‹ Le Cantique des CantiquesChapitre 55 sur 81 · Tu es toute belle, ma bien-aimée · texte numérisé non relu

Tu es toute belle, ma bien-aimée

il n'est en toi aucun défaut.

Mercerus, qui ne cache pas son antipathie pour l'allégorie juive, dit ici : « ego cum Hebraeis, non dubito allusum, quum dicit in montem na Mor^ id est myrrha, ad montem Moria, propter thymiama quod ibi Domino adolebatur... Dicit autem co7iferam me^ quia antea nunc hîc, nunc illic coUocabatur Tabernaculum, necdum certus erat tocus Arcae reponendae. Yerum constructo Templo, jam inde arca non est mota, ideo requies nominari solet inScriptura (Ps. 132,1^) »• Delitzsch, qui est en principe hostile à l'allégorie, ne peut s'empêcher de voir dans le choix des expressions de notre verset une intention allégorique : « sans vouloir allégoriser, nous ne pouvons nous abstenir de faire remarquer que la montagne de la mijrrhe et la colline de l'encens rappellent le temple où, matin et soir, montait vers Dieu la fumée de la myrrhe, de l'encens et autres parfums ». Pour certains interprètes naturalistes la montagne de la myrrhe et la colline de l'encens sont « une image du beau corps virginal aux parfums enivrants » (Siegfried). Mais d'autres, Oettli par exemple, n'acceptent pas ce grossier symbolisme. D'après Oettli, l'Époux se rendrait dans un jardin de plantes aromatiques : on avouera que ce jardin reçoit une appellation bien étrange.

7. — -|Sd : littéralement ta totalité, toute ta personne; cf. 5,16. — ma (= mï<a) se dit d'un défaut moral aussi bien que d'un défaut physique. Ici, il s'agit, au sens grammatical, de l'absence de tout défaut physique, comme dans 2 S. 14,25 : « de la plante du pied au sommet de la tête, il n'y avait en (\bsalom) aucun défaut ». Jéhovah veut dire qu'Israël, fidèle à l'époque de Salomon, est parfaitement belle à ses yeux. — Eph. 5,27 « ecclesiam non habentem maculam aut rugam » est probablement une réminiscence de notre verset (Introd., 85). — La traduction des LXX {jlc5{jloç blâme, reproche semble provoquée par l'homophonie du mot grec avec ma. — Le v. 7 résumant la description des versets 1-5, on peut se demander s'il ne faudrait pas le placer avant le v. 6.

8. Avec moi, du Liban, (mon) épouse, avec moi, du Liban ; tu viens, tu t'avances,

[4,8-5,1]. — Éloge de l'Épouse (seconde partie). — Cette seconde partie fait à la fois l'éloge de l'Épouse et celui du temple qu'elle a construit à Jéhovah et vers lequel elle s'est rendue pour les fêtes de la dédicace. La nation est en quelque sorte identifiée avec son temple. Aux versets 12 sq., le poète compare ce temple à un jardin de délices où Jéhovah va « cueillir sa vigne et ses aromates ».

8. — iriK avec moi; les LXX, la Vulgate, la Peshitto lisent 1n^î viens (de même Dalman). Pour la tournure elliptique du TM : avec moi du Liban..., comparer Ex. 32,26 : « A moi quiconque est pour Jéhovah! » Le verset est si obscur qu'il est difficile de dire si la vocalisation du TM est préférable à la leçon des LXX etc. On est étonné d'entendre l'Épouse invitée à venir de tant d'endroits si différents, si élevés et si éloignés les uns des autres. L'Époux se trouvant sans doute « sur la montagne de la myrrhe et la colline de l'encens » où il a promis de se rendre (v. 6), c'està-dire au temple, c'est là que l'Épouse est invitée à venir avec lui. On pourrait donc se demander si le Liban n'est pas ici une désignation symbolique de la montagne du temple. Halévy prétend que ]a a ici le sens de vers, et il rapproche Gen. 13,11; mais cette signification est invraisemblable. J'admettrais plutôt, dans cette voie, qu'il faut lire pjiSS : un copiste aurait changé le S en a, à l'analogie de ;27S"n3 etc.; remarquer qu'au v. 15 on a ]iJiS~ia et non ]l33Sa. — Le mot m^irn fait aussi difficulté. Après iNian lu viens, on s'attend à un verbe de mouvement; malheureusement, un verbe hébreu ivà = jL, marcher, aller,

