‹ Le Cantique des CantiquesChapitre 77 sur 81 · Je vous adjure, filles de Jérusalem · texte numérisé non relu

Je vous adjure, filles de Jérusalem

[ *par les gazelles, par les biches des champs'] n'éveillez pas, ne réveillez pas (ma) bien-aimée, qu'elle ne le veuille.

5*. Qui est celle-ci qui monte du désert,

Laeva ejus... priora (2,6) in Dominum mundorum et haec posteriora in Messiam noveris cadere; quamobrem sic illa loquitur : rursum erit laeva ejus sub capite meo; rursum amplexabitur me dextera illius, ex quibus quam maxima exprimitur proximitas; quidquid igitur de Deo altissimo illa praedicavit, pariter de Messia hic commémorai » . Rashi : Dieu soutient Israël parmi les épreuves de Fexil.

4. — Réplique de 2,7; 3,5. Il est probable qu'il faut ajouter avec LXX : par les gazelles^ par les biches des champs. Ici, nous avons la particule interrogative directe na, au lieu de la particule interrogative indirecte dî^; mais le sens est également négatif : pourriez-vous éveiller ? = n'éveillez pas ! Voir § 150 d Note 2, et comparer Texemple analogue de Job 31,1. La Peshitto traduit avec raison na comme on de 2,7 par yjo... ^i. Il n'y a pas lieu de penser avec Houbigant que HD est une faute de copiste pour DiS. — Les nations ne doivent pas troubler Israël jouissant de nouveau paisiblement de l'amour de son Dieu.

5 a. — npSiriD, hapax legomenon : s' appuyant , et probablement : s'appuyant avec le coude; cf. néo-hébreu p2l*2

coude; aram. î^psin id.; id.; {^'■^j^ s'appuyer sur le

coude. — Saint Jérôme a en plus deliciis affluens qui d'après la manière dont il traduit Job 22,26; Is. 66,11, suppose un participe na327na. Mais en réalité :iJVnn signifie s'appuyer doucement sur quelqu'un et (au figuré) avoir confiance en lui; le sens s'appuyer sur a été reconnu par les rabbins, et c'est à tort que Rosenmtiller traduit le n:i:5?nD des rabbins par oblectans se. Le mot n^JVriD que portait le manuscrit hébreu de saint Jérôme a donc toute l'apparence d'une glose explicative : un scribe aura voulu expliquer (ou remplacer) l'hapax legomenon npîDina par un mot plus usité ayant à peu

appuyée sur son bien-aimé?

près le même sens. Il semble moins probable que najyna soit la leçon primitive et np2ina la glose; cf. cependant Is. 58,14. Cf. Mélanges de la Faculté Orientale de Beyrouth, t. III, p. 325. La surcharge des LXX, à la même place, XeXeuxav- 8i(7u.£VTj est également la traduction d'une glose (mais d'une glose différente, semble-t-il, de niJ2?nD), et non d'une leçon corrompue de innn "[a, qui était facile à retrouver d'après 3,6. Je me demande si les LXX n'ont pas voulu opposer la blancheur de l'Épouse pardonnée, revenant de l'exil, à la noirceur qui ternissait sa beauté à l'époque de la sortie d'Egypte (l,o). Rosenmiiller pense que l'épithète est prise de 6,10 hjiSd ns'' pulchra ut candida i. e. splendida luna. — Le parallélisme de 8,5 a avec 3,6 est frappant : dans 3,6, c'était l'arche de Jéhovah qui montait au temple en pompe solennelle; ici, c'est Israël qui monte de l'exil à Jérusalem et au temple (symbolisé par le pommier 5 b), s'appuyant sur Jéhovah. La question ou plutôt ici l'exclamation est faite par le chœur des nations, comme 6,10. — Le désert^ comme dans 3,6, est sans doute la campagne des environs de Jérusalem, non les vastes régions qu'Israël traversa pour revenir de l'exil (cf. in 7,12). L'exclamation du chœur ne se comprendrait guère s'il s'agissait d'une femme réelle montant vers Jérusalem : en réalité, c'est tout un peuple qui s'avance et que l'on découvre au loin. Notre verset exprime, en termes poétiques, une idée que nous trouvons maintes fois dans les prophéties relatives au retour de l'exil : Jéhovah conduira lui-même sa nation chérie et il aura pour elle comme une nouvelle tendresse. Voir, par exemple : Is. 40,3 : « Dans le désert préparez la route de Jéhovah, tracez dans la steppe un chemin pour notre Dieu » ; Is. 52,12 : « Jéhovah marchera à votre tête, et votre arrière-garde sera le Dieu d'Israël » ; Michée 2,13 : « Leur Roi marchera devant eux et Jéhovah sera à leur tête », et cf. Is. 35,8; 58,8; Zach. 8,3; Ps. 68,8. — Is. 66,13 : « Gomme une mère console son fils, ainsi je vous consolerai : vous serez consolés dans Jérusalem ». — Spécimens d'interprétation : Le Targum enregistre ici une

