‹ Le Cantique des CantiquesChapitre 45 sur 81 · njjn. Le sens est plutôt affirmatif qu'exclamatif · texte numérisé non relu

njjn. Le sens est plutôt affirmatif qu'exclamatif

comme Jjî qui a le même développement sémantique :

i) voiciy 2) certes. L'exclamation serait exprimée par na : cf. 4,10; 7,2; Ps. 8,2. Oui^ tu es belle : il semble que l'Époux veut déclarer par là qu'Israël a déjà perdu la noirceur (v. 5) contractée en Égypte. Nous avons vu du reste que l'Épouse s'est parfumée, selon l'usage des fiancées (v. 12). — Tes yeux sont des colombes. La Vulgate, la Peshitto et la plupart des modernes traduisent : tes yeux sont des yeux de colombe, et l'on rapproche Ps. 18,34 : Dieu « qui rend mes pieds semblables à (ceux des) biches ». Cependant plusieurs interprètes soutiennent que la comparaison ne porte pas précisément sur les yeux de la colombe, qui n'ont rien de bien remarquable et sont, en tout cas, bien inférieurs à de beaux yeux humains, mais sur la colombe elle-même. D'après le P. Gheikho (oralement), il en serait ordinairement ainsi dans la poésie arabe, où la comparaison n'est du reste pas très fréquente. Il convient de remarquer aussi que, dans 5,12, les yeux de l'Époux sont comparés à des colombes et non à des yeux de colombe. Enfin, c'est un procédé de notre poète de comparer les différentes parties du corps humain, non aux parties correspondantes des animaux, mais avec les animaux eux-mêmes; v. 1 : cheveux = chèvres; 4,2 dents = brebis; 4,5 seins =: faons de biche. Ce procédé, du reste, se prête beaucoup mieux à l'allégorie. Oettli croit que la comparaison porte sur les tons brillants et chatoyants du plumage, et rapproche Ps. 68,14 (malheureusement très obscur) : « les ailes de la colombe étaient recouvertes d'ar-

16. Oui, tu es beau, mon bien-aimé, beau et charmant; notre pavillon est verdoyant.

gant et ses plumes brillaient de l'éclat de l'or ». Mais il semble d'après 5,12, que le poète pense plutôt à des colombes blanches. Il veut probablement dire que les yeux de l'Épouse ont le charme et la candeur de la colombe. La colombe étant chez beaucoup de peuples un symbole de l'innocence et de la fidélité, c'est peut-être ces qualités, dont les yeux sont comme le miroir, que l'Époux veut surtout louer en son Épouse (cf. Kaempf). — Spécimens d'interprétation : Le Targum applique aux œuvres bonnes et saintes. Le Midrash (p. 49) voit dans les yeux le Sanhédrin qui est l'œil de la communauté ; il développe longuement aussi le symbolisme de la colombe qui représente Israël fidèle à Jéhovah. Sur la colombe, symbole d'Israël, voir in 2,14.

16. — aussi est employé ici au sens atténué de el (Introd., 110). — signifie partout ailleurs dans la Bible couche, divan, lit. Mais il y a lieu de se demander si le mot n'a pas ici un sens plus primitif, qu'on retrouve dans ^ hutte de feuillage, tonnelle, aram. □''lîT tonnelle (de vigne) (Jastrow, Levy : Nhb. WB.) ou dans ^jS' abri en forme de berceau et fournissant de V ombre, d'où quantité de sens dérivés : chose ressemblant à une maison ou à une tente, abri en bois, chose fournissant de l'ombre, maison, trône (probablement à cause du dais qui le surmontait généralement) (Lane : Arabie Lexicon, s. v.); cf. Encyclop. Bibl. IV, 4970, 4973. Selon Robertson Smith, le iz^nv était primitivement une cabane de feuillage. Pour un développement sémantique analogue, voir Daremberg et Saglio, Dict. des Antiq. s. v. Caméra : tonnelle, berceau de feuillage, pavillon de repos (xafjiapa). Le sens de couche, lit ne va guère au contexte. Au contraire le sens de cabane ou de pavillon s'harmonise bien avec le caractère champêtre des images du morceau. L'Épouse étant réunie à l'Époux pendant les ardeurs du midi (1,7), trouve délicieuse l'ombre d'un simple pavillon de feuillage. Pour désigner le lit^ notre auteur