voyager en caravane (^j^; cf. néo-héb. niw dans Dalman. : Aram. WB.) est très maigrement documenté; les deux seuls textes : Is. 57,9 et Éz. 27,25 ne sont pas très clairs, et plusieurs modernes y proposent des corrections.

du sommet de FAmana,

du sommet du Sanîr et de THermon,

Au contraire, mu; au sens de regarder y spécialement d'un lieu élevé, est bien établi. En faveur du sens regarder on pourrait faire valoir les expressions : du sommet de VAmana, du sommet du Sanir et de VHermon et l'expression du V. 9 : par un seul de tes regards. Dans cette voie, je lirais volontiers t>îin au lieu de '»j^i:in ; les verbes n«"i et sont précisément associés Nomb. 23,9; 24,17. (Harper n'admet en hébreu qu'un seul verbe nu; et pense que le sens aller [dans une direction] dérive du sens regarder; l'idée est ingénieuse, mais non prouvée). Malgré toutes les difficultés, j'accepte comme probable le TM (sauf pour la manière de couper; cf. LXX). Le sens, probable seulement comme le texte sur lequel il repose, serait : tu es avec moi ici, c'est-à-dire sur la montagne de la myrrhe (v. 6) (= le temple), venue du Liban, de TAmana etc. — L'Amana ne peut pas être le Mons Amanus, l'Aima Dagh des Turcs, qui est un prolongement du Taurus de Cilicie (Graetz). L'Amana, que le poète nomme ici entre le Liban et le sommet du Sanir et de l'Hermon, est bien plutôt une partie de l'Antiliban; comparer 2 R. 5,12 : le fleuve nuDN (qeré pour le ketib n33N), le Barada actuel; cf. en particulier Kaempf, contre Graetz; P. Haupt voit dans notre Amana le Djebel ez- Zebedânï : « Dans les inscriptions cunéiformes, le nom de cette montagne apparaît avec la forme Ammâna(na) ». Les LXX, ignorant quelle était la montagne ici visée, ont traduit étymologiquement iri'ffTetoç ; mais cette traduction n'a rien d'allégorique. — L'expression : « du sommet du Sanir et de l'Hermon » indique que pour l'auteur Sanir et Hermon désignent la même montagne ou du moins le même groupe de montagnes. L'Hermon est la montagne la plus élevée de l'Antiliban; dans Deut. 4,48 il est appelé Ikiti» (si texte correct); les Amoréens l'appelaient nijiz; et les Sidoniens pnù; (Deut. 3,9). — Voici comment on peut, semble-t-il, comprendre le verset : L'Époux (Jéhovah) invite

des repaires des lions, des monts des léopards.

