et ta parole comme un vin exquis
coulant délicieusement à mon 'palais',
fruits, les régimes de dattes; cf. Fassyrien sissinnu : Dattelzweig'e, Datteltraube... (Muss-Arnolt); Palmfrucht (Eerdmanns, dans les Oriental. Studien Nôldeke, p. 676). Saadia traduit bien par ^^ÎÂcî régimes de dattes. Les rameaux verts du palmier, les palmes, se nommeraient DiSriSn (3,11) d'après les LXX et la Vulgate. Certains interprètes (par ex. Siegfried) s'imaginent que les grappes du v. 8 appartiennent à un cep de vigne qu'on aurait fait grimper le long du palmier : mais cette supposition n'est pas naturelle dans notre passage, bien que ce procédé de culture existe dans certains pays. Il est beaucoup plus naturel d'admettre que le poète entasse pêle-mêle des comparaisons prises d'objets disparates : le palmier, la vigne, les pommes, le vin. — n'ïl odeur a été lu par LXX, Vulg., Pesh.; "jSJ^ ton nez, serait alors elliptique pour le souffle de ton nez, c'est-à-dire ton haleine. La correction m (Budde, Halévy) : le souffle de ton nez, c'est-àdire ton haleine, semble assez naturelle. — Sur l'odeur des pommes, cf. S. Bernard (in Dom. I post Epiph. Sermo I) : « Nonne qui pomum in manu sua tenuerit dimidia die, reliqua diei parte pomi servabit odorem? » (cf. in 2,5). — Le palmier symbolisant le pays et la nation d'Israël, dire : « Je monterai au palmier... » équivaut à dire : « Je veux habiter de nouveau dans le pays et avec la nation d'Israël et y prendre mes délices comme autrefois » ; de même pour la vigne.
10. — "jn palais désigne ici, comme 5,16, les paroles (avec Hengstenberg, Harper, Scholz...) contre Houbigant, Siegfried, etc., qui veulent voir ici des baisers. Le mot palais, au lieu de lèvres ou bouche^ serait fort mal choisi : quand le poète veut parler de baisers, il s'exprime très clairement : 1,2; 8,1. La comparaison de la parole au vin qui coule et qu'on boit se comprend fort bien, tandis que comparer des baisers à du vin paraît bien peu naturel. Les paroles émises par la bouche de l'Épouse (4,11) étaient du miel et du lait. Comparer les vers du poète syriaque Georges, sur Jacques
glissant sur ^mes' lèvres et 'mes dents'.
de Saroug (dans Gardahi : Liber Thesauri [1875], p. 15) : « Il commença à abreuver tous les mondes pensants d'un breuvage de vin que l'Esprit avait préparé dans son gosier, et qui était plus doux et plus délicieux que le miel de rayon. — niïsn : Budde, Siegfried, après Ges.-K. § 133
veulent lire "j'^'iD; mais l'état construit s'explique par le fait que niD est employé ici substantivement, soit au sens d'ea?cellence^ suavité (cf. tbe most excellent of any sort of
thing; iolL wine; the clearest of wine [Lane]), — soit même, peut-être, au sens de bonne odeur, parfum (cf. miDn njp Jér. 6,20, où je lirais -njp ; comparer ntiri-njp
Ex. 30,23; comparer aussi l'arabe jy^ noix mus-
cade); dans cette dernière supposition, nian '[*>'> serait peutêtre identique à npin p'' de 8,2. — "jSn semble pris ici au sens de couler comme dans Joël 4,18, et comme "jSnnn dans Prov. 23,31 (cf. Brown). — "î-mS à mon bien-aimé crée une grosse difficulté. Quelques modernes supposent que les derniers mots : coulant doucement pour mon bien-aimé sont une brusque interruption de l'Épouse : mais une pareille interruption est incompatible avec les procédés du poète. Renan, avec Ammon, Ewald, Hitzig, supprime tout simplement le mot, qui, d'après lui, ne donne aucun sens : ce serait une dittographie provenant de nnS du v. 11; mais cette suppression rendrait le stique trop court, et "jSin demande un complément. La correction "jTTrS pour ton bienaimé offrirait un sens assez bon, mais cette manière de parler de soi à la troisième personne ne laisse pas que d'être ici un peu étrange. Budde corrige en "JSnS à mon palais, correction qu'avait déjà proposée l'ingénieux Houbigant. « Coulant délicieusement à mon palais )> forme un bon parallélisme avec : « glissant sur mes lèvres et mes dents ». Il est vrai que "^n est alors pris, dans la même phrase, en deux sens différents, au sens métaphorique de parole et au sens propre de palais; mais cet inconvénient ne crée peut-être
il. Je suis à mon bien-aimé,
et tout son effort est à me gagner.
