‹ Le Cantique des CantiquesChapitre 76 sur 81 · De grand matin, (hâtons-nous) vers les vignes · texte numérisé non relu

De grand matin, (hâtons-nous) vers les vignes

voyons si la vigne bourgeonne,

pagne, c'est-à-dire dans le pays d'Israël. — Ce petit morceau forme un parallèle avec 2,10 sq., où l'Époux invitait l'Épouse à sortir du désert et à entrer dans la Terre Promise : ici, inversement, c'est l'Épouse qui invite l'Époux à l'accompagner en Palestine.

12. — hdS, devant K2:j, est employé dans un sens quasi explétif, comme en français : allons! (§ 120 g). Les mots Lekha dodi ont inspiré une hymne de la liturgie juive dans laquelle Israël est comparée à une épouse et le sabbat, jour du Seigneur, à l'époux. — sortons : il ne s'agit pas de sortir d'une maison, mais du pays où Israël était exilée; cf. V. g. Éz. 20,34 : « Je vous ferai sortir du milieu des peuples ». L'expression : soldions aux champs semble bien une réminiscence de la leçon de Gen. 4,8 lue par LXX et Vulg. (Scholz); cf. Introd., 100. Les champs et les villages font probablement allusion aux vastes régions qu'Israël doit traverser pour regagner son pays. Le mir serait donc identique au "ia,lD désert^ campagne de 8,5; nlil? se dit, en effet, de la vaste campagne solitaire où l'on peut se dérober aux regards des hommes (Gen. 4,8; 24,63; et cf. Bertholet in Éz. 21,2). Notre poète a déjà employé miî; dans ce sens 2,7; 3,5. — Les sont les villages où les voyageurs devront s'arrêter pour passer la nuit; le pluriel indique sans doute que le voyage aura plus d'une étape. Dans l'interprétation naturaliste, ce désir exprimé par la bien-aimée de <( passer la nuit dans les villages » est des plus étranges. Siegfried, après Houbigant, Dôderlein, Ewald, traduit « parmi les fleurs de cypre » qu'il trouve une bonne image érotique. — Le Targum, qui applique le verset à l'exil actuel en Edom (— Rome), a vu avec raison dans les champs et les villages « les localités de l'exil et les provinces des nations ».

13. — L'Époux était allé voir (6,11) si le printemps avait commencé en Palestine. L'Épouse reprend les images dont

si les fleurs s'entr'ouvrent, si les grenadiers fleurissent :

c'est là que je te donnerai mes amours. 14. Les mandragores ont exhalé leur parfum ;

à nos portes (abondent) tous les fruits succulents,

il s'était servi, pour exprimer l'ardent désir qu'elle a de rentrer dans son pays. Le printemps est la saison symbolique pendant laquelle doit se faire la rentrée en Palestine après la captivité; c'était également au printemps qu'Israël était jadis entrée dans la Terre Promise (2,11 sq.). — na'ïDx:?: avec S local : construction prégnante; cf. Jug. 19,9. Après la nuit qu'ils ont été obligés de passer dans quelque village, les voyageurs repartent de grand matin. L'expression rend bien la hâte qu'a Israël de revoir son pays. Il ne s'agit nullement de parties de plaisir ou d'excursions champêtres. Les vignes représentent la Palestine (Introd., 94). — nns employé au sens réfléchi ou passif de s ouvrir^ être ouvert, se trouve encore Is. 48,8; 60,11 ; cf. § 52 A: (aux exemples cités, j'ajouterais Ssu? être stérile (non : avorter). —

nCD : cf. 2,13. — wà : là, dans les vignes y c'est-à-dire en Palestine : encore un trait inexplicable dans l'exégèse naturaliste. Kaempf interprète arbitrairement du au sens de maison; mais il n'est question de maison que 8,2 (oii la maison de ma mère désigne le temple) ; au v. 13 et au v. 14, il n'est question que de vigne et de campagne. — Là je te donnerai mes amours : c'est en Palestine, en effet, qu'Israël pourra montrer à Jéhovah toute son affection, lui élever une demeure, l'honorer par les chants et les sacrifices de la liturgie, comme aux beaux jours du premier temple. — mT : cf. in 1,2.

