Ton cou est la tour de David bâtie pour les trophées
langue de la Gemara (i. e. l'araméen babylonien) on appelle ces parties tSKT ''JD'n (grenades de la face; — cf. Jastrow); elles ressemblent à l'extérieur d'une moitié de grenade qui est rouge et ronde. » — L'emploi du singulier : ta joue, une moitié de grenade tient probablement à ce que les finales du duel ou du pluriel auraient singulièrement alourdi le vers; nul doute que l'auteur pense aux deux joues dont chacune ressemble à la moitié d'une grenade. — A travers ton voile n'est pas « un gauche ajoutage » (Siegfried) : c'est naturellement les parties les plus brillantes du visage, les yeux et les joues, que l'Épotix aperçoit à travers le voile. — Spécimens d'interprétation : Lèvres : du grand prêtre (Targum), des chanteurs (Ibn Ezra), des lévites (Lyra), etc. Une allusion aux louanges qu'Israël adresse à Dieu est fort possible. Joues comparées à la grenade : la grenade était, dans l'antiquité, un symbole très commun de l'amour et de la fécondité; mais notre poète ne semble pas y penser. 11 y avait des grenades sur la robe du grand prêtre (Ex. 28,33), et sur les chapiteaux des deux colonnes du temple (2 R. 25,17).
4. — Le cou, orné de riches colliers (cf. 1,10; 4,9), est comparé à une tour décorée extérieurement de boucliers. Si la tour est une comparaison très naturelle (cf. 7,5), on ne peut pas en dire autant des boucliers. Nous avons ici une combinaison artificielle qui s'explique, je crois, par une allusion aux boucliers d'or iiriîn idSù que David enleva aux soldats d'Hadadezer, roi de Soba, et qu'il consacra à Jéhovah (2 S. 8,7, 11). Le poète avait besoin d'une tour : il en fait bâtir une à David pour ces fameux boucliers ; mais rien ne nous oblige à croire qu'elle ait plus de réalité historique que la tour d'ivoire de 7,5. Suspendant les boucliers à la tour il obtenait une double comparaison : avec le cou et avec les colliers de l'Épouse. — Le mot nnsSn, hapax legomenon, est très diversement interprété. Le mot étant probablement expliqué et développé par la seconde moitié
où pendent les mille rondaches, tous les boucliers des guerriers.
du verset, le sens d'armes enlevées à Vennemi^ dépouilles, butin, trophées, est assez naturel. Je serais tenté de voir dans le n une prononciation aramaïsante pour (cf. 1,6 □•imia pour et de rapprocher le mot de Tarabe
v,y^J.w (= héb. dépouilles, butin (cf. Lane, s. v. : whatever one of two antagonists in war takes from the other, of the things upon him and with him i. e. of clothes and weapons and his beast). — Le pluriel en iyôt est fréquent dans les substantifs, en néo-hébreu. L'explication qui précède suppose correcte la leçon du TM. Mais, je me demande si l'on ne pourrait pas lire, peut-être, ni'îïiSn choses suspendues (cf. tîibn au stique suivant) : les choses suspendues seraient des armes suspendues, des trophées. L'emploi du mot pourrait s'expliquer par des expressions comme celle d'Éz. 27,10, 11 : « ils suspendaient (^Sn) chez toi le bouclier et le casque...; ils suspendaient leurs boucliers sur tes murs ». Comme exemple analogue de restriction de sens du
