‹ Le Cantique des CantiquesChapitre 56 sur 81 · Tu me ravis le cœur, ma sœur, (mon) épouse · texte numérisé non relu

Tu me ravis le cœur, ma sœur, (mon) épouse

tiques. Ces voyages, du reste, varient avec chaque auteur selon le petit roman qu'il imagine. Plusieurs croient savoir, en particulier, que Salomon avait une résidence d'été sur le Liban. Budde et Siegfried triomphent aisément de la difficulté en supprimant complètement le verset, qui serait une glose provenant d'une grossière erreur de quelque lecteur : le procédé est commode.

9. — ijrmS, hapax legomenon. Lepi'el mS, dénominatif de 2h cœur y exprime une opération relative au cœur : l'usage et le contexte peuvent seuls préciser quelle est cette opération; voir § 52 /i. Ici le sens le plus naturel est enlever le cœur (ou la raison, cf. Os. 4,11), ravir le cœur (pi'el privatiuwm). Comparer u?l\2; enlever les racines, déraciner, dénominatif de xâ^t*; ]Xj^1 enlever Idi graisse brûlée (de l'autel), dégraisser (l'autel) (Nomb. 4,13), dénominatif de "j^iTT. La nuance de la Vulgate vulnerare cor est possible en soi ; comparer, par exemple, l'arabe ^^.CsJlj je l'ai frappé à la

tête avec le bâton (Lane, s. v. ^î^). La traduction donner du cœur, encourager (Peshitto wo-c^^; Ewald) est tout à fait mauvaise; et la traduction décourager ne vaut guère mieux. On peut voir dans Kaempf les traductions de plusieurs rabbins. Pour l'orthographe défective du mot, voir § 59 /i. — Le mot étant presque toujours (sauf Zac. 3,9; 4,10) féminin, le qeré demande n^^^ ; mais cette correction ne s'impose pas. En effet, le sens un seul de tes yeux est des plus étranges : il ne peut s'agir que d'un seul regard. Reste à savoir si l'ïV peut signifier regard (et, dans ce cas, l'auteur aura pu employer le masculin pour différencier de "j")!; au sens à' œil), ou si un mot n'est pas tombé devant "^''j"»yD. Le sens de regard est admis ici par Buhl, par Siegfried-Stade (pour Gant. 4,î) et Prov. 20,8), et par plusieurs traducteurs du Cantique, h. 1. — Pour le sens, comparer 6,5 a : « Détourne de moi tes yeux, car ils m'obsèdent ». — La construction de Tn^s avec ya se trouve Gen. 2,21; Lév. 13,2; 1 S.

tu me ravis le cœur, par un seul de tes regards, par une seule des perles de ton collier.

0,3 (Kaempf). Il ne semble donc pas nécessaire de supposer qu'un mot soit tombé devant "jiji^ra. On ne trouve pas, dans l'hébreu biblique, d'autre mot que pour regard; (Prov. 15,30), que Graetz propose, n'a pas ce sens. — Le mot in^^ est ici emphatique : par un seul de tes regards. — pjy (probablement araméen, d'après Kautzsch) : le pluriel □'»p3V signifie certainement collier : Prov. 1,9 (LXX xXoiov; Vulg. torques); de même, les mp3î; (Jug. 8,26) « qui sont au cou des chameaux » sont des colliers (LXX, Vulg.). Le singulier pjy n'est pas un collier, mais un des éléments (pierre précieuse, perle, globule de métal, coquillage, etc.) dont est composé le collier. Brown a bien vu que pjsr désigne un élément du DipJS; : « apparently pari of necklace, perhaps neckpendant », et il rapproche l'éthiopien : ù'^'t^ 'enque : gemme. On peut traduire par perle (cf. Budde) en donnant à ce mot * un sens très général : élément, grain du collier. Certains auteurs voient dans pjs; une rangée entière des perles du collier. Mais rien n'indique que le collier en question ait plusieurs rangées, et l'emploi emphatique de iriK un seul, ainsi que le parallélisme avec un seul regard suggère bien plutôt l'idée d'un petit objet unique, non d'une collection. — hapax legomenon : collier. Pour la forme, cf. § 86 g. Le mot a le sens de Dipisr que l'auteur a sans doute voulu éviter après pj^? (Kaempf). La parité que met l'auteur entre TefTet produit par un regard et l'effet produit par une perle de collier nous paraît étrange. Mais nous connaissons le rôle important des bijoux et de la parure dans le Cantique (Introd., 91). Puis, il ne serait pas impossible que l'auteur fasse allusion à une idée populaire d'après laquelle certains bijoux auraient une vertu particulière. Comparer C. W. Freitag : Einleitung in das Studium der arab. Sprache, 1861. p. 201 : « Les femmes arabes employaient une perle de verre qu'elles nommaient karâr et hamra pour éveiller l'amour chez un homme, et disaient : 0 karâr, ressaisis-le! 0 hamra, prends-le ! — Les hommes se suspendaient aussi au

