LE CANTIQUE P
^'oAcadémie fzauçaiôe.
A M. Ferdinand Roy,
ancien président de l'Institut
canadien de Québec.
Sa principale fonction est d'établir des règles certaines pour le langage français. »
(Lettres patentes de 1635).
Le Ministic, qui songe à gouverner la Langue Comme l'Etat, étend la main et dit : « Le Roi « Au peuple obscur des mois doit iin]ioser sa loi : u La langue a trop flotté conmie un vaisseau qui tangue.
« Aux dévots du français il ne faut qu'une foi.
« Que tous, aux soins du vers comme de la harangue,
« Usent du même or pur délivre de la gangue :
(( Je parlerai comme eux, mais eux tous comme moi. »
— SS- II dit... Pour que les mots ne forment qu'un royaume, Les Quarante, savants juges de l'idiome, Ont cité les suspects devant leur tribunal.
Tout semble soumis... Plus de rebelle qui bouge !... Notre Langue a senti sur elle, ô Cardinal, Passer superbement ta longue robe rouge !...
YI
(En Canada,
An savant historien de La Race française aux Etats-Unis, M. ^at^é D. -M. -A. Magnan.
Va, mon français, aussi sur de lointains rivages Dans renchevêtrement ténébreux des grands bois, Au bord des lacs, parmi les huttes des sauvages, Etendre et propager l'écho fier de ta voix.
Ne crains pas, mon français, les rudes hivernages. Les pénibles labours et les sanglants exploits : C'est toi, dans la vertu des saints pèlerinages, Qui dois partout prêcher l'Evangile et ses lois.
C'est toi... c'est vous, ô ma Langue, qui la première Devez porter la paix et la douce lumière. Par l'àpre solitude où le Christ vous attend.
Là-bas, ô mon français, sans calcul et lyrique, Allez vivre et prier et combattre en chantant Dans le décor d'un beau paysage héroïque 1
(iJ (invocation pont 'Ville-oMazie,
A Sa Grandeur Mgr P. Hruchési, archevêque de Montréal.
« Ces âmes d'élite s'étaient rassemblées en la grande église de Notre-Dame de Paris .. 0/1 sollicitera tant le Ciel en l'une et Vautre France qu'enfin Dieu donnera sa bénédiction à celte pauvre terre. »
(Relation de 16i2.)
L'œuvre lointaine — ici, dans celte cathédrale, Est née en des cœurs purs, d'amour divin fleuris, Au pied de ton autel, ici. sur cette dalle, 0 Notre-Dame de Paris I
Miracle de la Foi I Loin, très loin de cette île Du Saint-Laurent, là-bas, — sans connaître le lieu, C'est ici qu'ont prié ces fondateurs de ville Qui ne travaillaient qu'avec Dieu !
Nous croyons les entendre encor... « Sainte Marie,
Mère de la France et du Ciel, Protégez tendrement la naissante patrie
De votre grand nom maternel !
0 très Sage, 6 très Douce, ô secourable Etoile,
Sur la vaste mer sans chemin, Soutien de vos enfants, — sans orage en leur voile.
Guidez-les au port par la main !
Seuil du Ciel, Temple d'or, Tour d'ivoire, ô Sublime.
Sur la terre au sauvage accueil.
Pour vos fervents Croisés, de la jeune Solyme
Bénissez les tours et le seuil !
Rose mystique ! Fleur de l'Aurore ! ô Bénigne,
Soyez l'aube d'un nouveau jour !
Au peuple des gentils imposant votre signe,
Ouvrez-leur la porte d'amour !
Peut-être y souffriront ceux que la Croix attire :
0 Princesse des Sept Douleurs, Donnez-leur, s il le faut, la palme du martyre.
Accordez-nous le don des pleurs !
Mais pour briser le Mal, notre Avocate aimée,
Pour avoir raison des bourreaux.
Priez ! et votre appui, qui vaut mieux qu'une armée,
Nous fera des cœurs de héros !
Et grâce à Vous, ô Triomphante, ù Salutaire,
Reine des soirs victorieux, Le grain de sénevé pourra couvrir la terre
Sous l'apaisé regaixl des cieux I »
— Ainsi priaient tes fils, magnifique Ouvrière 1 Et -Maisonneuve aidant, ton chevalier féal. Ta ville en même temps naissait de leur prière, ^Îotre-Dame de Montréal !
(Les 'Consolations,
(a l'hôpital de VILLE-MARIE VERS l645)
A son Honneur le Maire de Montréal, M. Oscar Lavallée.
