Car voici l'hiver passé
les pluies ont cessé, elles ont disparu.
du bien-aimé sur les montagnes ne saurait être mieux comparée qu'à celle de la gazelle. — Les LXX ajoutent in\ xk opy) BaiÔ>iX, mots qui semblent bien provenir du v. 17. — L'Épouse semble enfermée dans sa maison, comme une colombe « dans l'excavation du rocher » (v. 14) : ces images expriment la situation d'Israël au désert, entourée de toutes parts par des ennemis. — Comparer le récit notablement différent de 5,2 sq. oii l'Époux frappe à la porte pour entrer. Ici il ne cherche pas à entrer, mais il invite l'Épouse à sortir. — Spécimens d'interprétation : Midrash : la muraille du Sinaï. Rashi : les fenêtres du ciel. Le Pseudo-Hippolyte (Bonwetsch, p. 97) applique assez curieusement à la loi : « La loi entourée d'un treillis était comme un endroit clos par des planches, car elle proclamait ouvertement l'unité de Dieu, mais taisait la Trinité. »
10. — njsr ; l'apparition subite du parfait dans un récit au présent montre bien que l'Épouse raconte, en réalité, un événement passé; même procédé 5,4. — "jS : cf. 1,8. — Les LXX ont lu de plus TIJI"' ma colombe^ après tns'» ; la Vulgate après Ti^sri. — "jSn qui signifie normalement aller (v. g. v. 11) est pris ici au sens de venir. Le Cantique emploie d'une façon très libre les verbes de mouvement (ïntrod., 109). — Spécimens d'interprétation : Targum, etc.. Genebrard : invitation à sortir de TÉgypte.
11. — iriD, qeré T»nD, hapax legomenon; mot araméen : hiver. En syriaque, le mot Jon» signifie aussi tempête. En
arabe vulgaire, se dit pour pluie. En Palestine et en Syrie, on ne distingue guère que deux saisons : la saison des pluies et la belle saison, caractérisée par l'absence de pluie. Les pluies commencent, en Palestine, à la fin d'octobre; les « dernières pluies » tombent en mars et en avril. — Spécimens d'interprétation : Targum, Midrash : Vhiver est
1^. Les fleurs se sont montrées, au pays; l'époque de la taille est arrivée; la voix de la tourterelle s'est fait entendre, dans notre
[pays.
la captivité en Égypte. Cependant une autre opinion dans le Midrash (in 2,13, p. 71 : R. Azaria) voit dans Vhiver les années d'épreuve qu'Israël passa dans le désert. — Philo Carp. : « Hiemem vocat [Ghristus] salutarem passionem... vel etiam hiemem vocat idolorum cultum; in utroque sensu, hiems transiit ». — Il est étonnant que les rabbins cités dans le Midrash n'aient pas songé à faire remarquer en faveur de leur opinion que la sortie d'Égypte eut lieu au printemps, dans le mois de Nisan (Ex. 13,4), mais Lyra a fait ce rapprochement. L'entrée des Israélites en Palestine eut lieu aussi au printemps, le 10 du mois d'Abib (= Nisan), d'après Jos. 4,19; l'allusion à cette circonstance est probable.
