Les reines sont soixante
les concubines quatre-vingts,
et les jeunes filles sont sans nombre.
raison semble-t-il : « Tes lèvres sont un filet de pourpre, ta parole est charmante », comme 4,3a.
7. — La description s'arrête brusquement avec les joues. La comparaison du cou avec « la tour de David, bâtie pour les trophées, où pendent les mille rondaches, tous les boucliers des guerriers » ( 4,4), si pleine d'à-propos dans la première description relative à Tépoque de Salomon, fils de David, ne convenait plus à Fépoque du retour de la captivité. Le poète de\aitdonc la supprimer et cette suppression a entraîné celle du reste. Ce menu détail montre bien que l'allégorie du Cantique se rapporte à l'histoire d'Israël.
8. — (Tan : le masculin pour le féminin, § 32 n (Introd., 110); cf. Zach. 5,10; Ruth 1,22. La triple distinction des reines, des concubines et des jeunes filles est empruntée aux harems orientaux; cf. Esther 2,12, 14,17. Une allusion au harem de Salomon (1 R. 11,3) est d'autant plus invraisemblable que la Bible blâme ouvertement ce roi et de la multitude de ses femmes et des pratiques idolâtriques de plusieurs d'entre elles. — Les nombres 60 et 80 ne répondent à aucune réalité déterminée : le poète veut seulement exprimer la multitude des nations, pour mieux faire ressortir, au verset suivant, la pensée que toutes ces nations comparées à Israël ne comptent pas aux yeux de Jéhovah. — C'est l'Époux qui continue à parler. Les reines, les concubines et les jeunes filles, que l'on compare à Israël, sont les différentes nations de la terre, qui toutes, les plus grandes comme les plus petites, appartiennent à Jéhovah (Midrash, Yaphet, Mercerus etc.). Toutes les nations sont en effet, dans un certain sens, les épouses de Jéhovah, et surtout elles le deviendront quand la Gentilité sera réunie à Israël dans l'adoration du vrai Dieu. Nous constatons encore ici
9. Unique est ma colombe, ma toute belle; elle est Tunique de sa mère et son incomparable.
Les jeunes femmes, la voyant, Tout complimentée ; les reines et les concubines Pont célébrée :
la manière bienveillante dont le poète parle des nations (Introd., 90).
9. — Dm^ : Unique^ en beauté et en perfection. L'Épouse est si belle que les autres ne sont rien aux yeux de TÉpoux. — Elle est Vunique de sa mère : unique est encore employé ici dans le même sens métaphorique; cf. Pr. 4,3 : *T''^^ Le poète ne veut pas dire que la mère n*a pas d'autres filles : tout au contraire, la mère d'Israël, c'est-à-dire l'humanité, a des filles « sans nombre » (cf. v. 8), mais la beauté des nations est complètement éclipsée par la beauté d'Israël, qui aux yeux de Jéhovah est unique, incomparable. — ma est bien traduit par les LXX exXexrvi, Vulg. electa. Ce sens paraît appartenir aune époque relativement basse (cf. Brown, s. V. y}2 Qal 2). La nuance distinguée, incomparable, qui offre un bon parallélisme à unique, a l'avantage de pouvoir traduire aussi mi au v. suivant. — nmSv est un pur synonyme de naN, comme 8,5 b. — ."n'nz;î<"'i, niSSn"»l, au masculin au lieu du féminin (Olshausen, g 226 c) : ce sont les seuls exemples du waw conversif dans le Cantique, avec idjI 2,17. Ces deux mêmes verbes sont également employés en parallélisme Prov. 31,28. — nuN, qui signifie proprement déclarer heureux, féliciter, s'emploie aussi au sens atténué de complimenter (Ps. 72,17; Job 29,11; Prov. 31,28). Ici le parallélisme avec célébrer et le fait que le v. 10 ne contient pas une félicitation, mais un compliment, imposent le sens de complimenter. — On remarquera que le poète ne dit pas que l'Épouse est la bien-aimée ou la préférée de sa mère, ce qui serait pourtant un développement très naturel si VEpouse et la mère étaient des femmes réelles Encore un trait qui laisse transparaître l'allégorie : Israël est la nation unique, incomparable, parmi toutes les nations filles de l'humanité. — Spécimens d'interprétation ;Targum : Les nations
10. « Qui est celle-ci qui monte, semblable à Taurore, belle comme la lune,