Une lueur s'épand, très douce, par la salle, Sur les lits blancs, le long des lambris, d'où s'exhale, Fraîche encor, la senteur de la grande forêt... Le blessé se réveille et suit le pas discret De celle qui va, vient, et le panse, et l'exhorte. Et dont il guette, ému, le retour, par la porte Du petit oratoire où Dieu veille présent. Oh ! le cher abri sûr et calme et reposant ! — Et pourtant, songe-t-il, par delà l'estacade Des murs de bois, la Mort s'arme dans l'embuscade De riroquois rampant sous les taillis épais. C'est un royaume, ici, d'évangélique Paix, D'Espérance berceuse et de Miséricordes ; — Et là, dehors, tout près, se déchaînent les hordes
Furieuses, inexorables de l'Enfer !...
Quand l'aube va rayer bientôt l'horizon clair, L'aboîment de nos chiens, flairant la piste fraîche. Répétera, pressant, ses appels, et la flèche Criblera de partout les feuillages brisés, Et sur sa proie, avec ses couteaux aiguisés, Bondissant, le chasseur fauve de chevelures, Pu scalpe en la chair vive imprimant les brûlures. Sur les yeux aveuglés, sur le corps frémissant, Fera descendre en pleurs la couronne de sang ! 0 vision horrible ! — et le Montréaliste Tressaille, appelle, ébauche un geste d'exorciste, Ou, se souvenant trop, lève un bras affaibli A son front de martyr, sous le bandeau pâli... Mais voilà que sur lui sa gardienne fidèle. Accourant, s'est penchée, — et lui, soudain, près d'elle, Sitôt qu'il a senti du fond de son malheur Des doigts de Véronique essuyer sa douleur, ,11 laisse fuir sa crainte et se calmer sa fièvre... S'il ne la voit, qu'importe? Il l'entend... De sa lèvre Des mots consolateurs, qu'elle trouve d'instinct, Coulent, fraiscomme uneonde et clairs comme un riiatin. Il lui sourit, les yeux fermés... Ces mots de France Ont d'un charme subit éloigné sa souffrance : Oesmots ont remué son cœur si tendrement... N'est-ce pas quelque sœur ou sa vieille maman ^u'il entend lui parler, si simple et si profonde ? D'est tout le vieux pays, avec ce que le monde i\enferme de meilleur, qu'évoque son esprit. [[-■a vie est bonne encore... Il écoute, et sourit...
Oh ! soyez donc bénie à jamais, Jeanne Mance, Cœur catholique, cœur de femme, cœur de France, Qui pour tant de détresse avec joie apportez ,
Tant d'héroïques, tant de suaves bontés 1
^ozneille à Québec.
(3l DÉCEMBRE l646)
A Son Honneur le Maire de Québec, M. Napoléon Drouis.
« Le dernier jour de l'an, on représenta dans le Magasin une action du Cid. Nos Pères y assistèrent par considération de M. le Gouverneur qui y avait de l'afFection,et les Sauvages aussi...
Le tout se passa bien, et n'y eut rien qui put mal édifier. »
{Journal des Jésuites, 1646.)
.e n'est point, Mondorv, ta scène du Marais,
■It certains spectateurs, fils naïfs des forets,
lUx derniers bancs, peut-être auront peine à comprendre.
lais tout cœur de Français aux vertus sait se rendre,
Et le peuple, à l'accent des beaux vers surhumains, Avec « Onontliio * », charmé, battra des mains.
Voici Rodrigue, fleur de la Chevalerie.
Qui porte en lui son Dieu, l'Honneur et la Patrie,
Vengeur de son vieux père et du nom castillan ;
El quel humble auditeur, à l'aveu du vaillant :
(( Je le ferais encor, si j'avais à le faire »,
Ravi dans mie haute et candide atmosphère,
Dans un monde idéal très pur. ne s'est senti
Par l'admiration jusqu'au héros grandi,
Prêt aussi dans son cœur, de prouesses prodigue.
Si le devoir parlait, à créer un Rodrigue ?
Et quand don Diègue encor, le fier vieillard chenu, Près du vainqueur sans joie à propos revenu, Lui montre le « moyen pour regagner Chimène », Et, sortant du devoir, au devoir le ramène, — Quand, les Mores défaits, — « d'une si belle nuit » Le Cid, devant le Roi, hii-même nous instruit. Et prompt, comme il l'obtint, nous chante sa victoire, Vous avez cru revivre un peu de votre histoire, ^'est-ce pas, ô soldats sans peur de Montmagny. Qui fondez si souvent sur le païen honni, Sur les Cinq-Nations dont se leva la hache ; Et vous applaudissez, ô jeunesse sans tache Qui devez comme lui vivre dans le danger. Cette bravoure, où rien ne sonne d'étranger..