‹ Le Cantique des CantiquesChapitre 51 sur 81 · Je vous adjure, filles de Jérusalem · texte numérisé non relu

Je vous adjure, filles de Jérusalem

par les gazelles, par les biches des champs, n'éveillez pas, ne réveillez pas (ma) bien-aimée, qu'elle ne le veuille.

le futur, qui est ici atemporel : et, sans le lâcher j je l'ai introduit... : cf. 1 R. 3,4; Nomb. 9,15; Ps. 8,6; Job 33,4; voir aussi Kônig, Syntax, § 154 (futur concomitant) ; Driver : Hebrew Tenses ^, § 85. — vrif^un : sur cette forme, cf. § 76 h, et Baer h. 1. : je verrais ici une forma mixta (Kautzsch, p. v). donnant le choix entre T»nNin et vn^un; la forme longue est plus fréquente avec les suffixes (Kônig, I, p. 650). — Tnin : ce synonyme de Dï^ se retrouve employé avec dans Osée 2,7; cf. Gant. 8,7. — Israël retrouve l'arche sainte peu de temps après l'avoir perdue : elle ne resta que sept mois dans le pays des Philistins (1 S. 6,1). Les expressions : « je ne l'ai point lâohé,jusqu'àceque je l'eusse introduit... » indiquent les différentes pérégrinations de l'arche retrouvée, à Bet Shemesh (1 S. 6,13 sq.), à Qiriat Yarim (1 S. 7,1 sq.), à la maison d'Obedédom (2 S. 6,10), enfin à Jérusalem, dans le tabernacle de la cité de David (v. 12), puis au temple (1 R. 8,6). La maison de ma mère indique le terme final des pérégrinations de l'arche : le tabernacle de David ou le temple de Salomon. Les expressions maison de ma mère et appartement de celle qui me conçut sont de purs synonymes; cf. 6,9; 8,5. La mère désigne soit la ville de Jérusalem considérée comme la mère du peuple parce qu'elle est la métropole, soit, par un dédoublement du même personnage, dont nous aurons d'autres exemples (3,11; 8,5 b), la nation elle-même. L'Épouse aurait pu dire aussi bien : « ma maison » ; mais la « maison de ma mère » offre quelque chose de plus délicat. Il y a peut-être aussi une réminiscence de Gen. 24,67 où Isaac introduit son épouse « dans la tente de Sara, sa mère ». — Spécimens d'interprétation : La maison... et Yappartement seraient l'école où Moïse enseignait et la chambre de Josué (!) (Targum); le Sinaï et le tabernacle (Midrash, p. 82) ; la terre d'Israël et le mont Sion (Yaphet). 5. — Il est probable qu'il faut restituer ici avant : ^ Je

6. Qu'est-ce donc qui monte du désert, comme une colonne de fumée,

vous adjure... », la phrase qui se trouve avant Tadjuration de 2,6 et de 8,3 : « Sa main gauche est sous ma tête, et sa droite me tient embrassée. » Autrement, l'adjuration n'est pas préparée. Israël, qui vient de rentrer en possession de Farche, exprime de nouveau son union avec Jéhovah. Pour le sens de Tadjuration, voir 2,7.

6-11. Les fêtes du mariage; Jéhovah fixe sa demeure DANS LE TEMPLE DE SALOMON. — Ce uouvcau tablcau décrit la montée de l'arche de Jéhovah dans le temple qu'il s'est construit à Jérusalem. La litière de Salomon est l'arche où repose la divinité, et le pavillon nuptial (imSi^) où se célèbrent les noces représente le temple. Un point reste obscur : on ne voit pas clairement si le poète vise exclusivement le transfert solennel de l'arche de la ville de David (2 S. 6,12) au temple (1 R. 8,3), ou bien s'il vise d'une façon générale tous les différents transferts de l'arche depuis sa reprise sur les Philistins (voir in 3,4). L'expression « monter du désert » qui semblerait indiquer que l'arche vient de loin, favoriserait cette dernière manière de voir. Il semble plus naturel cependant d'admettre que le poète décrit seulement le transfert final au temple de Salomon. — On peut rapprocher de ce tableau la seconde partie du Ps. 24 (vv. 7-iO), qui chante aussi une entrée triomphale de l'arche au temple. Le morceau est dit par les « filles de Sion » (v. 11) dialoguant entre elles. Un guetteur ne parlerait pas ainsi, et il n'y a du reste que trois personnages dans le poème : TÉpoux, l'Épouse et le chœur.

