‹ Le cantique du doux parlerChapitre 27 sur 35 · IO · texte numérisé non relu

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Je parle, et les enfants sentent grandir en eux Ton image, o Patrie, en traits plus lumineux. Chaque syllabe vit, chaque lettre, plus chère, Quand j'épelle Champlain, Maisonneuveou Yerchère. Leurs noms parleraient moins, si je ne les traçais : Des mots français écrits parlent plus haut français.

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Mil

^Pont la ^azte du Canada.

Aux historiens de La Race française en Amérique, MM. Desrosiers et Fournet.

Contemple cette terre au merveilleux labeur.

Si large, qu'en son vol la plus prompte ^ apeur,

De longs jours, peut montrer, sans cpie tu t'expatries,

La fuite des forêts, des lacs et des prairies.

Oui, cette zone immense entre deux Océans,

Enfant, c'est ton pays .. Seuls, des bras de géants.

Seuls, descœurs surhumains semblent pouvoir l'étreindre;

— Et pourtant, de l'Aurore au Couchant, pour atteindre,

Par delà l'infini des jeunes mers de blés.

L'extrême mur de rocsaux créneaux dentelés,

Sulïit le bel élan des hommes de ta race.

Ton pas partout des tiens recouvrirait la trace

Jusqu'au fond du Grand Ouest,.. De l'ancien sol soumis

Ils pourraient ranimer leurs os blancs endormis,

D'universels exploits évoquer le miracle,

Te dire : « Tout cela, tout ce vaste habitacle

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Fut à nous, est à toi 1 D'un continent entier

— Tes droits n'ont point péri — tu restes l'héritier. »

.Mais il s'offre un domaine, au dessin de ma carte, Dont, enfant, il sied moins que ton amour s'écarte. Dont tu dois; plus fervent, embrasser les contours : C'est Québec, le foyer souriant, le secours De ce qui lutte ailleurs, plus faible et vulnérable, La terre de Champlain, la terre de 1 érable, L'abri, la forteresse, où le flot étranger, Malgré tout son effort, ne peut te submerger. C'est qu'ici chaque jour l'Habitant, sans recrues Que ses fds, parle soc pénétrant des charrues. S'enracine un peu plus dans laglèbe qu il prend : Dans chaque défricheur triomphe un conquérant.

Vois aux bords du grand fleuve, — égrené par tes pères, Ce double chapelet de paroisses prospères Sous leurs vieux noms français si joliment ileuris. Vois ces « Cantons de l'Est », d'où tes parents proscrits Par l'œuvre de la hache ont refoulé leurs maîtres, Ces royaumes du Nord, où, conduits par leurs prêtres. Les rustiques héros du paisible progrès Font reculer la nuit des profondes forets... Grave-moi dans ton cœur : en ma géogra})hie Tout ton peuple vivant s'affirme et glorifie. Pour remplir ton devoir t'apprend ce que lu vaux. Quand s'élèvent partout tant de clochers nouveaux, Regarde, enfant, ton siècle avec fière assurance. Dans Québec, grâce à Dieu, l'Amérique a sa France.

^out F(Histoite nationale.

A M. Hector Garneal.

« \'ous avez été longtemjjs méconnus, mes anciens frères du Canada ! \'^ous avez été indignement calomniés !

Honneur, cent fois honneur à François-Xavier Garneau qui a déchiré le voile qui couvrait vos exploits ! »

(De (iaspé.)

Les morts ne dorment plus dans l'oubli méprisant, Car du passé j'ai fait un éternel présent. Nul ne m'a vue ici, furtive et taciturne. Recueillir en pleurant des cendres dans une urne. Puis, inutile à tous, le front d'ombre voilé, Accouder ma douleur sur un tombeau scellé. Moi, je ne me perds pas en vains regrets funèbres ; Il faut agir... Au cœur des aveugles ténèbres

J'ai fait jaillir partout de longs traits de clartés;

Partout ne découvrant que vertus et fiertés.

