RENAISSANCE FRANÇAISE
^out en faite une ^eine.
Au poêle Pamphile Le Mav, de la Société Royale du Canada.
Or, en ces temps, aux bords et de Seine et de Loire, Des poètes fervents, de leur Langue amoureux. Voulurent lui dresser d'un bel art généreux Un Irone sans rival de splendeur et de gloire.
Pour leur Dame et Princesse ils s'efforçaient entre eux Sur la cithare antique avec l'archet d'ivoire ; Pour l'imposer au monde, en grandir la mémoire, Leurs vers, bons courtisans, portaient des cœurs de preux ;
Et comme, avec l'enceos plus pur de leur poème, Avec l'orgueil du sceptre et d'un fin diadème, Ces vaillants la dotaient d'un opulent trésor.
Partout les plus hauts rois, devant la jeune reine S'inclinant, soulevaient, pour la baiser, la traîne De son Ion? manteau bleu fleuronné de lis d'or !
^Poiit la défend te.
Au poète du « Canada chaulé Albert pEnt.Axn.
C est un crime de lèse-majesté d'abandonner le langage de SOQ pays... » (Ronsard.)
Mon fils, il ne sied point à des enfants bien nés, Pour d'étranges amours, de mépriser leur mère : ]Ne va plus aux jardins de Virgile ou d'Homère Cueillir des rameaux morts et des bouquets fanés !
Pourquoi d'obscurs tombeaux déterrer quelques cendres! A tes nouveaux pensers coudre un costume ancien i' Jaloux de ton parler, laisse à Rome le sien : Le français pour ton cœur connaît seul des mots tendres..
Les sons les mieux chantants restent ceux du berceau ; Défends-les !... Pour ta soif, content de ton ruisseau, Prcndsen, baissé, l'eau \ive et limpide en ton casque !...
La Langue, c'est le clair visage de l'Esprit : Montre-toi donc entier, sans couvrir d'un vain masque Ton regard qui se mouille ou ta lèvre qui rit !
^^^^^^^^^^^^^^vâ^^
Au poète Albert Loze\i .
« Prendre pitié, comme bons enfants, de la pauvre langue naturelle... ».
Mon fils, des bons vieux mots de nos anciens romans. Pour en parer tes vers, cueille-moi la guirlande ! Garde bien tout ducber patrimoine, et demande Les plus doux et jolis au cœur des grand'mamans 1
N'exclus ni le présent des métiers, ni l'offrande Des provinces: manceaux, poitevins ou normands. Vivent tous nos vieux mots d'amour et de légende, Beaux de couleurs, plus beaux encor de sentiments !
Tous ont leur prix : qui veut trop retrancher mutile. Mais souvent d'un art souple enchâsse dans ton style Le vieux mot plein de sève et vraiment nourricier :
C'est lui qui raffermit la phrase et la relève, Comme une humble relique à la garde du glaive Double de sa vertu la trempe de l'acier !
3è Si Se
/lu barde d'Arlhabaska, Adolphe Poisson.
J ai comparé nos dialectes aux maisons qu'un homme fort riche a aux champs... »
(H. Estiennc.)
Veux -tu sacrifier aux Grâces, gentil maître, Mon fils .-* Possède en ville une exquise maison, Où l'art d'un ciseau neuf éjaand la floraison Des rinceaux en guirlande autour de ta fenêtre.
Mais aime aussi tes prés avec leur fenaison ; Retourne avec ferveur au vieux manoir champêtre, Simple, flanqué de tours massives, où l'iVncêtre, Pour affirmer ses droits, a gravé son blason.
Notre patois, vois-tu, c'est le logis rustique, Où le cœur se retrempe au passé domestique, A l'air vif du pays natal... Va donc revoir,
Mon fils, pour mieux t'ébattre en gaillarde jeunesse. Le champ héréditaire et l'antique manoir. Qui font ton opulence et disent ta noblesse !
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Au poète de Yaniachiche, Nérée Beaichemix.
« Défendez votre mère contre ceux qui veulent faire servante une damoiselle de bonne maison...» (Ronsard.)
