‹ Le Cantique des CantiquesChapitre 69 sur 81 · Détourne de moi tes yeux, car ils m'obsèdent · texte numérisé non relu

Détourne de moi tes yeux, car ils m'obsèdent

raconté au livre d'Esdras ». Yaphet : Tirsa désigne les dix tribus, et Jérusalem le royaume du Sud; les deux royaumes, après l'exil, n'en font plus qu'un, et il cite l'action symbolique d'Éz. 37,16 sq. Siegfried, après Graetz, interprète symboliquement terrible comme des bataillons. Il voit dans cette expression la vertu inattaquable (jungfrâuliche Unnahbarkeit) de la fiancée : on avouera que ce symbolisme ne se dégage pas aisément du contexte.

5a. — ''i^JQ : cf. Is. 1,16. — anv} le masculin au lieu du féminin, comme si souvent dans le Cantique. — iJliMin m'obsèdent, m'importunent, me harcèlent (Kossowicz : oppugnant me). Ce sens me paraît ressortir clairement de l'emploi de nm en hébreu biblique. Si le mot est traduit de façons si diverses (troubler, effrayer, alarmer, exciter, rendre fier etc.), c'est qu'on s'est laissé influencer par le sens du mot dans d'autres langues sémitiques. Dans Is. 3,5, ann (en parallélisme avec presser quelqu'un, le tourmenter) signifie obséder, importuner. De même Prov. 6,3. D 8,13 signifie : Ne sois pas trop importun (et non pas : trop orgueilleux). Le sens du hiph'il est analogue à celui du qal. Ps. 138,3 est obscur. Au Ps. 25,17 Baethgen lit avec d'autres les tribulations 'obsèdent' mon cœur. Dans Is. 14,4, je lirais :l^^1D^ (— LXX ô iTnffTrouSaorTviç, Pesh. ii^aisio) qui donne un bon parallélisme avec iirai. Vulg. : exactor, et non

le conjectural niniD que proposent la plupart des modernes. L'idée d'orgueil ou de tumulte qu'on attribue généralement à la racine nni n'est pas justifiée : ainsi, le nom propre nni signifie tyran plutôt qu'orgueilleux. Plusieurs

auteurs ont été amenés à donner à nMnn le sens d'effrayer parce qu'ils ont cru voir dans 5a la continuation de l'idée exprimée par redoutable comme des bataillons du verset précédent. Mais cette dernière expression, qui se retrouve au V. 10, ne se rapporte pas aux yeux de l'Épouse : elle exprime le caractère imposant de la nation israélite déployant ses

Tes cheveux sont un troupeau de chèvres dévalant de la 'montagne' de Galaad.

bataillons lors du retour de la captivité. L'effet du regard de l'Épouse est de charmer, d'enivrer d'amour (cf. 4,9) son bien-aimé, non de le terroriser : il la supplie de détourner de lui ses yeux, parce qu'il succombe sous leur charme ; les deux versets 4,9 et 6,5a ont donc un sens analogue.

[5b-7]. Répétition de l'éloge de l'Épouse. — La description de 5 b-7 reproduit presque sans changement celle de 4,1b sq. : cette reproduction du même portrait est diversement interprétée. Les exégètes naturalistes qui admettent que la jeune fille est recherchée à la fois par un berger et par le roi Salomon, mettent les deux descriptions dans la bouche de ce dernier : si le roi se répète dans ses compliments, c'est que son amour est trop sensuel pour lui faire trouver autre chose que des phrases toutes faites. Malheureusement, ces compliments sont tout le contraire de la banalité ! Les interprètes naturalistes qui admettent un seul amant ont à expliquer pourquoi le poète s'est copié d'une façon aussi servile : c'est là une faute de goût inexplicable chez un si parfait artiste. Dans notre interprétation allégorique, cette répétition, loin de trahir un manque de savoirfaire ou une pauvreté d'invention, dénote au contraire chez le poète un sentiment artistique très délicat : avec le retour de l'exil commence pour Israël une période historique qui forme un parallélisme frappant avec son histoire d'autrefois, depuis la sortie d'Égypte (Introd., 101). C'est, d'après la conception des prophètes, une nouvelle alliance qui commence : l'Épouse, répudiée pour ses infidélités, est rétablie dans sa dignité première. Dieu lui a pardonné et il lui porte le même amour qu'avant sa faute. Ses souillures sont effacées : elle est à ses yeux aussi belle qu'aux plus beaux jours de la première alliance, qu'aux jours glorieux de Salomon. Pour exprimer d'une façon sensible qu'Israël possède encore aux yeux de Jéhovah les mêmes charmes qu'autrefois, rien n'était plus naturel que de mettre dans la bouche de l'Époux les expressions mêmes dont il s'était

6. Tes dents sont un troupeau de brebis 'à tondre' qui remontent du bain :

chacune a sa jumelle, aucune n'en est privée.

[* Tes lèvres sont un filet de pourpre;

servi autrefois pour célébrer la beauté de son Épouse. Le parallélisme verbal avait, en outre, l'avantage de faire saillir e parallélisme des deux alliances. Si le poète a admis et voulu une répétition si notable, c'est qu'elle s'imposait en quelque sorte à lui par la répétition même des réalités historiques qu'il visait. On peut donc dire que la répétition exprime à la fois le parallélisme des faits historiques et l'invariabilité de l'amour de Jéhovah pour Israël. Ibn Ezra seconde interprétation) a bien vu que la répétition de l'éloge a pour but d'exprimer la persévérance dans le même amour; voir aussi Hengstenberg, p. 225. — Spécimens d'interprétation. Après ce que nous avons dit sur l'interprétation de la première description (4,1-5), il n'y a guère d'intérêt à enregistrer ici les interprétations des exégètes. Chaque auteur explique naturellement les deux descriptions d'une façon sinon semblable, du moins analogue. Je noterai seulement l'application curieuse que le Targum fait du v. 7 aux Asmonéens, pour lesquels la littérature juive postbiblique, presque tout entière d'origine pharisaïque, n'est pas douce d'ordinaire : « Et tous les membres de la maison royale des Asmonéens étaient pleins de bonnes œuvres, comme une grenade... » Cette application aux Asmonéens, alors qu'Israël n'est pas encore rentrée en Palestine, est du reste un singulier anachronisme.

5b. — Il y a une légère variante avec 4,1 : lySlirri^ au lieu de isrS; ina. 11 est possible que la leçon de 6,5b soit une corruption de Tvb;; ina; en ce cas, la faute serait ancienne, car elle se trouve dans les LXX (mais la Peshitto a \i<^).

6. — Le TM porte ici DiSmn au lieu de maiïpn de 4,2. Mais les LXX ont lu ce dernier mot. Il est donc possible que 'l soit une glose de l'hapax 'p. — Les LXX ont en plus, avec

ta parole est charmante '].

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