J'ai rendu tout au jour, à la joie, à la vie,

iV l'espoir... De beaux noms m'escortent... Je convie

Trois cents ans de vaillance, enfant, à soutenir

Dans ta petite main les siècles à venir !

Ecoule les grands Morts que je t'ai fait connaître. Qui doivent désormais, mêlés à tout ton être, Respirant dans ton souffle ou marchant dans tes pas, J3ans tes songes rêver, lutter dans tes combats. Ecoute-les, vainqueurs, te dire : « Enfant, relève Le front. Parla parole autant que par le glaive. Tes pères, de leur Dieu défendant le parvis. Ne subirent jamais la peur d'être asservis. Sois fier. Ta noble race est libre, toujours libre : Si ce titre d'orgueil fait tressaillir ta fibre. Ta conscience aussi doit t'aider à savoir Qu'un si grand patrimoine impose un grand devoir. Apprends de nous,. apprends, salutaire et féconde, La loi de ton destin : que Dieu t'a mis au monde, Non point pour rechercher ton plaisir d'un moment. Mais pour vivre avec tous les tiens — royalement, Non pour l'aise et pour l'or, mais pour l'honneur plus rude Qu'il n'est point de victoire où l'effort ne prélude Comme il n'est point d'effort que n'achève un succès ; ' Que tu dois avec nous, soutiens du nom français, j

Apôtres, défricheurs, maîtres et saintes femmes, '

Ou conquérir du sol ou conquérir des âmes... j

(( Crois-nous, crois tes parents, tes plus siirs conseillers ; ,i Marche aux seuls chemins droits que nos cœurs t'ont frayéfj

Qui s'ouvrent à les pas si clairs et si faciles. Ne crains rien : nous veillons sur toi... Si tu vacilles Dans un tournant obscur souston fardeau pluslourd. Tu verras luire au ciel nos étoiles d'amour ! »

^ouz le (Liçze de fiançais.

(la. légende du doux parler)

Au dclical styliste d'Eauxfortes et tailles-douces.

Henri d'Arles.

L'Archange, un clair matin, s'en allant parle monde, Cueillit ce qui s'offrait de grâce ou de beauté.

Il prit de chauds rayons de soleil, l'eau profonde, Limpide, où se contemple un nuage argenté, Des fleurs des champs, le miel de la ruche, une haleiii. Qui court sur les moissons ou dans les frais roseaux. Un soupir dans les bois, un peu de blanche laine. Quelques légers duvets tombés d'un nid d'oiseaux.

Il prit encor l'éclair des forges, l'étincelle D'un vin prompt pétillant dans le fond d'un cristal, Une corde de harpe où le trille ruisselle, Un glaive droit et net au ferme et franc métal.

Le grelot d'un enfanl folâtre, la caresse 1) une mère, un salut de châtelaine, un cœur D'évangéliste, tout débordant de tendresse. Un regard de ciel bleu, d'amour consolateur.,

Lors l'Ange dit à Dieu : u Donnez-moi la puissance « De fondre tout cela dans un joyau d'or fin, « Puis, pour parfaire l'œuvre en sa magnificence. « Ajoutez-y, Seigneur, un sourire divin ! »

Dieu sourit. Et ce fut le doux Parler de France.

^ouzune ^Anthologie canadienne.

A M. l'abbé Elie Avclaiiî, professeur à l'inioersitc Laval.

Un jour, de nobles lords, dédaigneux et moqueurs. Savants qui n'ont pas su lire au fond de grands cœurs. Ont osé dire, enfant, aux laboureurs tes pères : « Qu'êtes-vous, pauvres gens, lourds remueurs de terres? (< De vos prétendus droits qui vous rend si jaloux ? « Qu'avez-vous à défendre, à montrer i^ Qu'ètes-vous? « Nommez vos écrivains, vos conteurs, vos poètes ! « Vous n'avez qu'à prier sur des tombes muettes ! « Est-ce un peuple, la plèbe où nul art ne fleurit, « Des rustres sans liistoire et sans œuvres d'esprit ' ? »

Sous l'outrage, aussitôt, libre Muse de France, J'ai voulu relever le défi qui m'olTense,

I. C'est ce que Lord Dnrham disait des Canadiens Français en 1889 • " ï^® ^^^^ ^" peuple sans histoire et sans littérature. »

l"t j'ai posé mon vol, un malin de printemps,

l*;ile et grave, parmi les fils des Habitants.

