Mon bien-aimé est à moi, et moi à lui
lui qui paît parmi les lis.
17. Avant que le jour fraîchisse et que les ombres s'étendent,
viens, sois semblable, mon bien-aimé,
pertes infligées aux Israélites par Amalec; Midrash : par les Égyptiens. — Yaphet, Hippolyte et beaucoup d'auteurs chrétiens voient dans les renards les hérétiques, peut-être sous l'influence d'Éz. 13^4 qui compare les faux prophètes d'Israël à des renards. — Budde (suivi par Siegfried) intitule le verset « une petite chanson friponne (Schelmenliedchen), que les jeunes gars mettent sur les lèvres des jeunes filles ». Le sens serait : « Ne nous hâtons pas de nous marier, car le mariage ruine en peu de temps les charmes de la vierge ». Allégorie pour allégorie, il est permis de préférer l'ancienne.
16. — nvin : sur cet emploi de l'article (avec un participe) en vue de reprendre le nom auquel il se rapporte et dont il est séparé, cf. § 126 h. — Qui paît parmi les lis : Jéhovah, pasteur d'Israël, paît parmi son peuple, les Israélites. On remarquera que nvi, bien qu'employé au sens transitif, n'a jamais de complément (v. g. troupeau) dans le Cantique (1,7; 2,16; 6,3). C'est qu'un complément eût compliqué inutilement le symbolisme; les Israélites étant comparés à des lis parmi lesquels pait le pasteur, la mention d'un troupeau n'avait pas de raison d'être (Introd., 92). — Cette formule de réciprocité semble une transposition poétique de la phrase fréquente : « Je serai leur Dieu et ils seront mon peuple » (Lév. 26,12; Jér. 7,23 etc.). — Le verset se retrouve 6,3, mais avec inversion des deux membres; cf. 7,11. — Spé^ cimen d'interprétation : Siegfried : les lis sont les lèvres de la bien-aimée où paît l'amant! L'explication obscène de P. Haupt, ainsi que l'interprétation qu'il donne, à l'appui, de certains textes arabes de Dalman (Palàst. Diwân) sont un bon spécimen de fantaisie dévergondée.
17. — 'tt; ij; : cf. in 1,12. — niS souffler^ apparenté à nD3 ; le jour souffle : on attribue au jour lui-même l'action de soufller, de venter, que nos langues expriment d'une façon* complètement abstraite : il vente; comparer les exprès-
à une gazelle ou à un jeune cerf, sur les montagnes de Bèter.
sions arabes comme le ciel neige . Le souffle
du jour se produisant régulièrement à la fin de la journée est devenu une indication de temps; cf. Gen. 3,8 : DVn nnS au souffle du jour^ c'est-à-dire vers le soir. L'expression correspondante du français serait : à la fraîcheur; la Peshitto traduit fort bien : « avant que le jour fraîchisse ». — *!D3i : waw conversif (Introd., 108). Le verbe idj fait difficulté. D'après Kaempf et Budde, c'est le matin que les ombres s'enfuient; le souffle du jour serait ici le vent du matin. D'après Cahen et Siegfried, les ombres fuient, c'est-à-dire cessent, quand le soleil est couché ; autrement dit, il n'y a plus d'ombre quand tout est dans l'ombre : cette pensée est bien peu naturelle. Il s'agit très probablement du soir (cf. Rosenmiiller) : nous voyons qu'au verset suivant (3,1) > il fait nuit. C'est donc des ombres qui s'étendent sur la terre quand le soleil décline que le poète veut parler. Les traductions de la Vulgate : inclinentur, de Symmaque xXtôwaiv et de la Peshitto donnent donc le sens exigé par le contexte. Faut-il conclure qu'ils ont lu (cf. Ps. 102,12; 109,23)? Pas nécessairement. Notre poète, employant les verbes de mouvement d'une façon très libre (Introd., 109), il n'est pas impossible qu'il ait pris ici le verbe D13 s'enfuir au sens de se mouvoir avec rapidité^ se hâter (cf. ni3 8,14). La leçon *i"Da est néanmoins probable (cf. Jér. 6,4). — La nuit étant l'heure où les Époux doivent être réunis (cf. 3,1), l'Épouse supplie l'Époux de venir vers elle avant la tombée de la nuit (Introd., 96). — iD : ce verbe de mouvement est encore employé dans un sens très large. On ne peut pas traduire : reviens, puisque l'Époux est avec l'Épouse (v. 16). Le sens : viens (Delitzsch, éd. 1851 ; Budde) est très plausible; cf. 1 S. 22,17, 18; 2 S. 18,30. — inn : ce pluriel rentre dans la catégorie des pluriels poétiques, si nombreux dans notre poème (Introd., 79). — ma : ce petit mot a une importance capitale pour l'intelligence du Cantique. Le TM est douteux : on peut se demander s'il ne faut pas lire un pluriel. En
