‹ Le Cantique des CantiquesChapitre 52 sur 81 · Voici la litière de Salomon · texte numérisé non relu

Voici la litière de Salomon

autour d'elle, soixante guerriers, Télite des guerriers d'Israël.

païens étaient pour Dieu un désert ». Orozco : les nations admirent Israël dans le désert.

7. — njn : Le cortège s'étant rapproché, les spectateurs peuvent maintenant distinguer les détails. La litière n'étant pas ce qui « monte comme une fumée » , il ne faut pas traduire : « c'est la litière... », mais plutôt : « Voici la litière... ». — niDD désigne un lit portatif, une litière; cf. i S. 19,15. — nDSlzjSi:? : voir Introd., 106; cf. § 131 n; 135 m, note 3. — Soixante est un chiffre rond dans la littérature juive post-biblique, où il est employé souvent pour exprimer un nombre considérable; on dira, par exemple, qu'il vaut mieux avoir un seul enfant sain que soixante enfants débiles (Baba batra, 91 a). Kaempf donne de nombreux exemples du même genre. Mais ici (comme 6,8), soixante n'exprime pas un nombre très considérable en soi : au contraire, le poète veut faire ressortir qu'il s'agit d'un groupe restreint, d'une élite de guerriers. — Guerriers : les ami:! sont les soldats de profession, par conséquent des hommes d'élite; cf. 2 S. 10,7; 23,8; Jér. 31,30. — La litière représente l'arche de Jéhovah. Budde observe finement que le roi n'est pas dans la litière : s'il y était, on ne dirait pas autour (Telle (la litière) nS, mais bien autour de lui iS, et surtout on n'oublierait pas de parler de la personne du roi. C'est qu'il ne s'agit pas d'une litière ordinaire : tout s'explique au mieux avec un personnage à la fois présent et invisible, comme était Jéhovah dans l'arche. — L'appareil militaire ici décrit convient fort bien à l'arche. Celle-ci est étroitement associée à l'idée de guerre. Jéhovah, présent dans l'arche, est une assurance de victoire pour Israël (Nomb. 10,35 sq.; Jos. 6,4 sq.; 1 S. 4,3 sq. ; 2 S. 11,11) : c'est « l'arche de Jéhovah des armées » (1 S. 4,4; 2 S. 6,2). Les soixante guerriers représentent probablement les prêtres qui entouraient l'arche; cf. Nomb. 2,17. Le sacerdoce juif, à qui incombait la garde

8. Tous sont habiles à manier Tépée; tous sont exercés au combat.

du sanctuaire, tabernacle ou temple, fut toujours très militaire. On sait que les Maccabées étaient une famille de prêtres. — Que Salomon désigne Jéhovah, c'est là un point communément admis dans Texégèse juive; cf. Rashi (in i, 1) : « Les rabbins ont enseigné que Salomon^ dans le Cantique, est toujours pris au sens sacré et désigne le Roi à qui appartient la paix ». L'idée de paix ou de salut que le poète vit sans doute dans le nom de Salomon (cf. 8,10) l'amenait assez naturellement à donner à Jéhovah le nom du grand roi pacifique d'Israël. Comparer Jug. 6,24, où Gédéon appelle l'autel qu'il bâtit mSur mn"). — mStzr ayant été considéré comme un nom de Dieu, la législation du Talmud interdit de l'employer en certaines circonstances. Si l'Époux est appelé ici avec insistance Salomon (v. 7, 9, 11), c'est que le poète veut évoquer dans l'esprit du lecteur l'époque du grand roi qui construisit le temple où va résider Jéhovah (Introd., 74). Mais là se borne probablement l'allusion au Salomon de l'histoire. — Spécimens d'interprétation : le Targum applique le verset au temple de Salomon. Rashi : « le tabernacle et l'arche que les Israélites portaient dans le désert » ; soixante : les soixante myriades (60x10.000 = 600.000) d'Israélites qui entouraient l'arche au désert (Ex. 12,37), d'après le Midrash (p. 94). La litière serait la terre d'Israël (Ibn Ezra), le Christ lui-même (Hippolyte), la sainte Écriture (Théodoret).