.lai dit : « Qui veut venger d'aveugles injustices?

Mener le combat, plume en main, sous mes auspices, « Pour les autels, pour les foyers, soldat-martyr? i Dans de nouveaux cbamps clos — bon sangne peut mentir < Qui vient faire avec moi, rompant de nobles lances.

De vos grands souvenirs de grandes espérances ? » Vibrants, à mon appel vous avez répondu, Ciours généreux, héros du, labeur attendu Par qui la pure gloire à si haut prix s'achète, Cnsgrain, Parent, Gaspé, Crémazie ou Fréchette, Vustères ouvriers de la prose ou du vers ! N ous avez les premiers cueilli les rameaux verts, I 'S premiers su rouvrir les sources transparentes : ^ yez loués, bénis ! Vos œuvres- conquérantes Ont fait d'un même accord entendre à vos rivaux Des hymnes de combat ou des chants triomphaux. il i. parmi la poudre et les arquebusades, le prêche et j'accomplis d'éternelles croisades, Ijasquailleurs, dans la joie et des rêves d'azur, le n'ai qu'à célébrer des fêtes de l'art pur...

Et maintenant, mon fils, viens visiter mon temple, I! Viens écouter les voix de ton pays !... Contemple

La Muse canadienne à son premier rayon.

Telle qu^il sied, sévère et ceinte de l'épée, ' Simple, mais héroïque et chaste, enveloppée ; Dans un drapeau de Carillon !

'T^oiit un Recueil

de Chansons popnlaiies.

A M. Georges Bellerivb.

M Mieux que tout autre, ce livre me rappellerait la patrie absente. « (L'auteur d'[';i Canadien errant. An t.

Gérin-Lajoie.)

Gai loii la ! les Chansons de France, ^ai Ion la

Ici, là-bas, partout, fredonnent : nous voilà ! Faluron ! les Chansons de France, falurette ! Rendent partout au cœur ce qu'il aime et regrette...

A nous le frais ramage et l'aile de l'oiseau ! Pour nous venir pencher, enfant, sur ton berceau,

adiï^, du doux pays, légères voyageuses, Vous avous IVanchi l'oude et la nue orageuses, vioueltes de Gaule à l'intrépide essor, ;i de la vieille race héroïque au cœur d'or, Mil les premiers réveils, aux lèvres de ta mère, )ix(illé, comme un miel, la joie et la lumière... «1 limandes ou d'Anjou, de Saintonge ou d'Artois, /importe, — nous aimons. Canadiens, sous vos toits, uix Noëls, aux « agets * », aux fêles d' (( épluchettes - » , iiir les voix d'argent de nos fines clochettes, ) accord avec l'archet dansant des violons irier la belle humeur de nos simples flonflons.

Mais aussi sur les lacs, aux bois, par les montagnes, . »ù la rame et la hache ont en nous des compagnes, Nous faisons refleurir dans tout ciel embrumé ^a rose u du rosier des jolis moi de mai »... ^e c< Canadien errant » sur des rives lointaines Vvec nous peut rêver près des « claires fontaines » , vMitir des mains de sœurs s'enlacer à sa main ; Sous chantons, et sur l'heure, au détour du chemin, L'exilé, qui tressaille aux tendres résonances, -roit voir, dans l'essaim blond des chères souvenances, apparaître à ses yeux, qu'un bonheur vient mouiller, Je qu'on aime toujours sans jamais l'oublier !

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