‹ Le Cantique des CantiquesChapitre 46 sur 81 · Je vous adjure, filles de Jérusalem · texte numérisé non relu

Je vous adjure, filles de Jérusalem

par les gazelles, par les biches des champs,

effet, la manifestation sensible de la présence de Jéhovah (cf. 1 R. 8,10-12).

7. — QDT\i^ : suffixe du masculin; cf. § 103 6 et § 135 o (Introd., 110). 11 est inutile de voir avec Danz (Interpres hebr.chald., 1755), dans le masculin au lieu du féminin, une influence de l'allégorie : « filias alloquitur in masculinOj quia populos notât, incolas pagorum, oppidorumque, Jerusolymam ceu metropolim agnoscentium ». — nlNUï, de ''lï; on trouve aussi les pluriels du]: et □''xiï. — dî^ : dans les jurements, § 149. — 112? exprime d'une façon gén'érale le passage de la non-activité à l'activité. De là, toute une floraison de sens dont plusieurs répondent aux mots latins : excitare, incitare, suscitare. Le mot s'emploie en parlant du sommeil et d'états analogues au sommeil : Gant. 5,2; Zach. 4,1; Job 14,12. 11 s'emploie aussi en parlant du vent quand il commence à souffler, quand il s'éveille^ quand il se lève : Gant. 4, 16; Jér. 25,32; 51,1. Dans tous les passages du Cantique où le mot est employé : 2,7 (3,5; 8,4); 4,16; 5,2; 8,5, le sens d'éveil, de veille, ou de réveil est très satisfaisant. Il n'y a donc pas lieu de supposer le sens de troubler ^ stôren (Budde) ; beunruhigen (Siegfried) qui serait sans exemple. Le sens d'éveiller au hif'il est attesté par Zac. 4,1; le polel doit ici, d'après le contexte, avoir une nuance voisine de celle du hif'ily probablement une nuance intensive (cf. Job 3,8) ; j'ai traduit éveiller^ réveiller pour reproduire en quelque façon l'assonance du texte hébreu. Bien entendu, ces mots éveiller^ réveiller sont métaphoriques et allégoriques comme le sommeil de l'Épouse qui symbolise le doux repos dans la possession de l'objet aimé (Introd., 96). Certains auteurs (Ewald, Zôckler, Stickel, etc.) traduisent : n'excitez pas Vamour; mais ce sens répugne absolument au contexte, puisque l'Épouse jouit précisément de la présence de l'Époux. — : Les uns donnent à ce mot son sens ordinaire abstrait d'amour; d'autres y voient un abstractum pro concreto : l'amour pour Vobjel aimé. Le mot est traduit par la Vulgate ici et dans les

n'éveillez pas, ne réveillez pas (ma) bien-aimée, qu'elle ne le veuille.

passages parallèles (3,5; 7,4) dilecta, et 7,7 charissima où la Peshitto a également y hien-aimée . Ce même sens est admis par Siegfried-Stade pour 2,7 (le bien-aiméî), par Clericus, Rosenmiiller, Reuss, Kossowicz (3,10; 7,7), Scholz (2,7; 7,7), Siegfried (7,7), Budde (7,7 comme possible). Le sens de èiew-aimée nous paraît certain pour 2,7 et 7,7 : 1) Le verbe s'emploie presque toujours avec un nom concret; je ne le trouve qu'une seule fois avec un nom abstrait, dansis. 42, 13 : HKJp suscitabit zelum (Vulg.) ; le sens serait ici : n'excitez pas r amour j qui, nous Tavons dit, ne convient pas du tout à la situation ; 2) le sens (métaphorique) d' éveiller , réveiller qui, d'après nous, est certainement celui du verbe lis;, suppose une personne que l'on éveille; 3) enfin, le sujet de ysnn est naturellement le mot qui précède, à savoir nitlK : jusqu'à ce que Vamour le veuille; mais l'amour, au sens abstrait, ne peut pas vouloir, et surtout ne peut pas vouloir être réveillé : ce serait là une personnification trop recherchée. Reste donc le sens d^objet aimé, de personne aimée. Cet emploi de l'abstrait pour le concret, en parlant de l'amour, est très naturel. Dans une foule de langues on dit : « mon amour » pour désigner la personne aimée. En hébreu même, nous avons m bien-aimé et □''Tn ïamour ou les amours; cf. aussi i^rSJ niTli (Jér. 12,7) Vamour de mon âme, c'est-à-dire la chose que mon âme aime. Le sens de personne aimée est confirmé par l'emploi de ninx dans 7,7 où il signifie clairement bien-aimée. La correction nninN (cf. Osée 3,1), proposée par plusieurs, n'est nullement nécessaire. — Sur ttr"^57, ici avant que, Yoir in 1,12. — La construction est elliptique : avant qu'il lui plaise, sous-entendu : d'être réveillée ou plutôt de se réveiller elle-même. La pensée serait bien peu naturelle s'il agissait du sommeil réel, pendant lequel l'exercice de la volonté est suspendu. — Par les gazelles... D'après certains interprètes, l'adjuration se fait par les gazelles, parce que ces animaux sont faciles à effaroucher (Budde), ou encore parce qu'ils symbolisent l'amour (cf. Prov.

