I. Le gouverneur Huault de Montmagny
Corneille, ù Canadiens, Corneille est bien des vôtres, El sur ce sol tout neuf de lutteurs et d'apôtres, ^ui doit vous demander tant de rares vigueurs, ?/est lui dont le grand souffle élèvera vos cœurs !
(H^mne d'un mart^z de (ff tance,
(l6 MARS 16/49)
A M. l'abbé Antonio Huot.
« Je vous promets, mou Dieu, si jamais dans votre miséricorde vous m'oifrez la grâce du martyre, de ne m'en rendre pas indigne. »
(Jean de Brébeuf.)
L'œuvre de Dieu grandit, dans l'épreuve affirmée. De toutes parts, sur des liorizons de fumée, Les villages hurons flambaient... Les prisonniers, Sous l'épieu sans merci des farouches Agniers, Se pressaient, douloureux, vers le lieu de torture. Droit, les dominant tous de sa haute stature, Jean de Brébeuf. l'apôtre à la fois doux et fort, D'un cœur ferme, en chantant, s'en allait à la mort.
— « Puisque vous m'exaucez, o Maîlre de la vie, \ln daignant accepter l'offrande de mon sang,
,1e vous loue, ô mon Christ, et je vous magnifie :
\ votre Passion toute ma chair consent.
Vous pouvez m'infliger l'angoisse et le supplice De votre Croix et de vos clous :
Du suprême honheur — jaloux, — Celui de votre amer calice — Le soldat de votre Milice Saura souffrir, digne de Vous 1 « —
Près des poteaux dresses la torche ardente est prête : Calme, devant le sien s'humihe et s'ariête Jean de Bréheuf, l'apôtre à la fois fort et doux. Pour baiser l'instrument de sa peine — à genoux. Le feu s'allume. — o Echon, veille sur nous et prie 1 »
— « Frères, ne craignez rien. La céleste patrie Va s'ouvrir, éternelle, après ce court tourment. »
— u Echon, invoque encor le grand Esprit clément ! »
— « Seigneur, monbeau Seigneur Jésus, par la souffrance De votre front royal, d'épines déchiré.
Par le sang de vos mains, par le trou de la lance Qui s'enfonce à nos yeux dans votre flanc sacré, Par toutes nos douleurs qui disent vos louanges.
Si, comme il sied, je vous servis.
Parmi ces cœurs simples, ravis.
Envoyez vos cohortes d'Anges
Cueillir les divines vendanges
Pour les lètes de vos Parvis! »
Brébeuf, fidèle au Maître et pareil aux Apôtres, Oublie ainsi ses maux en ne songeant qu'aux autres ;■ Mais la horde implacable, attachée à son corps, Ravive dans ses chairs mille petites morts, Enflamme sur son front des couronnes d'écorce... Tandis qu'émerveillant ses bourreaux par sa force, Lui, magnifiquement soutenu par son Dieu, Chante encore, indomptable, auréolé de feu !
— (( Douleur, joie 1 Ohl merci, Jésus, de celte insigne Grâce de mon Calvaire avec Vous et pour Vous 1 Vous venez au-devant de moi, me faisant signe Que le Ciel n'est plus clos pour le pécheur absous... Et je vais donc laisser ce pays tributaire
Du Dieu Sauveur en qui je crois :
Qui pourra jamais, Roi des Rois, Forcer vos enfants à se taire, Déraciner de cette terre L'arbre vainqueur de votre Croix ? »
Jean de Brébeuf, chantant, résiste et s'encourage, Mais des chiens de l'Enfer irrite encor la rage. Ils bondissent sur lui, s'acharnent, lui tranchant Les lèvres, dont paraît les défier son chant, Lui plongeant dans la gorge une cuisante empreinte. Rien ne peut l'émouvoir, lui tirer une plainte. Dépecé par le fer, arrosé d'eau qui bout. Le soldat de Jésus, impassible cl debout.
Semble dans sa poiliine encor rythmer un psanme... Jusqu'à ce que, d'un coup au cœur hâtant son vœu, Comme une fleur fauchée exhale son arôme, Sa belle àme en plein ciel jaillisse aux pieds de Dieu !