Lève-toi, aquilon; viens, autan
souffle sur mon jardin, que les baumiers exsudent!
clairement le sens de baumiers (cf. Brown). — Cette accumulation de noms de plantes exotiques et rares serait inexplicable dans des chants populaires (Harper). On ne trouve d'accumulation analogue que dans la description de la Sagesse (Eccli. 24,iS [20] sq.), morceau qui appartient comme le Cantique à la littérature savante et allégorique. — Il est fort possible que chacune de ces plantes ait eu un sens symbolique spécial dans l'intention de l'auteur. Siegfried dit lui-même : « Wie im einzelnen dièse Bilder zu deuten, mag den Zeitgenossen des Dichters verstàndlich gewesen sein. »
15. — : Je corrige en □''Sa bouillonnements de Veau, eaux bouillonnantes ; le S a été changé en 2 comme au v. 12; cette correction est confirmée par le parallélisme avec eaux vives du stique suivant. Le pluriel de rend déjà le mol suspect, puisque le poète parle d'un paradis unique ; puis on ne voit pas comment l'épithète de jardins pourrait bien caractériser une source. Dans Éz. 47,10, la Yulgate (EngaU lim) semble avoir lu □''Sa (TM : DiSas? ^ly; LXX : 'Evaya- Xeijx). — D"»-»!! Qi^D It^l : la même expression se trouve Gen. 26,19; cf. Jér. 2,13 ; Diin □''D llpQ source d'eaux vives, en parlant de Jéhovah. — Le Liban ne peut pas être le Liban phénicien. Il s'agit ici de la montagne d'où sort l'eau de la source fermée et scellée qui arrose le jardin. C'est un nom symbolique de la montagne du temple (cf. Targum). On sait que le mot Liban s'emploie poétiquement d'une façon très large pour les montagnes de Chanaan (Is. 29,17; 33,9; 35,2; Nah. 1,4).
16. — Le verset tout entier est dit par l'Épouse : reprenant l'image du jardin de plantes aromatiques auquel l'Époux vient de la comparer, elle souhaite que les plantes de son jardin exsudent pour lui leurs sucs odorants. Pour un procédé de reprise analogue, voir 2,2. — ito : voir in 2,7.
Que mon bien-aimé vienne à son jardin, et qu'il mange ses fruits succulents !
-— pSï pour 'ï mi (Prov. 25,23). — psî: et ]a''n employés pour désigner les vents venant de ces régions sont féminins.
— ''n''Dn est au singulier, mais se rapporte sans doute, dans la pensée du poète, aussi bien au vent du nord qu'au vent du sud. Plusieurs modernes (Brown, Buhl, Siegfried- Stade, Siegfried...) traduisent : fais exhaler à mon jardin (une suave odeur). Mais le sens exhaler , répandre une odeur est étranger au verbe nis : le sens causatif du hiph'il serait faire souffler. Il faut donc s'en tenir au sens des versions : éventer, souffler sur. (Comparer en syriaque Taph'el de .jju qui signifie aussi bien ventilavit que flare fecit). L'Épouse fait appel à ces vents afin que, sous leur action, les baumiers du jardin laissent couler leurs sucs précieux, lesquels seront recueillis par TÉpoux (5,1). — SîJ qui signifie couler à flots est employé ici avec la nuance couler goutte à goutte (cf. Dt. 32,2) ; ailleurs, le poète emploie s]ï3J dans un sens analogue (4,li; 5,5, 13). Le sujet de bîJ pouvant être aussi bien la chose d'où provient l'écoulement (Is. 45,8; Jér. 9, 17; Job 36,28) que la chose qui coule, peut signifier baumiers ou baumes; le pluriel indique plutôt les baumiers. — NI'' a le sens de l'optatif, comme l'ont bien compris les versions. Le souhait concernant la venue de l'Époux est la suite naturelle de la prière adressée aux vents : les paroles de l'Époux (5,1) seront la réponse à l'invitation de l'Épouse. Le jardin (= temple) étant un don de l'Épouse à l'Époux, chacun d'eux peut en parler comme de son jardin. (De même, 8,11-12, la même vigne appartient à l'Époux et à l'Épouse). — L'appel au vent du nord et au vent du midi n'est sans doute qu'un développement poétique (cf. Isaïe 43,6); les allusions que le Targum et le Midrash (p. 11, in 1,2) voient à diverses choses du temple ne sont pas fondées.
— La seconde partie du verset est une invitation adressée à Jéhovah d'établir sa demeure dans le temple, comme explique très bien le Targum : «. La communauté d'Israël
5, 1. Je viens à mon jardin, ma sœur, (mon) épouse;
dit : Que Dieu, mon bien-aimé, entre au sanctuaire, et qu'il agrée les sacrifices de son peuple. » De même le Midrash (p. il).