participe suspendu, on pourrait rapprocher l'arabe vO^^* Muallaqàt : les poèmes suspendus, affichés. — Il nous reste à dire quelques mots sur les divers sens qu'on a supposés à nv^Sn. Les LXX, ignorant sans doute la signification du mot, se sont contentés de transcrire 0aX7rioj6. Plusieurs ont vu dans 'n un mot relatif soit à la hauteur de la tour, soit à une particularité de sa construction : Symmaque et? u-}?); Aquila eU IttocX^siç; Vulg. cum propugnaculis ; Delitzsch : terrasses, d'après le talmudique ''sSn joindre, arranger, disposer en ordre (dans cette voie, le sens étages serait plus naturel). D'autres ont pensé à quelque destination de l'édifice. Une tour servant principalement à se défendre contre les attaques de l'ennemi, Stickel propose la traduction Abwehr [défense) et il rapproche 'n de w^-U rcpuUi, abegit (mais le pluriel fait difficulté). Une autre destination est de faire le guet : on pourrait donc songer au sens informations, renseignements (rac. =^SiS) : dans cette voie, j'aurais
été tenté de lire mB":! postes d'observation (Lam. 4,17); cf. Gant. 7,5 nsiï en parlant de la tour du Liban. Quelquesuns ont songé à des arsenaux : mais on ne construit pas un arsenal pour suspendre des boucliers à l'extérieur. Gesenius traduit exitialia (arma) et Halévy destruction, d'après Tarabe wib' périr. Margoliouth (Expositor, jan. 1900, p. 45) prend le mot pour un nom propre. Kaempf et d'autres traduisent armées. Rothstein, suivi par Harper, traduit trophées, en s'appuyant sur le même mot talmudique ''sbî< duquel Delitzscha conclu au sens de terrasses. Dalman propose de lire mhn carquois (cf. Gen. 27,3). — pan =]Sn ne peut signifier que « les mille boucliers » ; les boucliers sont déterminés parce qu'ils sont censés connus : les mille (fameux) boucliers. Je ne trouve de construction analogue avec et ^^^a que dans Jug. 17,2 : « les 1.100 sicles d'argent qu'on l'a dérobés 5]D3n nî^ai =]b>^ ». — Remarquer nSn au singulier, qui fait assonance avec tlji (Introd., 78). — 'chw a été rendu par les anciennes versions, ici et dans les autres passages où il se rencontre, de façons fort diverses, et les modernes diffèrent aussi d'opinion. On trouve les traductions : boucliery carquois, collier, lance, armure, armes. Le sens de bouclier (Qimhi, Ibn Ezra, Kaempf etc.) me semble certain : ^di'é désigne une variété de bouclier, ou plus probablement (Delitzsch) est un terme générique comprenant à la fois la rondache et le bouclier oblong, l'écu n^ï. Le sens de bouclier convient bien à tous les passages (2 Chr. 23,9 comparé à 2 R. 11,10 est instructif), et on ne conçoit guère d'autres armes en or que des boucliers (cf 1 R. 10,16 : écus et rondaches d'or fabriqués par Salomon). — Le mot indique une généralisation du terme qui précède. — Les gibbôrim sont ou les soldats de David ou les guerriers ennemis sur qui David a conquis ces trophées. — Une peinture de Pompéi, reproduite dans Daremberg et Saglio (s. v. Clipeus, fig. 1G67), représente des boucliers décoratifs suspendus entre les colonnes d'un édifice circulaire; cf. 1 Mac. 4,57 : « ils ornèrent la façade du temple de couronnes d'or