8. — iTnK : participe de forme passive à l'état construit, 116 k; pour le sens actif, cf. § 50 f. Cet emploi de "nn^ est probablement araméen; cf. Peshitto, h. I. : ps;-. L'emploi du participe passif dans un sens actif est fréquent en néo-hébreu (Geiger : Lehrbuch z. Sprache d. Mischna, p. 43; Strack et Siegfried : Lehrbuch d. neuhebr. Sprache, § 87). Les anciennes versions et la plupart des modernes reconnaissent le sens actif. La nuance n'est pas que les guerriers tiennent actuellement l'épée à la main, ou qu'ils ont actuellement la main sur la garde de leur épée, mais

Chacun porte l'épée au flanc, en vue des surprises nocturnes.

que les guerriers en question ont toujours, comme arme, une épée (Schlottmann : Schwerttrâger) ; pour l'usage du syriaque, cf. R. Du val : Traité de gramm. syr., § 234 : jjL-[ qui tient d'une manière continue, [habituelle], opposé à M qui tient maintenant. L'expression lin "îinN a le même sens que lin Kirj (1 Chr. 5,18; Pesh. r^i) ou lin ïJSh (cf. Jér. 46,9; Hexapl. ^i) ou un ^hir (Jug. 8,10; Pesh. y-^i). Comparer aussi les expressions : nxirpn ton (Amos 2,15) archer; Targum : NnU7p Tïnt^; Pesh. ]tJJ>; — i:ny*i ush (Gen. 4,21) joueur de harpe et de flûte, Pesh. )pao jîiwï ;

— nitra •'iJ^Sh (Éz. 27,29) rameurs; — baa i^Sh (Jér. 50,16) faucheur; Pesh. : ^i; — nnnn WBh (Jér. 2,8) les hommes de la Loi, les légistes; Pesh. -h^/. (Pour le syriaque, voir Payne Smith : Thésaurus syr. s. v. ^i). Le participe passif finî^, comme iirsh suivi d'un instrument, signifie donc un métier ou une fonction. Le sens de Gant. 3,8 est donc hommes d'épée. Mais il y a probablement une nuance concomitante d'habileté dans le métier, comme Jér. 2,8 : hommes de loi, hommes versés dans la loi. On peut donc traduire : habiles à manier l'épée, ce qui donne un bon parallélisme avec le stique suivant : exercés au combat.

— 'a naSa : cf. nanba n^iaS (1 Chr. 5,18). — Le ]T2 indique le motif pour lequel ils ont l'épée au côté (Brown s. v. ]a 2 f) ou plutôt la chose contre laquelle ils se mettent en garde (Schlottmann, qui rapproche linp Sï Is. 4,6; 25,4).

— ins n'est pas ici la peur, mais ce qui cause la peur (Brown : 2, object of dread), donc les dangers, les alarmes, les surprises; de môme : Ps. 53,6; 91,5; Job 3,25. — n*iS''S pluriel poétique; cf. 3,1. — Les versets 7 et 8 développent la même pensée que 3,4 : « Je l'ai saisi et je ne l'ai point lâché » : Israël fait bonne garde autour de l'arche sainte. Les mots : « en vue des surprises nocturnes » font peut-être allusion aux escouades de lévites qui montaient la garde à

9. Le roi Salomon s'est fait un pavillon (naptial) des bois du Liban.

tour de rôle, dans le temple, pendant les veilles de la nuit.

9. — Au V. 8 s'arrête la description de la montée de l'arche de Jéhovah au temple. Les versets 9 et 10 décrivent Tédifice où le roi va célébrer ses noces. Fidèle à son procédé allusionniste (Introd., 74), le poète choisit des traits qui évoquent l'idée du temple de Salomon. Le nom même de Salomon, les bois du Liban, les magnificences de la décoration, tout invite à sortir de la fiction pour passer à la réalité visée par le poète. Les traits de détail conviennent proprement à un pavillon nuptial, tel que l'auteur avait pu en voir, et il serait sans doute hors de propos de chercher dans chaque détail une allusion précise à telle ou telle partie du temple. L'idée qui se dégage de la fiction est simplement celle-ci : Jéhovah, comme un époux qui célèbre ses noces dans un appirion, établit sa demeure dans le temple qu'il s'est construit : cette entrée de Jéhovah dans le temple comparé à un pavillon nuptial est comme la solennité du mariage entre Jéhovah et Israël. On peut se demander pourquoi le poète considère les fêtes de la dédicace du temple comme les fêtes du mariage de Jéhovah et d'Israël, alors qu'Israël est en réalité l'Épouse de Jéhovah depuis l'alliance du Sinaï. Il semble que l'auteur ait voulu ménager ainsi l'intérêt du poème. De plus, les splendeurs du temple de Salomon, surtout par contraste avec l'humble tabernacle du désert (1,16), se prêtaient bien à un développement poétique sur les fêtes nuptiales ; pour célébrer le mariage de Jéhovah, il fallait un édifice digne de sa majesté. — "jinst^ appirion^ hapax legomenon : le mot est très discuté. Les LXX, séduits peut-être par une vague homophonie (cf. Introd., 117), l'ont rendu par <popeîov litière ou chaise à porteur et la Vulgate par ferculum. La Peshitto a ^*a)îa3 trône, siège (éd. Lee) ou (éd. de Mossoul), mot qui aurait ici un sens analogue d'après

