‹ Le Cantique des CantiquesChapitre 57 sur 81 · Tes canaux (font) un paradis de grenadiers · texte numérisé non relu

Tes canaux (font) un paradis de grenadiers

arrose des jardins de plantes aromatiques (13-14). Joël (4,18) dit d'une façon semblable : « Une source sortira de la maison de Jéhovah et arrosera la vallée de Shittim ». Zacharie dit également (14,8) : « En ce jour-là, des eaux vives sortiront de Jérusalem et couleront moitié vers la mer orientale et moitié vers la mer occidentale » ; cf. aussi 13,1. C'est également de ce même fleuve du temple qu'il s'agit dans le passage obscur Ps. 46,5 : « Il est un fleuve dont les dérivations (?) (luSs ; lire peut-être vSa flots) réjouissent la cité de Dieu, le sanctuaire où habite le Très-Haut ». — La lettre d'Aristée (89) dit qu'à l'intérieur du temple, il y avait une source abondante (?). A l'époque du second temple, c'est à la piscine de Siloé que les prêtres allaient puiser l'eau pour les libations liturgiques, pendant les fêtes de Sukkôt {= Tabernacles) ; cf. Sukka, 5. — La leçon ^m'^m fermé a été naturellement interprétée comme une image de la chasteté de l'Épouse (Targura, Midrash, Rashi, Ibn Ezra, etc ). En réalité, comme nous l'avons dit, il s'agit d'une source fermée dont les eaux sont soigneusement gardées pour l'arrosage du jardin. L'idée est peut-être qu'Israël garde tout son amour pour Jéhovah. Le passage allégorique de Prov. 3,15 sq. qu'on a rapproché exprime une pensée toute difl*érente : « Bois Peau de ta citerne... qu'elle soit pour toi seul et non pour des étrangers avec toi... Pourquoi te laisserais-tu séduire par une femme étrangère? » Le sage invite ici le jeune Juif à aimer la religion et les traditions de ses pères, c'est-à-dire la Sagesse, et à ne pas se laisser séduire par l'hellénisme (— la femme étrangère).

13. — ynhv : Les LXX et la Vulgate traduisent étymologiquement par tes envois; Peshitto : ton envoi. Très généralement, les interprètes, sous l'influence de la fausse leçon p du V. 12, voient dans '-qî des pousses, des rejetons, des plantes. On invoque en faveur de ce sens nn''2fp nSxzrn (Ps. 80,12) : « (la vigne) étend ses branches » ; mais, dans le Cantique, il ne peut pas s'agir de branches; puis, on pourrait prouver d'une façon analogue par nS;27"' (Jér. 17,8)

avec les fruits les plus succulents ; cyprès et nards,

que nSu? signifie racine. Dans Is. 16,8, HTinSït? (LXX semblent avoir lu HTiSr) ne désigne pas une vigne, mais des hommes (peut-être des envoyés ou des troupes) : s'égarer dans le désert et traverser la mer ne peuvent se dire d'une vigne. Graetz rejette avec raison le sens de branches etc. (qui deviennent un bosquet chez Renan) ; il donne au mot le sens de dons, d'après 1 R. 9,16 : D^nW dot (i. e. cadeau de renvoi, de congé); ces dons, d'après lui, seraient des baisers. D'après le contexte, les envois sont des envois d'eau provenant de la source bouillonnante (Sa) du v. 12, et procurant la fertilité au jardin. (Calmet, qui traduit par p/anfs, attribue à certains auteurs qu'il ne nomme pas la traduction sources d'eaux). Le mot nS\2j répond assez exactement pour l'image et pour la chose à Vemissarium (canal émissaire) du latin. Joël 1,20 did •'p'»2i^ {lits des eaux) est traduit par les Septante àcp£<j£i(; uSoctwv (envois d'eaux, canaux); de même 4,18; mais la traduction est peut-être paranomastique. Le mot nS^ se retrouve Néh. 3,15 : «... il reconstruisit le mur de la piscine du canal émissaire [nhv:) près du jardin du roi » : cette piscine du canal émissaire est la piscine de n"^^* (Siloé). — Le poète semble bien avoir présente à l'esprit la source de Gihon, dont les eaux arrosaient les jardins royaux. Cette source serait, d'après l'opinion la plus commune, la source de la Vierge ('Aïn Sitti Mariam, appelée aussi 'Aïn Oumm ed-Deredj), qui est située dans la vallée du Cédron, au pied de la colline du temple. « La fontaine de la Vierge est une source intermittente dont les eaux s'écoulent trois à cinq fois par jour en hiver à l'époque des pluies, deux fois en été et une fois seulement en automne » (Baedeker : Palestine^, p. 101). Ce phénomène remarquable existait-il à l'époque de notre poète, alors que l'eau était plus abondante en Palestine? Il est difficile de le dire. Le nom de pnu (de n''a bouillonner), en tout cas, est significatif. Or, le Sa du Cantique (v. 12) et le nom de 'fontaine bouillonnante * (v. 15)