effet i) Les LXX (xoiXwjAotxwv), Théodotion (ôufxiafxdcTwv = □"'aiyn?), la version E' (ôt)^oToay)[xàxtov , la Syro-hexaplaire (iv^) ont lu un pluriel; 2) le verset parallèle 8,14 a un pluriel : □"'aù^!!; 3) le mot □''S^N* semble appeler une assonance en îm. Il est donc probable qu'il faut lire un pluriel. D'autre part, les consonnes du TM sont critiquement certaines. Ce n'est donc pas □''Diz?! (Peshitto), ni nimn. (Cheyne), mais bien □''"inn qu'il faut lire. Le mot est parfaitement rendu par la version E' : Six^oTojxvifAdéTwv, les deux moitiés d'une chose coupée et par la Syro-hexaplaire (cf. couper en deux). Quant au sens, il n'est pas douteux : in:2 se dit uniquement, dans la Bible, de l'action de couper une victime en deux (Gen. 15,10); les anni sont les deux moitiés de la victime entre lesquelles passait celui qui offrait le sacrifice (Gen. 15,10; Jér. 34,19). Les □''ini nn sont donc les montagnes des [victimes] coupées en deux, c'est-à-dire les montagnes du sacrifice. Nous aurions encore ce même sens, au cas où ini, au singulier, serait la leçon primitive : le mot exprimerait alors l'action sacrificielle elle-même ou bien serait un nom propre créé artificiellement pour l'allusion (cf. Symmaque, Aquila, Vulgate). Il faudrait admettre alors que le poète a dissimulé davantage son intention allégorique (Introd., 74). — La littérature aggadique a de longs développements sur « le pacte fait au milieu des victimes partagées» onnin "jU nni de Gen. 15; cf. Jewish Encyclop. s. V. Govenant. — A quelle rnontagne du sacrifice le poète fait-il allusion? Est-ce à la montagne de Gen. 15, sur laquelle Jéhovah fit alliance avec Abraham « entre les victimes partagées », et dans ce cas, identifierait-il cette montagne, dont le nom n'est pas indiqué, avec le mont Moriah, la montagne du temple, comme fait le Targum (sic Mercerus in 8,14)? Le sens serait alors que Jéhovah ira bientôt fixer sa demeure à la montagne du temple. Mais étant donné la période historique ici décrite, je penserais plutôt à Silo où s'élevait un temple de Jéhovah renfermant l'arche d'alliance (cf. Jér. 7,12 : « Silo où j'avais, autrefois, fait habiter mon nom »; 1 S. 1,3 sq.), et d'où nous allons
3,1- Sur ma couche — c'était la nuit ■— j'ai cherché celui
[que mon cœur aime ; je l'ai cherché et ne l'ai point trouvé.
voir bientôt (3,1 sq.) Tarche disparaître. Dans les passages parallèles, il s'agit de la montagne du temple de Jérusalem (4,6 : temple de Salomon; 8,14 : second temple). — Spécimens d'interprétation : Le Targum, après un développement sur la disparition de « la nuée glorieuse », lors de l'incident du veau d'or, parle « du mont Moriah où Abraham sacrifia Isaac et où, auparavant, il avait offert son sacrifice et divisé les victimes en deux ». Rashi fait justement remarquer que nni signifie l'action de partager, npiSn, et de diviser en deux, naSs. D'après Yaphet, beaucoup de docteurs (qaraïtes) voient dans la montagne le mont Sion. Lyra y voit le Sinaï. Dans l'allégorie érotique de l'exégèse naturaliste, la montagne est la bien-aimée elle-même (Budde, Siegfried)! P. Haupt, qui veut préciser, tombe dans l'obscène ("in = mons Veneris; inn = rima mulieris).