5^. Sous le pommier je 'te' rends à la vie,

description aggadique de la résurrection des morts à l'ouverture du règne messianique. D'après Kaempf, cette aggada se rapportait originairement à la restauration du peuple d'Israël, restauration assimilée à une résurrection, d'après la fameuse vision d'Ézéchiel 37. Rashi, méconnaissant l'ordre chronologique du Cantique, applique le verset à la première entrée en Palestine, quand Israël monta du désert de l'Exode. Ibn Ezra, au contraire, a bien vu qu'il s'agissait d'une seconde entrée en Palestine, formant comme une répétition parallélique de la première : de même qu'Israël monta autrefois de l'Égypte, de même elle remonte « des déserts des nations ». D'après Lyra, le désert symbolise ici les persécutions dirigées contre l'Église avant Constantin. Genebrard : « Yirgines Sioniae, id est Gentes, vel potius Ecclesiae particulares mirantur speciem Ecclesiae ascendentis e deserto ignorantiae, erroris, peccati etc., ad Christum, eoque jam connixae : vel, ut Rabbi Selomo (~ Rashi) e deserto Arabiae in terram promissionis Sanctam ».

5 b. — Le TM donnerait le sens suivant : « Sous le pommier j*^ t'ai éveillé; là, ta mère t'a conçu; là, elle a conçu, elle t'a enfanté » ou encore : « là, ta mère t'a perdu ou détruit... ». Les suffixes du TM, étant au masculin, ne peuvent se rapporter qu'à l'Époux. (Pour la vocalisation et l'accentuation exceptionnelles de ïjnSan, voir § 59 g; mais Baer

imprime ïjnSnn la syllabe la, avec patah, portant le ton). Les LXX offrent un sens analogue, mais les suffixes du grec peuvent se rapporter à l'Épouse aussi bien qu'à l'Époux; les LXX lisent "imSii ta mèrey leçon très naturelle et généralement adoptée (cf. 3,4 : niin). La Peshitto traduit d'une façon semblable, mais elle emploie avec raison le suffixe du féminin. La Vulgate a lu le verbe hin sans suffixe. Il est presque évident que c'est l'Époux qui parle à l'Épouse : il faut donc lire les suffixes au féminin. La leçon nSsn lue par Aquila (Ixeï ôiscpôapT)) et par Jérôme [corrupta est) me semble la leçon originale. S'ils l'ont adoptée, en dépit de l'autorito

là même où *ta' mère 'périt' là où *ta' mère fut 'mise à mort'.

