A la cavale du char de Pharaon
je te rends semblable, ma bien-aimée.
— Yaphet et Scholz disent avec raison que les chevreaux sont les Israélites eux-mêmes; cf. Ps. 78,52 : « (Jéhovah) fît avancer son peuple comme du menu bétail; il les mena comme un troupeau dans le désert. » — Spécimens d'interprétation : Targum : les demeures des bergers sont le Sanctuaire que bâtiront David et Salomon, pasteurs d'Israël. Lyra voit dans les pasteurs les patriarches, et il rapproche Gen. 46,34 : « Nous sommes pasteurs^ nous et nos pères. »
— L'anonyme d'Eppenstein (Introd., 42) voit ici « la sortie d'Égypte et l'entrée au pays d'Israol », interprétation indépendante, d'après Eppenstein.
9. — Le mot noiD, hapax legomenon, peut fort bien signifier cavale. Le sens cavalerie^ ensemble de chevaux, auquel on a pensé (déjà saint Jérôme), à cause du pluriel ''^31, ne s'impose pas; mais le singulier peut être entendu au sens générique : la cavale de la catégorie de celles qu'on attelle au char de Pharaon. Le yod de TiDD est paragogique, comme dans inn (Lam. 1,1), ^miT (Ps. 110,4), etc. (cf. § 90 i); il est motivé par une raison d'miphonie et fait assonance avec iniyi. Pour l'état construit devant la préposition voir § 130 a (cf. Is. 9,2; 2 S. 1,21; Ps. 136,8). — UDl : ce pluriel peut désigner un char unique (cf. § 124 o) ; la Peshitto traduit au singulier. L'auteur du Cantique affectionne le pluriel; cf. Introd., 79. — •^Tl^aT : le sens n'est pas comparer (comme Lament. 2,13), mais faire, rendre semblable, comme Is. 40,18, 25; 46,5. Peut-être faut-il lire Jér. 6, 2 ^7)^131 : Je rends Jérusalem semblable à un pâturage...; cf. Ez. 32,2 n'^a^îJ, tu étais semblable (ou : tu te rendis semblable) à un lionceau. — L'Époux rendra sa bien-aimée semblable à la cavale de Pharaon en lui donnant une parure aussi riche que celle des cavales attelées au char du roi d'Égypte (cf. RosenmuUer). C'est sur la parure de la cavale, non sur la cavale elle-même, que porte la comparaison, comme il est évident par les versets suivants; les comparaisons d'une femme avec une belle cavale, dans la poésie
grecque ou arabe, qu'on apporte ici, ne sont donc pas de vrais parallèles. Les Égyptiens, les Assyriens, les Orientaux en général, ornaient la bride et le frein du cheval avec un luxe parfois inouï. Dans certaines représentations de l'antiquité, la tête du cheval apparaît comme encadrée dans une parure de métal ; voir Daremberg et Saglio : Dict. des antiquités grecques et romaines, t. I, 251, s. v. Ampyx ; II, 1340, s. V. Frenum. Les Arabes modernes fabriquent encore des brides brodées d'or ou d'argent. La bride est parfois ornée, à la réunion des montants et de l'œillère, d'une cocarde habituellement en métal; cf. Eudel : Dict. des bijoux de l'Afrique du Nord (1906), s. v. Ghemmâsia, Ledjâm. — Certaines parures orientales encadrent le visage d'une façon qui fait bien comprendre la comparaison du Cantique ; voir, par exemple, Eudel, s. v. Sarma, Qetina, Zin-el-khedd. Un exemple bien remarquable, en ce genre, parmi les représentations antiques, est le célèbre buste « de style grécoasiatique », du v^ siècle av. J.-C, trouvé en 1897 à Elché (Espagne) par Pierre Paris, et conservé au musée du Louvre ; cf. P. Paris : Essai sur l'art et l'industrie de l'Espagne primitive, I, 285. Voici, en abrégé, la description de ce buste : « Par-dessus le voile, est adaptée une parure.... Elle se compose d'un bandeau plat appliqué sur la mitre qu'il entoure et serre comme une couronne... Au-dessus du front, il est orné d'une triple rangée de petites boules ou de grelots. La première est posée tout au bord, et tombe en pendeloques sur les plis du voile. Sans doute, ce diadème se fabriquait en métal. De chaque côté du visage, qu'ils encadrent, sont ajustés deux grands disques ajourés, de fort diamètre et de forte épaisseur. Ils semblent de véritables roues... « Voir aussi Perrot et Chipiez, Histoire de l'art, t. IV (Judée), p. 446, n. 6 : « un verset du Cantique (1,10) pourrait faire croire à des plaques de métal fixées derrière l'oreille, avec chaînettes pendant le long des joues; ce serait un ornement analogue à celui que nous avons rencontré dans maintes figures cypriotes ». — Pourquoi le poète emprunte-t-il sa comparaison à la cavale des chars de
