‹ Le Cantique des CantiquesChapitre 60 sur 81 · Je dors, mais mon cœur veille · texte numérisé non relu

Je dors, mais mon cœur veille

J'entends mon bien-aimé qui frappe !

(( Ouvre-moi, ma sœur, ma bien-aimée,

2. — njuri "'J^ je dors. Le récit commence au présent, bien qu'il s'agisse d'événements passés, mais il passe soudain au passé (v. 4), sous l'influence sans doute des parfaits de la réponse (v. 3) : «. j'ai ôté... j'ai lavé... ». — 127 éveillé ou en éveil (cf. 2,7). — Sip : cf. 2,8; ce n'est pas la voix de l'Époux qu'elle entend, mais le bruit des coups qu'il frappe à la porte. — p3n est censé à l'accusatif d'état (J'^) : (C'est) le bruit de mon bien-aimé (à l'état de) frappant. Cf. Delitzsch, h. 1.; Driver, § 161, Obs. 2; Gesen.-K. § 118 p. — "inan : le mot est d'époque postérieure (Brown). La Peshitto semble avoir lu nan : ma colombe parfaite (de même 6,9). — itirï^i^ : le dagesh est exceptionnel; cf. § 22 s. — msflp (ici seulement et v. 11) semble désigner principalement les cheveux de devant; cf. 'îS^ toupet. Le mot appartient à la racine yïp comme le syriaque iljoû et iljqud (pl. lijdo). La forme primitive qussa est devenue quv^^sa (qawsa), l'insertion d'un w consonne remplaçant le redoublement; puis on a rétabli (artificiellement?) le redoublement. — D^Dl, hapax legomenon. — Comme dans l'incident analogue 3,1 sq., il fait nuit, et l'Époux qui devrait à cette heure se trouver avec l'Épouse (ïntrod., 96) est absent. Son absence, on le devine par la suite du récit, est due à l'infidélité de l'Épouse. Celle-ci, au lieu d'aller spontanément à la recherche de l'Époux, comme dans 3,2, dort; cependant, son cœur n'est pas en paix. L'Époux arrive, espérant attendrir l'infidèle. La rosée dont ses cheveux sont pleins, à cause du froid de la nuit, symbolise sans doute la souffrance que lui causent les fautes de l'Épouse infidèle. Pour la gagner, il lui prodigue les plus doux noms, comme autrefois. — Apoc. 3,20 : « voici que je me tiens à la porte et je frappe... » est probablement une réminiscence de notre verset, d'autant que cette parole s'adresse à une Église dont l'amour, comme celui de l'Épouse du Cantique, s'était refroidi. —

ma colombe, ma toute-belle ; car ma tête est pleine de rosée, les boucles de mes cheveux des gouttes de la nuit. »

Spécimens d'interprétation : Le Targum fait bien ressortir qu'au V. 2 commence un nouveau sujet : « Après toutes ces choses, la nation d'Israël pécha, et (Dieu) la livra aux mains de Nabuchodonosor, roi de Babylone, qui l'emmena en exil. Et en exil, ils ressemblaient à un homme qui dort et qui ne peut se réveiller de son sommeil. Et cependant la voix du saint Esprit les exhortait par les prophètes et cherchait à les réveiller de leur sommeil. Le maître du monde, prenant la parole, dit : Reviens par la pénitence... » Yaphet : « Dans le royaume des Ghaldéens, j'ai dormi sur mon lit... » (Cette mention de l'exil babylonien est à remarquer. Elle a dû s'imposera Yaphet par son caractère traditionnel, car ce rabbin qaraïte applique tout le Cantique à l'exil actuel, sauf 5,2-6) : <( Mon cœur veille : il s'agit de Daniel; j'entends mon hien-aimé : Dieu invite les Juifs, par la bouche de Cyrus, à retourner à Jérusalem et à rebâtir le temple; ouvre-moi : bâtissez mon sanctuaire afin que je puisse venir avec vous avec ma gloire; ma tête etc. : la gloire de Dieu, depuis la destruction du temple, n'avait plus de demeure. » Rashi : (( Je dors : alors que j'étais heureuse et tranquille dans le premier temple, j'ai abandonné le service de Dieu, comme envahie par un sommeil profond... /'en^enc^s mon bien-aimé: Dieu avertissait Israël par les prophètes : Ouvi^e-moi : ne me force pas à m'éloigner de toi. » Ibn Ezra : Je dors : c'est l'exil babylonien. Judas Hallévi (mort vers 1140) : le sommeil désigne l'exil, le cœur veillant désigne la prophétie qui demeure toujours parmi nous; j'entends mon bien-aimé : Dieu invite Israël au retour; ma tête... : l'esprit de Dieu sortant de l'ombre du temple (Cusari, II, § 24, cité dans Salfefd, p. 60, n. 3). Lyra : Ego dormio : Ego (Deus!) peccata ad tempus dissimulo. Vox dilecti : Dieu invite Israël à se convertir. (Il s'agirait de la période des Juges à David). Orozco : « Synagoga dormiebat quando idolis thura offerebat. »

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