I. Dans la province de (Québec
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Et moi. j'ai Iraversc de grandes eaux sauvages, J'ai demandé du calme au désert des forêts, Et je n'ai fait qu'errer de regrets en regrets, Seul sur la vaste mer, seul sur tous les rivages.
Pourtant je n'ai jamais senti d'immensités Plus muettes, de plus affreuses solitudes. Que ballotté sans guide au sein des multitudes Dans l'énorme Babel des lointaines cités.
Nos voix s'entrechoquaient, folles, sans se comprendre. Entre nous se dressait une sourde cloison, Jusqu'au jour, où, perçant les murs de ma prison, J'ai bégayé des mots que j'essayais d'apprendre.
Vains efforts ! Car mon cœur sentait le même froid : Ces syllabes sonnaient sans àme, et ma pensée. Travestie, à tâtons, flottait, embarrassée Aux plis d'un vêtement trop large ou trop étroit.
Tout langage, imposé d'ailleurs, nous expatrie. J'allais, le cœur serré d'un éternel départ. Seul, sans trouver, au coin de 1 àtre. nulle part, D'un ami qui répond l'accorte causerie.
Les matins d'autres cieux s'éveillaient sans éclat. Les soirs m'enveloppaient de leur linceul tragiqno. Et partout j'allais seul, proscrit et nostalgique. Cherchant à mon désir un écho qui parlât 1
Mais voici qu'avec vous, Canadiens, dont la houche Garde un naïf accent de France qui me touche.
Je fêle au pays mon retour ; Yosbras s'ouvrent, vos mains me font signe et se tendent. Comme au village, où tous en patoisant s'entendent.
Où tous se disent le bonjour 1
Vous causez, et ces mots, que mon cœur interprète, Ont pour moi des parfums de province discrète,
Tous chers, connus et familiers ; Vos filles, en chantant quelque ancien air de France, M'ont rendu mon ciel clair avec sa transparence.
Mes horizons inoubliés.
^ ous causez, et la joie exquise me pénètre. Comme si mon logis, là-bas, d'une fenêtre
M'ouvrant la nuit les contrevents.
Me montrait, réunis au cercle de la lampe. Qui d'un même rayon auréole leur tempe.
Ma vieille mère et mes enfants !
Nous causez, et je rentre en la maison natale. V la table qui rit. simple et patriarcale,
.M'asseoir au fraternel banquet ; Pas n'est besoin pour moi d'éloquence superbe, Si quelque fui dicton, quelque malin proverbe
M'ulTrent leur rustique bouquet !
Ces mots, dits en commun, fondent nos ascendances ; Ils mettent entre nous d'intimes confidences,
Des secrets pour nous rapprocher :
■ N'ont-ils pas les regards, les gestes de nos pères, Qui depuis très longtemps ont fermé leurs paupières.
Là-bas, sous le même clocher ?
Comme on respire à l'aise avec leur chaud costume ! i.omme entre nos esprits, d'où s'enfuit toute brume.
Ils rattachent d'heureux chaînons 1 Et qu'ils nous semblent prendre et de charmeet de grâce. Quand ainsi, n'est ce pas.'' seuls, tout seuls, à voix basse.
A mi-mot nous nous comprenons !
Merci de vos leçons, ô Canadiens fidèles ! Il est donc des remparts qu'aucun fer n'asservit 1 Vous n'avez pas rendu ces libres citadelles Où l'âme héréditaire avec le droit survit I
Vous l'avez su montrer : la langue est le refuge Où tout un peuple attend l'heure de refleurir : Qui renonce à sa langue agonise en transfuge, Qui la défend ne peut mourir !
Vous n'avez rien quitté du patrimoine antique,
De ces vieux mots tout francs que Jeanne a prononcés.
Braves comme une épée et doux comme un cantique,
Qui, toujours prompts et vifs, ne semblent pas lassés!