5,19 : la biche des amours). Mais le choix des mots indique une intention allégorique par allusion verbale (Introd., 74) qui n'a pas échappé aux LXX (ouvafxsaiv, taj^u^Êcriv). Il est curieux que nl.siï ne se trouve qu'ici comme pluriel de ^aze//e; partout ailleurs, cette forme représente le pluriel de h{l2f armée. D'autre part mS''K (cf. Brown, s. v. II. biN être en avant, être chef) suggère l'idée de principautés. Nous croyons donc que les gazelles et les biches sont allégoriques comme les filles de Jérusalem^ et désignent les armées des anges. On conçoit que Jéhovah adjure les nations par les anges, en particulier par les anges des nations, mais non par des gazelles. D'après Rraetzschmar, l'adjuration se ferait ici par les gazelles et les biches, parce que les noms de ces animaux ressemblent aux noms mNlï mn'' eihi^ (Theol. Literaturzeitung, 1900, p. 531, cité par Zapletal). — Les interprètes sont très partagés sur la question de savoir par qui est prononcée cette adjuration : est-ce par l'Épouse, par l'Époux, ou par une autre personne? Notre interprétation exclut la première hypothèse, et la seconde nous paraît bien préférable à la troisième. Le Cantique ne connaît pas d'autres personnages que l'Époux, l'Épouse et le chœur; or ici, le chœur ne peut guère s'interpeller lui-même. Il est naturel, au contraire, que l'Époux réuni à l'Épouse, s'interpose en sa faveur. De plus, la désignation de la bien-aimée par le mot n^riN, comme 7,7, s'explique mieux dans la bouche de l'Époux. — Le sens allégorique, c'est-à-dire le sens proprement littéral du verset, est très naturel : les nations ne doiventpas troubler Israël dans la douce possession de son Dieu. Ce premier tableau du Cantique, qui nous représente l'alliance de Jéhovah et d'Israël au désert, se termine donc, comme il convient, par la voix de Dieu, jaloux d'assurer à son Épouse la jouissance paisible de son amour tant qu'elle voudra lui rester fidèle. — Spécimens d'interprétation : Targum : « par Jéhovah des armées et par les Puissants de la terre d'Israël » (de même 3,5). Midrash : par les armées du ciel et par les armées de la terre, ou, d'après une autre opinion qu'adopte Lyra, par

— IGl —

8. J'entends mon bien-aimé! Le voici qui vient, sautant sur les montagnes, bondissant sur les collines.

les patriarches et leurs femmes ; etc. — On sait l'importance des Anges dans le judaïsme post-exilien (Introd., 99).