emploie le mot idto (3,1)- — H me semble même que désigne ici plus précisément le pavillon nuptial, l'édicule spécial qu'on élevait pour les nouveaux époux. Sur cet usage largement répandu dans le monde sémitique, voir in 3,9 "[inSî^. Dans le désert syrien on emploie encore l'expression (( il a élevé pour elle le pavillon nuptial »; cf. Zeitschrift der deutschen morgenl. Gesellschaft (1868), t. XXII, p. 153 : « Dièse Construction (vergleiche das synonyme erklàrt sich aus der alten Sitte, dass das Brautpaar ihr erstes Beilager in einer ad hoc aufgestelllen Hutte hâlt... In baumreichen Gegenden mochte sie aus griinen Zweigen bestehen; die Laube heisst ^arisa (ài-j^) ein Wort, welches mit ûrns; und ^jj^ zusammengestellt werden muss » ; voir aussi Lôw : Aram. Pflanzennamen^ p. 89; Robertson Smith : Kinship and marriage-, ! p. 199. Si i2;iy désigne originairement la cabane de feuillage \ des nouveaux époux, on comprend très bien l'emploi de l'épithète njjyn. — Ce mot désigne le vert non en tant que couleur, mais en tant qu^ndice de yie et de prospérité : verdoyant. — Le poète veut-il faire allusion aux cabanes de feuillage, niSD, dans lesquelles habitèrent les Israélites au désert (Lév. 23,42-43)? On sait, d'après les récits de la Mishna (traité Sukkoth), l'importance religieuse que les Juifs attachaient à la fête commémorative des Tabernacles et la joie exubérante qui la caractérisait. Il semble plus probable cependant que ce stique se rattache au verset suivant et se rapporte par conséquent au tabernacle du désert. I L'Épouse compare le tabernacle qu'elle a construit à Jého- 1 vah au pavillon de feuillage des nouveaux époux. C'est l'opinion du Targum qui rend par que Riedel traduit par baldaquin nuptial (Hochzeitsbaldachin) ; cf. Jastrow : canopy on a frame, bridai bed; Levy : Thalamus. Le i2;i5? de 1,16 serait donc l'analogue de Vappirion de 3,9 lequel désigne le temple. Rashi et Yaphet, qui traduisent ^lï" par lity y voient également le tabernacle. Rashi rapproche la nîDD de 3,7 qui désigne aussi, d'après lui, le tabernacle.

17. Les poutres de notre demeure sont des cèdres ; les solives sont des cyprès.

Yaphet développant une idée du Targum dit : « quemadmodum super thorum vir cum uxore conjungitur, ita apud sanctuarium congregabitur Israël cum divina majestate ». Pour Théodoret, le lit est l'Écriture Sainte. Lyra voit dans izny le tabernacle; "jj^l se rapporte à la décoration intérieure. Mercerus : « Hebraei lectum Tabernaculum foederis vel Templum, quo vêtus Ecclesia conveniebat, intelligunt. Nos sedem Ecclesiae tam novae quam veteris intelligamus, ubi quiescit Ecclesia Christo Sponso conjuncta, ex qua conjunctione amoena et suavi numerosissima gignitur soboles. »

17. — mip désigne toujours une grosse pièce de bois. Dans 2 R. 6,2, une seule de ces pièces suffît à construire un abri — iJTil est probablement un pluriel d'étendue; cf. § 124 b (voir Introd., 79). On trouve également le pluriel m33U;D (Ps. 132,5) pour désigner la demeure de Jéhovah. — iJTDim, hapax legomenon; le qeré a la leçon IJiDim qui est préférable : il s'agit probablement des solives qui relient les poutres. — mis, hapax legomenon, forme araméenne pour urni, cyprès. Fonck (dans Hagen : Lexic. bibl. s. v. abies) estime plus probable l'opinion qui voit dans 'i le sapin. — La mention des cèdres et des cyprès semblerait indiquer le temple (Targum, Gessner); Delitzsch, généralement hostileXi'aliégorie, rapproche Is. 60,13 :

La gloire du Liban arrivera chez toi, le cyprès, l'ormeau et le mélèze ensemble,

Pour embellir le lieu de mon sanctuaire, pour décorer le lieu où reposent mes pieds.

(Trad. Condamin.)