14. — □''KW : Le mot semble appelé par "iiM du v. 13. Les mandragores sont encore mentionnées Gen. 30,14 sq. : nous savons que notre poète aime à faire des allusions au Pentateuque; cf. Introd., 100. — Après avoir décrit l'état de la végétation au printemps, il ajoute des traits qui marquent la saison des moissons et des fruits. Dans son intention, la

les nouveaux et les anciens ;

je les ai, mon bîen-aimé, gardés pour toi.

mention des mandragores est probablement une allusion savante à l'époque de « la moisson des blés » pendant laquelle Ruben trouva des mandragores. D'après Mariti, le fruit de la mandragore mûrit en mai (cf. Harper) ; le fruit a une odeur très forte. Il est bien possible que Fauteur ait voulu nommer une plante dont le nom était probablement associé, dans l'étymologie populaire, avec □''in amours. On sait que, dès l'antiquité, on a attribué à la mandragore une propriété aphrodisiaque. — l3''nnD"S5r ne peut signifier que à l'extérieur de nos portes, comme lyur h'U (7,5) : à Vextérieur de la porte. Il ne s'agit pas des portes d'une maison, mais des portes de villes, comme dans Is. 3,26; 13,2; Ps. 24, 7, 9, où il est synonyme de A nos portes signifie

donc : dans les campagnes qui entourent les villes de Palestine. — □''TaD : cf. 4,J3, 16. — n^^vj"* : anciens; mais le mot a un emploi assez particulier : il désigne une chose qui devient ancienne par l'accession d'une chose nouvelle de la même espèce ; c'est ainsi qu'une moisson est dite ancienne, dès que la moisson nouvelle est faite (Lév. 26,10). Il s'agit ici des fruits de la dernière saison (= é'voi xapiro».). Il y a une légère incohérence dans l'emploi du verbe "jas? appliqué aux fruits nouveaux comme aux fruits anciens, car les fruits nouveaux, comme l'indique l'expression à nos portes, ne sont pas encore cueillis. On pourrait dire, il est vrai, que l'Épouse a gardé les fruits nouveaux sur les arbres (cf. Rosenmiiller; Virgile, Eclog. 1,36 sq.) et les anciens dans sa maison : mais garder est employé alors en deux sens différents. Une variante des LXX (Polyglotte de Stier et Theile) a sans doute voulu dissimuler ce léger défaut en ponctuant : àxpoSpua vs'a- irpog iraX. Mais le rythme montre bien que □''Jtz;'' doit être réuni à D^ur-rn; cf. Ps. 107,5; 137,1; Job 24,19; Lam. 4,15 (contre Graetz). Du reste, toute incohérence disparait si l'on songe que ces fruits sont purement symboliques : l'idée est sans doute que l'Épouse aimera encore plus qu'autrefois l'Époux qui lui a pardonné et l'a fait rentrer dans son pays. — Spé-

cimens d'interprétation : Le Targum applique le verset au Messie qui délivrera son peuple de la captivité. Dieu lui dira : « La fin de l'exil est arrivée... lève-toi, reçois le royaume que je t'ai réservé )>. Yaphet interprète d'une façon analogue : le moment est arrivé où le Messie doit paraître; tout est prêt. Cette interprétation messianique n'est pas sans intérêt pour l'intelligence de 8,1.