des LXX et malgré le sens difficile qu'elle semble donner, c'est qu'ils l'ont sans doute trouvée dans un ou plusieurs manuscrits de marque. Le sens que la plupart des auteurs, après les LXX, donnent au TM : elle fa enfantée dans la douleur n'est pas documenté. Le verbe Ssn (en dehors des racines Sin qui signifient prendre en gage et gâter ^ détruire), ne se trouve qu'une seule fois dans la Bible, Ps. 7,15, où il

a comme en arabe le sens de concevoir^ et non d'en-

fanter dans la douleur. Du reste ni le sens concevoir, ni le sens enfanter dans la douleur ne va à notre texte : l'idée bizarre d'une conception ou d'un enfantement sous un pommier ne se soutient pas. Un autre sens, adopté par Houbigant, d'après une autre racine Sin, est aussi invraisemblable : « oppigneravit te mihi mater tua )> ; la mère aurait fiancé sa fille à l'époux sous un pommier; cf. aussi J. D. Michaelis dans Rosenmuller. La leçon nSan, au contraire,

donne un sens excellent, que saint Jérôme en traduisant la seconde fois par violata est ne semble pas avoir parfaitement saisi. Le verbe Sin a ici la même signification que 2,15 : ruiner, détruire, anéantir. Le piel s'emploie d'ordinaire en parlant des choses (Is. 13,5; 54,16; Mich. 2,10; Gt. 2,15; Eccle. 5,5), mais on le trouve aussi une fois en parlant des personnes (Is. 32,7). Le puai se rencontre encore une fois au moins Job 17,1 : « mon soufile est détruit ». Dans les parties araméennes de Daniel, le verbe Snn se trouve employé en parlant de la ruine et de la destruction des empires (2,44; 6,27; 7,14); or l'Épouse du Cantique, Israël, est précisément un royaume : la mère de l'Épouse, c'est-à-dire l'ancien royaume a été ruiné, perdu, anéanti (cf. "^^perdidit, destruxit et l'exclamation Snn hélas! des inscriptions funéraires de Palmyre). — Ce sens est confirmé par le parallélisme avec "^imn^r réveiller, c'est-à-dire ici faire lever, rendre à la vie, ressusciter ; excitare, suscitare. Le verbe "il" est ici employé dans un sens analogue à celui de 2,7 ; 3,5; le

sommeil duquel l'Époux la réveille est également métaphorique : c'est l'état de mort où se trouvait Israël après la ruine de Jérusalem. Notre poète a peut-être présent à l'esprit Is. 51,17, où le prophète invite Jérusalem ruinée et détruite à se réveiller (nnirnn) de son sommeil de mort : « Réveilletoi, réveille-toi; lève-toi, Jérusalem, toi qui as bu de la main de Jéhovah la coupe de sa colère... ». Le parfait "TnniV a le sens du présent : c'est actuellement que l'Époux la rend à la vie. — Le pommier symbolise le sanctuaire de Jéhovah (cf. 2,3). — Le sens allégorique du verset serait donc que Jéhovah rend Israël à la vie sur la montagne du temple, en ce même lieu où sa mère, l'ancienne génération d'Israël avait péri, lors de la ruine de Jérusalem et de la destruction du temple. Jéhovah rend Israël à son existence nationale dans le sanctuaire nouveau qu'il se fait construire à l'époque du retour et qui remplace Fancien temple qu'il avait abandonné et dont la destruction avait été la marque visible de la mort de la nation israélite. La répétition emphatique : « c'est là... c'est là » exprime l'idée que le temple est comme le cœur de la vie nationale : le temple détruit, la nation est comme morte; le temple réédifié, Israël revient à la vie. L'expression : « ta mère a été détruite » rappelle singulièrement la menace de Jéhovah à Israël dans Osée 4,5 : « J'anéantirai ta mère », c'est-à-dire la nation. Jérémie avait également comparé la ruine de Jérusalem au meurtre d'une femme (4,31) :

J'entends la fille de Sion qui râle et qui étend les mains :

(f Malheur à moi! je rends l'âme sous les coups des meurtriers ».

