Mittheilungen. II (1887), p
(Bèter) (2,17) rappelle la montagne des anni (victimes coupées en deux pour le sacrifice). L'Épouse est seulement appelée n'^izhw {Sulamite) (7,1) quand elle a « retrouvé la paix » (cf. 8,10).
Ces allusions, et beaucoup d'autres sans doute, qui nous échappent mais qui n'échappaient pas aux premiers lecteurs du Cantique, permettaient à ceux-ci de découvrir assez aisément le sens du poème, non seulement dans ses grandes lignes, mais encore dans ses détails.
75. — Les IMAGES sont semées d'une main prodigue, et elles se suivent parfois avec une certaine incohérence. Ainsi, après l'image de la vigne (1,6) nous trouvons sans transition celle du troupeau (1,7); après l'image du pommier (2,3), celle de « la maison du vin » (2,4).
Quant au choix des images, on peut constater une certaine différence entre les deux moitiés du Cantique. La première partie (1,5-5,1) qui décrit la première alliance et, pour ainsi dire, les premières amours d'Israël, se distingue par une fraîcheur toute particulière. Nous y trouvons la description du printemps (2,11 sq.), du jardin aux plantes rares (4,11 sq.), des bijoux que l'Époux donne comme cadeau de noce à l'Épouse (1,10-11); les comparaisons gracieuses du lis (2,1), du pommier (2,3), de la colombe (2, 14). La seconde partie a quelque chose de plus chaud et de plus ardent, par exemple le dernier éloge de l'Épouse par l'Époux (7,7 sq.) et la description du véritable amour (8, 6 sq.). Les images et les comparaisons ont aussi un caractère plus grandiose, par exemple la description de l'Époux par l'Épouse (5,10 sq.), les descriptions de l'Épouse par les nations (6,10; 7,2 sq.).
76. — Les COMPARAISONS sont extrêmement nombreuses. Dans beaucoup de ces comparaisons, le poète après avoir rapproché les deux termes (le sujet et l'image) ajoute un ou même plusieurs détails, qui parfois sont assez longs. « Ces additions d'embellissement appartiennent à la manière de notre poète » (Stickel, p. 172). Il est bon de remarquer, pour l'intelligence de ces comparaisons, que le détail ajouté
se rapporte directement à l'image et non au sujet de la comparaison. Les seules exceptions que je trouve sont 5, 13 b : c( ses lèvres (rouges comme) des lis distillent une myrrhe exquise » où la myrrhe se rapporte aux lèvres et non aux lis^ et 4,1 a (4,3 b = 6,7 b) où l'addition « à travers ton voile » se rapporte évidemment aux yeux et aux joues. Du fait que le détail ajouté se rapporte presque toujours directement à l'image et non au sujet, on ne peut pas conclure que c'est un pur ornement littéraire, sans intention allégorique. Le détail peut fort bien avoir été choisi par le poète pour indiquer, par allusion, une qualité du sujet. La chose doit être examinée dans chaque cas particulier.
Le groupement le plus fréquent est : 1) sujet; 2) image; 3) addition à l'image : 4,1 b (= 6,5); 4,2 (= 6,6); 4,5; 5,12; 5,13 a; 5,14; 5,15; 7,2; 7,3; 7,5. Les autres groupements sont : 1) image; 2) sujet; 3) addition à l'image : 1,13; 1,14; 4,4; — 1) sujet; 2) image; 3) addition au sujet : 4,1 a; 5, 13 b; — 1) image; 2) sujet; 3) addition au sujet : 4,3 b (6,7 b).
77. — Notre poète emploie fréquemment le parallélisme palilogique qui consiste à répéter un ou plusieurs membres de phrase en les séparant par un vocatif ou par un autre mot; V. g. : 1,15; 4,1; 4,8,9, *12; 5,9; 6,i; 7,1 (cf. Gràtz, p. 93).