[Ch. 8, 1-2] : Le désir messianique. — On est étonné d'entendre la bien-aimée, après les déclarations des vv. 11-14 où elle ne faisait nullement mystère de son amour d'Épouse, pas plus d'ailleurs qu'en aucun passage du Cantique (cf. v. g. 5,8; 6,2,3), exprimer le désir que l'Époux devienne pour elle « comme un frère », car alors, ajoute-t-elle, elle pourrait le baiser devant tous sans que personne pût la honnir. Il semble qu'avoir retrouvé son Époux ne suffît pas à son bonheur; un nouveau désir a germé dans son cœur : il faut que son Époux soit en même temps son frère. Ne l'était-il donc pas auparavant? L'Époux ne l'a-t-il pas appelée : ma sœur (4,9, 10,12; 5,1, 2)? Sans doute, mais dans la bouche de l'Époux, cette appellation était simplement une expression d'amoureuse condescendance : l'Épouse, consciente de son immense infériorité par rapporta son Époux, n'a jamais osé l'appeler : mon frère. Ce qu'elle souhaite ici est donc, elle le sent bien, d'une audace extrême. Ce qu'elle désire, en effet, ce n'est pas une nuance d'affection nouvelle, telle que l'affection d'un frère pour sa sœur (ce serait demander moins que ce qu'elle a déjà), mais c'est vers une réalité sublime et dépassant toutes les pensées humaines que se porte son désir : elle voudrait que son divin Époux devînt semblable à elle, eût la même nature qu'elle, se montrât à elle comme un homme véritable, né comme elle de la même humanité, « ayant sucé les mamelles de sa mère ». Nous avons donc ici, nécessairement en termes voilés et allégoriques comme tout le poème, un passage proprement messianique. Il me semble impossible, en effet, de voir ici de simples métaphores. L'émotion est trop intense pour un souhait qui aurait simplement pour objet une nuance par-

ticulière d'affection. Du reste, tout le mouvement du poème nous acheminait à ces deux versets comme à un point culminant. — L'Épouse exprime donc ici, sous une forme poétique, son ardent désir de voir l'Époux prendre une forme humaine; alors, ajoute-t-elle, elle irait le trouver, comme elle alla autrefois trouver l'arche où résidait l'invisible présence de Jéhovah (3,4), mais cette fois elle pourrait baiser ce frère semblable à elle; puis (comme 3,4), elle l'introduirait dans le temple, et là il lui donnerait ses enseignements. L'auteur inspiré du Cantique savait sans doute que le Messie devait venir au temple reconstruit (cf. Mal. 3,1) et qu'il procurerait ainsi au nouvel édifice une gloire plus grande que celle du premier temple (cf. Agg. 2,7-9). Le trait relatif à V enseignement que l'Époux donnera dans le temple se trouve dans Michée (4,2) décrivant la Jérusalem messianique : « Des nations nombreuses viendront et diront : Allons! montons à la montagne de Jéhovah, à la maison du Dieu de Jacob ; pour qu'il nous enseigne ses voies et que nous marchions dans ses sentiers ». (Cf. Is. 2,3; 34,12). — Le caractère messianique de notre passage est pleinement reconnu par le Targum, et ce témoignage est digne de toute attention. Pour le Targum, en effet, l'Époux est partout ailleurs Jéhovah : or, brusquement, le voici qui applique les versets 8,1-2 au Messie. Bien entendu, dans la pensée du targumiste, le Messie n'est pas Jéhovah, l'Époux d'Israël: mais son témoignage matériel nous suffît. De l'aveu de tous, celui que l'Épouse voudrait maintenant posséder « comme un frère » est certainement celui dont elle va dire (v. 3) : « Sa main droite est sous ma tête... », c'est-à-dire l'Époux. Or, l'ancienne tradition juive du Cantique, que nous pouvons croire fidèlement représentée ici par le Targum, reconnaît que celui dont il est parlé dans les vv. 1-2 est le Messie. Nous pouvons donc conclure que dans la pensée du poète, il y a une certaine identification entre Jéhovah, l'Époux dTsraël. et le Messie. Comment a-t-il conçu cette identification? il n'est pas aisé de le dire. S'il a vécu, comme nous le pensons, à une époque postérieure à l'ensemble des prophètes, nous