10. Charmantes sont tes joues dans les pendants d'oreille, ton cou, dans les colliers de perles!
Pharaon? Nous retrouvons encore ici un procédé qui lui est cher, le procédé d'évocation d'idées par allusion ; voir Introd . , 74. Les chars de Pharaon, lancés à la poursuite des Israélites, et engloutis dans la mer Rouge, évoquent le souvenir de l'Exode (Ex. 14,7 sq.). Cette allusion à la sortie d'Égypte a été vue non seulement par la tradition juive, mais encore par nombre d'interprètes chrétiens (Bède, saint Thomas d'Aquin, etc.).
10. — ïn^<J, Nif al de niN (§ 75 x). — omn, hapax legomenon et nmin, hapax leg., sont obscurs; on en est réduit à des traductions étymologiques; mais l'étymologie, surtout en matière de bijoux, ne renseigne pas toujours sur la nature de l'objet. Une autre difficulté vient de ce qu'on ne voit pas bien si les objets dont il est parlé aux vv. 10 et 11 se rapportent à la parure de la cavale ou à celle de l'Épouse. Un lettré aussi fin qu'Ibn Ezra a estimé que le v. 10 continue la comparaison de la cavale. Le Targum fait de même en traduisant (ou expliquant) omn^ "j^TiSpar "jinnD''S:i i^aaî « des brides aux mâchoires » d'Israël. Le mot TiS signifie, de fait, aussi bien mâchoire que joue (voir la note sur 4,3); cf. Jug. 15,15 sq.; Deut. 18,3; Osée 11,4 (où Israël est comparé à un bœuf) ; Éz. 29,4 (Pharaon comparé à un crocodile). On pourrait donc penser que amn et □"'îlin désignent des pièces ornant la bride de la cavale à laquelle l'Épouse est comparée, et traduire, par exemple :
Charmantes sont tes joues dans les rênes, ton cou dans les colliers.
La Berlenburger Bibel, citée dans la Polyglotten-Bibel de Stier et Theile, traduit n et 'n par Zàumen et Zûgeln. Cependant, il est préférable de voir dans n et 'n des bijoux de femme, difficiles du reste à déterminer exactement. Les n, qui encadrent les joues, seraient peut-être des pendeloques de pierres précieuses ou de métal, parure fréquente dans rOrient ancienet moderne. Graetz pense plutôt à des pendants
1, id
11. Nous t8 ferons des pendants d*or et des colliers d'argent.
d'oreille : j'ai adopté ce sens dans la traduction comme vraisemblable. Les □''îlin, qui ornent le cou, sont probablement des colliers d'objets (perles, globules, etc.) perforés et enfilés ; cf. l'arabe '^jjd^ perle ou autre petit objet perforé et enfilé sur un cordon. — La leçon des LXX^ Tpuyôvsç, et de la Vulgate, sicui iurturis = a^ninD, n'a guère de vraisemblance. L'auteur, en employant l'hapax legomenon amn, veut-il évoquer l'idée de la mn, de la Loi, qui fut donnée à Israël peu de temps après la sortie d'Égypte (ita Hengstenberg)? Étant donné le caractère extrêmement artificiel du poème (Introd., 73), cette supposition n'est pas improbable. Le Targum a vu cette allusion : « Quand ils vinrent au désert, Jéhovah dit à Moïse : Combien ce peuple mérite qu'on lui donne les paroles de la Torah^ de sorte qu'elles soient comme une bride à leurs mâchoires... » La Loi est toujours considérée par les écrivains de l'Ancien Testament comme une faveur singulière de Jéhovah à son peuple, non comme un fardeau accablant.