Bar BahluI, à savoir uoi^, ^ jL (Payne Smith). La version arabe de la Polyglotte de Londres a forgé (?) un mot d'aspect

assez barbare jUi qui signifie sans doute une chose qui

couvre, une sorte de dais (la Polyglotte traduit umbraculum). — La plupart des modernes, à la suite des LXX et de la Vulgate, supposent que appirion est tout simplement un autre nom de la mittah (litière) du v. 7 et y voient, en conséquence, une sorte de litière luxueuse. Nous croyons, au contraire, que la mittah et Yappirion désignent deux choses différentes (avec la Peshitto, Delitzsch, Hitzig, etc. ; et aussi avec Cheyne : Encyc. hibl.y III, 2805; Halévy, Winckler, qui lisent, il est vrai, un autre mot). Voici les raisons qui me font adopter cette manière de voir : 1) si l'auteur voulait parler de la mittah du v. 7, pourquoi la désigne-t-il par un autre mot, et surtout par un mot rare, peut-être même d'origine étrangère? On comprendrait que l'auteur désignât d'abord la litière par un mot rare ou étranger et expliquât ensuite ce mot par le vocable bien hébreu mittah, mais on comprend difficilement le procédé inverse ; — 2) la mittah est un meuble sur lequel on s'étend; Yappirion a un siège 3D"ia sur lequel on s'assoit; — 3) V appirion, dont les colonnes sont d'argent, devait être difficilement transportable ; — 4) le V. 11 suggère l'idée que Yappirion était une construction dans laquelle l'époux couronné se donnait en spectacle à la population; ce n'est donc pas un meuble comme la mittah; — 5) l'allégorie exclut l'idée d'une Utière : le temple, qui est clairement indiqué par les bois du Liban et les colonnes, ne peut pas être figuré par une litière. — Je pense, avec Rashi, que Yappirion est un édicule luxueux, une sorte de huppah, qu'on construisait aux nouveaux époux pour les fêtes du mariage (Rosenmiiller mentionne une opinion qui identifie purement et simplement Yappirion à la huppah). Ce sens, qui répond tout à fait à la situation supposée ici, est confirmé par les analogies suivantes. L'édicule ou pavillon des noces joue un grand rôle dans la littérature juive. Joël (2,16) le mentionne déjà sous le nom de huppah, proprement chose qui couvre, dais, baldaquin (cf. Is. 4,5). Le Ps. 19,6 décrit le soleil s'élançant glorieux u comme un nouveau marié sort de la huppah ». Cet édicule, qui avait

à l'origine d'assez grandes dimensions, puisque dans Joël liuppah est en parallélisme avec nn chambre, devint par la suite un simple dais qu'on pouvait transporter : c'est la forme qu'a encore de nos jours la huppah dans le mariage des Juifs (cf. Jewish Encyl. s. v. Huppah). Elle avait parfois la forme d'un berceau de feuillage (ce qui rappelle le t7iy de Gant. 1,16). Le mot huppah s'employa, dans le judaïsme post-biblique, pour désigner le sanctuaire de Jéhovah : jer. Meg. I, 72 d : « Toutes les demeures de Dieu (msn) (Silo, Gilgal, Jérusalem) étaient sur le territoire de Benjamin. »

C'est sans doute une construction analogue à la huppah qui est désignée dans le Talmud sous le nom de "j^i^ii baldaquin, dais, thalamus sous lequel les époux célébraient leur mariage, chambre nuptiale (cf. Levy, Jastrow, Dalman s. h. V.). — On déployait parfois dans ces sortes de constructions un luxe inouï (Ned. 50 b) : on allait jusqu'à construire l'édicule nuptial en cèdre (Git. 57 a) précisément comme l'appirion du Cantique.