12. — Dijv:, hapax legomenon. — : les traducteurs se partagent; les uns traduisent chant {des oiseaux); les autres taille [de la vigne). Ce dernier sens, qui est celui des versions (LXX, Aquila, Symm., Vulg., Peshitto), me paraît certain; cf. néo-hébreu : taille de la vigne. Au sens de chantj '7 ne s'emploie, dans la Bible, que du chant humain : il ne saurait en être question ici, dans une description de la nature qui s'éveille. De plus le chant des oiseaux ne serait pas exprimé par le seul mot 'î : il faudrait un déterminant. Enfin, ce sens ferait un peu tautologie avec le stique suivant. « Tristram a fait observer qu'il y a étonnamment peu d'allusions au chant des oiseaux dans la Bible; cf. Ps. 104, 12; Eccle. 12,4; Cant. 2,12 » (Montefiore : Jew. Q. Review, III, 630). Objecter contre le sens de taille que les vignes sont représentées, au v. 13, comme étant en fleur, c'est méconnaître le caractère poétique du morceau qui décrit toute la belle saison palestinienne depuis l'apparition des premières fleurs, au printemps, jusqu'à la floraison de la vigne. Rappeler à l'Épouse que le temps de la taille est arrivé, c'est insinuer qu'elle doit se hâter, car elle aura à cultiver sa vigne (cf. 2,15; 8,12). Le mot iiD7 est formé comme nom-
13. Le figuier pousse ses fruits naissants; la vigne en fleur répand son parfum :
lève-toi, ma bien-aimée, ma belle, et viens-t'en !
bre de mots exprimant des opérations agricoles : t]tDN* rentrée de la moisson, ;27nn labour^ VISO. vendange, Itïp moisson des céréales (§ 84a, /). — ^TUn arriver (en parlant du temps), comme Éz. 7,12; Eccle. 12,1 ; le verbe est au masculin, bien que m soit presque toujours féminin (cf. Brown). — « La tourterelle ne passe point l'hiver en Palestine, mais elle émigré en des contrées plus chaudes » (Fillion). — Notre pays : le pays de Jéhovah et d'Israël, la Palestine.
13. — iDjn, hapax legomenon; il est fort douteux que ce soit le même mot que T33n (Gen. 50,2) embaumer (un cadavre). Ce verbe a ici le sens qu'il a en néo-hébreu : pousser (des bourgeons ou des fruits). — na3, hapax legomenon, la figue
avant maturité; en arabe ^ se dit de tout fruit non mûr. —
"nDD, qu'on trouve aussi dans divers dialectes araméens, n'est pas employé dans la Bible en dehors du Cantique. La physionomie du mot et son invariabilité donnent à penser qu'il n'est pas hébreu, ni même, peut-être, sémitique. R. Duval (Revue des Études juives, XIV, 277-281 [1887]) a démontré d'une façon concluante que répond à l'oîvavôy] des Grecs : c'est donc la grappe au moment de la floraison, et non le verjus, comme le prétendent Abou' 1 v^alîd et D. Qimhi. Symmaque traduit exactement : oîvavôy]. Le mot 'd est à l'accusatif d'état; cf. § 118 q. — iJi : lire "jS avec le qeré. —
— Les LXX ont en plus : ma colombe, après "^ns"» ; cf. v. 10.
— Le figuier et la vigne indiquent clairement la Palestine : ce sont les deux arbres qu'on cultivait de préférence, les deux produits caractéristiques du pays. L'idéal de la félicité était que chacun pût « s'asseoir sous sa vigne et sous son figuier » (1 R. 4,25; Mich. 4,4; 1 Macc. 14,12). La vigne et le figuier sont très fréquemment associés (Deut. 8,8; 1 R. 18,31 etc.). On plantait même les figuiers dans les vignes (Luc 13,6). Au désert, les Israélites se plaignent à Moïse de les avoir conduits dans une région où il n'y a « ni figuier, ni
14. Ma colombe, dans Texcavation du rocher, dans l'abri de la paroi escarpée, montre-moi ton visage, fais-moi entendre ta voix, car ta voix est douce, et ton visage aimable. »
vigne » (Nomb. 20,5). Les premiers lecteurs du Cantique, habitués à ce lieu commun de la littérature hébraïque, n'ont pas pu hésiter à reconnaître ici la Palestine.