8-14. Israël, au désert, est invitée par Jéuovah a entrer EN PALESTINE. — Ce tableau,le plus poétique peut-être du Cantique, est en même temps fort peu allégorique dans le détail. C'est une invitation à entrer dans la Terre Promise : sur ce point, la tradition juive est inattaquable. Mais chose curieuse, le Targum, le Midrash (en grande partie), Rashi, etc., supposent qu'Israël est en Égypte et ils conçoivent les versets 10- 14 comme une invitation à sortir de la captivité égyptienne. Il est bien préférable de se représenter Israël au désert, comme dans tout ce qui précède : Jéhovah l'invite à passer du désert en Palestine. Nous ne trouvons dans le morceau aucun trait qui indique l'Égypte, tandis que le v. 14 évoque naturellement l'image du désert. Enfin, et cette raison est décisive, Israël, en sortant d'Égypte, n'alla pas en Palestine, mais bien au désert. — Jéhovah est le Dieu du pays de Chanaan (Osée 9,3,15), et comme tel, il lui donne la fertilité. Le poète représente donc l'ÉpouK accourant de son pays, franchissant les montagnes qui séparent la Palestine du désert, arrivant à la demeure de l'Épouse. Il lui annonce que l'hiver, le temps de l'épreuve, est passé : le printemps s'annonce, et leur pays se couvre de fleurs, comme pour fêter son arrivée. — Avant la rentrée d'Israël en Palestine, après l'exil babylonien, l'Époux ira également voir si le printemps a commencé (cf. in 6,11-12).

8. — Sip : Les anciens, en traduisant par voix, montrent qu'ils n'ont pas compris l'hébraïsme que nous avons ici et qui se retrouve 5,2; Gen. 4,10; 1 R. 18,41; Is. 40,3; 66; Jér. 10,22; 25,36; 50,8; Mich. 6,9; cf. § 146 b; Konig, Syntax, § 354 a. Dans tous ces cas Sip signifie : le son de... (est entendu), hdi nuance n'est pas ici : Écoutez! comme traduisent la plupart des modernes, mais bien : f entends, ou Von entend. C'est les pas du bien-aimé sautant sur les montagnes

9. Mon bien-aimé est semblable à une gazelle ou à un jeune cerf.

Le voici derrière notre mur, regardant par la fenêtre, épiant par le treillis.

que l'Épouse est censée entendre, et non sa voix : il ne fera entendre sa voix qu'après être arrivé. De même, 5,2, l'Épouse entend les coups frappés à la porte, et non la voix du bienaimé; cf. Gen. 3,8 où Sip est employé en parlant du bruit des pas de Jéhovah se promenant dans FEden (et non de sa voix!). — «1 au participe, cf. Jér. 10,22. — yspa ne se rattache pas à la racine ysp fermer , serrer, comme le disent les dictionnaires; c'est bien plutôt le même mot que le judéoaraméen 72p (galiléen, d'après Dalman, Aram. Gramm. -, § 15, 2 c), syr. jox), arabe jis. Saadia traduit jiic*. — Les montagnes : celles qui séparent la Palestine, d'où vient l'Époux, du désert où séjourne l'Épouse depuis la sortie d'Égypte; cf. 14. — Spécimens d'interprétation : Targum : Dieu apparaît à Moïse sur i'Horeb et l'envoie en Egypte délivrer le peuple. Ibn Ezra : c'est Dieu parlant du Sinaï; de même Lyra. Rashi, admettant avec le Targum qu'il s'agit encore de la sortie d'Égypte, dit que le poète se répète ici; il fait remarquer finement qu'emporté par l'enthousiasme poétique, le poète a oublié de décrire la situation : il revient donc sur ce qu'il a déjà dit pour le compléter.

9. — ne se trouve que dans le Cantique. — D''S"'>< : pour ce pluriel, cf. § 124 o; voir Introd., 79. — Shd, hapax legomenon; fréquent dans la Mishna. Le mot est araméen et se trouve dans les parties araméennes de Daniel 5,5 (Sn3), et d'Esdras, 5,8 (î<>iSn3); le pluriel est poétique (Introd., 79). — yiï, hapax legomenon. — D^Din, hapax legomenon : treillis; correspond sans doute au moucharabieh (correctement

ICj yJ> mashrabiyat) des maisons arabes de Syrie et d'Égypte. — nijSn, pluriel poétique. — C'est à tort que Bickell, Budde, Siegfried considèrent la première partie du verset 9a) comme une glose provenant du v. 17. La course rapide

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