L'édicule nuptial, tente ou cabane, est encore en usage chez les Arabes. Dans son étude sur La femme du désert autrefois et aujourd'hui (Anthropos, 1908, t. III, p. 184) le P. Anastase dit que la tente des nouveaux mariés se nomme hôfah mot qui me semble être le même que nsn. Chez les Bédouins, c'est « une cabane ou une sorte de carré sans toit entouré des quatre côtés par des tentures ». Chez les semi-nomades et les agriculteurs ou fellahs, c'est « une sorte de cabanon avec des branches d'arbres, des pampres et des guirlandes ». — Voir aussi Lane s. v. àl3r=^ pavillon nuptial. Au v. 1,16 où le poète visait le tabernacle du désert, le pavillon nuptial était une simple cabane de rameaux verdoyants (njJî?"! )Drj) ; ici, où il s'agit du temple, le pavillon nuptial est un édicule somptueux, digne d'un grand roi.

Le mot ^^3n^S, par lequel le Targum rend ]e mot izny de Cant. 1,16, et qui est peut-être apparenté à pn^^î, est traduit par Riedel « baldaquin des noces ». — Nous avons traduit pnSK par pavillon comme uiy 1,16 • ce mot a l'avantage

de ne pas préciser la forme et les dimensions de l'édifice ; pavillon peut se dire, en effet, et d'un édifice minuscule, et d'une construction aussi imposante que la salle hypostyle de Xerxès (cf. Perrot et Chipiez : Hist. de Fart, V, 721, 728). Le mot pavillon i^SlDS (= papilio) a été précisément employé par certains auteurs juifs pour expliquer appirion; voir Midrash, p. 95, Pesikta de R. Kahana (2 a) et Levy (s. h. V.). — Delitzsch voit dans Vappirion un lit nuptial, le iS*n*i3 du Talmud, et traduit Prachtbeft. Mais un lit, si luxueux soit-il, n'est pas en situation. Halévy, qui a bien vu qu'il ne pouvait être question ici d'un lit ou d'une litière, dit qu'« il faut nécessairement corriger p''i2N en pSiS (cf. Dan. 11,45), une tribune ou estrade élevée ouverte de plusieurs côtés; le mot est tiré de l'Apadana des rois perses » ; il traduit : « Le roi Salomon s'est fait construire une estrade ». Winckler, dans ses Altorientalische Forschungen (3® Reihe, t. II, 1902, p. 236), a proposé la même correction, mais il traduit palais. Dans cette hypothèse, on penserait assez naturellement à une construction propre à la Perse, dont l'auteur du Cantique connaissait la civilisation (Introd., 103), soit à un kiosque ouvert, servant de salle du trône (cf. Perrot et Chipiez, t. V, 708 sq.), soit à un édicule rappelant le iakht des monarques persans de l'époque moderne (ibid. : fig. 435). Mais la lecture pSK, bien que séduisante, ne s'impose pas. Pour qu'elle fût certaine, il faudrait prouver qu'appirion ne peut pas désigner Tédicule décrit aux vv. 9-10. Or, tel n'est pas le cas. Sans doute, appirion a dans la littérature juive postérieure le sens de baldaquin portatif j de litière luxueuse. Mais ce sens traditionnel ne repose-t-il pas uniquement — et ce ne serait pas le seul exemple dans la lexicographie rabbinique — sur notre verset inexactement compris? Puis, indépendamment de cette possibilité, il ne répugne nullement que le mot ait désigné à une certaine époque un meuble portatif, tandis qu'à l'origine il désignait un édicule fixe : nous avons justement constaté le fait pour le mot huppah. Du reste, on trouve aussi le sens d'édifice donné à appirion dans la litté-

rature juive : Ibn Ezra explique le mot par l'j.ji y 22 édifice superbe ;\e Zohar (I, 15 a) emploie le mot au sens de palais.

— L'étymologie ne nous donne malheureusement aucune lumière. La plupart des modernes admettent, il est vrai, que appirion n'est autre que le grec cpopeïov, et c'est même là le principal argument philologique qu'on apporte pour reculer jusqu'à une époque très basse la composition du Cantique. (D'après Martineau, p. 325, le mot cpopsTov se trouverait pour la première fois chez l'orateur Dinarque, vers 312 av. J.-C; mais voir Harper, p. xxviii etintrod., 104). L'identification avec cpopsïov est des plus douteuses. Ewald l'appelait une mauvaise plaisanterie, et Delitzsch la trouve absurde. Si, à l'origine, appirion désigne non un meuble, mais un édicule, l'étymologie cpopeTov devient encore plus invraisemblable. (Scholz, qui admet cette étymologie, traduit cependant par trône). — Les autres étymologies proposées, hébraïques (Delitzsch, Kaempf, Jastrow etc.) ou étrangères (Robertson Smith etc.), sont peu satisfaisantes. Peut-être le mot, s'il est étranger, est-il arrivé aux Juifs par les Perses.