Notre poète avait fait dire à l'Épouse infidèle : « Ils m'ont frappée, ils m'ont blessée... les gardes des murs » (5,7). — La ruine et la restauration d'Israël étaient symbolisées par la vision d'Ezéchiel (ch. 37) relative aux ossements qui reviennent à la vie (cf. Kaempf). L'auteur du Cantique ne fait donc, ici encore, qu'adapter à son allégorie une idée prophétique. — Pour le dédoublement d'un même personnage, Israël, en

6. Mets-moi comme un sceau sur *ton' cœur, comme un sceau à *ton' bras ;

mère et en fille, cf. 3,4, 11. Dans le IV° Esdras (4^ vision), Jérusalem est dédoublée, pour les besoins de l'allégorie, en mère et en fils. — Spécimens d'interprétation : Le Targum voit dans la mère « Sion, qui est la mère d'Israël ». Le pommier a fait penser plusieurs exégètes chrétiens à l'arbre de l'Éden dont le fruit fut fatal à Ève (cf. v. g. Genebrard). La Vulgate surtout suggérait ce sens. C'est peut-être grâce à cette application de notre passage que l'arbre de l'Éden est devenu un pommier (Scholz); le Midrash Rabbah surGen. 2,9 mentionne diverses opinions sur cet arbre : ce serait ou le blé, ou le palmier, ou la vigne, ou le citronnier, ou le figuier, mais il n'est pas question du pommier. — D'autres interprètes ont pensé à l'arbre de la croix, par exemple Lyra, d'après lequel l'Église, à l'avènement de Constantin, demanderait, par la vertu de la croix de Jésus, à être délivrée des persécutions. — Scholz : « Le pommier est le symbole du psLys et du Seigneur ».

6-7 : JÉnovAii demande a Israël de lui rester désormais FIDÈLE. — Jéhovah vient de ramener Israël à Jérusalem ; il vient de lui rappeler la ruine qui frappa sa mère^ laquelle fut infidèle à l'amour de son Dieu. Une demande de fidélité est donc ici tout à fait en situation; l'insistance avec laquelle elle est faite laisse assez clairement deviner une infidélité antérieure. A la suite des prophètes, l'auteur du Cantique conçoit la restauration d'Israël comme une nouvelle alliance de Jéhovah avec son peuple : cette alliance devra être inviolable et éternelle (Introd., lOi); cf. Osée 2,21-22; Jér.31, 31-33, etc.

6. — C'est l'Épouse qui a été infidèle (5,3), c'est donc à elle qu'est adressée la demande de fidélité. En conséquence, il faut lire la phrase au féminin (avec la Peshitto), et non au masculin, comme le voudrait le TM. — Comme un sceau : le sceau était considéré dans l'antiquité comme un objet très précieux : c'était, en effet, comme un représentant de la personne dans les actes de la vie civile. Garder un objet

car l'amour est insatiable comme la Mort, la jalousie inassouvie comme le Sheol ;

comme on garde un sceau, c'est le porter constamment sur soi, sans jamais s'en séparer, et y veiller avec une extrême vigilance; cf. Jér. 22,24; Agg. 2,23. P. E. Newberry (Scarabs (1906), p. 19) dit sur les sceaux dans l'antiquité et en particulier dans l'antiquité égyptienne : « D'abord, on suspendit le sceau par un cordon autour du cou. Parfois le sceau était fixé à un cordon qu'on attachait autour du poignet. Plus tard, on fixa le sceau à un fil de métal qu'on mettait au doigt : cette dernière disposition donna naissance au sceau en forme de bague ». (Le même auteur ajoute que le mari donnait à sa femme, le jour du mariage, un sceau pour sceller les vases à provisions etc.). D'après Vigouroux (Sainte Bible polyglotte, in h.l), les Assyriens et les Ghaldéens portaient le sceau attaché au bras. Notre verset fait allusion à deux des manières de porter le sceau : sur le cœur, c'est-à-dire suspendu autour du cou par un cordon, et au poignet. La comparaison poétique du Cantique n'autorise pas, du reste, à conclure qu'un même individu portait sur lui plusieurs sceaux. — yiiî : avant-bras^ désigne ici l'extrémité inférieure du bras, le poignet, oii l'on porte les bracelets (cf. Gen. 24, 22, 30). Pour désigner cette partie du corps, on emploie plutôt T (Jér. 22,24; Gen. 41,42 ; Estli. 3,10) ; on trouve aussi ni2?:i3fj^ la main, et non les doigts : « Attache-les à ta main », c'est-à-dire à ton poignet (Prov. 7,3). Dans la Bible, on ne trouve pas que le sceau soit porté au doigt. On voit par Gant. 8,6 et aussi, probablement, par Gen. 38,18 (cf. Dt. 6,6 etc.), qu'on le portait suspendu au couc Mais il semble avoir été surtout porté au poignet comme un bracelet (Jér. 22,24; Gen. 41,42; Esth. 3,10 et cf. Prov. 7,3; Dt. 6,8 etc.). D'après Chardin (éd. Langlès, t. II, 275), les Arabes portent les amulettes ou talismans au cou, à la ceinture, mais plus communément au bras. — L'Épouse devra conserver l'Époux avec un soin jaloux comme on garde un sceau précieux sur le cœur ou au bras. Il ne s'agit donc pas de l'empreinte d'un sceau sur le cœur et sur le bras (Herder), encore moins de