41. — mipJ, hapax legomenon. La signification du mot est douteuse ; étymologiquement, on conclurait au sens de piqûres^ points. S'agit-il de piqûres d'argent pratiquées sur l'or des omn, ou bien de petits globules d'argent, semblables à des points et formant un collier? Les LXX, la Vulgate et beaucoup de traducteurs ont adopté la première vue. Mais semble annoncer un bijou distinct des pendants en or; cf. l'emploi de os; dans 4,13 sq.; 5,1. Le parallélisme avec le v. 10 indiquerait que les 'a sont un ornement pour le cou, donc une sorte de collier. Graetz veut lire mpJï" colliers y mais cette correction n'est pas nécessaire : les n*np3 peuvent très bien désigner un collier de globules (cf. Ges.-Buhl). — : nous ferons : Yaphet rapproche le pluriel de Gen. 1,26 : « Faisons l'homme. » Dans la tradition juive (cf. Gai. 3,19; Hébr. 2,2; Actes 7,33), la Loi fut donnée à Israël par le ministère des Anges. Le pluriel pourrait donc s'expliquer en supposant que Dieu s'adresse aux
12. Tandis que le roi était en son festin, mon nard a donné son parfum.
Anges : plusieurs auteurs juifs le disent en effet. Cette opinion serait encore confirmée par le mot IDD au v. suivant, s'il signifie Tentourage, la cour du roi céleste. Mais on peut dire simplement que le pluriel est ici purement littéraire ; cf. § 124 g, N 2. — S'il y a une allusion à la Torah, on peut comparer Prov. 1,8, 9 : « Écoute, mon fils, les préceptes de ton père et ne rejette pas la Torah de ta mère ; car c'est une couronne de grâce pour ta tête, et une parure pour ton cou »; cf. aussi Ps. 119,72. — Spécimens d'interprétation : Midrash, p. 43 : Le butin des métaux précieux que les Israélites firent sur les Égyptiens engloutis dans la mer Rouge fut encore plus considérable que celui qu'ils avaient fait en Égypte même (Ex. 12,35) : cette bizarre interprétation est admise par Rashi. Ibn Ezra dit d'une façon analogue : Tu sortiras d'Égypte, chargée d'objets d'or et d'argent... Une autre opinion du Midrash applique à la Loi.
12. — "iy~*T3r. Le mot "7 exprime une limite, généralement un terminus adquem .'jusqu'à (ce que); ainsi Cant. 3,4 a et h (cf. Brown, II, 1 a). Mais le sens tandis que [au moment où et pendant que) se rencontre un certain nombre de fois (cf. Brown, I, 2 b et II, 2) : c'est le sens que nous avons ici. En considérant le terminus ad quem comme positivement exclu, on obtient une nuance qui équivaut à peu près au français avant que (plus exactement : tant que... ne pas). Ce sens est celui que nous trouvons dans Cant. 2,7 et parall. ; 2,17 (4,6). Le sens avant que n'est pas aussi rare, en hébreu biblique, que Graetz (p. 4^)) le prétend; voir bon nombre d'exemples dans Siegfried-Stade, auxquels j'ajouterais Ex. 22,25; Jug. 16,2; 1 S. 14,2^-; 2 S. 17,22; 2R. 16,11. Les deux expressions ^<S"^y Prov. 8,26 f, et "^lirx Eccle. 12,1,2, 6 f , dans lesquelles on a senti le besoin d'ajouter une négation, me semblent appartenir à un stade postérieur de la langue. L'expression w Tu est fréquente en néo-hébreu. — ''.IDD : c'est le seul emploi du mot au singulier dans la Bible. Le sens est très controversé : chaque commentateur traduit
d'après l'analogie de la situation qu'il suppose décrite en ce passage : divan, table ronde, harem, cortège de noce, district, festin (Reuss), embrassement (ita Castalio, Markius : complexus), un tour (de jardin; ita Clericus). Employé adverbialement, 2012 signifie tout alentour, I R. 6,29 ; au pluriel, le mot désigne les alentours (de Jérusalem), 2 R. 23,5. Le sens pourrait donc être ici ce qui entoure le roi, son entourage (Cahen etc.), sa cour; consessus, consilium (Kossowicz). Il s'agirait de la cour céleste où Jéhovah réside avant de se révéler à Israël sur le Sinaï. C'est l'opinion de R. Éliézer, de Akiba, de R. Yehuda ben Haï (cf. Midrash, p. 44 et W. Bâcher : Agada der Tannaiten, I, 319; II, 211). C'est également l'interprétation de plusieurs exégètes chrétiens (qui remplacent Jéhovah par le Christ); voir, par exemple, Heunisch (qui cite Junius et Piscator). Mais le sens des anciennes versions est encore plus probable : non signifierait un lieu où l'on se place en rond, une salle de repas (Rosenmùller) ou encore une table autour de laquelle on se met en rond (Ewald, Scholz), d'oiirepas, festin (cf. 1 Sam. 16,11 : IDJ « nous ne ferons pas le cercle », i. e. nous ne prendrons pas le repas). Ce sens est confirmé, semble-t-il, par "jiM n''! de 2,4, qui désigne la salle du festin, mais avec un emploi allégorique différent. — Le festin où se trouve le roi est sans doute celui du ciel. On sait que dans le Nouveau Testament, le ciel est représenté sous le symbole d'un festin (Matth. 26,29; Apoc. 19,9). — "13 nard. Le mot est probablement emprunté au persan nârdln qui lui-même l'aura emprunté au sanscrit naladâ (cf. Brown); voir Introd., 103. Le nard était un parfum d'un très grand prix que l'on extrayait d'une plante originaire des Indes, la Valeriana jatamansi (Fillion); cf. Jean 12,3; Marc 14,3. — Que signifie ce nard, ainsi que la myrrhe et le cypre des versets suivants? Il n'est guère douteux que, dans la symbolique de l'auteur, chacun de ces parfums n'ait eu une signification particulière; autrement, on ne comprendrait pas l'importance qu'il y attache (voir Introd., 91); mais le détail nous échappe. J. Clericus dit ici sagement : « Nardus mea : Forte nescio
