Ma vigne est sous mes yeux
tu auras les mille sicles, ô Salomon,
seul vigneron!). Jéhovah compte qu'Israël lui rapportera beaucoup de gloire. — =]D3 argent : l'expression est elliptique, comme Gen, 20,16 etc., pour ï]DD Sptz; sicles d'argent.
42. — ''Su; ''DID : ma vigne qui est à moi, c'est-à-dire ma vigne (Introd. 106). Dans 1,6, l'expression s'opposait aux vignes des autres. Ici ma vigne ne s'oppose pas à la vigne de Salomon : il n'y a donc pas lieu de souligner le suffixe, pas plus que dans 3,7 : '-à imDî2 la litière de Salomon. La vigne est à Salomon comme au propriétaire et à Israël comme à la gardienne : de même (4,16-5,1), le jardin appartient à la fois à l'Époux et à l'Epouse. — En employant la même expression que 1,6, l'Épouse indique qu'elle fait maintenant ce qu'elle avait jadis négligé (Scholz). — L'expression tJsS devant moi, sous mes yeux (cf. Dt. 25,2; 1 S. 3,1; Gen. 17, 18) répond à lisj de 1,6 : elle a sa vigne sous les yeux pour la surveiller; cf. Is. 49,16 : « Tes murs sont toujours devant moi » i. e. je ne cesse de veiller sur tes murs. — On garde les vignes dès que le raisin commence à mûrir : le gardien se tient soit dans une tour (Is. 5,2), soit dans une cabane surélevée (Is. 1,8), de façon à avoir la vigne entière sous les yeux. — Israël, à qui Jéhovah vient de rendre son pays, son temple, sa religion, peut bien dire que sa vigne est sous ses yeux et qu'elle est décidée à la garder avec soin. — "|S : la leçon du TM me semble suspecte; peut-être faut-il lire : nï2S\l?S les mille sicles a Salomon' ; cf. LXX : ol /l'Xioi (tw, i<) SoXofAwv. Une interpellation directe à Salomon ne semble pas très naturelle. Dans le mashal précédent, qui est composé d'une façon analogue, l'Epouse disait, à la troisième personne, V2'^)J1 à ses yeux (v. 10). Quelle que soit, d'ailleurs, la leçon authentique, le sens n'est pas modifié. — Beux cents sicles : les gardiens (— les Israélites) garderont si bien la vigne et la feront si bien fructifier que non seulement ils apporteront à Jéhovah les mille sicles auxquels il a droit, mais qu'ils auront encore deux cents sicles pour eux-mêmes. Ces deux cents sicles figurent sans doute les bé-
et les gardiens du fruit en auront deux cents.
nédictions abondantes que les Israélites attireront sur eux en servant fidèlement Jéhovah.
[13-14] : Appel messianique. — Les deux morceaux précédents : 8-10; 11-12, forment comme deux petits poèmes séparés, d'un caractère particulier qui tranche sur l'ensemble. Le morceau final : 13-14, nous rejette, au contraire, dans les idées ordinaires du Cantique. Les deux versets répètent des images et des symboles que nous avons déjà rencontrés. Nous retrouvons \q jardin (4,16-5,1), les compagnons (1,7), la voix que l'Époux désire entendre (2,14), les baumiers (4,14 ; 5,1); enfin le v. 14, en entier, est presque une reproduction de 2,17. L'interprétation générale est donc assurée. L'Épouse habite son jardin, comme 4,16-5,1, c'est-à-dire le (second) temple. Elle avait autrefois invité l'Époux à venir faire sa demeure dans le temple de Salomon (4,16) ; le poète se sert encore ici du même procédé de Vinvitation : l'Époux attend une parole de l'Épouse pour venir vers elle, dans le second temple. Un point reste à préciser : l'Époux est-il toujours Jéhovah, ou bien est-ce l'Époux envisagé comme frère (v. 1) que le poète a en vue? Dans une solution comme dans l'autre, le morceau se comprend fort bien. Il me paraît cependant plus probable, d'après la progression des idées du poème, que l'auteur pense ici à l'Époux messianique. 11 est naturel de penser que le dernier désir exprimé par l'Épouse, à la fin du poème, porte sur l'objet de ses aspirations les })lus intimes ; or nous l'avons entendu exprimer son ardent désir de voir son Époux devenir pour elle « comme un frère » (v. 1). De plus, l'Épouse est déjà réunie à Jéhovah (vv. 4-5) : il semble donc que son désir actuel porte sur une forme nouvelle d'union. Cette vue est confirmée par deux passages du Nouveau Testament : la comparaison que Jean-Baptiste fait du Messie à l'Époux, et de lui-môme à l'ami de l'Époux, qui « entend sa voix » (Jean 3,29) semble bien s'inspirer du V. 13; ce serait donc une indication que notre passage était interprété dans un sens messianique. (On remarquera que « la voix de l'Époux », dans saint Jean, suppose que le v. 13
13. Habitante des jardins, les compagnons prêtent Toreille daigne me la faire entendre. [à ta voix :
est lu au masculin comme dans les LXX). L'Apocalypse de saint Jean dont bon nombre d'images et de symboles sont inspirés du Cantique, se termine d'une façon analogue à notre poème par un appel : « Oui, je viens bientôt. — Amen! Viens Seigneur Jésus! ». Si l'Apocalypse, comme il me semble, s'inspire de la finale du Cantique, ce serait encore un indice que l'appel de l'Épouse (v. 14) était considéré comme adressé au Messie. — Spécimens d'interprétation : D'après le Targum, Israël, à la fin des temps, invite Jéhovah à fuir de la terre et à faire habiter sa Shekhina dans les cieuK. D'après Rashi, Vhabitante des jardins est Israël dans l'exil actuel; les compagnons sont les anges : Israël prie Jéhovah de la délivrer de l'exil et de revenir habiter au mont Moriah. L'interprétation d'ibn Ezra est presque semblable. Genebrard donne une explication compliquée : l'Épouse invite l'Époux à fuir au ciel avec elle, et en même temps, il y a une allusion à î'Incarnalion : « intérim autem alludit ad incarnationem Domini ». Mercerus a bien vu que « la montagne de baumiers » désigne le temple construit sur le mont Moriah. Godet admet que les compagnons sont les anges et que la montagne de baumiers représente le temple. Les interprètes naturalistes sont fort embarrassés de nos deux versets. Budde conjecture que le fiancé s'était vanté devant ses compagnons de la belle voix de sa bien-aimée ; il inviterait celle-ci à donner un spécimen de son talent, mais elle l'éconduit : singulière finale de poème, en vérité ! Siegfried écarte cette supposition comme gratuite, et ne voit dans nos deux vers que des fragments incohérents. D'après d'autres, la fiancée se conformant au désir du bien-aimé, chanterait le v. 14.
13. — nnu;iin : Ihabitante ; Aquila. : xa6r)[jL£vyi ; Symmaque : xttTODcoïïaa ; Vulg. : quae habitas. Les LXX et la Quinta ont au masculin : ô xaôvifjtsvoç, qui ne va pas au contexte ; c'est l'Épouse, en effet, qui habite dans les jardins et qui invite l'Époux à y venir; cf. 4,16. La Peshitto a une leçon plus mauvaise encore : ceux qui habitent dans les jardins. —