Parfois un mot est repris dans la phrase suivante : colliers (1,10, 11); /w(2,l,2); mur (8,9, 10).
L'auteur sépare parfois un mot ou un groupe de mots du membre de phrase auquel il se rapporte logiquement; v. g. : qui paît parmi les lis (2,16); les gardes des murs (5,7).
78. — Le poète aime beaucoup la synomjmie : 1,16, 17; 2, 8,9,10 etc.
Il a aussi quelques paronomases : -ja^r ... ]nw 1,3; hSd^ ... DbDtt? 4,2; nbn ... •'un; ^hi^ ... nTJsSn 4,4; □nana ... D-ip^aa 5,16; m- ... w^t^iM 7,13-14,
79. — On remarque dans le Cantique un très large emploi du pluriel pour le singulier: inDi 1,9; naina 1,17; □'>S''N,
ij^Sn^, Pij']bn2,9; ^i^n 2,14; nn 2,17 (8,14); r\M 3,1 (3,8); 111-10^13,6; niS35,5; 0^3:1 6, 2, Ij^nns 7,14.
Si quelques-uns de ces pluriels peuvent s'expliquer grammaticalement (cf. Gesenius-Kautzsch, § 124), la plupart sont dus à une recherche poétique.
80. — Les hapax legomena sont relativement très nombreux. Casanowicz, dans la Jewish Encyclopedia (t. VI, 228), compte 13 racines uniques et 17 formes uniques. Les 13 racines uniques sont : '?i:iN* 6,11; 3,9; nn 7,10; □min 1,10; DiD-in 2,9; 5,3; ddid 4,14; ino, 7,3; D^JDJD 7,9; iriD 2,11; □''Ta^in 1,17; nT'sSn 4,4; □''SnSn 5,11.
81. MÉTRIQUE DU Cantique. — Les questions de métrique et de strophique relatives au Cantique ont attiré l'attention d'un certain nombre de savants. Parmi les travaux récents sur le sujet il convient de signaler ceux de Bickell (utilisés par Budde; cf. p. xxiv, n. 2) et celui de SchlôgP. Le défaut principal de ces travaux est de sacrifier trop facilement le texte à la théorie, le fait à l'hypothèse. Siegfried (p. i) rejette avec raison les fantaisies de Bickell qui rendent le texte méconnaissable. Dans l'état actuel de nos connaissances, il est contraire à la saine méthode de pratiquer des corrections de texte pour des raisons de métrique.
Les traducteurs sont loin d'être d'accord sur la longueur des vers et des stiques. Kàmpf donne à ses lignes une brièveté excessive, inférieure souvent à celle du groupe métrique le plus court (*%Me). Baethgenet d'autres admettent au contraire des lignes si longues qu'on ne sent plus guère le rythme . J'estime que le stique le plus court a au moins deux accents. Ces deux accents se répartissent presque toujours sur deux mots; je ne trouve d'exception que 8,2: •'JTaSn (mais cf. Vulgate) et 8,13 : ''jyiaxîjn qui étaient peut-être, à cause de
1. Le P. Hontheim a publié dans la Biblische Zeitschrift (1906 sq.) et à part (1908), une étude métrique et strophique sur le Cantique. — Dalman dans la Biblia Hebraica de Kittel propose beaucoup de corrections de texte d'après des raisons de métrique. — La division métrique de Sievers se trouve dans ses Metrische Studien, t. 1, pp. 539-651.
leur longueur, prononcés avec deux accents : tHàmm'^déni, hàsmi 'ini * .
J'ai essayé, dens la traduction, de rendre le rythme, mais je ne suis pas sûr d'avoir toujours reproduit exactement les stiques de l'hébreu. Si dans certains cas (v. g. 2,15; 6,10, 11) la division des stiques est nettement indiquée par la structure grammaticale de la phrase, dans d'autres cas il y a lieu d'hésiter. On peut dire d'une façon générale que la pensée est très rythmée et que la division métrique suit le rythme de la pensée. D'ordinaire, le premier stique exprime l'idée principale ; le second, qui est généralement plus court, ne fait que développer ou compléter le premier; par exemple, 6,2:
Mon bien-aiiné est descendu à son jardin,
aux parterres de baumiers, pour paître dans les jardins
et pour cueillir des lis.