La même sève encor circule sous l'ccorce :
Ils vous parlent d'honneur et d'amour, sans déclin ;
Ils sont de votre esprit et la forme et la force,
Vous gardant vrais fils de Champlain !
Et de quels soins pieux, aussi jaloux qu'avares, Vous couvez le trésor qui vous sert de rançon. Pesant, limant, triant des vocables barbares Les bons mis à l'épreuve et marqués du poinçon ! Et vous ne souffrez pas qu'au creuset de la langue. D'où ne doivent sortir que pièces sans défauts, Se mêlent à l'or pur la scorie ou la gangue D'un métal qui sonnerait faux !
Alerci de vos leçons, et que Dieu vous protège 1 A ceux de mon pays qui voudraient émigrer : Voyez les Canadiens, imitez-les, dirai-je ; Chez eux ils ont su vaincre, ayant su demeurer. La langue est l'instrument d'ultime délivrance. Qui se transmet sans bruit par la mère à l'enfant : Qu'àMetz comme à Québec, aux deux boutsde la France, Plane un seul Verbe triomphant !
Et quand nous aurons tous rempli nos deslinées, Surs que nos pelits-fils font vivre en leurs propos Ce qui vit de l'aïeul en nous, quand les années Nous mèneront au seuil du suprême repos, S'il est « plusieurs maisons au royaume du Père », Si notre bon vouloir jusqu'à Dieu donne accès, Nous irons, Canadiens et Lorrains, tous, i'espère. Dans celle où l'on pense français !
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'^onz leô bond Vavzietô de la Société du ^azler françaiô.
A mes maîtres d'amitié canadienne.
A AujUDOR-HlVAIiD .
L'homme mystérieux de cette vieille estampe Penche un profil d'avare et de conquistador ; Des piles de sequins et de carolus d'or S'écroulent sur la table au plein jour de la lampe.
Qu'est-il ? — Un trébuchet complète le décor, Près du poinçon d'acier qu'on sent de forte trempo ; L'homme examine, heureux, un éclair à la tempe. La belle pièce lourde où le coin reste encor.
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— Tel vous, gardien zélé du trésor de la langue,
Pi sant les mois, qu'attend le vers ou la harangue,
\ us rendez, à leur son, l'arrêt qui fera loi ;
jr I je vous vois, ami, saluer d'un sourire L' \ocable d'or pur et d'authentique aloi. \ i[ui seul votre cœur si français peut souscrire...
A J.-E. Prixcr.
Mon cœur vous suit, ému, quand je vous vois là-bas, Tandis qu'autour de nous notre langue s'altère, Garder d'un soin pieux la gerbe héréditaire, Aux fléaux du bon grain livrer d'ardents combats.
Les sarcleurs dilit-ents font l'œuvre salutaire. Chacun dans son sillon travaillant sans fracas ; D autres, pour les herbiers aux parfums délicats, Cueillent dans les patois, fds de l'ancienne terre.
Pour que le champ français, savamment cullixé, Chasse l'ivraie hostile et l'impur sénevé, Poursuivez. Canadiens, la tâche ardue et saine ;
Rendez au vieux parler de chez nous son haut rang. Et nous irons bientôt des rives de la Seine Rapprendre notre langue aux bords du Saint-Laurent.
M^.byb^,^^^^bfe^^^^^i^^^
(Le T>oiix ^atlet.
' A M. PlKHUE HoMIER,
,4 tous les vaillants qui luttent I j)our les Droits du français
{ dans la Confédération bilingue
'• du Canada.
Un livre, un entre tous, nous est cher : le voici. C'est un simple recueil de mots, — en raccourci. L'image, l'écho clair du passé qu'il retrace, Archives de l'Idée et trésor de la Race : C'est un simple recueil de mots.