la nation d'Israël, considérée ici comme une nouvelle épousée (hSd), à venir au temple pour célébrer ses épousailles (cf. Vulgate : coronaberis], et il la voit arriver vers lui en caravanes de pèlerins ('^>^xà) de toutes les frontières du pays; cf. 1 R. 8,65 z= 2 Chr. 7,8 : « Tout Israël vint (pour la dédicace du temple), depuis l'entrée de Hama jusqu'au torrent d'Égypte. )> {Le mot sommet ne doit pas être pris à la lettre, pas plus que v. g. dans Is. 42,11). Le Liban, l'Amana, le Sanir et THermon marquent les frontières du Nord ; les ve'paires des lions et les monts des léopards désigneraient les régions désertiques qui limitent le pays d'Israël à l'Est et au Sud. Mais il ne serait pas impossible que les lions et les léopards fussent des désignations symboliques des peuples voisins, ennemis d'Israël : ce symbolisme n'est pas rare dans la littérature juive. Nous avons déjà rencontré (2,15) les renards qui représentent les Ghananéens. Dans la littérature apocalyptique en particulier, où le symbolisme se déploie à l'aise, les peuples, les empires et leurs chefs sont très souvent symbolisés par des animaux. Dans Daniel 7,4, 6 le lion et le léopard représentent deux empires. Dans la longue allégorie historique du livre d'Hénoch {ch. 85-90), les individus et les peuples sont symbohsés par des animaux. Le lion, le loup et le léopard de Jér. 5,6 désignent probablement les ennemis de Juda. Lagarde et Cheyne voient dans les taureaux de Basan {Ps. 22,13) les Ammonites, dans les lions (v. 14) les Arabes, dans les chiens {vv. 17-18) les Samaritains; cf. Baethgen h. 1. La mention de la frontière idéale du nord n'est pas hors de propos dans un passage relatif à l'époque de Salomon sous le règne duquel le royaume atteignit sa plus grande extension. Nous trouverons encore des allusions aux frontières dans la description d'Israël rentrée en Palestine (7,5-6). Le spectacle d'un peuple entier arrivant ensemble de toutes les frontières du pays au temple de Jérusalem ne manque pas de grandeur : il a inspiré l'auteur du beau psaume graduel

122. — C'est pour la première fois qu'Israël est appelée hSd, et elle ne recevra ce titre que dans notre morceau 4, 8-5, 1. Le mot signifie nouvelle mariée^ d'après Yoma 8,1 (Siegfried); voir aussi Brown qui traduit Os. 4,13,14 par young wife (just after marriage). Le sens du français fiancée serait très inexact. L'épithète de nSs épousée, jeune épouse s'explique fort bien dans notre morceau, puisque l'auteur considère les fêtes de la dédicace du temple comme la solennité des épousailles de Jéhovah et d'Israël (cf. 3,11). C'est donc bien à tort qu'on a conclu, de l'emploi du mot nbs, soit à un autre auteur, soit à un second amant. Dans Fallégorie du Cantique, d'après laquelle Israël est l'Épouse de Jéhovah depuis l'alliance du Sinaï, il n'y a aucun inconvénient à parler de la solennité des noces après un verset tel que 3,1. Dans l'exégèse naturaliste, au contraire, l'explication est difQcile. — Spécimens d'interprétation : Targum : « Jéhovah dit par sa Memra (= Parole) : Avec moi tu habiteras, communauté d'Israël, toi qui es comme une fiancée pudique, et avec moi tu entreras dans le sanctuaire... » (Il est remarquable que le Targum ait vu dans pJlS le sanctuaire, malgré la préposition ]a). Ibn Ezra exprime une pensée analogue : « Ils venaient en pèlerinage de tous les pays et même d'au delà du Jourdain où se trouve le Sanir; et tous ceux qui habitaient dans le pays des incirconcis, qui sont symbolisés par les lions et les léopards, venaient aussi. » Genebrard méconnaît complètement l'ordre chronologique du Cantique en voyant ici une allusion à l'entrée des Israélites dans la Terre Promise. Yaphet commet une erreur du même genre en appliquant le verset au retour de l'exil babylonien et de l'exil actuel des Juifs. Rashi et Orozco voient ici l'annonce de la captivité de Babylone. Scholz : « C'est Jérusalem et le temple qui sont désignés ». — Le verset, qui offre un sens très acceptable si l'on admet que l'Épouse est un être collectif, une nation, qui peut venir de lieux fort éloignés les uns des autres, crée de grandes difficultés aux exégètes naturalistes. Ils imposent à l'Épouse ou à l'Époux des voyages fantas-

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