ses traits sont des traits de feu, des flammes de Jéhovah.

tatouage. Le cœur et le bras ont du reste une valeur symbolique propre, indépendamment du sceau. Le cœur est le siège de l'amour : le grand-prêtre devait porter sur le cœur le pectoral sur lequel étaient gravés les noms des douze tribus d'Israël (Ex. 28,29). Un objet qu'on porte au poignet est un objet qu'on ne peut pas perdre de vue ni oublier (cf. Dt. 6,8 etc.). — La demande d'une fidélité inviolable est motivée par la considération que le véritable amour est insatiable et ne dit jamais : « c'est assez ». Tel est en effet le sens biblique des deux métaphores qui suivent : le sheol et le feu passaient, en proverbe (Prov. 30,16), comme des types de choses insatiables. La mort (niD) est prise ici au sens de royaume de la mort, Adès, et est un pur synonyme de sheol (cf. Is. 38,18; Ps. 6,6). Dans Ezéchiel (31,14), la mort et l'enfer (n'^nnn y1^^) sont également associés. La mort et le sheol sont, dans la Bible, un type, non de force ou de dureté, non d'irrésistibilité, mais d'avidité insatiable (Prov. 27,20; 30,16; Hab. 2,3). — Les mots ly et ntirp (qui sont à peu près synonymes, comme dans Is. 19,4; Gen. 49,7) doivent donc s'entendre ici de la force du désir ou de la passion, par conséquent de Vinsatiabilité. 7i? a ce sens d'insatiable dans ïs. 56,11 : « les chiens à l'appétit insatiable ne sont jamais repus ». n^p, quasi synonyme de doit se traduire d'une façon analogue. — La comparaison ne porte donc pas sur l'impossibilité pour les vivants d'échapper au sheol, ni sur l'impossibilité pour les morts de sortir du sheol (Budde), mais bien sur l'avidité insatiable du sheol à engouffrer toujours de nouvelles victimes inlassablement. — Siï^ur. Le sheol est l'ensemble des lieux souterrains où se trouvent les morts. L'étymologie du mot est très disculée; je me demande si blî^tz; ne se ramènerait pas à une racine ^^^^ = arabe Ji-*> et si le mot ne signifierait pas lieux inférieurs , inferi (cf. Sofala). Voir des exemples analogues dans Brockelmann : Grundriss der Vergl. Gramm. der Semit. Sprachen I, p. 204 sq. (1907). — n^^:pne désigne pas ici le sentiment