10. Que tes amours sont agréables, ma sœur, (mon) épouse ! combien meilleures que le vin !

et rôdeur de tes parfums que tous les baumes !

cou un coquillage ou une perle de verre pour exciter l'amour . » Les peuples de l'Orient attribuent également au regard une puissance très grande; tout le monde a entendu parler du mauvais œil. Le charme d'une perle de collier associé au charme du regard fait donc moins de difficulté qu'il ne semblerait tout d'abord. Aquila (ev Ivt TtXoitàtxw octco xçxxyrîkou (jou) et la Vulgate {in uno crine colli tui) ont reculé devant un trait qui les a sans doute choqués. Mais on ne voit pas comment pjy pourrait signifier cheveu ou mèche de cheveux. L'evôsfxa des LXX est obscur : le mot, qui signifie en soi chose insérée, se dit proprement de la greffe; peut-être les LXX voulaient-ils désigner une pierre précieuse sertie dans une monture de métal. La traduction de par cou (au lieu de collier) se trouve dans LXX, Aquila, Vulg., Pesh.;mais peutêtre ont-ils lu — L'appellation « ma sœur (et) épouse » exprime bien le caractère spirituel de l'union chantée dans le Cantique. Le rapprochement qu'on a fait avec l'appellation, fréquente dans la littérature de l'ancienne Égypte, de sœur, pour épouse, est superficiel, car dans le Cantique nous avons une sorte de nom composé : sœur-épouse. L'absence de suffixe après hSd tient peut-être à un usage de la langue, afin d'éviter la confusion avec le sens de bru (cf. Kaempf). Scholz conclut à tort que le morceau 4,9-5,1, où se trouve exclusivement l'expression nS^ ''n^^^, appartient à un autre auteur. — Tandis que dans la première partie de l'éloge (1-7), la description était purement objective, les vv. 9-11 disent l'effet produit sur l'Époux par la beauté de l'Épouse.

10. — nsi : être beau; ici : être bon, agréable (cf. Eccle. 3, 11 ; 5,17). Les idées de beau et de bon s'interchangent facilement : miD bon est fréquent dans le sens de beau (Gen. 6, 2; Ex. 2,2; etc.); voir aussi la note sur m«3 1,5. — "ji*n, cf. 1,2. — Le vin, cf. 1,2. -jijaur, cf. 1,3. Les LXX ont lu "jinDb\27 comme au v. 11 ; la leçon du TM est préférable. — Le mot a'^DZ désignant dans tous les autres passages du Can-

11. Tes lèvres distillent le miel, (mon) épouse; sous ta langue sont miel et lait, et le parfum de tes vêtements est le parfum de

[l'encens.

tique la plante du baumier ou son produit (4,14, 16; 5,1, 13; 6,2; 8,14), il est naturel d'adopter ici ce même sens, et non le sens général aromates, parfums (cf. Brown; Fonck, s. v. Balsamum dans le Lexicon bibl. de Hagen). — Les parfums de l'Épouse symbolisent ou les vertus d'Israël ou peut-être les prières et les sacrifices du temple. (Dans Apoc. 5,8, « les parfums sont les prières des saints » ; cf. aussi Apoc. 8,3). En tout cas, puisque les parfums de l'Épouse sont « meilleurs que tous les baumes » (c'est-à-dire que tous les parfums), il est clair que ses parfums sont symboliques et ne sont pas des parfums ordinaires. — Yaphet voit ici, dans les parfums, les offrandes de prémices au temple. Targum : « Que tes amours me sont bonnes, ma sœur, communauté d'Israël... »

11. — nsi, d'une racine inconnue, désigne le miel qui coule de lui-même des rayons, le miel vierge, qui est considéré comme le plus exquis (cf. Ps. 19,11). Le mot est à l'accusatif, § 117 z (Verba copiae et inopiae). Le miel n'est pas une image des baisers (Siegfried, etc.) mais bien des douces paroles qui sortent des lèvres de l'Épouse, comme Prov. 5,2 (Rosenmùller, Oettli, etc.); de même, dans Gant. 7,10 les paroles émises par la bouche de l'Épouse sont comparées à un vin délicieux. L'allusion à la 79aro/g est confirmée par le choix du mot ^iDJ qui s'emploie précisément au hiphil dans le sens de laisser couler la. parole, parler abondamment, débiter des paroles, déclamer (mais non précisément joro;9/ictiser^ comme on traduit d'ordinaire). — Le second stique a naturellement le même sens : la langue de l'Épouse est comme une source qui laisse couler le miel et le lait. Guidi (Revue biblique, 1903, p. 241 sq.) fait remarquer que le lait avec du miel est le comble de la douceur chez les poètes arabes. — naStt? : forme transposée de nbaiir. La mention des vêtements parfumés se trouve aussi Ps. 45,9. On remar-

