Dans Hastings : Dictionary of the Bible, I, 327 a
défier de certaines corrections de texte, surtout quand elles sont proposées par des hommes à imagination puissante comme Grâtz ou Gheyne ^ .
L'obscurité du poème tient surtout à deux causes d'un caractère général. L'allégorie, d'abord, par sa nature même, comporte un certain clair-obscur, puisque au lieu d'exprimer directement sa pensée, le poète semble parler d'une chose alors qu'il en vise réellement une autre. Mais c'est surtout qu'une allégorie historique, comme celle du Cantique, ne se comprend bien que si l'on est au courant des événements et des idées de l'époque où elle fut composée. L'ode 0 navis que les critiques modernes, après Quintilien (VIII, 6,44), regardent généralement comme une pure allégorie, pouvait être assez claire pour les contemporains d'Horace : ils devinaient sans trop d'effort que le mât brisé désigne Pompée, les dieux invoqués après le premier naufrage Brutus et Cassius, etc., mais quiconque n'est pas au courant des événements pourrait être tenté de nier la réalité des traits allégoriques de détail pour ne voir dans l'ode qu'une allégorie d'un caractère très général sur les dangers de la république, à moins qu'il ne préfère soutenir, avec Dacier, que l'ode n'a rien d'allégorique. Ce qui aurait pu avoir lieu pour l'ode d'Horace est justement arrivé au Cantique : à mesure que la tradition littéraire qui convoyait le poème s'oblitéra, on se désintéressa de l'interprétation précise du détail de Tallégorie et l'on se contenta d'une exégèse plus ou moins syncrétiste et généralisatrice.
Vï. — Le symbolisme du Cantique.
83. Le mariage. — Le symbolisme du mariage pour exprimer l'union de Jéhovah et d'Israël a été emprunté par l'auteur du Cantique aux écrits des prophètes. Outre que le caractère mutuel de l'amour des époux est la plus vivante image de l'amour que Dieu avait voué à sa nation chérie et de celui
1. « I regret to say that I cannot accept any of Cheyne's emendations (proposed in the Jewish Quarterly Review). » P. Haupt.
qu'il demandait d'elle, deux traits du mariage étaient particulièrement aptes à symboliser les rapports de Jéhovah et d'Israël. De même que l'homme se choisit une seule épouse, à l'exclusion de toutes les autres femmes, ainsi Jéhovah avait élu, parmi tous les peuples, la nation d'Israël, et à cet égard, le titre symbolique d'Épouse convenait beaucoup mieux à l'Église de l'ancienne alliance qu'à l'Église du Nouveau Testament laquelle est essentiellement universelle, catholique, s'étendant à toutes les nations de la terre. Ce choix bénévole, gratuit, spontané et exclusif de Jéhovah a été bien mis en lumière par les prophètes, en particulier par Ézéchiel (ch. 16). Un autre trait de l'amour conjugal semble leur avoir inspiré ce symbolisme : je veux parler de \3l jalousie naturelle à l'époux. La petite nation israélite perdue au milieu des peuples idolâtres était toujours tentée d'adorer leurs dieux, d'abandonner son Époux pour « forniquer » avec des amants, comme parlent les prophètes, s'exposant ainsi à la juste colère de Jéhovah, le Dieu « jaloux » (cf. Deut. 32,16, 21). Ces deux traits du symbolisme se retrouvent précisément dans le Cantique : Jéhovah a pour Israël un amour de choix, privilégié, et pour ainsi dire exclusif (2,2; 6,8-9), mais aussi un amour jaloux, qui exige un dévouement et une fidélité absolus (8,6-7). Amour mutuel, amour exclusif, amour jaloux, à ces traits se borne le symbolisme du mariage chez notre poète comme chez les prophètes. C'étaient les seuls qui servaient leur idée : ce sont les seuls qu'ils ont exploités. Les autres aspects du mariage humain, en particulier, ce qui regarde la procréation, ne leur fournissaient pas de traits symboliques, et du reste le respect qu'ils avaient pour la divinité leur en eût interdit l'emploi. Notre poète a fait comme eux; il a élaboré poétiquement et dramatiquement les éléments qu'il trouvait chez les prophètes sans rien ajouter d'essentiellement nouveau : l'Époux aime rÉpouse avec tendresse, mais aussi avec une sainte jalousie; l'Épouse lui rend son amour, mais elle exprime son affection avec une nuance très marquée de respect.