Die Aramaismen im Alten Testament, I
forme ne se trouve que dans le titre du poème (Ges.-K. § 36). — La construction qu'on trouve dans iSn "iqid (1,6; 8,12) ; naS^S^ in*ûa (3,7) s'est introduite dans l'hébreu postérieur sous l'influence de l'araméen : elle est devenue courante en néo-hébreu (cf. § 135 w, N. 3). — L'expression ndità (1,7) est araméenne et récente. — Il faut dire la même chose de xâ (1,12; 2,7,17; 3,4,5; 4,6; 8,4), expression qui est devenue courante en néo-hébreu. — L'expression surchargée idî;dd (3,4) ne peut pas appartenir à l'ancien hébreu.
107. — Signalons encore parmi les indices d'une langue postérieure : l'emploi fréquent du Dativus commodi (1,8; 2, 10,13,17; 8,14) (cf. § 119 s ; « namentlich in der Umgangsspiache und im spàteren Stile ») ; — la répétition pléonastique du pronom séparé immédiatement après le verbe •ij^î Tiap (5,5) (cf. § 135 b : cette répétition est très fréquente dans l'Ecclésiaste) ; — l'emploi du pluriel au lieu du duel ; cf. ninsiir 4,3,11; 5,13; mSyj 7,2.
Le verbe npur construit avec "[a (8,2) est une construction de basse époque: cf. aussi nlp^tzjja (1,2).
Parmi les mots qui ne se trouvent que dans l'hébreu postérieur, on peut noter : ri33\^ 5,3; "îi:! 8,1; S^Sa 5,14; on^ 5,11; 5,15.
108. — Je groupe ici, pour la commodité, quelques autres remarques grammaticales qui pourraient être utilisées pour dater le Cantique, mais qui ne me paraissent pas, pour le moment, décisives.
Le waiu conversif ne se trouve que 2,17 (4,6) : ^IDJI et 6,9 ^ïn^^^''^, nïiSS.T'l; mais on ne trouve pas le parfait avec
waw employé, comme il l'est dans l'Ecclésiaste, au sens d'un passé narratif. — Dans la narration principale du Cantique, on trouve deux (5,6) et trois (5,7) parfaits simplement juxtaposés (cf. § 120 h). Voir aussi 2,11.
109. — Le poète emploie les verbes de mouvement avec une grande liberté. On trouve nil au sens de se hâtei^ (8,14) ; -|Sn (2,10), (2,17) et 220 (2,17) au sens de venir.
Pour l'emploi du pluriel au lieu' du singulier, voir n° 79.
110. — OV avec est employé dans le Cantique au sens atténué de et (1,11; 4,13,1^; S,l)- Ce sens donné hav est surtout poétique (cf. Brown, s. v. av 1). L'opinion de Gràtz (p. 58) qui voudrait voir dans cet emploi une influence du grec à'fxa est tout à fait invraisemblable.
s]N est également employé au sens atténué de et (1,16). L'idée de ou est rendue par ii< (2,7,9,17), alors que i serait plus usuel.
L'empiétement du masculin (pluriel) sur le féminin est fréquent dans le Cantique : 1,6; 2,5,7; 4,2; 6,6,8,9; 7,1.
La notion du duel semble plus ou moins oblitérée (voir in 4,5).
En présence des nombreux indices de langue postérieure que nous avons constatés, nous pouvons conclure, avec une très grande probabilité, que le Cantique n'a pas été écrit avant l'exil.
