‹ Le cantique du doux parlerChapitre 2 sur 35 · SONNETS DEDICATOIRES · texte numérisé non relu

SONNETS DEDICATOIRES

^a ^Patzie de l oAme,

Pour 1 "œuvre du « Rullieinenl français en Amérique ».

Deux pèlerins vaillants, dont les jours s'ignorèrent, Dans les déserts du monde avaient longtemps marché. Lorsqu'un soir, lourds et las, leurs pas se rencontrèrent Près de la source pure où filtre un flot caché.

L'un dit : « Que Dieu vous garde au seul vrai bien cherché ! » L'autre : « Puisse à tout mal le Maître vous soustraire ! » — Et chacun d'eux, ravi, pour l'étreinte penché. Tendit ses bras vers l'autre en s'écriant : « Mon frère ! »

LE CASTIQfU 1

A sciilendre, ils croyaient rentrer dans leur maison, Revoir le ciel natal et son clair horizon ; Et c'était grande fête en leur âme attendrie.

C'était au vieux loyer le charme du retour 1... — Vive donc notre cher doux Parler, la patrie Où nos cœurs s'unissant fleurissent dans l'amour !

^ouz notze gangue.

A la jeune France d'Amérique.

Pour notre Parler, doux comme un baiser de mère, Pour notre français, simple et gai comme un bonjour, Qui nous emplit le cœur et l'esprit de lumière... Enfants, disons ensemble un bel hymne d'amour !

Disons ensemble, enfants, un chant de gratitude Pour tous ces mots si prompts, frères de nos pensers, Où pense, où parle encor la sainte multitude De nos communs parents qui les ont prononcés !

Ln chant ne suffit pas : disons une prière

Pour l'aieule au si fin sourire, l'ouvrière

De tant de fiers travaux, de tant d'exploits sauveurs !

Pour notre Langue — grâce et joie et délivrance — Disons, disons, enfants, de toutes nos ferveurs Un cantique d'amour, de gloire — et d'espérance !

Leô Proueôôeô

du Vieux ^atler

(DES ORIGINES AU XVe SIÈCLE)

A la Société du « Parler français au Canada », et à l'éminent philologue, son Président, M. Adjutor Rivard ;

A tous les « amés et féaux »

sujets de « Sa Majesté

La Langue Française. »

t4'rM'fM^4'^4'-M'>M'^4'>±4'^4h

(La Revanche deô %jaiileô.

Vercingétorix, Chef des Forts, dans un silence Magnifique, victime expiatoire, a dû.

Aux pieds du Proconsul jetant armure et lanee. Genoux ployés, offrir aux fers son bras tendu.

Lui-même il s'est livré, rançon de la défaite... Mais non ! — César vainqueur eut beau dicter ses lois : Tu n'avais pas menti, noble héros, prophète D'universel empire à ton peuple Gaulois !

Car voici que tes fils, dans la langue romaine,

A leur tour conquérants, s'ouvrent un fier domaine.

Qu'ils vont d'un dur labour soumettre à leur façon ;

Et dans l'aube nouvelle au triomphal cantique. Libre, — du champ latin, lourd d'une autre moisson. Monte vers le soleil l'alouette celtique !

^a (ffleuz fzançaiôe.

Vne fleur naît parfois des ruines C'est là

Qu'ont régné des palais, des tours pyramidales, Le temple, où l'Univers, secouant ses sandales, A Rome, aux: Césars-dieux, si longtemps immola ;

Mais les autels, les arcs triomphaux, tout croula Sous la torche et le fer des Goths et des \'andales. Et l'herbe, qui verdit le marbre blanc des dalles. Nourrit, un soir de mort, les chevaux d'Attila.

Et maintenant, aux fûts des colonnes brisées. Dans des senteurs d'oeillet sauvage et de rosées. Monte la grâce enlaçante du liseron...

— Telle, après la rumeur barbare qui s'apaise, Sur tes débris confus, Langue de Cicéron, Une fleur exquise a souri, la fleur française !

SN^oize ^azole.

Parabole, parole.

Ils s'en venaient, nos saints Apôtres, par les bourgs, Défricheurs de la terre et défricheurs des âmes : Toute faiblesse — enfants, esclaves, pauvres femmes — Leur dut l'Espoir des cieux et le pain des labours.

Ils s'en venaient, parmi le peuple famélique, Au fond des cœurs dolents sous tant de jougs si lourds, Pour la haute moisson des plus pures amours, Semer partout la Parabole évangélique...