— Vappirion représente le temple où Jéhovah célèbre ses noces avec Israël : c'est l'explication du Targum, du Midrash (pp. 11, 97), d'Ibn Ezra. — n'm a fait^ c'est-à-dire a fait faire : cette nuance, le plus souvent, n'est pas exprimée en hébreu, non plus que dans les autres langues sémitiques; cf 144 n. — iS est ici réflexif, comme souvent; cf. § 135 i. — Bois du Liban, c'est-à-dire surtout le cèdre et le cyprès, comme 1,17 : ce mot évoque le souvenir des cèdres et des cyprès que Hiram fit abattre au Liban pour le temple de Salomon (1 R. 5,6 sq.). — Spécimens d'interprétation : Une opinion du Midrash (p. 95), admise par Orozco, voit dans Vappirion le tabernacle, qui est comparé à un pavillon ('jl*'SDS); une autre opinion (p. 96) y voit l'arche d'alliance. Rashi : « C'est le tabernacle, qui fut fixé dans la demeure de Silo »; il explique appirion par le mot huppah, pavillon nuptial. Lyra : le tabernacle, construit avec des bois semblables aux bois du Liban. (L'erreur de ceux qui voient ici le tabernacle au lieu du temple provient sans doute de ce

3, iO

iO. Il a fait les colonnes d'argent, le dais d'or ; le siège est un tissu

qu'ils n'ont pas assez remarqué la progression historique des événements dans le Cantique). Mercerus qui accepte l'idée de litière de parade traduit néanmoins aedificium.

40. — avec le nom de matière à l'accusatif, § 117 hh. — nT'Sn, hapax legomenon. On est réduit à conjecturer le sens du mot d'après son étymologie. Or tst a deux sens notablement différents : 1) étendre (Job 17,13; 41,22); cf. assyr. rapâdu : s'étendre; 2) appuyer, soutenir (Gant. 2,5, au figuré). Si nl"'21 est une chose qui soutient, on est amené au sens de dossier ou plus généralement d'appui; ainsi traduisent la plupart des modernes (cf. LXX àvàxXixov peut-être chevet ou accotoir). Mais on pourrait peut-être penser à

une autre espèce d'appui; cf. l'arabe : solives d'un

toit, soutenant la couverture (Lane). Si l'on part, au conraire, du sens étendre, on peut penser soit à une chose sur aquelle on s'étend (Pesh. : ic^ouil lit, couche), soit à une chose que Ton étend sur une autre. Ibn Ezra, Qimhi adoptent cette dernière vue, qui est partagée par Magnus, Kaempf Baldachin), Winckler (1. c. : Deckenlage) etc. Il s'agirait donc d'une chose étendue au-dessus de l'appirion, d'une sorte de toit, de dais ou de ciel de lit. Ce sens va bien au contexte : les colonnes d'argent soutiennent un dais d'or. Quant au sens que semblent supposer le Targum et le Midrash : revêtement (d'or), il a probablement son origine dans l'allusion qu'ils voient ici à la couche d'or qui revêtait certaines parties de l'arche, du tabernacle, et du temple (Ex. 25,10 sq.; 26,29; 1 R. 6,22). — aona désigne l'endroit élevé où l'on trône, le siège. — "[aaiK pourpre; pour la couleur de la pourpre voir in 7,6. — iD*in, littéralement : « dont le milieu est agencé ». Tandis que, jusqu'ici, chacune des parties de Vappirion était désignée par un terme concret : colonnes, dais, siège, nous avons ici un terme abstrait : le milieu; tandis qu'on indiquait par un

de pourpre, brodé,

gage d'amour des filles de Jérusalem.