expriment précisément la même image que pnu. — Les eaux de la source de Gihon servaient « à irriguer les vergers qui faisaient déjà du temps de Salomon, comme aujourd'hui, l'ornement de cette partie de la vallée » (Baedeker, 1. c.) : ce trait convient bien à la source du Cantique dont les eaux créent un paradis de plantes rares. La source de Gihon se trouve presque au pied de la colline du temple : la source du Cantique coule du Liban (montagne de l'encens) qui sj^mbolise la montagne du temple (voir v. 15). La source de Gihon rappelle le souvenir de Salomon (1 R. 1,33) qui y fut proclamé roi : or notre passage vise précisément l'époque de Salomon, dont le nom (3,11) a été appliqué à Jéhovah. La source du Cantique est fermée et scellée (v. 12) ; c'est là un trait tout à fait caractéristique et passablement étrange : or, la source de Gihon fut précisément bouchée par Ézéchias du côté de la vallée du Cédron (2 R. 20,20; 2 Chr. 32,30). Ce roi, voulant agrandir l'enceinte des murailles et ne pouvant y renfermer la source, amena les eaux, par un canal émissaire souterrain, à la piscine de Siloé située à l'intérieur des remparts et obstrua la source à l'extérieur afin que les ennemis ne pussent en profiter. Une inscription hébraïque, trouvée en 1880 à l'issue du canal, raconte ce travail remarquable. Il est vrai qu'avant la construction de cet aqueduc souterrain, les eaux étaient recueillies et dirigées dans un canal à ciel ouvert, qui existait peut-être déjà à l'époque de David (cf. 2 S. 5,8); voir Perrot et Chipiez : Hist. de l'art, IV, 417. — Si le poète fait allusion au travail d'Ézéchias, nous aurions là une preuve que le Cantique n'est pas antérieur à ce roi. — Le nom même de Siloé, nStir est, comme rhvj^ une forme dérivée de rh'Q: envoyer et signifie probablement aussi canal émissaire ou eau envoyée; cf. Jean 9,7 aTreaTaXfjiévoç. (Voir aussi Lagrange, dans la Revue biblique, 1901, p. 398, n. 3, qui conclut, d'après l'assyrien, au sens de canal; et cf. p. 457). Dans l'hébreu post-biblique, DinS^z; nu désigne le terrain d.' irrigation, le terrain de canaux et de rigoles, par opposition au Sî/nn nu terrain qui n'est pas arrosé artificiellement. Les "jTiSur du Cantique sont donc des canaux ou des

