Que tu es belle, que tu es charmante
(ma) bien-aimée, * fille de (mes) délices'!
les dattes, le raisin, les pommes. Des images semblables seront employées par TÉpouse dans sa réponse, v. 13 sq. — D'après Rashi, les nations font l'éloge d'Israël jusqu'au V. 8 inclusivement; à partir du v. 9, c'est la Shekhina qui parle à Israël en exil. Nous croyons, au contraire, que l'éloge fait par les nations se termine au v. 6, et que Jéhovah commence à parler au v. 7 (Siegfried a bien senti que le V. 7 interrompt le wasf). Voici les raisons qui me font attribuer les versets 7-10 à l'Époux. Pour les versets 9-iO, le doute n'est guère possible : ces expressions d'ardent amour ne se comprennent que dans la bouche de l'Époux, et les paroles de l'Épouse (v. 11 sq.) sont bien une réponse aux désirs de l'Époux (contre Genebrard, infra). Les versets 7-8 appartiennent également à l'Époux : l'exclamation : « Que tu es belle! » indique, en effet, le commencement d'un discours (cf. v. 2; 4,2) et le mot niinN (ma) bien-aimée ne peut être dit que par l'Époux (contre Rashi, qui attribue, aux nations les vv. 7-8). — Genebrard attribue tout le passage 7-10 aux nations, qui exprimeraient leur désir d'être unies à Israël ou à l'Église. Les exégètes naturalistes interprètent ces versets comme une allégorie sensuelle dont les détails varient avec l'imagination de chacun. — Le procédé du poète est ici assez curieux. Après avoir, au v. 8, amorcé simultanément deux comparaisons, il les poursuit parallèlement (v. 9), et il en ajoute encore une nouvelle. Ces comparaisons accumulées avec une certaine incohérence expriment bien l'ardeur des désirs de l'Époux.
7. — L'Époux, provoqué par les derniers mots que viennent de prononcer les nations, déclare qu'il est en effet sous le charme. Il débute, comme les nations elles-mêmes (v. 2), par une exclamation sur la beauté d'Israël : « Que tu es belle! » — nin^ désigne clairement ici la bien-aimée (voir in 2,7) ; ce sens est admis ici même par des auteurs qui ne l'admettent pas 2,7. Une apostrophe à l'amour abstrait, en présence de l'Épouse, est en effet hautement invrai-
8. Ta haute taille ressemble au palmier, et tes seins à des grappes.
semblable. Pour exprimer une pensée de ce genre, le poète aurait du reste parlé tout autrement (voir 4,10). — DU^ZSTn:! dans les délices ou avec les délices ne donne pas de sens satisfaisant. La traduction de certains modernes : caresses ou Liebesgenûsse est arbitraire. Konig* prend les deux termes n:inN et 'n au concret : Y aimée parmi les délicieuses (Stilistik, p. 68). La leçon □''aijyn ni lue par Aquila (6 et par la Peshitto s'écartant ici à la fois du TM et des LXX (l^îis fille de délices) offre un sens bien préférable; elle est adoptée par Graetz, Perles (Analekten, p. 22), Dalman. Rapprocher l'expression toute semblable de Michée 1,16 : 1i:nJ2;n ''Jl filii deliciarum iuarum (Vulg.), c'est-à-dire les fils qui font tes délices; et comparer 2,9 nuuyn T\^2 sa maison de délices. D'après ces exemples, peut-être faudraitil lire dans notre verset, avec le sulfixe : "îiijyn ni fille de mes délices. Voir plus haut (6,12) un autre cas où le mot m a été méconnu.
8. — nt^î : Cet emploi du démonstratif, comme apposition, en tête de la phrase est rare; comparer l'exemple tout semblable de Jos. 9,12 uanS n*? : oOtoi oi «pxoi 7)fAwv. Le démonstratif nNî indique que l'Époux contemple l'Épouse : ta taille que je vois, que voici. — mS3tI/'>< qui désigne toujours dans la Bible (sauf Gant. 1,14 : grappe de cypre) les grappes de raisin, pourrait se dire également des régimes de dattes; cf. rameau de palmier chargé de grappes
(v. Rosenmiiller). Mais les régimes de dattes seront nommés au verset suivant *i1jdjd. Du reste les seins sont comparés expressément (v. 9) à des grappes de raisin, comparaison qui est plus naturelle. Kaempf fait aussi remarquer que s'il s'agissait des grappes du palmier, on devrait avoir régulièrement TïniSs^ÙN (cf. Gen. 40,10), comme on a v. 9 iijd::d ses régimes. La comparaison d'une taille élancée avec le palmier est fréquente dans la poésie arabe et persane. Le naturaliste Qazwini a dit : « Le dattier a une ressemblance frappante avec l'homme, par la beauté de sa taille droite et
9. Je me dis : Je monterai au palmier, je m'emparerai des régimes.
Que tes seins soient (pour moi) comme des grappes de et ton 'haleine' comme (Fodeur) des pommes; [raisin
élancée ». (Cité dans Sacy : Chrestom. arabe, III, 379). Le nom de Tamar (= palmier) semble avoir été assez fréquent chez les Israélites comme nom de personne : dans la Bible, il est porté par trois femmes (Gen. 38,6; 2 S. 13,1; 2 S. 14, 27). — Le palmier joue un rôle symbolique important dans les religions et dans les littératures de l'Orient : il représente la fécondité et Tamour; c'est l'arbre de vie, l'arbre sacré par excellence. Mais ici, outre son rôle esthétique, il n'a pas un symbolisme différent de celui de la vigne et du pommier nommés avec lui : comme ces arbres, il est représentatif de la flore du pays d'Israël (comparer Joël 1,12, où la vigne, le palmier et le pommier sont nommés ensemble, avec le figuier et le grenadier, comme des arbres d'une culture générale). Naturellement le palmier peut symboliser non seulement le pays d'Israël, mais encore la nation ellemême. Plus tard, le palmier figurera la Judée sur des monnaies de Vespasien et de Titus. La culture du palmier était autrefois, en Palestine, beaucoup plus étendue qu'aujourd'hui (cf. Fischer : Die Dattelpalme, 1881).
9. — "'n1D^< : je me dis, probablement ici avec la même nuance que dans Ps. 119,57; Eccle. 2,1 : fai décidé, je suis résolu, je le veux. Le mot exprime l'ardeur des désirs de l'Époux et l'énergie de sa décision. Le parfait a ici le sens du présent. — 2 nTni< ne signifie pas se tenir aux [régimes),
sich festhalten an (Siegfried), mais bien les saisir, les prendre, s'en emparer (:= i p17^^^) : cf. Ex. 4,4; Jug. 16,3; 20,6;
2 S. 4,10. La Vulgate traduit fort bien : apprehendam fructus ejus. Si l'Époux veut monter au palmier, c'est évidemment pour en avoir les dattes, de même qu'il veut, dans les comparaisons suivantes, jouir des grappes de raisin, de l'odeur des pommes, du vin (toujours au figuré). — 1'»jDJD, hapax legomenon, désigne les tiges qui portent les