Mon fils, ne laisse pas Ion toit ou tes vergers Abriter dans leurs nids trop d'oiseaux de passage A chacun son domaine et son fief !... Est-ce sage De soumettre ton cœur à des sons étrangers :*
Pourquoi de mots lointains, par un coupable hommage Qaand ceux de ton pays se meurent négligés, Ton esprit se fait-il d'incertains messagers? Rends à l'arbre français son fier et vrai ramage !
Couve et nourris chez toi tes secrètes chansons... Puis, un beau matin clair, vers tous les horizons. Pour égayer l'azur, que leur troupe s'élance !
Et le monde, écoutant leur voix, comme un cristal,
Dira : « Qui peut douter de leur berceau natal ;'
« Ce qui plane là-haut, ce sont purs chants de France ! »
(( Ce gentil esprit de Roy. . .
leur fit entendre qu'il ne prenait point plaisir d'ouïr parler en autre langue que la sienne. » (Ramus.)
Ecoute encor, mon fils. — Au temps du roi François, Des magistrats voulant selon la mode ancienne Le haranguer : « Non ! non ! dit-il, je ne reçois Etn'entends nulle langue en ma cour— hors la mienne.»
— Ils venaient de Provence. — « Eh ! quàcela ne tienne ! Si vous voulez céans vous plaindre de nos lois,
Rien ne vaut pour plaider la façon parisienne : Allez vite l'apprendre ! » — Au bout de quelques mois,
Nos gens — sans accent presque — exposent leiu- harangue En français: — «Donc, dit-il, sachant si bien ma langue, Chez vous, dans vos décrets, ne vous en privez point ! »
— Et sous le dais ainsi, jusqu'aux rives du Rhône, L'armant du sceptre d'or de la Justice au poing,
Le Roi subtil assit le français sur son trône.. .
Au poète montréalais Charles Gill.
Mieux vaudrait comme bon français ou citoyen rechercher et faire un lexicon des vieux mots d'Artus, Lancelot et Gauvain. » (Ronsard.)
Dès qu'un rayon s'argente aux voiles du matin, ^ L'abeille, àme du ciel, rôde des monts aux plames, Pillant œillets et lis, sauges et marjolaines, Pour fondre en sa retraite un merveilleux butin.
Toi de même, mon fils, promptement, sans dédain, Ya cueillir les chers mots naïfs des cantilènes : Ne sens- tu pas, ému, l'arôme des haleines Qui semblent nous chercher du fond du vieux jardin
Dans ta ruche soigneuse, au creux des alvéoles,
Amasse le parfum bourdonnant des paroles.
Puis retourne en nos champs, et, souvent à l'essor,j
Distille en un seul miel les fleurs de l'idiome,
Et ce miel, quelque jour puise dans ton « Trésor »,<
Ira d'un vers divin composer le doux baume.
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A Léon Lorrain.
« O dévots amateurs de bonnes lettres, plùt à Dieu que quelque noble cœur s'employât à mettre et ordonner par règles notre langue française I » (GeofTroy Tory.)
Apprète-toi, mon fils, pour la belle oraison. La parole est un peu comme un troupeau de chèvres Que le pâtre surveille avec la fltite aux lèvres, Pour retenir leur fuite, autour de sa maison.
Prends garde à tous ces mots trop gaillards et trop mièvres
Avec leurs pieds légers et leur folle toison !
Impose à ce caprice une droite raison.
Des lois à ce désordre et du calme à ces fièvres !
Qu'ils obéissent tous à l'appel des pensers. Sans jamais te trahir, confus ou dispersés ! Soumets ta phrase égale aux justes disciplines,
Pareil au chevrier, qui module son chant En descendant le soir la pente des collines Avec son troupeau sage à ses pas s'atta chant !
^oiiz Villuôtrer.
« Ceux qui l'ont eue en garde ne l'ont cultivée à suffisance. » (J. du Bellaj' )
Certains, de beauté pure et d'élégance épris, Jugeant notre « vulgaire «obscur et sans mérites, Prétendent n'obtenir de la main des Charités Qu'aux antiques bosquets la rose de Cypris.