bas que nous nommons jalousie. En parlant de Dieu, comme ici, HKJp désigne l'amour jaloux de Jéhovah pour Israël, amour qui exige une fidélité entière; cf. Zach. 1,14; 8,2. (Sur la jalousie, effet naturel de l'amour, on peut lire saint Thomas : Summa theol. 1^ 2*^ q. 28, art. 4 : Utrum zelus sit effectus amoris.) Le caractère insatiable du véritable amour, après avoir été comparé au sheol, est maintenant comparé à une autre chose qui ne dit jamais : « c'est assez », à savoir le feu (Prov. 30,6). Le feu, surtout le feu du ciel, le feu de Jéhovah, consume tout ce qu'il peut atteindre : son avidité n'est jamais satisfaite. — ni2t:?"i : le suffixe se rapporte aussi bien à ninN* qu'à nx^p, les deux mots étant ici à peu près synonymes. — =];2;i semble signifier originairement une chose empennée et volante (cf. Rashi, dans le Thésaurus de Gesenius) d'oîi flèche {empennée)., sens que le mot a clairement et sans métaphore Ps. 76,4. Les éclairs, étant considérés par les anciens Sémites aussi bien que par les Grecs et les Romains comme des /?èc/ie5 lancées par Dieu, sont appelés poétiquement des flèches ou des traits de feu : u^N i^uri (Gant. 8,6) et même simplement des flèches : DiDUjl (Ps. 78, 48). Le sens d'éclairs est confirmé, dans notre passage, par rriTinnStir flammes de Jéhovah qui désigne également les éclairs. — Sur la forme shaf 'el de nanS^l^, cf. § 55 i : le mot se trouve encore Éz. 21,3 et Job 15,30. Ben Nephtali et beaucoup de MSS lisent en deux mots ni-niinS^, ce qui semble préférable. La leçon en un seul mot provient, d'après Ginsburg (Introd. to the hebrew Bible, p. 386), de l'aversion de l'école occidentale à écrire le nom divin sous une forme abrégée. Peut-être faudrait-il vocaliser le mot au pluriel, comme qui précède. La mention du nom de Jéhovah dans un poème où le nom divin n'est pas prononcé a paru suspecte. Mais cette difficulté n'est pas sérieuse : Jéhovah, en effet, n'est pas nommé ici pour lui-même; son nom n'arrive que par hasard, dans une expression poétique de l'éclair, « flamme de Jéhovah ». La correction proposée par EwaldetOlshausen (§ 106 b, Anm.)qui veulent lire ni-ninSu^ n^nhnSw ses flammes sont des flammes de Jéhovah donnerait

7. Les grandes eaux ne sauraient éteindre Pamour, et les fleuves ne l'emporteront pas.

une parfaite, mais aussi une plate symétrie avec le stique précédent. — Le caractère grandiose du morceau et l'emphase des expressions indiquent assez de quel amour il s'agit ici. On ne s'imagine pas aisément un amoureux ordinaire tenant pareil langage à sa bien-aimée. Notre poète semble s'inspirer ici de Deut. 4,24 : « Jéhovah ton Dieu est un feu dévorant, un dieu jaloux Njp Si< ». Jéhovah est appelé un « Dieu jaloux » Ex. 20,5; Dt. 5,9; 6,15; bien plus^, c'est là « son nom » (Ex. 34,14). — Spécimens d'interprétation : Les rabbins, acceptant la vocalisation massorétique, admettent que c'est l'Épouse qui demande à l'Époux de lui être fidèle : leur interprétation, en conséquence, est toute « à l'honneur d'Israël ». D'après le Targum, Israël demande à Dieu la cessation de l'exil et affirme son amour pour lui. — Budde trouve étonnant le parallélisme de la jalousie avec V amour : la chose serait étrange, en effet, s'il s'agissait d'un amour humain. Mais la jalousie est un attribut de Jéhovah, et cet attribut, si je ne me trompe, lui vient précisément de l'allégorie qui représente Jéhovah comme l'Époux d'Israël (Introd., 84). D'après Siegfried, notre morceau est l'unique passage du Cantique où l'amour parle un langage convenable (anstândig), au sens moderne du mot.