pas une impossibilité absolue. On pourrait aussi penser à •jdS à ma bouche (cf. Joël 1,5; Dan. 10,3). — L'expression
étrange □'»*i^''aS ne se trouve qu'ici. Le lamed est difficile à expliquer : peut-être faut-il lire Dii^ir^D^ comme Ps. 9,9; 96,10; 98,9; Prov. 23,31. Le sens est ici, comme dans ce dernier passage (Vulg. : hlande), agréablement ^ doucement, délicieusement (cf. in 1,4). — nilT, hapax legomenon, paraît signifier couler^ couler doucement^ glisser; tel est, du moins, le sens en néo-hébreu (cf. Yeb. 97 a : comme la grappe pressée coule...); comparer iif couler. Le sens : couler doucement^ glisser ^ donne un bon parallélisme avec "jSin entendu au sens de couler. Les rabbins, considérant Tisur comme un complément direct, ont donné à aiH un sens transitif : agiter, remuer^ qui est devenu le sens traditionnel : « qui fait remuer les lèvres de ceux qui dorment ». — Il est probable qu'il faut lire la fin du verset : ij^l ''nsiz?! sur mes lèvres et mes dents. Les LXX ont en effet
lu un 1 : ev /eiXsai'v [xou; ce 1 venant après les deux i de a pu facilement tomber. Enfin, avec les LXX et la Peshitto, je lis avec le suffixe de la première personne : mes lèvres et mes dents. La traduction îxavoufjLsvoç suffisant est étrange ; je me demande s'il ne faut pas lire une forme ixavofxevoç de îxàvoj s'avancer : les LXX auraient alors donné à le sens que ce verbe a en arabe : se mouvoir lentement, se glisser. — Le dernier désir exprimé ici par l'Époux, qui était également le dernier dans l'invitation à sortir du désert (2,14), et qui sera encore le dernier qu'il exprimera à la fin du poème (8,13), c'est d'entendre la douce voix de son Épouse : Israël est destinée à chanter les louanges de Jéhovah, et ces louanges sont délicieuses à ses oreilles. De son côté, l'Épouse, dans sa description des charmes de son bien-aimé, terminait aussi en célébrant la douceur de sa parole (5,16) : encore un trait tout spirituel du Cantique. 11. — Ss; n'est pas nécessairement fautif, car il s'emploie
souvent pour Sn% surtout dans les livres plus récents, probablement sous rinfluence de l'araméen. — npl^n qui se trouve seulement ici et Gen. 3,16; 4,7 me parait signifier, non pas désir, mais eff'ort pour gagner ou dominer quelqu'un. Je traduis Gen. 3,16 : « Tu t'efforceras de dominer (ou de gagner) ton mari, mais c'est lui qui te dominera » et Gen. 4,7 : « Le Péché s'efforce de te dominer, mais c'est toi qui le domineras ». La proposition nominale employée dans ces textes, au lieu de la proposition verbale qu'on attendrait, me semble exprimer une idée d'intensité ou de constance dans l'action : « Tout ton effort sera... » ou « Toujours tu t'efforceras... «; cf. 1 Sam. 7,7 et son retour {était) à Rama, i. e. « il revenait toujours à Rama ». Le même sens dCeffort pour gagner quelqu'un est parfaitement en situation ici. Les versets précédents 9-10 : « Je monterai au palmier... » décrivent en effet, en termes imagés, la poursuite ardente, X effort passionné de l'Époux pour gagner sa Bien-aimée. La racine arabe correspondante à piui n'est pas ^^y^ mais plutôt , o^y^ pousser, presser v. g. du bétail devant soi; np^i^n serait une sorte de poussée exercée sur un objet. La correction nn"i:;n retour (voir, en particulier, Nestlé dans la ZAW. 24, 312) ne s'impose donc pas, et ici elle ne serait pas en situation, car l'Époux n'a pas quitté son Épouse depuis le verset 6,3 qui nous les montrait réunis et réconciliés. (Voir Mélanges de la Faculté orientale de Beyrouth, t. HT, p. 330). — Spécimen d'interprétation. Targum : « Jérusalem dit : Tant que je marche dans le sentier du maître du monde, il fait habiter sa Shekhina au milieu de moi et son désir est vers moi... »
[12-14]. L'Épouse répond aux avances de l'Époux en l'invitant A RENTRER AVEC ELLE EN PALESTINE. — L'ÉpOUSC, hCU-
reuse de voir que l'Époux la recherche avec tant d'ardeur, répond qu'elle est aussi toute à lui. Mais elle ajoute : Il faut que nous sortions de cette terre d'exil où tu m'as visitée; il faut que nous rentrions dans notre pays, le pays de nos amours. On remarquera que les fruits dont il est question ici ne se trouvent pas dans un jardin, comme ceux de 4,13- 16 (où le jardin symbolise le temple), mais dans la cam-