‹ Le cantique du doux parlerChapitre 31 sur 35 · L INVOCATION AUX ANCETRES · texte numérisé non relu

L INVOCATION AUX ANCETRES

Et donc ensemble ici. sur la grave colline, Comme en un sanctuaire où notre front s'incline

Aux grands souilles de T Au-delà.

Conversons tous, émus, avec la race entière : Champ de bataille, école, asile de prière.

Notre langue, c'est tout cela !

C'est la langue de France, idéale patrie, Qu'aucun brutal acier n'a jamais amoindrie

Sous le rempart des cœurs fervents :

Parlons, et qu'avec nous parlent les Morts, nos maîtres ! Que toute la pensée intime des Ancêtres

S'anime aux lèvres des vivants !

Joie ! orgueil 1 — Notre cœur, celte petite chose. Des trésors infinis de vingt siècles dispose

Par tous ces vieux mots généreux.

Qu'un seul mot vibre, et tout un peuple nous protège: Nous revoyons en nous resplendir le cortège

De nos martyrs et de nos preux !

Ah 1 oui 1 dans cet instant des loyales revanches. Quand l'érable natal a rajusté ses branches

Toutes à son cimier jaloux.

Quand les fils dispersés confondent leurs étreintes, Pères ! Pères !... vous tous, nos Héros et nos Saintes,

Vous parlez, présents, parmi nous !

Présents, vous nous parlez : ces mots de notre bouche Les premiers ont nommé cette terre farouche,

Les premiers exploré si loin , Comme aux pages du livre ils disent ton histoire, Du « Mont-Royal » conquis ils chantent la victoire,

0 Jacques Cartier le Malouin !

Chaque homme est une idée. 0 Français de Saintonge, Champlain, toi qui gravas sur ce cap ton beau songe,

Tu nous dictes les plus fiers mots, « Sagesse et fermeté », « droiture et confiance », Autant que Maisonneuve à tous prêche « vaillance »,

« Dévouement » Dollard des Ormeaux I

Vous nous parlez aussi, Laval, conquérant d'àmes, Brébeuf et Lalemant, qui dressiez dans les flammes

Vos fronts vainqueurs nimbés de feu ; Vous montrez notre langue à ces bords la première Apportant le salut de paix et de lumière

Avec vous, Messagers de Dieu !

Et vous, dont tour à tour le mousquet et la bêche Domptaient l'Indien barbare et la forêt revêche. Laboureurs, les nobles d'ici.

Vous, les rudes soldats de Carignan-Salière, Dont la poudre chantait, au péril familière. Sous Frontenac ou de Tracy !

Et vous, les Découvreurs, les Fondateurs de ville, Marquette et JoUiet, La Salle et d'Iberville,

Princes d'un empire tombé.

Braves qui combattiez l'Envie ou Tlgnorance, En contraignant la Gloire à ne nommer que France

Tout le long du Meschacebé I

Et vous, simples Vertus, ô mères canadiennes, Berceuses d'éternelle espérance, gardiennes

Du meilleur sang de la Cité, Vous, des jours les plus durs compagnes les plus chères, L'Ursuline au grand cœur, Jeanne Mance ou Verchères,

Bravoure, Grâce et Charité !

Et vous, sanglants acteurs de l'extrême épopée. Que Montcalm et Lévis signaient de leur épée,

Pour l'honneur encor vous levant.

Vainqueurs de Carillon, vainqueurs de Sainte-Foye, Qui ne vous comptiez pas, mais chargiez avec joie

Au seul cri français d'(( En avant ! »

Et vous, qui des vieux temps portiez l'àme hautaine, Vous, le verbe vengeur, Papineau, Lafontaine,

Toi, l'histoire et la vérité, Garneau 1 — vous tous, les grands Patriotes fidèles, Remparts du Nom, soutiens de la Foi, citadelles

Du Droit et de la Liberté !

Tous, tous, eu ce moment, Morts vénérés, nos Pèros. Douloureux artisans de destins plus prospères,

Qu'embrasait lardeur des Croisés, Tous, tous, ici, sur nous penchés avec tendresse. Vous venez de vos fils partager l'allégresse,

Unis à nos cœurs pavoises !

Et courbés devant vous, sauveurs, briseurs d'entraves. Nous écoutons monter l'accord de vos voix graves,

Dont jamais l'effort ne fut vain.

Et qui, nous enseignant à lutter comme à croire. Seules doivent fleurir d'un cantique de gloire

La fête du Parler divin !

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