Souvent, outre un second stique complémentaire, il y en a un troisième (v. g. 4,1) et un quatrième (v. g. 4,2), de sorte que certains vers donnent l'impression d'une cascade.
82. Obscurité du Cantique. — L'obscurité du Cantique est généralement reconnue. Saint Augustin, par exemple, disait à un adversaire : « Qu'est-ce que vous objectez du Cantique des cantiques! Ce que peut-être vous n'entendez pas. Car ce Cantique est énigmatique ; il est connu d'un petit nombre d'hommes intelligents; il s'ouvre à un petit nombre de ceux qui frappent » (Serm. 46, cap. xv, 35). Clericus insiste avec raison dans son commentaire sur l'obscurité du détail ; il dit par exemple (in 8,14) : « Multa in hoc Cantico occurrunt, quae ne omnibus quidem aequalibus perspicua, ut puto, erant, nedum ut nobis intelligi hodie possint », et sur Nardus mea (1,12) : « Forte nescio quid aliud significetur,
1. « Nous savons que quand un mol (latin) était trop long il avait au moins deux accents; ex. : miignitûdo, îtnbuîsse, incôgitâbilis, indéfessôrum. » Riemann et Goelzer, Gramm. comparée du grec et du latin. Phonétique, p. 84. — L'existence, en hébreu, d'un accent secondaire, dans un grand nombre de cas, est assurée par le mèteg (cf. S 16 d).
in stylo figurato hujus libri, quod nunc nemo divinet. » Renan déclare de son côté (p. 1) : «... de tous les monuments littéraires du peuple juif, c'est sans contredit celui dont le plan, la nature et le sens général sont le plus obscurs. » Le prodigieux érudit que fut Paul de Lagarde avouait ne rien comprendre au Cantique ^ Au jugement de Delitzsch, le Cantique est le livre de beaucoup le plus difficile de la Bible. Du reste, l'extrême variété des interprétations suffirait à montrer que le poème ne s'entend pas aisément. Mais beaucoup oublient dans la pratique cette obscurité qu'ils ont admise en principe, et l'on trouve dans les commentaires, dans les lexiques de la langue hébraïque, dans les dictionnaires bibliques, dans les ouvrages d'archéologie ou de littérature, une foule de conclusions de détail appuyées sur le texte du Cantique et qui sont données sans ombre d'hésitation. C'est ainsi que pour la détermination du sens de certains termes, on se guide d'après une interprétation naturaliste du passage en question; on déforme le sens du mot d'après la situation qu'on suppose décrite. On prend pour des métaphores ordinaires et empruntées purement et simplement à la nature, des métaphores qui sont inspirées, au moins dans une certaine mesure, par l'allégorie. On oublie, par exemple, que dans les descriptions de l'Épouse, certains traits ne conviennent pas à une femme réelle, mais seulement à la femme allégorique qu'est Israël. De même, chercher à reconstituer une litière de luxe ou un lit d'après la description de Vappirion de 3,9 sq. est une entreprise illusoire, puisque le poète pense en réalité à tout autre chose. Du verset 3,6 il n'est pas permis de conclure avec Plummer ^ que le fiancé juif se parfumait d'une façon excessive.
Il est inutile de multipher les exemples, mais il ne l'est pas de mettre en garde contre les conclusions lexicographiques, littéraires ou archéologiques qui méconnaissent le véritable caractère du Cantique. A plus forte raison convient-il de se
1. « Vom Zeitalter und Sinne dièses Gedichts weiss ich nichts. » Mittheilungen, II, 17.