7. — Les grayides eaux peuvent désigner la mer (cf. Éz. 26,19; 27,26; Hab. 3,15; Ps. 77,20) ou les eaux courantes soit d'un grand fleuve (cf. Is. 23,3; Éz. 32,13; Jér. 51,13), soit d'un torrent impétueux (cf. Is. 28,2; Ps. 32,6). Ici, en parallélisme avec minj, il s'agit plutôt d'eaux courantes, comme dansEz. 31,15; Ps. 93,4. — =]TD^, comme Hitzigl'a fait remarquer (contre Ewald etc.), ne signifie pas submerger y mais bien emporter. Saadia traduit fort bien ^fF^ ^ Le mot se dit proprement des torrents furieux forniés par une pluie excessive qui balaient tout sur leur passage. Le

ï^-ûtir, correspondant au des Arabes, désigne précisément ce torrent impétueux. L'inondation causée par les

Si un homme offrait toutes les richesses de sa maison il en serait pour sa honte. [pour être aimé,

torrents et les rivières de la Palestine et des pays voisins évoque principalement l'image d'une chose qui emporte tout, tandis que l'inondation de nos grands fleuves éveille surtout l'idée d'une submersion. Faute de cette distinction, le sens exact de t]'ûu? a été souvent méconnu par les traducteurs. Ici, la comparaison ne porte pas évidemment sur la hauteur de Famour (qui ne saurait être submergé ou noyé), mais bien sur sa force et sa stabilité : les torrents ou les fleuves ne pourront pas plus l'emporter que la maison de Math. 7,25; Luc 6,48. Pour le néo-hébreu, voir des exemples instructifs dans Levy : Nhb. WB (aucun exemple pour submerger). L'équivalent latin serait abluere. — Le sens de la seconde partie du verset n'est pas très clair. L'idée peut être que l'amour ne s'achète pas ou que l'amour, une fois promis, ne peut pas plus être détourné par la séduction qu'emporté par la violence. — 'jn'' est pris au sens de vouloir donner y c'est-à-dire offrir. — hQi est le betpretii : pour, en échange de.

8-14. — Trois appendices. — Le poème qui s'est développé jusqu'ici avec une unité très visible, unité qui n'est du reste que celle de l'histoire d'Israël, semblerait terminé au V. 7. Tout l'intérêt des événements paraît, en effet, épuisé : Israël est réconciliée avec Jéhovah; elle est rétabUe en Palestine ; un amour inviolable unit désormais l'Époux à TÉpouse. Et cependant, voici que nous trouvons encore trois courts morceaux : 8-10; 11-12; 13-14 qui se suivent sans lien apparent entre eux. Ces trois morceaux, du reste, sont bien dans le ton du poème et rien n'indique qu'ils soient d'une autre main ; mais il est possible que l'auteur les ait ajoutés après coup. Le premier morceau (8-10) célèbre allégoriquement une chose qui tenait extrêmement au cœur des Juifs patriotes, la reconstruction des murs de Jérusalem. Le second (11-12) semble être une énigme poétique provoquant le lecteur à chercher l'idée générale de l'allégorie du Cantique. Scholz donne assez heureusement à ces deux mor-

ceaux le nom de mashal (parabole énigmatique, énigme). Dans le troisième (13-14), le temple est censé rebâti : Jéliovah, ou plutôt, comme nous croyons, le Messie, n'attend qu'un désir de son Épouse pour y habiter comme il avait habité autrefois dans le tabernacle ou dans le premier temple.