— Et depuis ce temps-là, du manant au seigneur, La parole fut sainte et s'appela « d'honneur » : Parole de chrétien n'est menteuse ou frivole.

Quelque chose y doit vivre, à la fois noble et doux, Et la voix se fait grave, en songeant que chez nous Ta Parabole^ ô Christ, sacra notre parole !

^zéludeô.

Les matins printaniers ont des réveils charmants. On sent dans la nature une joie, une envie De s'épandre au dehors... Pour saluer la vie, Les oisillons partout essaient leurs pépiements :

Notes frêles d'abord, vagues balbutiements,

Où pour des airs plus beaux ensemble on se convie.

Redites et fredons sans cadence suivie,

Mais où rit la rosée en perles par moments.

Déjà, dans ce premier concert, naïve ébauche, Malgré l'on ne sait quoi d'hésitant et de gauche, Se révèlent de purs chanteurs mélodieux...

— Du printemps de la langue emblématique image On l'entend préluder aux lèvres des aïeux Avec la gentillesse heureuse d'un ramage.

d/lnx pzemiezô oAitiôanô

de la (Langue,

Qui, brassant du latin la matière sonore, Fit au trésor français passer tant d'écus fiers ? Où sont les ouvriers des mots dont je me sers !' Que ma voix les salue et mon cœur les honore !

C'étaient de pauvres gens, ni barons ni fins clercs : Mais d'un libre génie ils surent faire éclore Ces sons qu'un souffle anime et que l'esprit colore. Courts, faciles, légers, — nos vocables si clairs.

C'étaient gens de petit métier, dans quelque échoppe, Qui poussaient le marteau, la lime ou la varlope... — Et donc, je vous bénis, créateurs ingénus.

Vous, du parler natal les simples grands orfèvres, Et je vous chante, ô mes vieux maîtres inconnus. Qui respirez encore et chantez sur mes lèvres !

HS^oô vieux moiô.

. . .Et les mots, sans effort, pour tout, comme un délice, Jaillissaient de ces cœurs si riches d'ignorants, Pour l'honneur, la pitié, les rêves les plus grands, Comme pour le déduit et la fine malice...

Oh ! les chers mots si drus, si loyaux et si francs, Sous la cotte maillée ou la longue pelisse, Les jolis mots vaillants et parés pour la lice, Prestes, courtois, avec des airs de conquérants !...

Si beaucoup dans l'oubli dorment, qui devraient vivre, Combien, qu'une jeunesse infatigable enivre. Gardent à notre souffle une fraîche couleur !

Combien disent encor nos saintes ascendances ! Combien, vieux compagnons de joie ou de douleur Peuvent nous chuchoter d'intimes confidences !

rM^J^mi^.^î^M^i^^J^^^SSÈfMf^hr^^

^e ftançaiô de SNiozmandie.

J'ai lu tout ce long soir du bon patois normand.

— Et j'ai revu la cour herbée et ses aiunailles,

Sous les pommiers raiisants, où cliichentles poulail/cs. Les vieuillotes de fein, les tréziaux de Journient,

La mounièt'ek làfeiix allant sur sAJeinent,

Et le menestrieux des repas d'épousailles,

Où la neiiche à plein piot arroase les màquailles...

— Et tout ainsi, comme au vieux temps, naïvement,

De mot en mot, de page en page du cher livre. Mon village en sabots à mes yeux paraît vivre... 0 bon français rustique, à t'écouter ce soir

Il me vient de là-bas, dans tout ce que tu nommes.

Avec la voix des gens et les bruits du pressoir,

Des parfums d'herbe moite etdes senteurs de pommes...

YIII

(L'oAme deù oMottô.

Nos Morts parlent en nous et nous pensons par eux. Les mots de nos discours, le sang de nos artères, D'ancêtres très lointains nous font les tributaires ; Mais ce sang et ces mots nous gardent « généreux ».

Faisons parler nos Morts ! Des sons, dépositaires De la race, restons les fervents amoureux ! Et nous nous sentirons des vaillances de preux En écoutant monter leurs grandes voix austères !

Parlons français, le cœur tout orné des festons De nos proverbes fiers, de nos braves dictons ! Qu'on reconnaisse encor l'ancien arbre à sa tige !

Vieux poètes sans nom, qu'un beau souffle inspira, Répétez-nous: u Bonsangnemenl !... Noblesseoblige! ,. Fais ce que dois toujours, advienne que pourra !... »

(ije giand t^iivze.