5. Tes deux seins sont les faons jumeaux d'une gazelle qui paissent parmi les lis.
et de petits boucliers à(j7riâi'(T>tai<; ». — Les images guerrières de celte comparaison font penser aux armées triomphantes d'Israël; une allusion aux victoires de David semble probable. — Spécimens d'interprétation : le cou représenterait le roi (Ibn Ezra), les chefs d'armée (Yaphet), etc. 5. — iJtir avec le duel "jn^ est pléonastique; cf. Kônig,
Syntax, § 257 d : « Die Dualform trat mehr und mehr in den Hintergrund des Sprachbewusstseins. » — ■'DiNn; cf. 7/t :
iQ^n. — nuy : la femelle de la gazelle nsf, 2,7, 9 etc. — Comme d'ordinaire, le détail complémentaire « qui paissent parmi les lis » se rapporte directement à l'image, donc aux faons (Introd., 76). Presque tous les exégètes naturalistes admettent au contraire que ce détail a été choisi en vue du terme comparé, à savoir les seins. D'après Budde, qui d'ordinaire montre un meilleur goût, le poète voudrait exprimer le contraste entre la couleur brune du mamelon et la blancheur des seins. Harper pense que le détail ajouté « qui paissent parmi les lis » se rapporte aux faons, sans aucune allusion aux seins : le poète localise simplement les faons dans leur séjour ordinaire. Il me semble que les lis, qui jouent un rôle important dans la symbolique de l'auteur (Introd., 92), nous indiquent une certaine intention allégorique. Je croirais que, tout en se rapportant directement aux faons, le détail « qui paissent parmi les lis» évoque le symbolisme ordinaire qui représente les Israélites comme des lis. Nous retrouverons une autre évocation lointaine du même symbolisme 7,3, dans une métaphore relative, comme celle des seins, à la fécondité d'Israël. — Les seins sont un symbole naturel de la fécondité. L'égalité des deux seins veut peut-être faire allusion à l'harmonie et à l'union qui régnait alors entre les tribus du Nord (Ephraïm) et Juda; peut-être l'allusion que voit le Targum « au Messie fils de David (= Juda) et au Messie fils d'Ephraïm » est-elle un reflet de cette idée. La division des deux royaumes, après Salomon,
6. Avant que le jour fraîchisse et que les ombres * s'étendent', j'irai à la montagne de la myrrhe, à la colline de l'encens.
fut le commencement des malheurs de la nation, et leur réunion, après l'exil, est un trait qui revient souvent dans la littérature prophétique; cf. Jér. 3,11 sq.; Éz. 37,16 sq.; Is. 11,12 sq.; Osée 2,2; 3,5. Une allusion à l'unité de la nation sous Salomon parait donc ici assez naturelle : bientôt elle cessera, et la séparation restera un souvenir douloureux pour tous les vrais Israélites (cf. Eccli. 47,21 et voir note sur Gant. G, 4). La gazelle représenterait Israël considérée comme la mère des deux groupes de tribus. Dans Prov. I),i9 ÏÉpouse de la jeunesse^ c'est-à-dire la religion et la nationalité Israélite, opposée à VEtrangère, c'est-à-dire l'hellénisme immoral et idolâtrique, est appelée « la biche tout aimable, l'antilope pleine de grâce ». Les faons étant les tribus d'Israël, les lis où ils paissent pourraient symboliser les fertiles pâturages du pays d'Israël. — Spécimens d'interprétation : les deux seins seraient « les deux sauveurs, le Messie fils de David et le Messie fils d'Ephraïm, qui ressemblent à Moïse et à Aaron » (Targum), ou Moïse et Aaron (Midrash, p. 116; Rashi), ou la loi écrite et la loi orale (Ibn Ezra), ou les deux tables de la loi (Lyra), ou les deux Testaments (Hippolyte, Philo Garp., Gyrille Alex.).
6. — La première partie de la phrase répète mot pour mot 2,17; le sens est le même : avant la nuit. La Peshitto (éd. de Mossoul) dit ici expressément : avant que... s'étendent les ombres du soir^ La montagne de la myrrhe et la colline de l'encens répondent aux montagnes de Bèter de 2,17, mais sans leur être identiques. Le sens est que Jéhovah va fixer sa demeure sur la montagne du temple. La myrrhe et Vencens font allusion aux sacrifices de la liturgie. Il est même possible que le mot "la fasse allusion au nom de Moriah. — Spécimens d'interprétation : le Targum voit ici exprimée l'habitation de la Shekhina dans le temple du mont Moriah. Gette interprétation ost admise aussi par Rashi (s'appuyant sur la Bereshith Rabba), par Genebrard etc.