pouvons admettre qu'il avait connaissance des idées messianiques disséminées dans les écrits prophétiques. Sur la mesure dans laquelle les Prophètes ont identifié Jéhovah avec le Messie, on peut lire de bonnes remarques dans Davidson : Old Testament Prophecy, pp. 311, 368, 370; Theology of Old Testament, p. 385. Dans ce dernier passage l'auteur dit : « On peut douter si TAncien Testament est allé jusqu'à identifier le Messie avec Jéhovah. En tout cas, il a été jusqu'à dire que Jéhovah serait présent en sa plénitude dans le Messie, au point que le Messie pourrait être nommé Dieu avec nous (Is. 7,14), Dieu puissant (Is. 9,5) ». Rien n'empêche, du reste, de supposer que l'auteur inspiré du Cantique, bien qu'il ne soit pas classé parmi les prophètes, ait eu des vues plus nettes que les prophètes eux-mêmes sur la grande espérance d'Israël. Bien plus, tout nous invite à croire que celui qui a si poétiquement chanté l'amour de Jéhovah pour son peuple devait être une nature exceptionnelle, une âme éprise, à un haut degré, d'amour de Dieu et peut-être favorisée de dons particuliers. Si le Cantique, en dépit des objections que pouvaient et devaient soulever les images de l'allégorie, a été accepté et retenu comme un livre saint et divin, il n'est peut-être pas téméraire de conjecturer que le prestige de la sainteté et des lumières de l'auteur a contribué à ce résultat. Quoi qu'il en soit et des lumières personnelles de l'auteur inspiré et de l'idée précise qu'il pouvait avoir sur la nature du Messie promis, il est pleinement dans la tradition prophétique en associant le Messie au retour de la captivité. Chez les prophètes, en effet, le retour de l'exil et le salut messianique apparaissent dans la même perspec tive : voir par ex. Is. 42,6; 49,5-8; 61,1 sq. ; Jér. 31,51 sq. ; 50,5 ; Éz. 20,37 ; 34,23 sq. ; 37,21 sq. ; Mich. 4,10-5,7. — Dans l'interprétation naturaliste, les deux versets sonnent d'une façon étrange. Le souhait formulé par labien-aimée que son amant devienne son frère n'a pas de sens, puisque ce degré de parenté rendrait précisément le mariage impossible. Quant aux baisers qu'elle donnerait publiquement à son frère, sans avoir à rougir, on se demande à quel stade de la

8, 1. Ah! que ne m'es-tu un frère

qui aurait sucé les mamelles de ma mère !

civilisation juive ils auraient été tolérés. — Pour les autorités en faveur de l'interprétation messianique, voir aux versets i et 2.

Ch. 8, 1. — in"' ''D : expression optative (§ 151 a, b); comparer l'assyrien mannu inamdin (Beitràge zur Assyr. II, 279). — 3 a son sens ordinaire de comme^ lat. quasi. — pjv ne doit pas, bien entendu, se traduire au présent, comme si rÉpouse désirait voir son bien-aimé sous les traits d'un tout jeune enfant (Rosenmtiller). — Les mots ayant sucé les mamelles de ma mère sont un développement emphatique du mot frère. Elle veut que l'Époux devienne son vrai frère, ayant la même nature qu'elle. — La mère désigne l'humanité ou la nation Israélite comme aux versets 2 et 5 b (Introd., 88). — Je te trouveraisy "jt^ïQN* est sans doute à l'analogie de Tl^^ïQ 3,4, et dehors répond aux rues et aux places de 3,2 (Pesh. ijsojo dans la rue ou au dehors). Ces expressions sont choisies pour faire ressortir la symétrie avec 3,2, 4 et pour préparer le trait important de 8,2 : « Je t'introduirais dans la maison de ma mère ». Le mot trouver n'est pas déplacé, bien que l'Épouse jouisse actuellement de la présence de l'Époux : elle le trouverait sous une forme nouvelle, sous la forme d'un frère semblable à elle. — ne se trouve que dans la littérature postérieure : Proverbes, Cantique, Zacharie (Introd., 107); il se construit aussi avec l'accusatif (Pr. 1,7). — Le caractère invisible de Jéhovah permettait aux nations d'humilier Israël en lui demandant : « Où est ton Dieu? » (cf. Ps. 42,4); désormais, il n'en sera plus ainsi. — Spécimens d'interprétation : Targum : « En ce temps-là, le roi Messie sera révélé à la communauté d'Israël et les Israélites lui diront : Viens, sois avec nous comme un frère I Nous monterons à Jérusalem et nous sucerons avec toi les préceptes de la Loi, comme un nourrisson tette le sein de sa mère... » L'interprétation messianique du Targum semble bien représenter l'exégèse antérieure aux polémiques avec