félicitent Israël des victoires remportées par les Asmonéens. Mercerus : Mater Ecclesiae seu gentis Israeliticae, est origo illi cum caeteris hominibus communis ; quasi dicat : ex toto hominum génère haec unica gens et natio lectissima est, et mihi, inquit Sponsus, peculiaris ac unice cara... — Scholz : « Dans Esther 2,17, le roi aime Esther pour sa beauté « plus que toutes les femmes » ; de même Judith est « bénie pardessus toutes les femmes » (13,18); or Esther et Judith sont l'Épouse du Cantique sous d'autres noms. »
10. — nsptzjj. Le nif 'al signifie proprement dominer sur, avoir vue sur; cf. Nomb. 21,20; 1 S. 13,18. Ici seulement et Jér. 6,1 (un fléau qui monte du nord) le verbe exprime l'action de monter peu à peu, qui aboutit à faire dominer, ou encore l'action de dominer peu à peu. Le sens de monter, s'élever est confirmé par le passage analogue 8,5 nSsr; une variante des LXX(A^ prima manu) porte avaêaivouaa; Oettli traduit fort joliment aufglànzt. — nJ3.S lune, mot poétique : ici seulement et Is. 24,23; 30,26. Dans la poésie arabe, pleine lune se dit fréquemment d'une belle femme. — nan soleil, mot poétique : ici seulement, et Is. 24,23; 30,26; Ps. 19,7; Job 30,28; ce mot et le précédent sont devenus d'un usage courant en néo-hébreu. — Dans le texte du Cantique, tel que nous le lisons, ce verset est une citation des paroles des reines etc., faite par l'Époux, qui continue à parler. Si le poème a jamais été exécuté, il est probable que la citation devait être chantée par le chœur. — Les nations contemplent Israël montant de la captivité et rentrant en Palestine. La comparaison avec le soleil et la lune, qui s'élèvent de l'orient, a d'autant plus d'à-propos que les Israélites revinrent en effet de l'orient vers l'occident. Les mots redoutable comme des bataillons (cf. v. 4) semblent faire allusion à la marche bien ordonnée des Israélites revenant de la captivité. Le mot mS:;Tj bataillonsy corps d'armées devait évoquer chez un Juif lettré l'image des douze tribus s'avançant par corps d'Égypte en Palestine. La racine
incomparable comme le soleil, redoutable comme des bataillons? y>
SaT ne se trouve, en dehors du Cantique et de Ps. 20,6 (texte corrompu), que dans le livre des Nombres à propos des marches des Hébreux à travers le désert. Le substantif Sjt corps de troupe se rencontre treize fois dans ces passages, d'ordinaire pour désigner l'armée d'une tribu entière (v. g. 2,3); dans deux passages seulement, il s'applique à une subdivision de cette armée (1,52; 2,31). Le Targum, bien qu'il continue à appliquer notre passage à l'époque asmonéenne, a bien vu l'allusion aux corps d'armée du désert. — Winckler (Altorient. Forschungen, 3« Reihe, II, 240) traduit r\^hm par planètes (de même, v. 4). Mais cette traduction, qui est impossible au v. 4, l'est également ici. En quoi les planètes sont-elles redoutables naVN? — Spécimens d'interprétation : Mercerus voit ici l'éloge d'Israël (et de l'Église) par les nations. D'après Budde, suivi par Siegfried, nous aurions dans 6,10-7,6 « le wasf de la danse du sabre, au jour des noces ».
[11-42]. — Ces deux versets, et-en particulier le second, offrent de grandes difficultés. Tout d'abord, on se demande qui les prononce. La plupart des modernes estiment que c'est l'Épouse ; les LXX, qui ont en plus Ixsî Swcro) touç (i-aorou; {xou aoi, comme 7,13, attribuent par le fait même ce verset à l'Épouse. Il me semble que c'est à l'Époux, au contraire, qu'il faut attribuer ces versets. Rien, en effet, n'annonce un changement d'interlocuteur : c'est toujours l'Époux qui parle depuis le v. 4; le v. 10 lui-même est une citation dite par lui. II serait, du reste, assez étrange qu'aussitôt après la comparaison où l'Épouse est représentée « montant comme l'aurore », elle vint dire : « Je suis descendue... » — La situation décrite ici est, si je ne me trompe, parallèle à celle de 2,8 sq. Dans ce passage, l'Époux accourait de la Palestine pour annoncer à l'Épouse que le printemps était arrivé, que le moment était venu d'entrer dans la Terre Promise. De même ici, l'Époux, avant de ramener Israël en Palestine, est descendu (sans doute du ciel, comme 6,2) pour voir si la