LE CANTIQUE DE LA LAXGLE
— (( Notre parler sourit d'une accorte jeunesse. Pourtant le plus ancien et d'antique maison : Nul ne saurait montrer des titres de noblesse Plus fiers, plus fastueux que ceux de son blason. Quand par nos fortes mains pour une œuvre féconde Sur le sol d'Amérique il reverdit greffé, Il avait déjà fait tout le tour du vieux monde Et sous tous les cieux triomphé 1
« Voix de la Chrétienté, de la Chevalerie, Il avait ceint pour Dieu le glaive de Roland, Pour rendre au Seigneur Christ sa tombe et sa patrie. Pousse les nations de son souffle brûlant, Soumis parsesjongleursà ses chants tout cœur d'homme- Et tous méchants bravés, tous péchés combattus, Posé par saint Louis, le parfait Roi -Prudhomme. La couronne au front des Vertus !
(i II avait même un jour avec le duc Guillaume. Maître qui l'enseigna d'une brève leçon, A Londres, dans Oxford, établi son royaume, Tel qu'il s'impose encore au langage saxon ; Il avait saintement, à 1 heure trop amère, Aux Voix de Jeanne d'Arc mis son aménité, Comme à Rayard prôné par la voix de sa mère Dieu, l'Honneur et la Charité !
(( Longtemps le cher Parler qu'ici nous apportâmes. Au pays des Aïeux, sous leur doux joli ciel, Riche et lourd des meilleurs pensers de milliers d'âmes, De province en province avait cueilli son miel. Ses mots, qui tous avaient baigné dans l'air de France, Des fleurs de ses coteaux encor tout parfumés, Du bel azur natal gardant la transparence, Qui de nous ne les eût aimés ?
(I Et quand par ses héros, ses poètes sublimes,
Le Grand Siècle, imposant au monde ses splendeurs.
Envoyait, pour ravir les esprits sur des cimes, Corneille et Bossiiet, ses deux ambassadeurs, — Nous ici, pour la Croix menant le combat rude, Magnifiant notre âme avec d'autres succès. Nous cliercliions à couvrir l'immense solitude
D'un clair manteau de noms français !
« 0 fier Parler de France, alors que de victoires Avec nous remporta ton verbe avant-coureur ! Et sur combien deniers, de vastes territoires, Nous avons promené ton sceptre d'empereur I... Jusqu'au jour où. vainqueurs réduits à nous soumettre, Malgré tant de sillons de noire sang rougis, Nous avons dû, trahis, aux mains d'un nouveau maître Livrer la clé du cher logis !
« Nous avons dû livrer, avec nos murs de pierre. Un continent, d'un trait de plume ailleurs perdu : Mais nul ne peut lier une àme prisonnière ; Un abri nous restait qui ne s'est pas rendu 1
« Chacun de nous gardait sa sainte forteresse, Bâtie avec amour d'inexpugnable airain, Où. sur un faîte altier dominant sa détresse, Le cœur libre arborait son drapeau souverain !
« Chacun de nous gardait sa forteresse sainte, Fermée aux quatre vents de remparts sourcilleux, Sans autre jour, qu'en haut de la jalouse enceinte Un grand trou vers l'azur pour contempler les cieux !
( Et là, devant l'autel qui défend la relique, \Iieux armés et plus sûrs en ployant les genoux, Siius avons tous redit l'oraison catholique \\oc les mots sacrés, les seuls mots de chez nous !
En vain nos ennemis nous criblaient de leurs flèches, il niaient sournoisement des coups multipliés : Imprenables, debout, sans fissure et sans brèches, Les murs ne bougeaient pas sous l'assaut des béliers 1
|(f Quand ils croyaient déjà nous traiter en conquête. Soudain fondaient sur eux, à leur tour assaillis, Aiis mots, nos braves mots, la tiicjue sur la tète, ^ètusd'un bon cnpol d'étofîe du pays !
« Vainement cherchaient-^Vi' à sevrer par contrainte L âme de nos enfants de son parler natal : Plus ils frappaient la langue, hostile à leur étreinte. Plus les vieux mots émus tintaient comme un cristal !