Je te trouverais dehors, je te baiserais, et on ne pourrait me honnir.

2. Je t'amènerais, je t'introduirais dans la maison de ma tu m'enseignerais; [mère :

les chrétiens. Il est remarquable qu'on n'en trouve pas trace dans le Midrash, ni chez un homme aussi attaché à la tradition que Rashi. Mais le qaraïte Yaphet dit : « Hic est sermo quo Messiam alloquitur congregatio Israël... Messias fiet frater ejus (congregationis) et haec soror illius ». Le sens messianique a été reconnu par beaucoup d'exégètes chrétiens; je me bornerai à en citer quelques-uns. Théodoret : « Sponsa ineffabili susceptae humanitatis mysterio stupens : Etiam tu, inquit, suxisti ubera matris meae. » Beda : « Et in multis enim, et in omnibus, et in hoc maxime loco testatur hoc Carmen, quia nil carnale et juxta litteram resonet, sed totum se spiritualiter ac typice velit intelligi : quae enim potest esse feminarum quae dilectorem dilectumque suum repente desideret non esse juvenem, ut fuerat, sed in aetate infantili fratrem sibi denuo nasci...? Ergo antiquorum vox est ista justorum, qui Dominum Salvatorem, quem in divinitate Patri et Spiritui sancto consubstantialem credebant, acdebitis venerabantur obsequiis, in hominis quoque habitu, et hominibus consubstantialem videre cupiebant. » D'après saint Thomas, il s'agirait ici de la Synagogue confessant, à la fin des temps, l'Incarnation du Christ; il explique ainsi le mot frère : « Licet nos omnes possimus vocare Christum fratrem nostrum ratione humanitatis assumptae, specialiter tamen synagoga potest ipsum fratrem appellare, quia de Judaeis natus est ». Clarius : « Petit accelerari tempus adventus ejus in carne ». Genebrard : « Votum est populi veteris optantis adventum Christi in carnem; matris meae : Synagogae vel gentis humanae ». Orozco : « Sponsa verbis hisce adventum Christi in mundum postulat per humanae naturae assumptionem ».

2. — m a sans doute ici la nuance de conduire avec honneur, comme dans Is. 60,11 où il est employé en parlant de

je te donnerais à boire de mon vin aromatisé, de mon vin de grenade.

