‹ Le Cantique des CantiquesChapitre 26 sur 81 · Cf. Bâcher : Agada der Tannaiten, I · texte numérisé non relu

Cf. Bâcher : Agada der Tannaiten, I

pliquer autrement que par un rapport de dépendance (cf. n*' 104).

91. Le détail du symbolisme. — Les personnages du Cantique étant allégoriques, nous ne pouvons douter que les faits principaux et les détails les plus importants le soient aussi. Il est même vraisemblable, avant tout examen, que bon nombre de détails de moindre importance sont également allégoriques. Mais ici l'exégète doit se mettre en garde contre un double écueil. Il serait excessif de vouloir chercher dans les plus minimes détails des intentions symboliques : le caractère éminemment poétique de notre livre nous avertit d'avance que bien des expressions ne devront être prises que comme de purs ornements littéraires. Cette remarque vaut surtout pour les comparaisons très développées que le poète emploie en si grand nombre : il n'est guère vraisemblable que chaque détail de ces comparaisons ait eu, dans sa pensée, une intention allégorique. Par contre, l'ignorance où nous sommes de la valeur symbolique de tel détail ne prouve pas que ce détail soit un pur ornement poétique. Il est fort possible que les parfums, les parures, les plantes, les fleurs, les animaux, etc. dont les noms remplissent le Cantique aient eu, chacun, dans la pensée du poète, une valeur symbolique. Par exemple, la valeur symbolique des parfums en général ne semble pas douteuse : leur rôle dans le poème est trop important pour qu'on puisse les regarder comme de simples ornements littéraires (cf. 4,3, 12, 14; 3,6; 4,10, 11, 16; 5,2)'. L'importance donnée à la parure et aux ornements est également significative. Ainsi, au v. 4,9, une perle du collier de l'Épouse a le même effet qu'un de ses regards pour ravir le cœur de l'Époux^. Les ornements reviennent encore 1,10-

1. Les parfums ont également un rôle considérable dans l'Ecclésiastique (49,1; 50,9; etc.). Dans la symbolique juive plus récente, les parfums représentent les délectations d'une nature plus spirituelle ; c'est pourquoi on en brûle dans la cérémonie de la Habdalah (cf. Jew. Encyclop., VI, tl9).

2. « 11 va de soi que les colliers et les perles de la bergère, que le

11; 5,14; 7,2. Les plantes nommées 2,13 et 7,13 symbolisent certainement la Palestine. — Quoi qu'il en soit de la mesure à garder dans le détail, nous devons avouer que le symbolisme du Cantique nous échappe en grande partie. Ni dans la tradition juive, ni dans Texégèse chrétienne nous n'avons trouvé les éléments de solution pour de multiples petits problèmes. Nous indiquerons, quand il y aura lieu, dans le commentaire, les explications qui offrent quelque vraisemblance. Ici, nous nous contenterons de grouper quelques symbolismes qui reviennent plus fréquemment et qui semblent comporter une solution au moins probable.

92. — Le LIS a dans le Cantique un symbolisme très clair dont la clef nous est donnée aux versets 2,1-2. Dans ce passage, Israël se nomme elle-même un lis, et cette poétique appellation est reprise à sa louange par l'Époux. Si la nation est un lis, les individus qui la composent sont naturellement, eux aussi, des lis : c'est ainsi que l'Époux est représenté « paissant parmi les lis » (2,16; 6,3), ce qui veut dire que Jéhovah, pasteur d'Israël, habite parmi les Israélites. Les lis que l'Époux cueille (6,2) sont les Israélites dispersés que Jéhovah va rassembler. Au v. 7,3 enfin le même symbolisme est évoqué d'une façon indirecte, dans une comparaison. — Le symbolisme du lis pour Israël est devenu commun dans la littérature juive. Dans le IV® Esdras (5,24), Israël est « le lis unique cueilli » par Dieu. La chaste Suzanne, personnification d'Israël persécuté, porte le nom du lis (voir aussi le Targam et le Midrash in 2,1, 2). Dans le rituel (prière de Hanoukka), les Juifs sont appelés des Us, □''j^i^.

93. — Un autre symbolisme clair est celui qui représente les différents sanctuaires de Jéhovah comme des habitations (cf. n° 69). Dès le début du poème, nous entendons les

nard dont elle est parfumée ne peuvent s'entendre que des qualités et des vertus de la nation Israélite... » (Meignan, p. 447). — Dans l'Apocalypse (19,8), le fin lin dont l'Épouse est revêtue représente « les vertus des saints ».

« filles de Jérusalem » (= nations) demander à être introduites dans les « appartements » du roi, c'est-à-dire au temple (voir in 1,4). Nous voyons mentionnés les divers sanctuaires qu'Israël construisit pour Jéhovah. Le pavillon rustique de 1,16 désigne le tabernacle du désert; la maison de ma mère de 3,4 le tabernacle de la cité de David; le pavillon nuptial de 3,8 le temple de Salomon; la maison de ma mère de 8,2 le second temple.

94. — La VIGNE offre aussi un symbolisme assez cohérent. Cette vigne qui appartient à la fois à Jéhovah et à Israël, c'est ou simplement la Palestine (2,15 ; 6,11 ; 7,13) , ou bien, avec la Palestine, terre de Jéhovah, le royaume spirituel qui doit y fleurir, c'est-à-dire la vraie religion (1,6; 8,11-12).

95. — Le symbolisme du jardin est plus flottant. Tandis que les jardins de 8,13 et le jardin des noyers (6,11) désignent la Palestine, le jardin de plantes rares de 4,13-5,1 semble symboliser le temple.

