‹ Le Cantique des CantiquesChapitre 17 sur 81 · la Soinie Vierge (1904), p · texte numérisé non relu

la Soinie Vierge (1904), p

rhumanité. Que cette humanité soit Israël, l'Église, la Vierge Marie, Tâme chrétienne, peu importe : c'est au fond la même chose. La Sulamite dans son symbolisme peut être tout cela » (p. 389; voir aussi pp. 390, 428, 440, 442, 445).

Nous avons déjà dit (n» 19) à quelle invraisemblance littéraire se heurte la théorie généralisatrice. Nous nous contenterons d'ajouter ici une remarque. Le Cantique étant un chant d'amour, l'amour de Jéhovah et d'Israël, il est naturel que certaines expressions puissent convenir à un autre amour soit humain, soit surtout divin. Nous dirons même que l'amour de Dieu ou du Christ pour l'Église réalise d'une façon éminente l'idée générale du Cantique. Mais nous ne pouvons rien conclure de ce fait pour le sens littéral du livre. De ce que l'Église est l'Épouse de Dieu dans un sens plus réel et plus vrai, comment aurait-on le droit de conclure que Dieu a dû inspirer à un Juif un poème sur cette Épouse de l'avenir? De ce que l'éloge du verset 4,7 : « Tu es toute belle, ma bien-aimée : il n'est en toi aucun défaut », pris à la lettre, se vérifie mieux de Marie que d'Israël ou que de l'Église, est-il légitime de conclure que le sens littéral de ce verset concerne la sainte Vierge? Nous reconnaissons que, tous les amours ayant certains caractères communs, le Cantique est susceptible de nombreuses applications, mais nous nions que l'amour chanté par le poète soit un amour général; c'est, au contraire, l'amour très précis de Jéhovah et d'Israël. Nous admettons volontiers que cet amour est le type de l'amour de Dieu pour l'ÉgUse, Vanalogue de son amour pour l'âme fidèle et pour la sainte Vierge, mais nous nions que le détail du texte puisse, au sens littéral, exprimer autre chose que les rapports historiques de Jéhovah et d'Israël.

49. Allégories indépendantes. — Nous groupons sous ce chef différents systèmes d'allégorie, soit religieux, soit profanes, qui ne se rattachent ni à l'allégorie juive traditionnelle, ni aux anciennes allégories chrétiennes.

De même que les Juifs voyaient dans le Cantique la suite des événements historiques de leur nation, bon nombre

d'anciens auteurs chrétiens, dans leur application du poème au Nouveau Testament, ont cru voir décrits certains événements soit de la vie du Christ, soit de TÉglise. C'est ainsi que Philo Carpasius (iv^ siècle) voit dans les colonnes de Cant. 3,9 « Jacques et Jean qui semblaient être des colonnes » (Gai. 2,9). Il applique 5,1 sq. à la passion du Christ, à la résurrection et en particulier à Tapôtre Thomas.

Plus tard, quand l'Église eut derrière elle un long passé, on crut reconnaître dans certains passages du Cantique telle ou telle période de son histoire : c'est ainsi que Lyranus voit dans 8,1-7 la pacification de l'Église sous Constantin. D'autres auteurs ont admis que le Cantique, en entier ou en grande partie, prophétise l'histoire de l'Église. Ainsi le P. Sherlog, S. J. (1640), Gocceius (1665), Heunisch (1688), Duprat (1891) voient dans le poème uniquement l'histoire de l'Église. D'autres sont plus modérés : ainsi Alstedius (1640) n'applique à l'Église que 4,8-8,14.

50. — Pour certains auteurs, le Cantique décrirait une situation historique particuliè're. Luther considérait le poème comme une allégorie politique, dans laquelle Salomon louerait Dieu d'avoir béni son régne. Hug, en 1813, et Torelli, en 1892, ont trouvé, indépendamment l'un de l'autre, la même explication : l'Épouse serait le royaume d'Israël qui désire se réunir au royaume de Juda. D'après Kaiser (1825) « le Cantique est une hymne composée pour célébrer le rétablissement des institutions religieuses des Juifs par Sérubabel, Esdras et Néhémie. Elle se divise en trois parties dont chacune chante l'un de ces trois grands hommes ; la première traite du retour de l'exil d'une colonie juive sous la conduite de Sérubabel, et de la fondation du temple ; la seconde a pour sujet Esdras et les services qu'il rendit à la nouvelle colonie; la troisième chante la splendeur de Néhémie, la beauté de Jérusalem et la construction de ses murs ^ ». Pour Godet 2 « le vrai sujet du drame est la transformation déci-

1. Cunitz : Histoire critique de Vinlerprétation du Cantique, p. 41.

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