<( En vain redoublaient-//*' les fureurs de leurs haines, An réseau de leurs lois partout nous enserrant : On peut dans des cachots charger les corps de chaînes, On n'asservit pas l'àme en son parler vibrant !
— «Etpuisque maintenant, fils qu'instruit notreexemple, Nous avons reconquis votre place au soleil, Puisque du cher Parler nous avons fait un temple Où tout le grand Passé s'exalte à votre éveil,
Envoyait, pour ravir les esprits sur des cimes, Corneille et Bossuet, ses deux ambassadeurs, — Nous ici, pour la Croix menant le combat rude, Magnifiant notre àme avec d'autres succès. Nous cherchions à couvrir l'immense soUtude
D'un clair manteau de noms français !
(I 0 fier Parler de France, alors que de victoires Avec nous remporta ton verbe avant-coureur ! Et sur combien deniers, de vastes territoires, Nous avons promené ton sceptre d'empereur 1... Jusqu'au jour où. vainqueurs réduits à nous soumettre, ^lalgré tant de sillons de noire sang rougis, Nous avons du, trahis, aux mains d'un nouveau maître Livrer la clé du cher logis !
« Nous avons dû livrer, avec nos murs de pierre. Un continent, d'un trait de phime ailleurs perdu : Mais nul ne peut lier une àme prisonnière ; Un abri nous restait qui ne s'est pas rendu 1
« Chacun de nous gardait sa sainte forteresse, Bâtie avec amour d'inexpugnable airain, Où, sur un faîte altier dominant sa détresse, Le cœur libre arborait son drapeau souverain !
« Chacun de nous gardait sa forteresse sainte, Fermée aux quatre vents de remparts sourcilleux. Sans autre jour, qu'en haut de la jalouse enceinte Un grand trou vers l'azur pour contempler les cieux 1
( Et là, devant l'autel qui défend la relique, \Iieux armés et plus sûrs en ployant les genoux, V us avons tous redit l'oraison catholique \\oc les mots sacrés, les seuls mots de chez nous 1
En vain nos ennemis nous criblaient de leurs llèches, ICntaient sournoisement des coups multipliés : Imprenables, debout, sans fissure et sans brèches. Les murs ne bougeaient pas sous l'assaut des béliers 1
tt Quand ils croyaient déjà nous traiter en conquête. Soudain fondaient sur eux, à leur tour assaillis, Nos mots, nos braves mots, la iuqiie sur la tète, Vêtus d'un bon capol d'étoffe du pays !
« Vainement cherchaient-i/à" à sevrer par contrainte L'âme de nos enfants de son parler natal : Plus «75 frappaient la langue, hostile à leur étreinte. Plus les vieux mots émus tintaient comme un cristal I
(( En vain redoublaient-//^' les fureurs de leurs haines, Au réseau de leurs lois partout nous enserrant : On peut dans des cachots charger les corps de chaînes, On n'asservit pas l'àme en son parler vibrant !
— «Etpuisque maintenant, filsqu'instruitnotreexemple, Nous avons reconquis votre place au soleil, Puisque du cher Parler nous avons fait un temple Où tout le grand Passé s'exalte à votre éveil.
Puisqu'en vous nous restons d'activés providences, Allez sans crainte, où Dieu réclame des lutteurs. A vos frères meurtris comme à vos descendances Porter les mots libérateurs !
(( Votre œuvre est belle encor sur ce sol d'Amérique, Hommes de sang français par votre langue unis ! Poursuivez, confiants, votre tàclie héroïque Sur tous nos pas marqués aux chemins infinis. Vos pères à vos cœurs montrent de hautes cibles. Que vos fils, sinon vous, quelque jour atteindront : Messagers et soutiens des choses invisibles. Dieu mit un sione à votre front I
« Croyez-vous des Elus, si vous n'êtes le nombre, Les nobles champions d'un suprême tournoi : Faites luire l'Idée où s'obstinait une ombre, Prêchez l'Art, la Bonté, la Justice et la Foi I La langue est une épée autant qu'une cuirasse : Dites-vous, en luttant pour rompre tous les jougs, Que l'esprit des aïeux, que le cœur de la race Combat et veut vaincre avec vous ! »>
%'^ezô ro/Jçeiîiz.
A Mgr Amédée Gosselix, Recteur de IL'niuersilé Laval.