14. — vSdh "«lan : l'expression se retrouve une autre fois dans la Bible, Jér. 49,16 (=: Abd. 3), en parlant du pays des Édomites. Comparer Jér. 48,28 : «... allez habiter dans les rochers, habitants de Moab, soyez comme la colombe qui fait son nid au-dessus du précipice béant »; Éz. 7,16 : « ils sont allés vers les montagnes, comme les colombes des vallées » (ou mieux : comme des colombes 'gémissantes'; cf. LXX (xeXeTYiTixai = ni^î^ln). Le pluriel tian est probablement poétique (Introd., 79). — naTTQ se trouve encore Éz. 38,20 : c'est un rocher à pic, une paroi escarpée. — iijr, ici seulement et Prov. 20,17. — Je lis avec le qeré TjiSnan et non
"l^sia (ou "j-îNiD). Dans "^iKno-nK, avec l'accent zaqef, on a préféré la forme pleine; en dehors de toute pause, au contraire, la forme syncopée. D'une façon générale, la pause semble jouer un rôle dans le cas du § 93 ss. Quelle que soit la forme, le nom est au singulier : Vair (du visage), et par extension le visage (cf. d 25,17 : parall. ">JH3). — Ma colombe : AuPs. 68,14 la colombe désigne probablement Israël, mais le texte est obscur. Dans IV Esdras 5,26, Israël est appelée « la colombe unique » dans une série d'images empruntées au Cantique (cf. Gunkel, dans Kautzsch : Apocryphen. .. h. 1.). — Les expressions V excavation du rocher, Vabri de la paroi escarpée font peut-être allusion aux régions qu'occupèrent en dernier lieu les Israélites avant de franchir le Jourdain (Nomb. 33,41 sq.). — Fais-moi entendre ta voix : la parole que l'Époux désire surtout, c'est un consentement de l'Épouse à le suivre; cf. 8,13.
15-17. Israël en Palestine : destruction des Chananéens. jénovau uni a israel dans le sanctuaire de silo.
15. Prenez-nous les renards, les petits renards qui ruinent les vigneS;, et nos vignes sont en fleur !
15. — □"'Syi^ : sur l'omission de l'article en poésie, cf. § 126 h. — San ruiner j détruire, anéantir, perdre. Le même verbe se retrouve 8,5b. — i introduisant une proposition circonstantielle (cf. Brown s. v. i, 1 k) : alors que nos vignes sont en fleur. — mao : cf. 13 ; remarquer lepathah conservé malgré la pause. — La ruine des vignobles, au moment de la floraison, est spécialement douloureuse ; cf. Is. 18,5. — Les shu'olim^ renards et aussi chacals^ comme on l'admet généralement, « sont nombreux en Palestine, et opèrent de grands ravages quand le raisin mûrit » (Fillion). Les renards sont des animaux malfaisants : ils se plaisent dans les ruines (Lam. 5,18; Éz. 13,4; Néh. 3,5). Nos vignes désignent à la fois le pays et la religion d'Israël (cf. in 1,6). Cette vive exhortation à prendre les petits renards est, me semble-t-il, une transposition poétique de l'ordre que Jéhovah donna aux Israélites entrant en Palestine d'exterminer les habitants du pays dont l'idolâtrie était un perpétuel danger pour leur religion et pour leurs mœurs (Deut. 20,17-18). L'exhortation n'était pas inutile; nous allons voir bientôt (3,1 sq.) l'arche sainte de Jéhovah prise par certains de ces renardsj les Philistins. Étant donné le procédé d'évocation d'idées cher à l'auteur, on pourrait se demander si, en employant le mot renards^ il n'a pas présent à l'esprit l'histoire des renards lâchés par Samson contre les Philistins (Jug. 15,4). — Le verset 15 commence un nouveau tableau. Il est prononcé probablement par l'Épouse seule, mais ce n'est pas une réponse à l'invitation de faire entendre sa voix; c'est encore moins une petite chanson qu'elle chanterait pour faire plaisir à l'Époux. — Spécimens d^ interprétation. Ici, et la chose vaut la peine d'être notée, vu la rareté du fait, un très grand nombre d'auteurs juifs et chrétiens sont d'accord sur la pensée fondamentale : les renards sont les ennemis du peuple de Dieu ou de la vraie religion. Targum : il s'agirait des