Oui, c'est très beau d'avoir vaillamment acheté, Chevaliers-preux, avec votre épée, ouvrière De justice, sans peur, sans un pas en arrière. Un royaume d'honneur, fleur de la chrétienté.

l'^t c'est aussi très beau, nobles tailleurs de pierre, D'avoir d'un commun rêve, en plein ciel, exalté \ ictorieusement l'àme de la Cité Par les deux tours de la Cathédrale en prière !

Mais que dire de ceux qui, dans l'enchantement D un parler neuf, au seuil des siècles, finement Exprimèrent la France et son âme fleurie i'

Ne méritent-ils pas qu on leur dresse un autel. Ces obscurs créateurs d'un langage immortel, Qui firent les premiers la voix de la Patrie ?

;f>^imii^^;?mjfimfii^

(ijC fiançais de Roland.

Mielz voeill mûrir qu'à hunlage reuiaigiie Terre de France, mult estes dulz païs ...

Du fond des temps lointains nous t'écoutons, Roland. Beau maître de l'Honneur français, noble victime, Dont le cœur bat si pur sous le haubert sanglant. Dire : Mieux vaut mourir que fuite et mésestime !

Nul n'aima son pays d'un amour plus brûlant : Répète-nous que France est douce, ô Magnanime, Et nomme, nomme encore, expirant et râlant, M France douce, la belle », en ton adieu sublime !

Parle-nous, parle-nous souvent, mon fier seigneur. De tes trois grands amours : Dieu, la France et l'honneur ! Â.pprends-nous dans l'épreuve à garder l'espérance,

A mettre la vertu plus haut que le succès...

Et devant tout péril, exemple de vaillance,

Qu'avec loi, comme toi, nous parlions bien français !

^a Conquête de rcAngletezte.

Hastings 1 Senlac ! ...0 jour de deuil et de rancœur I Le fils du duc Robert et de la pauvre Ariette De Falaise, Guillaume « à la grande vigueur », A saisi l'Ile Blanche entre ses bras d'athlète.

Sur les morts, qu'entassa la lance ou l'arbalète, Les femmes ont penché leur lamentable chœur. Et, sous un ciel de feu qu'un lac de sang reflète. La mère a pour son fils supplié le vainqueur...

— Depuis, le libre Anglais, retraversant la Manche, A su plus d'une fois s'octroyer sa revanche... Mais aux vieux conquérants il paie encor rançon.

Comme au cœur de la place une héroïque bande. Les anciens mots français, mêlés aux mots saxons, Sonnent partout sans fin la victoire normande ! r.F. CANTiQriî. 2

(ij'(tnsttument du mizacle.

« Les gestes de Dieu par les Francs ».

Tout l'Occident debout, aux routes de Syrie Se ruant sous la Croix, vilains, clercs, chevaliers. Et sur les gonfanons au vent, sur les milliers De lances en rumeur, le même Espoir qui crie :

« Dieu le veut ! Dieu le veut! ...» Tous les maux oublies

Vaincus, la soif de feu, la peste ou la tuerie...

Solyme enfm soustraite à la « mahomerie »,

]*]t le Tombeau du Christ conquis sur ses geôliers !

Miracle de la Foi ! — Mais qui poussa ces âmes ? Aux cœurs des plus grossiers qui mit ces pures flammes Qui sut les exaller pour l'œuvre surhumain.

Et d'un si bel arroi mener la sainte guerre ?

— Par Pierre l'humble Ermite et le grand Pape Urbain,

C'est toi, cher vieux français, pauvre « langue vulgaire»

(Le T>éfi deô ^zoiôéô

à ^onôiantinople (1204).

Des messagers de l'Ost.l'épée à la ceinture, De langue bien armés, — vinrent, n'étant que six. Au palais de Blaquerne, à la cour d'Alexis, Pour le semondre, — en fort périlleuse aventure.

Là, devant toutes gens elle prince et son fils, Quesnes, bon chevalier du pays de droiture, Osa, leur reprochant mensonge et forfaiture, Lancer au nom des Francs le plus fier des défis !

Ce fut grande merveille à tous et grand outrage... Mais vite, derrière eux laissant gronder l'orage. Au camp sur leurs chevaux les six s'en sont allés.

Joyeux d'avoir bravé les Grecs et la fortune. . . Qu'auraient craint si beaux preux et si bien emparlés, Geoffroi de Ville-Hardouin et Quesnes de Béthune .•*

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^n la « pdncée » d'oAchaïe.

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