Ta tête est posée sur toi, semblable au Garmel
probable, avec Paul Haupt, Scholz, Hontbeim, que l'expression est une désignation poétique du Grand Hermon (aujourd'hui, Djebel esli-Sheikh), qui se détache de l'Antiliban et forme comme un promontoire avancé dans la direction de Damas qu'il domine de toute sa majestueuse hauteur. Le poète nous représenterait donc ici l'Hermon (qu'il a déjà nommé 4,8, également à propos des frontières idéales d'Israël) comme un poste avancé, comme une tour regardant vers Damas. Cette explication est confirmée par la mention correspondante du Garmel du côté du nord-ouest. — n^sr regarder attentivement n'a pas nécessairement un sens péjoratif : il ne semble pas qu'il y ait ici une nuance d'hostilité contre Damas. Pour l'image, on peut rapprocher Nomb. 21, 20 : «le Phasga qui regarde (r\BpV}2) du côté du désert ».
— Spécimens d'interprétation : La tour du Liban serait, d'après le Targum, « la forteresse de Sion, qui est appelée tour du Liban » ou le temple, d'après le Midrash. Scholz s'étonne que l'auteur nomme ici la ville moabite d'Hésébon et croit qu'il s'agit en réalité de Jérusalem et des deux bassins nommés Birket Mamilla et Birket es-Sultan, situés à l'extérieur de la ville, près de la porte de Jaffa. Mais Hésébon, qui appartint à la tribu de Gad (Jos. 13,26; 21,37), faisait bien partie du territoire idéal d'Israël et sa mention ici est bien à sa place, à côté de deux autres points de la frontière : le Grand Hermon {= tour du Liban) et le Garmel.
6. — Ce verset est un des plus difficiles du poème. Le TM et les LXX coupent d'une autre manière que la Vulgate et la Peshitto, lesquelles traduisent : « comme une pourpre de roi attachée dans des canaux » . Mais la symétrie des stiques est favorable à la coupe du TM et des LXX, et nous la supposons dans notre explication. — usn tête : il n'y a pas de raison décisive pour donner ici au mot le sens de chevelure (Ibn Ganah, Graetz) ou de coiffure (cf. 5,11).
— ^iSs;, sur toi, fait image et montre la tête comme posée sur le corps et le couronnant; comparer 2 R. 6,31 : « si sa tête (d'Élisée) reste sur lui TiSjr ». Je trouve la même ma-
et les cheveux de ta tête sont comme la pourpre : un roi est pris * aux filets ' !
nière de s'exprimer chez un prosateur anglais moderne : «... the old gentleman with the head of snow on him ». — Carmel : l'extrémité de cette montagne forme un promontoire escarpé s'avançant majestueusement dans la mer (cf. Jér. 46,18) et visible de fort loin : la comparaison de la tête avec le Garmel est aussi naturelle que celle du nez avec l'Hermon. La correction cramoisi^ proposée par Ibn
Ezra, adoptée par Graetz, n'est guère vraisemblable. Le poète ne pouvait guère omettre le Carmel dans ses allusions géographiques à la Palestine. — rhl signifie, d'après l'étymologie, une chose qui pend. On trouve encore le mot une fois dans Is. 38,12 où sa signification n'est pas claire. Ici, il désigne probablement la chevelure flottante de l'Épouse (coma pendula). Dans la comparaison de 4,1, les cheveux de l'Épouse étaient également supposés flottants. La mention de la pourpre, "jD^liS, aussitôt après la comparaison avec le Garmel, ne laisse pas que de surprendre : on s'attendrait à un objet offrant quelque similitude avec des cheveux flottants, ou ayant quelque rapport avec le Carmel. En admettant que le TM soit correct, la comparaison doit porter sur la couleur des cheveux, ou, d'après certains auteurs, sur leurs reflets brillants (cf. Rosenmuller, l'IUustrated Commentary; P. Haupt, p. 27, n. 22 : « Heb. argâman means especially red purple, but it seems to be used here in the sensé of our purple, i. e. violet, especially dark violet. In Greek, purple is often used for black : II. 17,551 a dark cloud is called purple. Anakreon and Lucian speak of purple hair... The famous Tyrian purple was a dark dusky color. Pliny 9,135 says of it : Laus ei summa in colore sanguinis concreti, nigricans adspectu, idemque suspectu refulgens; unde et Homero purpureus dicilur sanguis... »). Nous savons déjà que les cheveux de l'Épouse sont noirs (cf. 4,1). — Le mot DiTani désigne dans Gen. 30, 38, 41; Ex. 2,16, les auges où l'on abreuve les troupeaux.
Il désignerait ici, d'après la plupart des modernes, les cheveux dans un certain état, des tresses ou des cheveux flottants. Mais on ne voit pas facilement comment le même mot pourrait aboutir à des sens aussi différents. La Yulgate et la Peshitto ont gardé le sens de canaux. Les LXX ont traduit étymologiquement par Ténigmatique TrapaSpoixatc; courses; Symmaque par sîXrjjxàcyi choses qui enveloppent (?) ; Aquila, ignorant le sens du mot, se borne à transcrire : p£paT£i(jL. Kaempf traduit : « ... comme la pourpre royale qu'on attache à des coursiers »; Graetz : «... comme la pourpre royale attachée en plis ». La plupart des modernes traduisent : u un roi est enchaîné dans des boucles (ou des tresses) », et cette métaphore est en effet fréquente dans la poésie orientale. Mais si ^i désigne les cheveux, on s'attendrait à avoir le suffixe : tes (tresses); cf. Budde. En désespoir de cause, je me demande s'il ne faut pas lire □"'Din filets, en entendant ce mot au sens figuré comme dans Eccle. 7,26, où il est suivi du mot amot^ liens, attaches; le sens serait donc : un roi est attaché, pris dans des ' filets (Cf. W. Max Millier : Die Liebespoesie der Alten Aegypter, p. 16). Le poète aurait réservé la mention des cheveux pour la fin de la description faite par les femmes afin d'amener ce trait final : les cheveux de l'Épouse sont comme un filet où le roi est captif; pour la pensée, comparer 4,9; 6,5 a. L'Époux ainsi provoqué, va déclarer qu'il est en effet sous le charme de la beauté de son Épouse. — Spécimens d'interprétation : Le Targum, le Midrash et les rabbins font des applications de détail qui n'ont pas plus de vraisemblance que d'intérêt. — Le roi enchaîné, dit le Midrash, n'est autre que Dieu, le roi des rois.
[7-40]. L'ÉPOUSE ENCORE CÉLÉBRÉE PAR l'ÉPOUX. — L'élogC
fait ici par l'Époux n'est pas une description en règle, comme 7,2 sq. ; -4,1 sq.; 6,5 sq. Le poète a choisi seulement un petit nombre de traits qui concourent tous à un même but : montrer Tardeur du désir qu'a l'Époux de jouir de l'amour de sa bien-aimée, redevenue fidèle. Cet amour, qui lui est si cher et si doux, est comparé aux fruits les plus exquis :