Mais, dans notre passage, Israël étant représentée comme étant encore au désert, c'est du tabernacle et non du temple qu'il s'agit. En décrivant le tabernacle avec des traits empruntés au temple, le poète est bien dans l'esprit de la tradition juive pour laquelle le tabernacle est le prototype du temple de Salomon. En réalité, le tabernacle était, d'après Ex. 26,15, en bois de Shittîm qu'on identifie actuelle-

2,1- Je ne suis qu'un narcisse de la plaine, un lis des vallées.

ment avec l'acacia (mimosa) Nilotica. — Le v. 17 est dit probablement par l'Époux qui relève aimablement les paroles de l'Épouse : non, le tabernacle qui les abrite n'est pas un simple pavillon, c'est une demeure en bois de cèdre et de cyprès. Le tabernacle a pour Jéhovah les mêmes charmes que le temple de Salomon. Nous retrouverons le même procédé de réplique aimable, dans la bouche de l'Époux, au V. 2,2.

Ch. 2,1. — nSïin. On identifie cette plante avec le narcisse ou avec le colchique d'automne. D'après le contexte, ce doit être mie humble, mais aussi une gracieuse fleurette. D'après R. Judan, 'n est la même fleur que njuriu; lis, mais non développée (Midrash). Rashi admet aussi l'identité. C'est, en tout cas, une fleur analogue à la njtritt;. Dans Is. 35,1, n est traduit par xpi'vov (LXX), lilium (Vulg.); on voit, par ce passage, que les pâturages consistaient, au moins en partie, en 'n : « La steppe aride sera dans la joie ; le désert exultera et s'épanouira en habasselet. » Dans un passage analogue, Is. 66,14, on a Ntiri, au lieu de 'n, ce qui amène à penser que 'n désigne l'herbe même des champs, ou du moins une fleur très commune dans les pâturages. En assyrien habasillatu est une plante des marais. On sait avec quelle facilité le même nom peut passer d'une plante à une autre. Il n'est pas sûr, du reste, que l'auteur ait visé ici une espèce bien déterminée; aussi la traduction avôoç (LXX), flos (Vulg.) est-elle légitime. — ]']ixà, de lU'i (Ewald, Brown, etc.), signifie la plaine et comme nom propre (la Plaine) désigne : 1) la plaine qui s'étend le long de la Méditerranée, de Jafl'a à Césarée; 2) une région à l'est du Jourdain. Il est probable qu'ici 'ur est employé comme nom commun (LXX, Vulg., Saadia, Houbigant, Graetz, Kaempf, P. Haupt, etc.) : en effet, le membre parallèle a un nom commun : les vallées; l'Épouse se comparant à une humble fleur extrêmement commune et qui foisonne dans les champs (cf. Matth. 6,28 : xpiv* xou àypoù), n'a aucune raison de

2. Mais comme le lis l'emporte sur les chardons, ainsi ma bien-aimée sur les jeunes femmes.

mentionner une région particulière; enfin, dans notre passage, Israël étant encore au désert, on ne voit pas pourquoi le poète ferait allusion à un territoire de la Palestine. — njU^lu; : d'après Luc 12,27-28, on voit que les lis sont si abondants dans les champs qu'ils sont appelés x°P^°'î herbe, fourrage; cf. Cant. 2,16 : « qui paît parmi les lis » ; Osée 14,6. Il est probable que '-ki;, comme l'arabe susân, se disait de plusieurs espèces de fleurs ; cf. Hastings, Dict. of the Bible, s. v. Lily, On a identifié la 'w avec le lis des jardins, avec l'anémone, avec le lis asphodèle (Germer-Durand), etc. Dans Cant. 6,2, l'Époux cueille des lis dans un jardin; voir aussi 5,13. — Israël, au désert, était une nation sans importance : le poète la compare aux modestes fleurs des champs. Le lis, grâce peut-être à ce verset, est devenu un symbole d'Israël (Introd., 92). — □''pavn : le pluriel semble poétique; la Peshitto traduit au singulier : la vallée.