envois d'eau : après avoir parlé de la source (v. 12), le poète parle des canaux qui distribuent l'eau de cette source. — Il est à peine nécessaire d'ajouter que les détails de notre description ne conviennent nullement à la source dite 'Ain Sâlili située au sud-ouest de Bethléem, dans laquelle « les chrétiens prétendent voir depuis trois siècles la fontaine scellée » (Baedeker, p. 133), et encore moins aux bassins de Salomon situés auprès de cette source. — D^ns : d'après l'opinion presque universelle, le mot est perse (Introd., 103). Sur la passion des rois de Perse pour leurs paradis et le « plaisir très vif qu'ils trouvaient à y réunir et à y voir pousser des arbres d'espèces diverses et d'une belle venue », voir Perrot et Chipiez : Hist. de l'art, V, 659, et aussi Joret : Hist. des plantes, I, 82 sq. La présence du mot DTns est un indice que le Cantique n'est pas antérieur à l'exil. Le mot ne se trouve que dans deux livres de basse époque : Eccle. 2,5; Néh. 2,8. — Graetz, après Magnus, coupe après D*T12, qui ne serait pas à l'état construit. — ^:iD n'a pas le sens abstrait d'excellence (Brown)^ mais signifie toujours fruits excellents : Dt. 33,13 sq.; Cant. 1,16; 7,14 f. C'est donc un quasi-synonyme de La construction de deux synonymes au génitif est particulièrement fréquente en araméen (cf. Dan. 4,27); la Peshitto a bien traduit par m^/» iva. L'expression est du type nSsJ^ "jtzrn Ex. 10,22 (§ 133 i; cf. Kônig, § 309 A), et exprime l'idée du superlatif. — : le premier a:; a son sens ordinaire d'avec; mais le second a le sens affaibli de et; cf. 1,11; 4,14; 5,1. L'emploi de as? au sens de et se trouve surtout en poésie (Brown s. v., 1); cf. Introd., 110. — a'»"na nards, suivi du même mot au singulier in:, a paru suspect à Graetz qui lit Dmi roses ^ mot qu'on ne trouve que dans rhébreu post-biblique. La rose (à cent feuilles), originaire de la région occidentale de l'Iran, connue en Mésopotamie au v^ siècle, ne fut importée que plus tard en Palestine : elle n'apparaît, dans la Bible, que dans deux livres de très basse époque, l'Ecclésiastique et la Sagesse de Salomon (cf. Joret : La rose dans l'antiquité et au moyen-âge [ J892J, p. 14 sq.). La correction de Graetz, si elle était prouvée,

14. nard et rafran, roseau aromatique et cinnamome, avec tous les arbres à encens ; myrrhe et aloès avec tous les meilleurs baumîers.

serait importante pour déterminer Fépoque du Cantique. Kaempf voit, au contraire, dans la répétition de il: au v. 14 une reprise à effet, et il compare 2,15; Ps. 45,4-5. D'après Oettli, « le mot TU répété nous apporte comme une nouvelle bouffée du même parfum ». — Is. TiS,!! compare Israël à une source et à un jardin : « Tu seras comme un jardin bien arrosé, comme une source dont les eaux ne tarissent pas. » — Pour l'interprétation du jardin, voir 5,1. — Spécimens d'interprétation : Le Targum parle au v. 15 « des eaux de Siloé... qui coulent du Liban (=: montagne du temple) »; ces eaux de vhvi} sont sans doute une interprétation de ynh^ du V. 13. Le Targum, en tout cas, a bien vu qu'il y avait une allusion à une source de Jérusalem.

14. — 0313, hapax legomenon : « le safran, dont les Orientaux aiment beaucoup le parfum » (Fillion). — njp : le roseau aromatique; c'était un des parfums qu'on brûlait au temple : Jér. 6,20; Is. 43,24; d'après Ex. 30,23, il entrait dans la composition de l'huile d'onction. — "jlDJp : le cinnamome entrait aussi dans la composition de cette huile, ainsi que la myrrhe, nommée plus loin. — Tous les arbres à encens : yj; se dit non seulement des arbres, mais encore des arbustes et même de petites plantes (cf. Jos. 2,6). La leçon suivie par la Yulgate "jUiS est peu vraisemblable : les arbres du Liban sont surtout des cèdres et des cyprès, lesquels ne peuvent guère être nommés parmi des plantes aromatiques. — Il existe en réalité diverses espèces d'arbres à encens (Kaempf, etc.). — mSnK aloès; cf. Ps. 45,9, également avec nia, et (nibriN) Prov. 7,17. — signifie ici chose excellente {première en qualité)^ comme Ex. 30,23; Éz. 27,22. Le mot se trouve Dt. 33,15 en parallélisme avec Taa fruits excellents; je traduis donc : les meilleures productions (UTNl) des montagnes antiques, les meilleurs fruits (laa) des collines éternelles. — diq^:!, en parallélisme avec encens, a

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