[8-10] Premier mashal : les murs de Jérusalem rebâtis. — Ce petit morceau allégorique d'allure familière ne se rattache pas aisément à la grandiose description de l'amour qui précède (vv. 6-7). Il semble dramatiser l'intervention bienveillante et efficace des Perses, quand il fallut reconstruire les murs de Jérusalem. Les images choisies : murailles, créneaux, porte, tours, semblent bien désigner une ville, et les derniers mots du v. 10 : mSxif nN2?lD3 comme ayant trouvé la paix^ pourraient contenir une allusion au nom même de Jérusalem. Les vv. 8-9 sont dits par des personnages qui appellent Israël leur sœur; les formes grammaticales n'indiquent pas si ce sont des sœurs ou des frères, mais comme il est question de ôa/ir^ il est tout naturel de penser à des frères. Ces frères sont les nations, comme 1,6; mais tandis que dans ce passage il s'agissait des Égyptiens persécuteurs d'Israël, ce sont les Perses, bienfaiteurs de la nation juive, qui sont ici visés. Le poète nous représente les nations s'entretenant de ce qu'elles pourraient faire pour Israël revenue à une vie nouvelle et appelée à entrer bientôt dans l'alliance de Jéhovah. Elles voient Jérusalem, qui représente ici tout Israël, ruinée et privée de ses remparts, et elles décident que la cité sera reconstruite : nous entendons, en effet, aussitôt après, Israël déclarer qu'elle a maintenant son enceinte de murs et de tours, et qu'ainsi elle justifie son nom de cité de paix. — L'identification de Jérusalem à Israël n'est pas rare chez les prophètes (v. g. Is. 65,19). Jérémie (31,4) a exactement la même métaphore hardie que le Cantique : « Je te rebâtirai et tu seras rebâtie, vierge d'Israël ». Dans Is. 62,4, c'est la Palestine qui est identifiée à Israël. Dans Apoc. 21,10, l'Épouse devient une ville, la « sainte Jérusalem » ; de même dans le IV® Esdras (4^ vision). Le rôle bienveillant attribué aux frères répond bien à celui des Perses

qui avaient permis aux Juifs de retourner en Palestine, de rebâtir le temple et de reconstruire les murs de Jérusalem (cf. Esdras 7,27; 8,36; 9,9). Rien, du reste, n'oblige à admettre que notre morceau a été écrit à l'occasion de la reconstruction effective des murs, sous Néhémie (445). On peut comparer Is. 26,1-3 où le prophète chante les remparts et les portes de la nouvelle Jérusalem et y associe l'idée de paix, et Is. 60,10 : « Les étrangers rebâtiront tes murailles ». — Spécimens d'interprétation : D'après le Targum, les anges se consultent sur ce qu'ils doivent faire pour la petite nation d'Israël, quand les armées de Gog marcheront contre elle. (Mais les anges, qui sont bien préposés à la garde des murs (cf. in 5,7), ne sont pas les frères d'Israël.) Le Midrash (in 8,10; p. 186) donne une interprétation communément reçue, ainsi que l'indique la formule: « Les rabbins ont expliqué... », qui a du moins le mérite de bien reconnaître la situation supposée par notre passage, à savoir le retour de la captivité babylonienne : « Les rabbins ont expliqué ces paroles de ceux qui remontèrent de l'exil. Notre petite sœur désigne ceux qui remontèrent de l'exil : petite, parce qu'ils ne formaient qu'un petit troupeau ; elle n'a pas de seins : ces mots désignent les cinq choses que le second temple n'a pas possédées, ce en quoi il était inférieur au premier temple : le feu d'en haut, l'huile d'onction, l'arche, le saint Esprit, les Urim et Tummim ». Rashi applique à la nation juive dispersée parmi les peuples et qui est petite, comme à l'époque de la servitude en Égypte. Un certain nombre d'auteurs chrétiens ont vu dans la petite sœur l'Eglise de la gentilité, par exemple S. Justus Urgell. (Migne, P. L. 67, 991), Beda, Orozco, etc. Pour d'autres, au contraire, par exemple saint Thomas, Tiefenthal, B. Schàfer, la petite sœur serait la Synagogue se réunissant à l'Eglise à la fin des temps ; Scholz oppose à cette vue qu'il n'est pas question de deux sœurs dans le Cantique. Pour Lyra, la petite sœur désignerait l'Eglise, qui resta petite jusqu'à Constantin. Genebrard met le v. 8 dans la bouche de Jéhovah s'adressant à son Épouse, la Synagogue : la petite sœur désignerait les

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