96. — Le SOMMEIL de l'Épouse, dont l'Époux adjure les filles de Jérusalem de ne pas la réveiller, représente la calme jouissance d'Israël en la possession de son Dieu, dans le tabernacle du désert (2,7), dans le premier temple (3,5), dans le second temple (8,3-4). — Ce sommeil symbolique de l'union de Jéhovah et d'Israël est assez naturellement associé par le poète à l'idée de nuit. L'Épouse demande à l'Époux devenir vers elle avant la chute du jour (2,17; 4,6). Si l'Époux est absent la nuit, l'Épouse éplorée sort à sa recherche (3,1; 5,2). La nuit n'est donc pas un symbole de répreuve et de la souffrance, comme dans Lament. 1,2; 3, 2, 6; Job 30,26; 35,10. — Midi^ au contraire, est l'heure accablante du travail et de la peine (1,7).

VU. — Époque et auteur.

97. — Le titre du poème : « Cantique des cantiques, de Salomon » l'attribue clairement au grand roi qui composa des chants au nombre de mille et cinq (I R. 5,12). Les Juifs, et les Pères de l'Église à la suite des Juifs, ont accepté

la valeur de ce titre sans discussion, comme ils ont accepté les titres des Psaumes. Il existe donc en faveur de Torigine salomonienne du Cantique une traditiouj au sens vulgaire de ce mot. Cette tradition, c'est-à-dire cette opinion universellement reçue pendant des siècles et indiscutée parce qu'elle ne soulevait aucune objection, a-t-elle le caractère d'une tradition obligatoire? Quoi qu'il en soit des opinions qu'on a pu émettre autrefois sur ce sujet, les docteurs catholiques sont actuellement d'accord pour dire que les indications d'auteur contenues dans les titres des Psaumes et de certaines autres parties de la Bible n*ont pas dans tous les cas une valeur qui s'impose absolument. Pour VEcclésiaste y par exemple, les critiques catholiques sont aujourd'hui moralement unanimes à admettre que l'attribution de ce livre à Salomon, affirmée non seulement dans le titre, mais encore dans l'ouvrage lui-même (ch. 1-2), n'oblige pas à croire que le roi Salomon en est réellement l'auteur : c'est par une fiction littéraire — chose très différente d'un faux — que Salomon se donnerait comme auteur du livre. Les Pères n'ont pas eu scrupule de refuser à Salomon le livre intitulé : Sagesse de Salomon; c'est que la valeur des raisons tirées et de la langue et des idées du livre leur a semblé l'emporter de beaucoup sur la valeur du titre. Nul doute qu'ils eussent agi de même pour VEcclésiaste et pour le Cantique, si leur attention avait été éveillée sur les raisons graves qui mihtent contre l'attribution de ces livres à Salomon.

Le problème de l'authenticité du Cantique est tout à fait analogue à celui de VEcdésiaste; aussi aimons-nous à renvoyer, pour la question de principe, aux pages à la fois si fermes et si prudentes du P. Gondamin dans ses Etudes sur l'Ecclésiaste\ La difficulté est du reste encore moindre

1. Revue biblique, 1900, t. IX, pp. 30 sq. Cf. J. Brucker : L'Église et la Critique biblique (1908), p. 82 : « Le livre de l'Ecclésiaste, dans lequel semble... parler Salomon, fournit par ailleurs, dans diverses particularités, et par le caractère de sa langue et de son style, des raisons sérieuses de penser qu'il y a là un simple procédé. »

pour le Cantique que pour VEcclésiaste, car Salomon ne se donne nulle part comme l'auteur du poème : seul le titre le lui attribue. Or ce titre, soit qu'il ait été écrit par l'auteur lui-même, soit qu'il ait été ajouté plus tard, peut fort bien s'expliquer par la fiction littéraire, exactement comme pour ÏFcclésiaste et pour la Sagesse : on aura voulu mettre sous le patronage du plus savant et du plus sage des rois le ravissant et mystérieux poème. On y était d'autant plus instamment invité que le nom de Salomon revient plusieurs fois dans l'ouvrage (1,6; 3,7-11; 8,J1).

L'origine salomonienne du Cantique était encore admise en ces derniers temps par certains protestants conservateurs et par la plupart des catholiques. Ces derniers ont bien soin, du reste, de ne pas confondre la question d'authenticité avec celle de canonicité. Grandvaux, par exemple, fait nettement la distinction : « La question de l'authenticité du Cantique des Cantiques, restreinte à savoir quel en est précisément l'auteur, n'est, sans doute, pas capitale ; car elle n'intéresse essentiellement, ni le caractère sacré, ni le sens du livre » (p. 2). La Sainte Bible du chanoine Crampon^ fait une remarque analogue : « Il ne faut pas l'oublier, d'ailleurs, la question d'authenticité n'est pas de première i mportance. Ce qui est capital pour nous, c'est de connaître que le livre est inspiré ; cette affirmation de la canonicité est tout à fait indépendante de l'autre, et il est bon de l'en distinguer soigneusement » (p. 417). De plus en plus la question de l'authenticité du Cantique apparaît aux meilleurs théologiens comme une question laissée à la libre discussion des catholiques.

Les raisons qui montrent que le Cantique n'est pas de Salomon ni de l'époque salomonienne, mais date soit de la fin de l'exil soit même d'une période un peu postérieure, se prennent du contenu de l'ouvrage et de la langue. Bien entenrlu, c'est Y ensemble des indices convergents qui doit être ici considéré : tel menu détail envisagé isolément ne

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