4, dl-12

12. Tu es une 'source' fermée, ma sœur, (mon) épouse, une source fermée, une fontaine scellée.

quera l'importance que le poète donne aux vêtements, qu'il nomme avec les lèvres et la bouche (Introd., 91). — "jUlS. « L'odeur du Liban » est une traduction certainement pittoresque ; mais elle l'est probablement trop. Le sens demande : « odeur de l'encens » comme la Yulgate l'a bien vu. Le rapprochement que l'on a fait avec Osée 14,7 est fallacieux : dans ce passage, pjnS désigne l'encens ou l'arbre à encens (en parallélisme avec nn huile et olivier; remarquer toutes les comparaisons des vv. 6-9 qui portent sur des plantes : le lis, les arbres du Liban (= cèdres), l'arbre à huile (= olivier), l'arbre à encens, le cyprès; voir Harper et surtout A. van Hoonacker in h. 1. Resterait à savoir si "jU^S, comme Xiêavoç, peut signifier encens^ ou s'il faut corriger nécessairement en nJllS (Hontheim). — Le « parfum des vêtements est comme le parfum de l'encens » , sans doute parce qu'on les a imprégnés de la fumée de l'encens. On parfume les vêtements en brûlant des parfums dans une cassolette placée par dessous (cf. v. g. Guys : Beyrouth et le Liban, t. II, p. 86; Revue des Deux Mondes, 15 avril 1906, p. 884 : A Fès; Ibn Tiqtaqa, éd. Derenbourg, p. riT), — Spécimens d'interprétation : Targum : « Et quand les prêtres prient dans le parvis du sanctuaire, de leurs lèvres découle le miel ; et tes langues, 6 chaste fiancée, quand tu émets des chants et des louanges, sont douces comme le lait et le miel, et le parfum des vêtements des prêtres est comme le parfum de l'encens ». Le Targum a du moins rencontré juste en voyant ici une allusion aux paroles de l'Épouse.

12. — p : Le paseq qui suit ce mot a peut-être pour but, comme souvent, d'attirer l'attention sur une leçon qui peut sembler étrange. Le mot Sa qui vient ensuite pouvait, en efiet, provoquer une confusion. Certains manuscrits (cf. Dalman) ont deux fois p : de même, les LXX, la Vulgate, la Peshitto ont deux fois le même mot, jardin. A mon avis, c'est au contraire Si source qu'il faut lire dans les deux cas : p est donc fautif et se sera introduit sous l'influence du j

qui suit, et peut-être aussi sous l'influence du mot d1"1S paradis, jardin^ du v. 13 qui est nommé p au v. 16. Voici les raisons de ma correction. Le mot qui précède Slyj dans chacun des deux stiques doit être le même, comme l'ont bien senti les versions; c'est là, en effet, un procédé constant chez notre poète : cf. 1,15; 4,1, 8, 9; 6,1; 7,1 ; 8,6 (parallélisme palilogique; Introd., 77). Or ce mot doit avoir un sens analogue au mot "ji^TD source, fontaine avec lequel il est en parallélisme : il faut donc lire Sa au lieu de p. Une erreur tout à fait analogue a été commise au v. 15 : ja pour DiSa. Les "|inS^ du v. 13 désignent les envois d'eau de la source du V. 12. — Sa signifie un bouillonnement d'eau (v. 15), l'eau en mouvement. Ici il s'agit d'une source d'où l'eau sort en bouillonnant. Le mot est employé à la forme féminine dans le sens de source : n^)2 mS:; sources d'eau dans Jug. 1,15. — Sl3?J signifie ici fermé à clef. Ce même sens se trouve Jug. 3, 23 où Ss7J est souvent traduit à tort par verrouiller : si la porte avait été verrouillée à l'intérieur, les serviteurs d'Églon n'auraient pas pu ouvrir par le dehors avec une clef (v. 25) ; cf. aussi Sy^yQ (Gant. 5,5) serrure. — Le poète pense à une source précieuse dont on garde jalousement les eaux : on a interdit l'accès de la source par une porte qu'on a fermée à clef, et sur laquelle on a même apposé des scellés. — Il me semble que l'auteur, qui ne perd pas de vue le temple de Salomon depuis 3,9, fait ici une allusion au fleuve du temple. Ce fleuve symbolique (qui répond peut-être à l'eau de la source de Gihon) joue un rôle considérable dans la littérature biblique. Ézéchiel (47,1 sq.) dans sa description allégorique du temple de la nouvelle alliance parle de ce fleuve d'une façon qui rappelle notre passage : l'eau, sortant de dessous le seuil du temple, à l'orient (v. 1), devient un torrent qui se déverse dans la mer Morte et en assainit les eaux (v, 8) ; sur les bords du torrent croissent toutes sortes d'arbres fruitiers « dont le feuillage ne se flétrira point, et dont les fruits ne cesseront point. Chaque mois, ils produiront des fruits nouveaux, farce que les eaux sortent du sanctuaire ». Dans le Cantique, l'eau prend sa source à la montagne du temple (v. 15) et

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