2. — l"»! ne doit pas s'entendre d'une façon matérielle, comme si le lis des vallées croissait en réalité parmi les chardons; de môme au v. 3, il ne faudrait pas s'imaginer un pommier planté dans une forêt. Le sens est comparatif : en comparaison avec y par rapport à (cf. Mercerus), comme dans le second slique : « ainsi ma bien-aimée parmi les jeunes femmes ». — nimn ne doit pas se traduire épines ou ronces, mais chardons (cf. Hontheim). Aux bonnes plantes des pâturages, on oppose des plantes piquantes; cf. Is. 34, 13 qui distingue épines, ronces et chardons; Osée 9,6 : ronces et chardons; Job 31,40 (Vulg. : tribulus); 2 R. 14,9 (Vulg. : carduus). — n*i31 également dans le sens de femmes Gen. 30,13; le mot semble plus distingué que □''tzrj. — L'Épouse s'était comparée à une humble fleur des champs. L'Époux reprend ce terme de comparaison et en lire habilement un compliment flatteur pour sa bien-aimée. Israël, au désert, est plus chère à Jéhovah que toutes les nations. Le Targum et le Midrash développent diverses variations sur ce thème.

3. Et comme le pommier sur les arbres des bois, ainsi mon bien-aimé sur les jeunes hommes. A son ombre, selon mon désir, je me suis assise, et son fruit est doux à mon palais.

3. — nisn. Les botanistes bibliques ont proposé de nombreuses identifications du 'n : le pommier, l'abricotier, le cognassier, Toranger, le citronnier, le cédratier. Voir, en particulier, Hastings : Dict. of tlie Bible ^ I, 128; Encyc. Bihlica, I, 267; Jewish Encyc, II, 23 sq.; Fillion : Atlas d'hist. natur. de la Bible, p. 41; Fonck : Streifzûge durch die bibl. Flora, p. 125. Malgré toutes les difficultés soulevées, le pommier semble l'identification la plus probable. Le fait que le 'n est nommé (Joël 1, 12) avec des arbres aussi communs en Palestine que la vigne, le figuier, le grenadier et le palmier, montre qu'il était largement cultivé. Le cidre, □^msn est mentionné par la Tosephta (Ber. 4,2). Hontheim donne à 'n le sens d'arbre fruitier en général. — ^T, qui peut désigner une plantation d'arbres quelconques, s'emploie tantôt pour une plantation d'arbres sauvages (= bois, forêt), tantôt pour une plantation d'arbres fruitiers (— verger), comme j'ai essayé de le montrer dans le Journal Asiatique (1906, sept.-oct., pp. 371-376). Ici, le parallélisme avec les chardons exige que les arbres du soient inférieurs au pommier dans la proportion où les chardons le sont aux lis. Ce n'est donc pas aux arbres d'un verger que le pommier est comparé, mais aux arbres d'un bois, qui ne produisent pas de fruits comestibles. Le fruit mentionné à la fin du verset confirme cette manière de voir. — Tiltzy^l Tnan ne signifie pas : j'ai désiré m'asseoir (Targum), ni je me suis assise avec plaisir (Baethgen, Harper, Brown), mais bien : /ai désiré [m' asseoir) et je me suis assise (Mercerus, Delitzsch, etc.); cf. § 120 d. Seul exemple du waw non-conversif dans le Cantique; cf. Mayer Lambert, Bev. Ét. Juives, t. XXVI, p. 60. — Son fruit est doux à mon palais : dans Eccli. 24,19 (26), la Sagesse se compare à un arbre : « Venez à moi, vous qui me désirez, et rassasiezvous de mes fruits. » — Le pommier, qui donne à la fois

4. Il m'a introduite à la salle du festin, et son armée contre moi est l'amour.

de Tombre et du fruit, semble faire allusion au tabernacle du désert, où résidait Jéhovah. (Dans 8,5, le pommier symbolise également un sanctuaire de Jéhovah, à savoir le temple). Dieu et sa demeure sont en quelque sorte identifiés; nous retrouverons un procédé d'identification analogue dans la description de l'Époux (5,15). La tente de Jéhovah était comme un abri pour Isj'aël dans le désert. Les fruits du pommier sont probablement une allusion aux repas sacrificiels (cf. in 5,1)- Ce symbolisme du pommier est confirmé par le symbolisme analogue de 8,5, et par le verset suivant 2,4, où la maison du vin désigne également le tabernacle. — Les arbres des bois auxquels on oppose le pommier seraient les Anges (Targum), ou les faux dieux (Yaphet, Rashi); cf. Ps. 97,9 : « Jéhovah, tu l'emportes sur tous les Elohim. » Spécimens d'interprétation : Targum : « Au Sinaï, je (— Israël) m'assis avec plaisir à l'ombre de la Shekhina, et les paroles de la loi furent douces à mon palais. » Lyra : l'ombre désigne la colonne de nuée ; le fruit serait la manne. Galmet : « Ce pommier m'a reçue sous son ombre : expression honnête et pleine de modestie et de pudeur, pour dire : je suis devenue son Épouse; il m'a reçue sous sa protection, dans son lit nuptial. » Dans l'interprétation naturaliste, l'ombre et le fruit sont la protection du mari et les joies du mariage (Budde), les baisers du bien-aimé (Siegfried).