Ch. 3,1-5. L'arche de Jéhovah est prise par les Philistins; MAIS APRÈS UN TEMPS TRÈS COURT, ISRAEL LA RECOUVRE ET LA PLAGE DANS LE TABERNACLE DE LA CITÉ DE DaVID.
Ch. 3,1. — mSib : Il ne s'agit pas de plusieurs nuits, mais de la nuit dont l'Épouse a la pensée pleine et dont elle va raconter les événements mémorables. mS>S se rencontre plusieurs fois avec le sens du singulier : 3,8; Ps. 16, 7; 92,3 (parall. npn); 134,1. Ici le pluriel est probablement poétique (Rosenmuller) ; cf. Introd., 79. — Pour le symbolisme de la nuit, voir Introd., 96. — Là couche, IDU^D, comme les autres mots analogues relatifs à la cohabitation : iiny pavillon (1,16), ni:i maison (1,17), nn appartement (3,4), ■jinSN pavillon nuptial (3,9), désigne le lieu où Jéhovah habitait avec Israël, le sanctuaire (tabernacle ou temple); voir Introd., 93. — Les LXX ont en plus (comme 5,6] : ixa- Xsffa auTov xai o\)'/^ uTCï^Kouaév fxou. — Les mots : « je l'ai cherché et ne l'ai point trouvé », suivis de la résolution de sortir à la recherche de l'Époux, rappellent beaucoup Osée 2,9 : « Elle (= Israël) cherchera ses (amants) et ne les trou-
vera pas. Alors elle dira : J'irai et je retournerai vers mon premier mari... » — Dans l'interprétation naturaliste cette recherche sur le lit n'est pas éloignée du ridicule. — En dehors de la disparition définitive de l'arche, lors de la prise de Jérusalem par les Babyloniens, dont il sera question dans le passage parallèle du Cantique (5,6), nous ne trouvons mentionnée dans la Bible qu'une seule disparition : la prise de l'arche par les Philistins (i S. 4,5 sq.). L'arche, c'était Jéhovah lui-même présent parmi son peuple. L'identification était tellement passée dans l'usage que les Philistins eux-mêmes disent, en parlant de l'arche amenée de Silo au camp des Israélites : « Dieu est venu dans leur camp » (v. 7). On peut juger, dès lors, combien profonde fut la douleur du peuple quand l'arche sainte fut enlevée par les incirconcis. Héli et sa belle-fille, en apprenant la fatale nouvelle , moururent de douleur. On comprend fort bien que l'auteur du Cantique, si pénétré des idées juives, fasse allusion à cet événement capital dans l'histoire religieuse d'Israël : l'arche prise, c'est en vain qu'Israël cherche Jéhovah dans le sanctuaire de Silo. Le Ps. 78 qui, comme le Cantique, mais sans allégorie, retrace à grands traits l'histoire d'Israël, n'omet pas de mentionner cette catastrophe (v. 59 sq.) : « Dieu entendit et s'indigna; Il prit Israël en grand dégoût. Il rejeta la demeure de Silo, le tabernacle où il habitait parmi les hommes. Il livra son arche glorieuse à la captivité, son arche précieuse aux mains de l'ennemi » (cf. Jér. 3,16 : « On ne se souviendra plus de l'arche ; on ne s'apercevra plus de son absence »). La circonstance que la disparition de l'arche fut, en fait, de courte durée s'accorde bien avec l'expression du V. 4 : « à peine les avais-je passés... ». — Spécimens d'interprétation : L'exégèse juive ne semble pas avoir vu la prise de l'arche par les Philistins. Rashi, qui cependant voit dans la maison du v. A le tabernacle de Silo, applique le V. 1 aux trente-huit années qu'Israël fut condamnée à passer dans le désert. Le Targum voit ici la disparition de « la nuée glorieuse » au désert (?). Le Midrash enregistre des opinions bizarres. Yaphet (p. 60) : « Jusqu'à l'appari-