Ch. 5,4. — ''nKi, ainsi que les autres parfaits qui suivent, indique que l'action s'accomplit présentement ou vient de s'accomplir; cf. § 107 h. — ''aiira est vocalisé comme si l'état absolu était Diiri, forme qui n'existe pas dans la Bible. Si "îDiz?! vient de uvi:!, le déplacement du qames (pour ''Diz?:!) serait difficile à expliquer : la vocalisation est peut-être à l'analogie de D-îDii;:!. — Le singulier du TM est
préférable au pluriel des versions; le suffixe î est assuré par les rimes en î du verset. — 'l'iy'i (si le texte est correct) signifie sans doute 7'ayon de miel (cf. 1 S. 14,25, 26); ici il désigne peut-être spécialement le miel vierge coulant du rayon, le □''213: nSJ (Ps. 19,11) par opposition au miel ordinaire xà'21. Rashi voit ici un roseau produisant du miel, une sorte de canne à sucre. Les LXX ont àprov pain, qui donne un bon parallélisme avec vin : ont-ils lu un mot rare désignant une variété de pain, par exemple Tiajr (gâteau de farine), ou encore un gâteau au miel? Nestlé (Neues Korrespondenzblatt fur Gelehrten... Wiirtembergs, I, 95-97) se demande si apxoç des LXX ne signifie pas sandaraque [Bienenhrot). Le plus probable est, semble-t-il, que le poète distingue deux variétés de miel, comme 4,11; cf. Ps. 19,11; Prov. 24,13; Eccli. 24,20[28]. En grec, xyjpi'ov rayon de miel se dit aussi pour miel, — Le vin et le lait, s'ils n'étaient pas allégoriques, seraient étranges dans un jardin. Le vin et le lait sont également associés comme deux choses excellentes dans Is. 55,1 (TM, Vulg.), comme deux produits abondants de la Palestine (Gen, 49,12). — n'indique pas seulement l'ivresse proprement dite, mais encore toute joie vive, en particulier celle qui est provoquée par le vin. Ces deux idées sont également exprimées par le syriaque joî s'enivrer^ d'où se réjouir. Inversement, en judéo-araméen □Dl à l'itpa'el signifie se réjouir, d'où s'enivrer. — Le jar-
je recueille ma myrrhe et mon baume ; je mange mon rayon et mon miel ;
din où entre TÉpoux désigne le temple de Salomon, comme l'a bien vu le Targum, dont la paraphrase est intéressante : « Je suis entré dans mon sanctuaire, que tu m'as bâti, ma sœur, communauté d'Israël, qui ressembles à une chaste fiancée, et j'ai fait habiter ma Shekhina au milieu de toi. J'ai agréé le sacrifice de parfums que tu as préparé à mon Nom. J'ai envoyé du ciel le feu qui a dévoré l'holocauste et les victimes (cf. 2 Chr. 7,1). J'ai eu pour agréables les libations de vin rouge et de vin blanc que les prêtres ont répandues sur mon autel. Venez, prêtres, qui aimez mes commandements, mangez ce qui reste des sacrifices et réjouissez-vous des biens que je vous ai préparés. » — La fausse leçon du v. 12 « jardin fermé » a sans doute contribué à faire croire que l'Épouse s'appelait elle-même un jardin. Mais bien que l'Épouse soit comparée, au moins indirectement, à un jardin (13-14), l'assimilation n'est que partielle. Ce n'est pas précisément l'Epouse qui est le jardin de 4,16-5,1, mais bien le temple magnifique qu'elle vient d'élever à Jéhovah. Aux versets 13-14, l'Époux loue Israël avec des images relatives au temple comparé à un jardin. (De même l'Épouse louera l'Époux avec certains traits relatifs au temple ; voir in 5,10-16). — Tout le contexte indique assez clairement que le jardin symbolise le temple de Salomon. C'est de ce temple, en effet, qu'il s'agit depuis 3,9, où il était comparé à un pavillon nuptial où Jéhovah doit célébrer ses noces avec Israël ; c'est dans ce temple qu'il promet de fixer son habitation (4,6); c'est là qu'il voit toute la nation se réunir à lui de toutes les frontières du pays (v. 8). — Il reste à justifier, par des analogies, le symbolisme du jardin pour désigner le temple. Robertson Smith (Religion of the Sémites^, p. 102 sq.) montre que les plus anciens sanctuaires des Sémites étaient des jardins naturels. Joret (Hist. des plantes, I, 469) dit : « Les Sémites regardaient les bois comme le séjour favori des dieux; aussi leur en consacraient-ils partout où ils s'éta-
je bois mon vin et mon lait; mangez, amis; buvez et enivrez-vous, (mes) bien-aimés!
