élargit beaucoup le point de vue de son commentaire. Il admet qu'une idée générale peut s'appliquer, au sens littéral, à plusieurs objets, et que, dans le Cantique, l'Épouse est un symbole général qui désigne à la fois l'Église et la Vierge. Il se reproche d'avoir été dans son commentaire (pp. 538, 542 sq.) trop scrupuleux dans l'application à Marie. « Les expressions, dit-il, sont partout assez générales et conviennent mieux, en certains passages, à la Vierge qu'à l'Église... Les paroles du Cantique se rapportent donc à l'Épouse de Dieu dans un sens général : celle-ci est l'Église, et à côté d'elle, sans aucun doute, Marie... »

Le P. de la Broise ^ admet cette idée, qu'il généralise encore davantage : « La lettre du poème chante d'une façon très générale l'amour de Dieu pour l'humanité : son amour pour la Vierge fait donc partie intégrante du sens littéral... Il y a place, sous le voile très ample de l'allégorie, pour d'autres personnes réelles, comme chacune des âmes saintes ou mystiques, comme la Synagogue et l'Église, auxquelles le titre d'Épouse convient à divers degrés. »

M^'" Meignan professe la même théorie : « Nous y voyons (dans le Cantique) le Verbe multipliant, sous le nom de Jéhovah et de Jésus, les témoignages de son amour pour

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