substantif la matière dont chaque partie était faite, nous avons ici un participe exprimant une manière d'être : tout nous indique que la symétrie est rompue. Il semble donc que le suffixe de loin ne se rapporte pas à pnSK. Soit qu'on traduise "j*in par milieu^ soit qu'on le traduise par intérieur (sens assez fréquent, que Siegfried-Stade et Brown omettent de signaler), on ne voit pas bien à quoi répondrait, dans l'appirion, ce milieu ou cet intérieur : on reste dans le vague. Magnus, suivi par Kaempf, rapporte i:Din au mot immédiatement précédent : laaiN : « dessen (des Purpurteppichs) Mitte gestickt ist ». Cette manière de voir, grammaticalement correcte, me semble pouvoir donner un sens excellent. — ^^lïl, hapax legomenon. Le sens de ce verbe est difficile à déterminer. Les dérivés nSïl et nSïlQ s'emploient pour désigner un pavage en roches d'ornement ou en mosaïque. La racine suggère l'idée d'un agencement de différents objets, mais n'implique pas que ces objets sont nécessairement des pierres. L'addition d'un déterminant : U^22i< pierres (2 R. 16,17) (voir aussi Esther 1,6) indiquerait plutôt que nsïl et n23îia peuvent désigner d'autres agencements que des agencements de pierres. Dans le Cantique, il s'agit d'un travail sur une étoffe de pourpre fait par les filles de Jérusalem; il n'est donc pas question de mosaïque, mais d'un ouvrage analogue à une mosaïque, et qu'il n'est pas facile, du reste, de déterminer d'une façon certaine ; on peut penser à une sorte de broderie, ou à un ouvrage de ce genre, comme peuvent en confectionner les femmes. Ex. 39,3 vient confirmer notre manière de voir. Après avoir dit que l'éphod d'Aaron était en pourpre violette, en pourpre rouge (iDaiN*), en cramoisi et en lin retors, l'auteur parle de fils d'or qu'on fit passer au milieu de la pourpre^ etc. : "(DrilNn "Jini; l'ouvrage ainsi confectionné est appelé nu;n niyjya, c'est-à-dire broderie (ou autre travail analogue). Cet emploi de ")in dans Ex. 39,3 est remarquable : le milieu de la pourpre, c'est les mailles du tissu, à travers

lesquelles on fait passer les fils d'or. Nous avons, si je ne me trompe, uu sens analogue dans le Cantique : il s'agit d'une étoffe de pourpre dont le tissu a été orné par les filles de Jérusalem d'une sorte de broderie. — 'ai nD.ni< : Ces derniers mots ont été compris de façons très diverses, dont quelques-unes confinent au comique. Je crois qu'ils ne doivent pas être rattachés à ^^lï"!, comme le demanderait l'accentuation du TM, mais qu'ils forment apposition aux mots qui précèdent : amour, c'est-à-dire ici : marque d'amour, ou don d'amour des filles de Jérusalem (cf. Kaempf, Oettli : Liebesgabe; Harper : a love gift). Les LXX (àyàTnqv) voient dans un accusatif adverbial : comme don d'amour

(cf. version arabe : l£sr^ par amour pour) ; de même Vaihinger (dans Merx, Archiv, t. II, 111-114) : als Liebesgeschenk. — Les colonnes de Yappirion font naturellement penser aux colonnes du temple. L'or avait été tellement prodigué dans la décoration de l'édifice qu'il recouvrait, pour ainsi dire, toutes les surfaces. Le mot nsia siège^ trône, rappelle la □miDn niDlD (1 Chr. 28,18), l'endroit où Jéhovah trônait sur les Chérubins. (Cf. Lév. 15,9 où idid a probablement le sens général de siège et non le sens spécial de selle). Le tissu de pourpre brodé, gage d'amour des filles de Jérusalem, fait penser au voile de pourpre du temple (mentionné seulement 2 Chr. 3,14) : pour l'auteur, c'est un don d'amour des filles de Jérusalem, peut-être à l'imitation de l'Ex. 35,25, où nous voyons les femmes travailler aux tissus destinés au tabernacle ; un semblable travail n'est pas mentionné dans le passage analogue (1 Chr. 29,5 sq.) relatif au temple. Les filles de Jérusalem seraient donc ici les femmes d'Israël et spécialement les filles de Sion du v. 11. — Spécimens d'interprétation. D'après R. Acha (Midrash in 1,2), la section qui commence au mot appirion se rapporte au temple de Jérusalem. Le Targum et le Midrash font des applications à divers objets du temple. La Pesikta de Rab Kahana (trad. Wùnsche, p. 3) applique au tabernacle : bois du Liban =:bois de Setim (Ex. 26,15); colonnes d'argent — Ex. 27,10; dais d'or =: Ex. 26,29; siège de pourpre — Ex. 26,31. Rashi appli-

3, li

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