Qui n'est entré Dans la forêt tranquille au mystère sacré i* Qui n'a vu de l'étang la grande eau calme et lisse > Toutsemhle dormir: mais qu'un souffle vienne et glisse Sur le miroir des eaux, sur les bois qu'il surprend. Et chaque feuille, émue, et chaque flot, vibrant, Parle, et toutes ces voix, qu'enfle un même génie-. Font en se propageant une vaste harmonie.
2'iO —
— Ainsi, dans ce lexique, œuvre des siècles morts. Où tous vocables, vieux ou récents, doux ou forts. Nobles ou roturiers, ensemble fraternisent. Où l'esprit des aïeux et leur cœur s'éternisent, La même âme, agitant l'arbre aux mille rameaux. Fait vivre et tressaillir la nation des mots. Ces mots vivent, puissants, en libre république, Les uns, croisant l'épée, ardents à la réplique. D'autres, pimpants, parés de dentelle et courtois, D'autres, en sabots, fils des rustiques patois, Tous frais et souriants dans leur verte vieillesse, Tous prompts, tous au bon sens joignant la gentillesse, Tous français. Nets et purs, tintant comme un cristal. Ils ont bien tous l'accent de leur pays natal. Qu'ils viennent s'animer aux lèvres des poètes, Des mères, — et soudain leurs syllabes muettes Nous disent la pitié, l'amour, l'espoir divin ; Ils pénètrent l'esprit de leur subtil levain, Donnent l'aile joyeuse à l'âme prisonnière, L'exaltent dans le rêve au sein de la lumière. Et nous font pressentir avec leurs frêles sons De l'infini des cieux les sublimes frissons !
Parle, unis-nous toujours, sans peur ni défiance ; Parle-nous grave et droit comme une conscience. Verbe limpide et franc, verbe de vérité I
L iils-nous, cher langage, avec tes grâces vives ; \iix fêles de l'esprit charme tous tes convives, \ erbe de joie exquise et de fine gaité !
Pour nous unir encor, dis-nous ton fier cantique, Tes vers mélodieux, drapés de pourpre antique, (.) glorieux langage, à verbe de beauté !
Dis-nous Roland, dis-nous, après le vieux trouvère, l) héroïsme et d'honneur l'hymne mâle et sévère, \ erbe cornélien, verbe de loyauté !
( .liante, chante surtout comme un baiser ! émousse La haine ! apaise, unis nos cœurs de ta voix douce, 0 verbe d'amour juste et de fraternité !
Et ces mots, motssacrés, qui vont de bouche en bouche, ( Jue le vers a sertis dans son noble contour, < le mot clair qui sourit, ce mot qui pleure et touche, Avec dévotion je les dis à mon tour !
Près de nos chers petits dont la parole hésite, Près des berceaux naïfs aux ramages jolis, J'écoute, et parmi nous croit revoir en visite Nos ancêtres du fond des âges abolis !
LE CAXTIQVE 16
Aimons notre idiome, ô fils de celte terre ! Les rêves sont si beaux qu'il sut toujours bercer 1 C'est lui le gardien sûr de l'âme héréditaire : Qui français parle bien en Français doit penser!
C'est notre doux parler qui nous conserve frères '. Nous pouvons succomber, par le nombre envahis : Tant que sur nos tombeaux, dans ces jours funéraires, Deux enfants rediront les mots du cher pays,
Aussi longtemps vivront l'esprit vengeur qui crie Justice, l'espérance aux vaillantes douceurs, L'immortelle cité, l'idéale patrie Où des chaînes d'amour vont des lèvres aux cœurs I
1. Vers qui figure en exergue sur la médaille du premier Congrès de la Langue française au Canada, œuvre du sculpteur et graveur parisien, M. Alexandre Morlon.
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Pour la plus grande gloire
du Parler français'.
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Vezô le ^Taôôé.
A la mémoire
de M. iabbé Sta>tslas Lortië,
promoteur du premier Congrès
de Langue française.
« Defuncti adliuc loquuatur. »