‹ Le cantique du doux parlerChapitre 7 sur 35 · DE JACQUES CARTIER A MONTCALM · texte numérisé non relu

DE JACQUES CARTIER A MONTCALM

A l'honorable

Sir François Langelier,

Lieutenaut-gouvenieur

de la province de Québec.

oAii ôeuil deô il^ouveaiix cÂgeô.

A lous les maîtres et élèves des collèges du Canada.

Dites-nous votre gloire, ô cher Parler !... Vous êtes Le plus ancien rameau du vieil arbre latin ; Vous avez dû déjà subir bien des tempêtes, Mais vous gardez toujours la grâce du matin.

Les périls sont vos jeux elles luttes vos fêtes... Allez donc par le monde et les siècles, certain De vous enorgueillir de divines conquêtes, D'entraîner avec vous des âmes pour butin !

Allez, brave et plus fort, vous sachant sans vieillesse : Grandissez en splendeur et montez en noblesse !... Pour nous, vos amoureux et fidèles dévots,

0 cher Parler de France ! aidez-nous, — prêts à suivre, Aux fiers bords d'Amérique, aux grands rêves du Livre, L'empreinte de vos pas dans les chemins nouveaux !

EN AMERIQUE ^' »v ^v

q/1u pzeiniet ^oî du ^^ëaiiada.

A l'honorable Sir L. A. Jette, ancien lieutenant-gouverneur de la province de Québec.

Sire, on vous admirait, quand, prince-genlilhomnie, Bardé de fer, avec le glaive qu'on renomme, Avec l'armet doré, d'escarboucles fleuri. Vous meniez, plusieurs jours, dans des forêts de piques, Des combats de géant splendidement épiques Aux sons d'Unter^vald et d'Uri !

Sire, vous viviez grand, lorsqu'au ciel de l'Histoire Vous ajoutiez des noms radieux de victoire, — Mais peut-être plus grand. Sire, dans le malheur, Quand le sort eut rompu votre épée à Pavie, Et qu'aux sombres cachots, consumant votre vie, « Rien ne vous restait que l'honneur ! »

Plus grand. Sire, plus grand, quand vous rêviez d'étendre L'emblème tout royal de votre Salamandre Sur quelque fin palais dans quelque vert décor, Quand Vinci vous offrait son labeur pacifique. Ou qu'à Ben venu to vous criiez, magnifique : « Va I Je t'étoufferai dans l'or ! »

Mais, Sire, roi des preux et des muses, beau prince. Dont la gloire avec 1 art demeure la province. Vous doutiez-vous que votre « los » irait plus loin, Que votre nom, plus grand encor, pourrait survivre Grâce au hardi voyage, au bref et simple livre De Jacques Cartier le Malouin !♦

'^iiz le oMont-^oyal.

A l'honorable

M. Raoul Dandcraxd,

ancien président dit Sénat

fédéral canadien.

« Les pays et roj'aumes de Hochelaga et Canada, appelés par nous Nouvelle-France... »

J'ai pris pieusement le Livre précieux

Semé de fleurs de lis sur sa basane ancienne,

Et ma pensée, aussi naïve que la sienne,

A refait le voyage aux pays merveilleux.

J'ai couru, sur la « Grande-Hermine », l'aventure,

Et j'ai, parle pouvoir des vieux mots ingénus,

Suivi, dans un décor d'admirable nature,

Les pas du Découvreur sur des bords inconnus.

Oh ! contraindre à sa voix l'écho du vaste fleuve,

Vêtir de noms français ces îles en passant.

Saluer et bénir sur un sol si puissant

Tous ces « arbres si beaux de grande odeur» si neuve !

Joie, orgueil du héros !... Quand de Stadaconé Il eut vu s'infléchir les splendides rivages, S'offrir, après la course où sa rame a peiné, L'accueil d'Hochelaga sous les huttes sauvages, Quand, fêté par des feux, par la danse et le chant Et les « aguyazé » des guerriers et des femmes, Il eut dit l'oraison pour les corps et les âmes Des enfants et des vieux devant lui se penchant, 11 s'en alla monter sur la hauteur prochaine...

C'était le soir. Très loin, au sud, au nord, courait.

Bleuâtre, et s'estompant dans des brumes, la chaîne

Des grands monts, où moutonne une épaisse l'orèt :

En bas s'ouvrait la plaine immense, où, solitaire

Et glorieux, passait avec tranquillité.

Conscient de sa force et de sa majesté.

Le flot dominateur, seul seigneur de la terre.

— Jacques Cartier songeait, les yeux vers le couchant : Il vit un peuple actif animer ce silence,

Des vaisseaux sur cette onde et des blés dans ce champ. Tout le « plaisant » pays de la c( Nouvelle-France»... Et dans ce même instant d'espérance et d'essor,

— Que de temps embrassés dans cette heure si brève ! — (^omme pour ajouter plus de faste à son rêve.

Le ciel des soirs profonds ouvrit ses portes d'or..

Tout grand homme ainsi trouve un sommet dans sa vie ; Et ce mont, fier témoin d'un rêve impérial, Ce mont, d'où rayonnait sa conquérante envie, Il l'appela superbement le « Mont-Royal « !

(La ^zièie dauô leô boiô.

A l'honorable Sir A. B. RouTiiiER.

juge de la Cour de Vice- Amirauté, membre de la Société royale du Canada.

Lorsqu'avant son départ le vaillant Capitaine Se fut agenouillé devant la Croix chrétienne Où se fleurdelisait le royal écusson.

Lentement, gravement, monta dans le silence Des bois religieux, pleins d'un vague frisson, La Prière du Christ en syllabes de France.

« Notre Père des Cieux ! »... Pour la première fois L'immense solitude entendait une voix

— Ai —

Nommer son Créateur : les grands bois, qui vénèrent Et sentent dans leur sève auguste l'Infini, Devant les mots sacrés, de leur front s'inclinèrent : (( Notre Père des Cieux, votre nom soit béni ! »

« Que votre règne arrive 1 »... Et la terre sauvage Répéta l'appel saint de rivage en rivage... Et. là-bas, les fiers monts, d'un plus docile accès, Ici, le puissant fleuve, à présent tributaire. Tout paraissait redire avec des mots français : (( Que votre volonté soit faite sur la terre ! ... »

(( Donnez-nous aujourd'hui le pain de chaque jour ...»

Et l'invocation de largesse et d'amour

En bénédictions s'épandit sur les plaines,

Tandis que le Héros, ceint de ses compagnons,

Implorait la Pitié pour les fautes humaines :

« Pardonnez-nous nos torts comme nous pardonnons ! »

a Délivrez-nous du mal ! ...» Etd'innombrables brises Sur les grands bois émus, sur les plaines surprises. Sur les monts verts ou roux, sur le flot sombre ou bleu. S'en allèrent porter, semeuses d'espérance. Par tout le Canada, reconnaissant son Dieu, La Prière du Christ en svUabes de France !

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