13. Mon bien-aimé est pour moi le sachet de myrrhe qui repose entre mes seins.
quid aliud significatur, in stylo figurato hujus libri, quod nunc nemo divinet. » — L'Épouse semble vouloir dire que son nard, c'est-à-dire peut-être ses qualités, ses vertus, a charmé l'Époux céleste. Quant à l'image elle-même, elle est peut-être prise de l'usage oriental de parfumer la fiancée ; voir, en particulier, Esther 2,12 : « les jeunes filles se parfumaient six mois avec de l'huile de myrrhe, et six mois avec des aromates et des onguents en usage parmi les femmes ». Or Israël, au sortir de l'Égypte, est la fiancée de Jéhovah ; dire que son nard exhale son parfum, c'est annoncer que l'alliance est proche. — ini"i "jn^ : cf. Eccli. 24,15 (20) : xivvà[jia){ji,ov xai djTràXaOoi; àpwfxaTwv oéSoJxa ocrjxTQv. — Spécimens d'interprétation : Targum : Lors de l'adoration du veau d'or, Israël répandit une odeur infecte (Dans le Midrash, cette explication est attribuée à R. Meïr). — Lyra voit dans aOD le propitiatoire et dans le nard l'encens offert sur l'autel. Pour Ibn Ezra, le nard représente l'encens; pour Yaphet, les holocaustes. Mais le poète ne parlant que plus loin (vv. 16, 17) du tabernacle du désert, il n'est guère vraisemblable qu'il fasse ici allusion à des détails liturgiques. L'école naturaliste fait du symbolisme à sa manière : le nardj c'est le berger, amant de la bergère (Kaempf), les charmes de la fiancée (Budde), ses désirs amoureux (Siegfried).
13. — "ilii*. La traduction courante bouquet est inacceptable : la myrrhe étant une gomme résineuse, comment pourrait-on la mettre en bouquet? De plus, en hébreu biblique "i"!y ne signifie jamais lier des objets ensemble, mais serrer des objets dans un récipient qu'on lie ensuite : les deux opérations sont connexes. En arabe J-o signifie enfermer (de l'argent dans une bourse), et serrer^ attacher (la bourse). Le substantif désigne toujours, dans la Bible, un sac, une bourse, un récipient, jamais un faisceau (cf. i S. 25,29 : le récipient, la cassette des vivants, où ils sont gardés précieusement, et non le faisceau des vivants). — Myrrhe : sorte de
gomme résine exsudée par le Balsamodendron myrrha (Fillion). Il est difficile de dire la signiûcation de la myrrhe dans la symbolique du poème (v. in 5,4). On ne voit pas du tout qu'il y ait ici une allusion à son amertume (rac. na). — "''m. Le mot a plutôt la nuance active amant que la nuance passive bien-aimé que nous avons cependant admise dans la traduction à cause de l'usage du français, m signifie aussi oncle paternel^ et en arabe vulgaire -ib a le sens de père nourricier^ dont le rôle est plutôt de donner que de recevoir l'affection. L'expression convient donc bien à Jéhovah. Isaïe (5,1) avait déjà employé le mot en parlant de Dieu; Scholz croit même que l'emploi de m dans le Cantique repose précisément sur Is. 5,1. La nuance ^passive bien-aimé est exprimée en hébreu par i*»!'' : Is. 5,1; Jér. 11,15; Ps. 60,7; 108,7 et aussi, probablement, Ps. 127,2. Le mot désigne toujours Israël, sauf une fois. Benjamin (Dt. 33,12). — Le mot '^IM mon bien-aimé est la désignation ordinaire de l'Époux (Introd., 86). — Qui repose entre mes seins. Il est possible que le poète fasse allusion à un usage de porter des sachets ou des boites de senteurs (trSJn Til Is. 3,20) sur la poitrine. Mais il ne faut pas oublier que les comparaisons du Cantique sont souvent artificielles et créées pour les besoins du symbolisme (voir v. g. 4,2). Gomme presque toujours, dans les comparaisons du poème, le détail ajouté, ici : il repose entre mes seins^ se rapporte directement à l'image (ici, le sachet de myrrhe) et non au sujet (ici, le bien-aimé) ; voir Introd., 76. — Abstraction faite du symbolisme propre de la myrrhe, qui nous échappe, le sens semble être que l'Épouse jouit déjà de la présence de l'Époux : c'est en effet peu de temps après la sortie d'Égypte que Jéhovah habita, d'une façon sensible, parmi les Israélites. Le sachet de myrrhe pourrait désigner l'arche où Jéhovah résidait et avec laquelle il était en quelque sorte identifié (voir in 3,1). Israël garde l'arche dans son sein comme un sachet de myrrhe. Le Targum a bien vu qu'il s'agissait de Yhabitation de Dieu avec son peuple (Introd., 69) : « Jéhovah fit reposer la Shekhina parmi eux. » Ce sentiment est confirmé par la mention du
14. Mon bien-aimé est pour moi la grappe de cypre dans les vignes d'Engaddi.
pavillon de l'Époux au v. 16, qui n'est autre que le tabernacle du désert. Il est probablement inutile de pousser le détail de l'allégorie et de voir dans les seins les deux chérubins de l'arche entre lesquels reposait la Shekhina (Rashi). — Spécimens dHnterprétation : Yaphet voit ici la Présence de Dieu dans le temple : « Inter ubera mea pernoctabit. Quod triplici modo accipi potest : i° inter possessiones Juda et Benjamin (le temple étant situé entre les territoires de ces deux tribus), 2° inter duos Cherubim, 3° inter summum Pontiticem et regem Messiam ; quae postrema interpretatio probabilissima mihi. » — Ibn Ezra : entre les Chérubins, ou encore au milieu du camp d'Israël. — L'exégèse chrétienne a voulu voir dans les deux seins les deux Testaments (Hippolyte. Philo Garp., etc.).
14. — SdîIJï^ : c'est le seul passage delà Bible où désigne une grappe autre que celle de la vigne; cf. in 7,8= — 133 : « Le kôfer correspond à la Lawsonia alba des botanistes, au henné des Arabes. Ses fleurs jaunâtres, réunies en grappes, ont une odeur qui rappelle celle du réséda; de ses feuilles desséchées on fabrique une poudre qui joue un grand rôle dans la toilette des femmes de l'Orient » (Fillion). Josèphe (Bell. jud. IV, 8,3) énumère le cypre parmi les produits des jardins de Jéricho, avec le baume et le myrobolan. — iqidi : le sens ne peut guère être que qui se trouve dans les vignes d'Engaddi. S'il s'agissait de la provenance, on aurait yo. Le ^ sens semble donc être : mon bien-aimé est pour moi ce | qu'est la grappe de cypre dans les vignes d'Engaddi. Jéhovah { est au milieu d'Israël sa vigne et il l'embaume, comme le cypre parfume les vignobles d'Engaddi. Le sens est donc analogue à celui du v. 13; mais le sens précis reste obscur, ainsi que le symbolisme. — "iia y^V : 'En Gedi [source du chevreau), au sud-ouest de la mer Morte. Pline la dit fertile en palmiers. On a conclu de notre verset qu'elle était fertile en vignes. Rashi rapporte une aggada d'après laquelle les vignes d'Engaddi produisaient du raisin quatre ou cinq fois
15. Oui, tu es belle, ma bîen-âîmée; oui, tu es belle; tes yeux sont des colombes.
l'année. — Spécimens d'interprétation : Targum : Au désert, les Israélites allaient chercher du raisin à Engaddi, pour faire les libations liturgiques de vin. Rashi voit dans le isb le symbole de l'expiation, ni33. — Scholz rapproche la « source du chevreau » des chevreaux de l'Épouse (v. 8) : Engaddi serait la source des troupeaux du Seigneur,