4. — '»jN'':in : le parfait peut avoir ici le sens du présent : il m'introduity il vient de m'introduire ; cf. in 1,4 : '>:N''2r;. Les LXX lisent l'impératif, peut-être sous l'influence des impératifs du v. 5. La leçon du TM est préférable. — ni:! l'^M maison du vin pourrait signifier cellier (Vulg.; cf. le talmudique bë-hamra et Jew. Kncycl. XII, 534) ou cabaret (cf. Introd., 3 : Tosefta Sanh. 12,10). Mais l'expression est ici identique à nn'klTD nu (Esther 7,8) et désigne la salle du festin. Ce sens semble confirmé par le v. 5 : si l'Épouse défaillante demande des gâteaux et des pommes, c'est qu'elle se trouve dans une salle de repas. Le festin est un trait

caractéristique du mariage (Jug. 14,10; Jean 2,1 sq.; Mt. 22,1 sq.; 25,10; 26,29; Apoc. 19,9). — iSai : Les LXX (Tdt^axE) ont encore lu l'impératif. Le mot SaT semble avoir signifié originairement étendard^ mais dans la Bible ce mot a toujours le sens de corps de troupe^ bataillon (cf. Buchanan Gray : Jew. Q. Review, XI, 92 sq.). Ce même sens se retrouve en néo-hébreu (cf. Levy : Nhb. WB.) : v. g. : "jVs* m^nï i^hn « les d^galim ne sont pas autre chose que les fba^oth ». De même, dans les papyrus araméens d'Éléphantine trouvés en 1904, Sat désigne un corps de troupe (cf. Schtirer : Theol. Literaturzeitung, 1907, p. 5). La leçon du TM : iSai doit donc se traduire : son armée, et non : son étendard. Le Hir traduit fort bien : « et V armée qu'il envoie contre moi est l'amour ». La leçon hTs , lue par saint Jérôme, et qu'il traduit : ordinavit in me charitatem, c'est-à-dire : il a rangé en bataillon, contre moi, Vamour, semble moins probable. En tout cas, il s'agit d'une attaque, comme l'indique la demande de secours du v. 5, et la déclaration de l'Épouse qu'elle a été blessée par l'amour. L'amour de Jéhovah est donc comparé à une force irrésistible comme une armée en bataille. Pour l'image, comparer 6,4 : terrible comme des bataillons, mS^TJ. — D'après toute l'analogie du Cantique, il semble bien que la maison du vin (= salle du festin) désigne le tabernacle du désert. Dans tous les passages où se trouve le mot introduire (hif 'il de Nia), c'est toujours de la demeure de Jéhovah qu'il s'agit : 1,4; 2,4; 3, 4; 8,2. De plus, l'espèce de refrain : « Sa main gauche est sous ma tête... », suivi de l'adjuration de ne pas éveiller la bien-aimée (2,6 sq.; 3,5; 8,3 sq.), exprime l'idée qu'Israël est en possession de son Dieu, présent dans le sanctuaire, tabernacle ou temple. Enfin, le v. 4 continue les pensées de 1,13, 16, 17 qui indiquaient déjà la présence de Dieu parmi son peuple. L'opinion du Targum et du Midrash (pp. 59, 60) qui voit dans la maison du vin le Sinaï, où Dieu donna la loi à son peuple, ne diffère de celle que nous adoptons que par une modalité : c'est toujours de la première alliance

5. Soutenez-moi avec des gâteaux, ranimez-moi avec des pommes, car je suis blessée d'amour.

qu'il s'agit. Rashi, qui ne s'écarte pas facilement de la tradition, n'hésite pas à l'abandonner ici : pour lui, il s'agit du tabernacle. — Spécimens d'interprétation : pour plusieurs docteurs juifs, le vin est une allusion aux libations de la liturgie. — Yaphet : la maison du vin est la terre d'Israël et la montagne du sanctuaire ; Ibn Ezra : la demeure de Dieu; Ob. Seforno : la Palestine. Dans l'exégèse naturaliste, la maison du vin est la chambre nuptiale (P. Haupt, etc.) : l'idée est juste en ce sens que le sanctuaire est comparé par le poète à l'appartement de Jéhovah et d'Israël.