rois conduits en grande pompe (cf. Brown). L'Épouse ferait pour le Messie ce qu'elle a fait pour Jéhovah présent dans l'arche (cf, 3,4). — "îJTnSn : tu m'instruirais. Le mot semble tellement étrange, si Ton perd de vue le caractère allégorique du poème et en particulier la situation décrite ici, qu'on est tenté de suspecter son authenticité. Mais son caractère même de leçon difficile, en comparaison de la leçon des LXX (adoptée par la Peshitto), plaide en sa faveur. Les LXX ne s'expliquant pas pourquoi il s'agirait ici ^'enseignement, ont préféré supprimer le mot et compléter le vers d'une façon quelconque, en empruntant le stique final de 3,4 « dans l'appartement de celle qui me conçut ». Cette leçon des LXX est d'autant plus suspecte que nous pouvons constater dans cette version une tendance à harmoniser les passages parallèles; cf. Introd., 117. (La leçon ôiSàaxsiç, SiSa^rjç de quelques MSS, est probablement une correction d'après l'hébreu). — Ibn Ezra, suivi par Hitzig, Kaempf, etc., traduit : elle (ma mère) m'instruirait. Mais, au point de vue du style, il semble très difficile que le verbe puisse se rapporter à ''DK : ce passage subit à une autre personne, qui n'est nommée qu'en passant et encore dans le génitif : maison de ma mère, n'a guère de vraisemblance. Enfin, dans l'allégorie, il est impossible que iJiaSn se rapporte à iai<, car la mère est la nation d'Israël elle-même, peut-être même, comme au V. 5, la génération d'avant l'exil, l'ancienne Israël qui n'existe plus. — Le mot ''3iaSn forme à lui seul un stique, comme plus loin (8,13) iJ5?''at2?n (Introd., 81); mais saint Jérôme a peut-être lu : du. — ip : le liquide avec lequel on abreuve est partout ailleurs dans la Bible à l'accusatif : l'emploi de yû ici appartient probablement à la langue postérieure. — ■j'î'' étant nomen regens, on s'attendrait à la vocalisation lit (cf. 7,10 : mir\ 'j*i''d); mais on trouve encore •j'ii Ps. 60,5; cf. § 131 c. Note. — npl, hapax legomenon, semble signifier épice, tandis que np'l désigne un parfum-

3. Sa main gauche est sous ma tête et sa droite me tient embrassée.

DiD5?, étymologiquement chose pressée^ désigne partout ailleurs le vin doux, qui n'a pas encore fermenté. — : le

singulier du suffixe me semble indiquer que le suffixe affecte, comme d'ordinaire en hébreu, l'expression totale, vin de grenade, donc : mon vin de grenade, et non (LXX, Pesh., Vulg.) : le vin de mes grenades; cf. § 135 n; il ne faut donc pas corriger en 'Jjai. D'après Tristram (Natural history,

p. 388), on ajoute d'ordinaire au vin de grenade, en Orient, du sucre et des épices : ce vin ne se conserve pas longtemps et est très léger. — Le vin aromatisé et le vin de grenade font probablement allusion aux sacrifices et aux libations du temple (cf. 5,1) ; avec Rashi, Ibn Ezra. Israël traitera donc le Messie comme Jéhovah. La maison de ma mère, c'est-à-dire le temple, où l'Épouse offre du vin à l'Époux est donc aussi une salle de festin (maison du vin), comme celle de 2,4 où la maison du vin désignait le Tabernacle. — Spécimens d'interprétation : Targum : « Je veux te conduire, ô roi Messie et t'introduire dans mon Sanctuaire, afin que tu m'enseignes à craindre Dieu et à marcher dans ses voies... » Le vin et les grenades font partie, d'après le Targum, du festin qui sera alors servi dans le temple. Rashi : la maison de ma mère désigne le temple; le vin^ les libations du temple. Genebrard : « Ihi me doceres : per tete, non ut olim per prophetas ».

3. — Ce verset est une réplique exacte de 2,6, sauf qu'ici le TM porte "Jur^n au lieu de ''yjN'iS. Le parallélisme verbal avec 2,6 exprime l'identité des situations. Israël possède Jéhovah, revenu vers elle, comme elle le possédait dans le tabernacle et dans le temple (cf. in 2,6; 3,5). Les versets 1-2 n'exprimant qu'un souhait, et rien n'indiquant que ce souhait est déjà réalisé, il n'y a pas lieu d'appliquer le v. 3, comme le fait Yaphet, à l'Époux devenu « comme un frère », c'està-dire au Messie. Gomme dans 2,6, la phrase est déclarative et non optative, ce qui exclut encore l'application au Messie futur. — Spécimens d'interprétation : Yaphet : « Yerba

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