6. — nï^î "iD ne peut pas désigner ici une femme, car 1) une femme, si parfumée qu'on la suppose, ne peut pas être comparée à une colonne de fumée; 2) dans la description qui suit, il n'est, en aucune façon, question d'une femme (cf. Kaempl). n^<■î iQ est donc un pronom interrogatif exprimant un neutre. Beaucoup de modernes pensent qu'il faut lire na, et que la s'est introduit sous l'influence du passage

(comme si l'on) 'brûlait' myrrhe et encens, et tous les parfums des marchands?

parallèle 8,5. Mais il y a assez d'exemples de ''D employé au sens neutre pour qu'on puisse se passer de cette correction : voir Brown, s. v. i)2 a, qui cite Gen. 33,8; Deut. 4,7; Jug. 9,28; 13,17; Mich. 1,5; Gant. 3,6. Cet emploi appartiendrait surtout au langage populaire (Kaempf). — n^^î est ici presque enclitique, § 136 c. — nSsr : il ne s'agit pas de monter dans la direction du ciel (cf. 6,10), mais de ^'avancer en montant, du désert vers le spectateur (cf. le passage parallèle 8,5), c'est-à-dire vers Jérusalem. Le spectateur voit donc une colonne de fumée s'avançant vers la ville et il se demande ce qui la produit. On disait couramment monter à Jérusalem^ parce que le voyage se terminait, d'où qu'on vînt, par une montée. — '^m miDin : la même expression dans Joël 3,3; mais Jug. 20,40 "nay. Le pluriel est probablement poétique (cf. Introd., 79). On trouve la forme màn au sens de palmier artificiel (dans la décoration du temple). — miapa réduit en fumée, ou peutêtre, comme le veulent les modernes, enfumé, c'est-à-dire ici parfumé. Ce mot ne peut pas se rapporter à niDa, car celui qui interroge ne sait pas encore qu'il y a une litière. Grammaticalement, le mot ne peut se rapporter qu'au neutre îiî^T id; mais le sens ainsi obtenu est peu satisfaisant. Avec Aquila, Symmaque, Vulg., Schlottmann, je lis miDpa : la

colonne de fumée est produite par l'action de faire fumer, c'est-à-dire de brûler de la myrrhe et de l'encens (voir la note importante de Schlottmann, p. 220, motivant cette lecture). — Sdq : ]a que Budde voudrait supprimer n'est nullement suspect; cf. S^aGen. 6,2; 7,22; Lév. 5,24; 11,34. Ce dernier exemple est bien expliqué par Hoffmann (in h. 1.) : eine von allen Speisen, irgend welche Speise. De même ici : toute espèce de parfums ; le sens de "[D n'est donc partitif qu'en apparence. — np:2N avec la forme féminine ne se trouve qu'ici : il s'agit de parfums en poudre ou du moins à l'état sec et destinés surtout à être brûlés. — S^n : pro-

prement ambulant, mais il ne faut pas songer à de petits marchands ambulants, à des colporteurs. Le mot, au contraire, est surtout employé en parlant du grand commerce (Nah. 3,16; Éz. 17,4; 27,13 sq.). Ici, la nature des produits indique plutôt des marchands étrangers. — Désert : la scène se passant à Jérusalem, "inD, comme souvent, ne désigne pas le désert proprement dit, mais la campagne. De Jérusalem on n'aperçoit du reste aucun désert. — Colonne de fumée ; on y a vu une allusion à la coutume qu'avaient les anciens de brûler des parfums devant un souverain en marche; voir, par exemple, Q. Gurtius : De gest. Alex. VIII, 32. Mais c'est probablement ici une allusion à la fumée des sacrifices d'animaux (2 S. 6,13; 1 R. 8,5 2 Ch. 5,6) et aussi, sans doute, d'encens et de parfums, qu'on offrit devant l'arche dans sa montée vers le temple. Schlottmann (p. 217) fait remarquer que nian s'emploie précisément dans le Talmud pour la colonne de fumée du sacrifice d'encens. Préparé par des spécialistes qui possédaient des recettes traditionnelles, l'encens produisait une fumée qui « avait la forme d'une colonne (lana) et montait droit comme un bâton » (Yoma, 38,1). Le verbe itdî; et tous ses dérivés sont des termes principalement liturgiques relatifs à l'action de faire fumer l'encens ou les autres choses offertes en sacri.ice; ils ne sont jamais employés, dans la Bible, en matière profane, sauf Prov. 27,9. — Spécimens d'interpréation : Targum : « Quand les Israélites montèrent du désert et franchirent le Jourdain avec Josué, fils de Nun, les nations du pays dirent : Quelle est donc cette nation choisie qui monte du désert, parfumée avec des parfums brûlés...?» Bède et Lyra adoptent cette vue. Midrash : la colonne de nuée au désert, opinion admise par Lesétre (dans Vigouroux : Dict. de la Bible, II, 2414), ou la fumée qui s'élevait de l'autel, opinion adoptée par Rashi. Yaphet voit dans la montée du désert la fin de l'exil actuel et le retour en Palestine : « la captivité, ajoute-t-il, est très justement comparée à un désert ». Hippolyte, de son côté, voit ici l'Église venant du désert du paganisme, « car dès les temps anciens, les

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