5. — "i^lDaD : au masculin, bien que l'Épouse s'adresse aux filles de Jérusalem; cf. § 60 a. Les verbes signifiant appuyer^ soutenir, sustenter se disent au figuré de la nourriture qui soutient et réconforte; cf. Gen. 27,37; 18,5; Jug. 19,8; Is. 3,1; en néo-hébreu, ."n^D (= sustentation) est le mot ordinaire pour repas. — ni\27"»i2rN* : Les LXX [Aupoiç (= □''aii;:!), la Vulg. : floribus (= nl3:''ï?), Symm. otvàvôy] {= "ifao? cf. 2,13), semblent n'avoir pas lu Le mot nu;''tt?i^ désigne probablement une sorte de gâteau. Une variante des LXX porte à[xopai(; gâteaux au mieU Les j-cuds oblectamenia de la Peshitto désignent, je pense, des friandises : gâteaux ou bonbons; mais ce sens spécial n'est pas donné par Payne Smith. La Peshitto emploie le même mot (7,7) au sens de délices. Dans 2 S. 6,19 (1 Ch. 16,3) et Osée 3,1, les LXX ont vu également des gâteaux. L'expression d'Osée 3,1 auJ!; ^WVJ^ montre qu'on fabriquait des au raisin, mais elle ne prouve pas que toute était au raisin, encore moins que les 'k* étaient des pâtes de raisins pressés, des D'ipïinï. L'étymologie du mot est douteuse. Le sens de coupe ou bouteille de vin, donné par les rabbins d'après l'emploi du mot dans le Talmud, n'est pas vraisemblable. Rien ne nous indique la composition des du Cantique, mais il est clair que l'Épouse leur attribue une vertu réconfortante. — c'est l'unique passage de la Bible où

6. Sa main gauche est sous ma tête et sa droite me tient embrassée.

12") est employé au sens de soutenir^ aider, sens qu'on trouve seulement dans l'arabe (Introd., 112); cf. 3,10 : inT''Sn. — Pommes : le D"^ Post, qui a exercé la médecine en Syrie, raconte que les malades demandent souvent des pommes, sinon pour les manger, du moins pour en respirer l'odeur (cf. Hastings, s. v. Apple). D'après Ewald, il s'agirait de confitures de pommes. — nSin : nbn s'emploie en parlant des effets d'une blessure (Brown). Ici le sens blessée est préférable à malade; il répond mieux au terme militaire Si" (v. 4); cf. 5,8.

6. — Il n'y a aucune raison de traduire (Ewald, Rosenmûller, Stickel, Harper, etc.) à l'optatif : « Que sa main gauche soit sous ma tête... » La proposition nominale du premier stique s'y oppose. Sauf dans des formules toutes faites, comme "jS DlStl7, la proposition nominale n'a pas la nuance optative, sinon très rarement ; aucun des exemples cités § 141 f n'est concluant. — Le verset signifie clairement que l'Épouse Jouit de la présence de l'Époux; au v. suivant celui-ci adjurera les filles de Jérusalem de ne pas troubler leur union. La même phrase se retrouve (8,3) exactement dans le même sens, suivie de l'adjuration, et il est probable qu'elle est tombée (3,5) avant la même adjuration (Introd., 9). Un auteur anonyme de 1689 [François Aurat] a bien vu que cette triple répétition exprimait trois situations historiques analogues (Le Cantique des C, p. xi) : « Salomon a voulu nous représenter par ces repos de l'Épouse, les trois miraculeuses délivrances des Israélites, sous Josué, sous Salomon, et sous Zorobabel, et par là le repos de l'âme en cette vie dans l'oraison, et la tranquillité d'une conscience droite, et la jouissance de Dieu dans le séjour des bienheureux. » — Le poète veut exprimer l'union iatime de Jéhovah et d'Israël, quand il était présent d'une façon sensible au milieu de son peuple, dans le tabernacle. Le Targum, suivi par Rashi, voit ici « la nuée de gloire qui entourait les Israélites » dans le désert. La nuée était, en

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