Et pourquoi verrions-nous toutes fleurs d'art proscrites,^ Mon fds, du champ français qui pourtantvaut son prix? Rien n'empêche qu'un jour des plus fameux esprits, Faisant valoir tes droits, à ton tour tu n'hérites I
Oh ! ne méprise pas notre églantier gaulois
A racine profonde !... Impose- lui des lois,
Si lu veux : va, rêvant sous quelque ancien portique,
Cueillir un beau rameau d'éclat incarnadin; Puis rentrons chez nous, vite, et dans notre jardin Sur l'églantier de Gaule entons la rose antique !
An poète Jean Charbonneau.
Elever notre vulgaire à l'égal et parangon des autres plus fameuses langues »
(J. du Bellay.)
Sois fier de ton parler et songe à le grandir, Mon fils !... Et donc, avec ferveur, dans la retraite. Médite, approfondis l'œuvre antique, interprète Du grand art, dont notre œuvre aussi doit resplendir !
Ecoute la leçon des anciens : ne regrette Ni tes efforts, ni tes veilles, ni ton plaisir Sacrifié ! Travaille, ardent ! Cherche à saisir De l'immortel rayon la puissance secrète!
Imite la vertu robuste du sculpteur
Qui dégrossit le bloc informe... 0 bon lutteur.
Ton airain ne vivra que si tu le cisèles.
Lime, épure, polis ton vers ambitieux,
Sûr gardien de ton àme, — et donne-lui des ailes
Pour parcourir le monde el monter jusqu'aux cieux !
w^si^sës^s!ës^^smës^ii^ssmm.
Au poète Paui, Moiun.
Pillez-moi les sacrés trésors
de ce temple delphique... »
(.1. du Bellay.)
Chante avec moi, nioii fils, un hymne de combat... Vois-tu ce temple grec à la fme architrave ? Phœbus et ses trésors appartiendront au brave Dont le cœur sans eflVoi sous la cuirasse bat...
Le fier peuple gaulois connaît-il une entrave ? Je voudrais que pour nous ton orgueil dérobât Et le Drame, et l'Idylle où la flijte s'ébat, Et la grave Epopée, et l'Ode non moins grave.
Pille-moi ces trésors divins; puis, à ton tour, Bâtis un sanctuaire au noble et pur contour, Où sonne un air français sur la lyre d'Orphée !
Fais-toi, cher conquérant, de tant de grands débris Un monument de gloire, et qu'à tous ses lambris Resplendisse d'Hellas le merveilleux trophée!
Au poète ExGLEBERT Gallkze.
« Avril, la douce espérance... »
(Rém\' Belleau.)
C'est l'avi il de la Langue. . . 0 joie I Un souffle, un trait De Vie a traversé le monde et le soulève... ]\'entends-tu pas, mon fds, partout monter la sève. Et des voix chuchoter que le printemps est prêt ?
Vois ! vois! L'arbre partout s'émeut ; le bourgeon crève,
Et la feuille si tendre et la fleur apparaît.
C'est fête, du verger neigeux à la forêt,
Et des beaux fruits prochains rien n'empêche le rêve.
C'est l'avril de la Langue... On sent dans ses rameaux, Où chaque aurore accroît la floraison des mots, Du soleil qui rayonne et du chant qui s'éveille !
Et déjà sur l'espoir des roses en bouton
On croit entendre errer le vol doux de l'abeille
Qui se posa jadis aux lèvres de Platon !
A M. L. E Cadieux, de la société historique franco-américaine .
« Pensez quelle immortalité les sciences pourraient apporter à une langue... »
(Pelletier du Mans.)
Puisqu'il présent voici le français, grand seigneur, Du latin détrôné portant les armoiries, Dans la jeune saison des Lettres refleuries Honore ton parler comme il te fait honneur.
Fais passer la sagesse antique en nos hoiries, La fleur de la pensée humaine, ô moissonneur! Usant des mots de tous, à tous avec bonheur Transmets des plus hauts cœurs les hautes rêveries !
Ge que l'Esprit calcule ou ce que l'Ame croit, Et la Religion, et l'Histoire, et le Droit, Libre de l'étranger, mets tout hors de tutelle 1
Di'nne au parler natal, instrument de clarté, - Art, Science ou Devoir — toute Idée immortelle, Pour lui donner aussi son immortalité !
fpf^pf^p^jpf^^f^i^^^^^^^^p^^p^i^^