111. — Plusieurs raisons, d'autre part, nous empêchent de placer la composition du livre aussi bas que la plupart des modernes le font. C'est d'abord la perspective du poète, qui semble s'arrêter à la reconstruction des murs de Jérusalem (cf. n'^ 98). L'admission du Cantique parmi les livres canoniques se comprend mieux si, à l'époque de la formation du Canon, on le considérait déjà comme un livre ancien et même très ancien. Si l'on avait su qu'il était récent, il est fort possible que la hardiesse des images eût été un obstacle sérieux à sa réception. Enfin la traduction grecque du Cantique, dont nous ignorons, il est vrai, la date précise, montre que le livre avait déjà, à l'époque du traducteur, une antiquité relative. On voit, en effet, que le traducteur s'est contenté de transcrire le mot nliDSn, 6a>vcpicoô (4,4), qu'il ne comprenait pas : si le mot n'avait pas été relativement ancien, le traducteur aurait pu facilement arriver à en connaître le sens. Il ignorait aussi le sens d'un mot qui devait être bien connu à l'époque du Cantique : naï voile (4,1) (cf. n" 117).
112. — Avons-nous dans le Cantique quelques indices pouvant nous faire soupçonner dans quelle région il a été écrit? Parmi les détails géographiques, j'en trouve un seul
qui soit un peu caractéristique et qui dépasse les connaissances générales que pouvait facilement avoir tout Juif lettré, soit par ses lectures, soit par ses voyages ou les récits des voyageurs : c'est la mention des bassins d'Hésébon (7,5). Ce détail précis sur une particularité tout à fait locale pourrait être une indication. — J'ai relevé, d'autre part, certains mots qui semblent indiquer que l'auteur vivait dans une région où se faisait sentir Finfluence d'un dialecte arabe. Ces mots sont (1,16) ; TSn (2,5) ; mnïp (4,2) ; SdUT (4,2) ; nvsSn (?) (4,4) (Voir le commentaire). Mais comme l'arabe a pu influencer aussi bien certaines des régions où les Juifs étaient exilés que les pays limitrophes de la Palestine, l'élément arabe du Cantique ne nous éclaire pas sur le lieu d'origine.
En résumé, il me parait probable que le poème a été composé ou à la fin de l'exil ou peu de temps après le retour : l'auteur a pu l'écrire aussi bien en Babylonie qu'en Palestine.
113. — Les auteurs modernes qui admettent la valeur de l'argument linguistique sont d'accord pour dire que le Cantique n'est pas pré-exilien, mais ils varient d'une façon notable sur l'époque précise de sa composition. Gesenius [Geschichte der hebr. Sprache, p. 27) le place peu de temps après le retour de l'exil ; Kônig {Einleitung)^ vers 500; Halévy, peu après Néhémie; Castelli, entre le retour de l'exil et la fin de la période perse ; Wellhausen, suivi par Harper, dans la seconde moitié de la période perse; Gràtz, Rothstein, P. Haupt dans la période grecque; Budde et Siegfried, au 111° ou au II'' siècle ; Scholz, sous les Maccabées ; Toy, entre 200 et 100.
114. Occasion du Cantique. — Il est assez naturel de se demander si le Cantique n'a pas été écrit à l'occasion d'un événement particulier comme un certain nombre de psaumes et la plupart des prophéties. Étant donné le caractère optimiste du Cantique qui en fait un poème de consolation (n° 70) et la date que nous lui supposons, on pourrait conjecturer que le poète a voulu écrire pour consoler les exilés et
ouvrir leurs cœurs à l'espérance : peut-être même pourraiton voir dans le Cantique un chant du retour.
115. L'auteur. — Puisque les éléments nous manquent pour préciser la date du poème, à plus forte raison ne pouvons-nous rien dire de la personne de l'auteur. Nous ne pouvons le juger que d'après son œuvre. Sans être lui-même prophète (n° 98), c'était un homme nourri de la lecture des prophètes, partageant leurs hautes idées sur Dieu, sur le rôle d'Israël dans le monde, sur le Messie promis (cf. in 8, 1). Au point de vue littéraire, il suffît de lire le poème pour apprécier son talent ; il allie à un goût prononcé pour l'allégorie un sentiment très vif des beautés de la nature ; sa riche imagination lui fait trouver une foule de comparaisons gracieuses ; sa sensibilité vive et délicate fait de son poème une œuvre pleine d'une émotion sincère et élevée.