blissaient. Ils abondaient en Mésopotamie, en Syrie, dans les pays colonisés par les Phéniciens ». Éz. 28,13 suppose que Dieu habite dans un jardin délicieux. Le lieu où Dieu récompense les justes et où ils habitent avec lui est conçu par la littérature chrétienne et par la littérature juive comme un paradis. Le temple que Salomon fît construire par des ouvriers tyriens avait reçu une décoration si riche en motifs tirés du règne végétal que les artistes semblent avoir voulu donner l'impression d'un jardin. Les boiseries de cèdre qui recouvraient entièrement l'intérieur « étaient sculptées en coloquintes (?) et en fleurs épanouies » (i R. 6,18). On avait sculpté « sur tous les murs de la maison, à l'intérieur comme à l'extérieur, des chérubins, des palmiers et des fleurs épanouies » (29) ; cf. vv. 32 et 35. Des lis et une profusion de grenades décoraient les chapiteaux des deux colonnes d'airain (7,19, 20). L'assimilation d'un temple à un jardin devint, à une certaine époque, si complète qu'on imagina que Salomon avait planté dans l'enceinte du temple un jardin de plantes aromatiques (cf. Jew. Encycl. XII, 96, s.v. Temple). Ps. 92,14 suppose déjà que le symbolisme était courant : « Les justes sont plantés dans la maison de Jéhovah ; ils croissent ("iniS -) dans les parvis de notre Dieu ». — Le symbolisme du jardin pour le temple une fois admis, il est naturel de voir dans la myrrhe et le baume qu'y recueille l'Époux, ainsi que dans le mielj le vin et le lait^ les sacrifices d'agréable odeur qui réjouissent le cœur de Jéhovah. — Les amis et bien-aimés de l'Époux, invités à prendre part à son festin (bien distincts des compagnons □"'nnn de 1,7; 8,13), sont les Israélites participant aux repas sacrificiels. Il semble étonnant, au premier abord, que l'invitation soit faite non à VEpouse mais aux amis. Mais les bien-aimés Diin sont identiques à la bien-aimée. L'Épouse étant un être collectif, le poète a trouvé plus naturel de nommer ici les individus dont la collection forme la nation bien-aimée. L'allusion à
la joie des repas sacrificiels est confirmée par l'importance même que le Juif pieux y attachait. Cette idée est surtout exprimée dans le Deutéronome, 14,26 : « ... Tu achèteras tout ce que désirera ton âme, des bœufs, des brebis, du vin, de l'alcool, tout ce que te demandera ton âme, et tu mangeras là (dans le temple) devant Jéhovah ton Dieu, et tu te réjouiras, toi et ta maison » ; 27,7 : « Tu offriras tes sacrifices pacifiques et tu mangeras là, ' et tu te rassasieras ' (LXX), et tu te réjouiras devant Jéhovah ton Dieu » ; cf. 12, 12, 18; 26,11. L'expression se réjouir devant Jéhovah signifie dans le Deutéronome : faire un festin , faire bonne chère (Vulgate : epulari). Le substantif nnaiz? joie a fini aussi par signifier un i^epas de fête, un festin : Prov. 21,17 (Vg. : epulas); Nomb. 10,10 (epulum); Jug. 16,23 (epulari); Néh. 8, 12, 27 (cf. Buhl). Les grandes fêtes de la dédicace, auxquelles il est fait ici allusion, furent sans doute l'occasion de repas sacrificiels. En tout cas, la joie du peuple est attestée par 1 R. 8,66; 2 Ghr. 7,10. Après l'exil, les repas sacrificiels semblent n'avoir plus eu lieu (cf. Biichler, ZAW., t. 22, p. 204). — Spécimens d'interprétation : Targum : voir plus haut. Rashi : « Je suis venu dans mon jardin, à savoir aux jours de la dédicace du sanctuaire ». (Genebrard traduit à tort : (( diebus templi dedicati » ; Rashi vise la dédicace du tabernacle au désert). Le Midrash (p. 11 et p. 133) voit dans la myrrhe etc. les sacrifices du temple. Yaphet (v. 12) : « De même que le jardin est un lieu de plaisir et de joie, ainsi le sanctuaire du Seigneur sera le séjour de la joie » ; il voit, au V. 14, les divers sacrifices du temple; les amis sont les Israélites, les bien-aimés sont les prêtres et les lévites qui demeurent au temple. — Les amis seraient les Anges, d'après Origène, Ibn Ezra, Genebrard. Il est vrai que Jéhovah est souvent représenté comme accompagné d'anges qui forment sa cour; les chérubins qu'on avait multipliés dans la décoration du temple représentaient sans doute la cour céleste. Mais l'idée que les anges prendraient leur part des sacrifices offerts à Jéhovah paraît étrangère aux conceptions juives. — 11 semble inutile d'énumérer les interpréta-
lions naturalistes. Siegfried qui pousse l'allégorie obscène avec une logique brutale intitule le morceau 4", 12-5,1 : Weiterfiihrung des wasf bis zur Aufforderung zum Liebesgenusse und zu dem Vollzuge desselben. La source et le jardin seraient le corps de la nouvelle mariée. On nous saura gré d'omettre le détail répugnant de cette symbolique erotique. L'apostrophe aux amis serait une invitation à goûter les mêmes plaisirs. Oettli y voit une invitation au repas de noces.