CE QUI ARRIVA DANS LA CHAMBRE QUI DONNAIT SUR LE JARDIN
Millicent ne dormit point pendant cette triste nuit, car elle n’avait plus d’espoir ; elle ne se déshabilla même pas : elle s’assit immobile et glacée ; ses mains se serraient convulsivement; ses yeux regardaient fixement devant elle ; et elle pensait, elle pensait.... à quoi*?
Qu’était-elle ? Voilà la question qu’un sentiment lourd et monotone de son esprit lui posait toujours, et à laquelle rien ne répondait jamais. Qu’était-elle, et qu’avait-elle fait? Quelle était l’étendue de son crime dans ce fatal mariage, et de quelle part de crime étaitelle responsable ?
Elle s’était opposée au mariage, il est vrai, et elle avait tâché d’étouffer les tendres conseils que lui apportaient les souvenirs de sa jeunesse et sa seule affection, mais elle avait cédé.... Elle avait cédé, comme Darrell l’avait dit avec vérité ; elle avait cédé contre son propre jugement instinctif et raisonnable,
qui lui avait dit tout bas à l’oreille qu’elle n’était pas libre de se remarier.
Quelle était l’étendue de sa culpabilité ?
Elle avait été élevée simplement et pieusement. Elle avait été instruite par des personnes dont les esprits simples et honnêtes ne connaissaient aucun degré dans le bien et le mal, dont la profession de foi consistait en doctrines sévères qu’on ne pouvait attaquer, qui regardaient les dix commandements comme autant de limites infranchissables élevées devant les pieds de tout chrétien, et ne lui laissant ni aucune ouverture ni aucune échappatoire par où il pût s’évader.
Que lui dirait le curé de Compton, le lendemain, quand elle s’en irait à lui, et tomberait à ses pieds ? Puis une frayeur panique la saisit, elle se jeta par terre, se traîna çà et là, arracha ses cheveux dorés, et s’écria plusieurs fois qu’elle était une créature coupable et malheureuse.
Au-dessus de la pensée de son péché, au-dessus de cette conscience intérieure de son crime, s’éleva l’ombre de son avenir. Sa vie devait se passer à côté de cet être qu’elle haïssait, qu’elle craignait, et qui avait maintenant une bonne raison de ressentiment contre elle. Et ce n’était pas tout : la main sévère de la Providence offensée allait s’étendre au-dessus de sa tête.
Toutes ces pensées la rendaient presque folle. Elle ouvrit un tiroir du bureau placé vis-à-vis du foyer. Cette chambre était celle de sa mère et de son père, qui n’étaient plus, et elle se rappelait que dans ce tiroir il y avait plusieurs rasoirs qui avaient appartenu au vieux squire. Elle trouva l’étui, elle en prit un, et le tint dans sa main, regardant la lame étincelante.
— Nonl — s’écria-t-elle d’un air désespéré; —
non.... non.... !... je ne puis pas mourir avant de m’être repentie de mes péchés.
Dans sa terreur d’elle-même, dans son ardeur d’échapper à la tentation en fermant le rasoir, elle fit un mouvement maladroit, si maladroit que la lame glissa dans le vieux manche, et la blessa à la paume de la main. Ce n’était pas une blessure dangereuse, profonde, mais cependant assez sérieuse pour faire couler le sang sur la lame et sur le manche du rasoir, sur le parquet en chêne, dans le tiroir ouvert du bureau, et jusque sur la jupe de la robe de deuil de Millicent.
Elle remit ce rasoir dans l’étui, et l’étui dans le tiroir, puis, enveloppant sa main dans un mouchoir do batiste, elle se rassit auprès du foyer solitaire.
— Oh ! si Sally était ici, ma bonne et fidèle Sally , quelle consolation ce serait pour moi! — dit Mme Duke.
La tranquillité et la solitude de la maison l’étouffaient. Elle ouvrit la fenêtre et regarda le jardin tout couvert de neige. Lçs légers flocons tombaient toujours, ils tombaient silencieusement, et d’épais nuages couvraient la vieille maison comme un vaste linceul blanc. La fenêtre où Millicent était debout se trouvait à l’angle de la maison le plus éloigné de la chambre du jardin. Cependant elle pouvait voir à l’extrémité de la terrasse la lueur de la fenêtre ronde qui se projetait sur la neige.
Cette lueur rouge faisait sur la terre blanche une petite tache lumineuse ; la tache était d’autant plus brillante que l’obscurité qui l’environnait était plus profonde.
Tandis que Millicent regardait ce petit espace éclairé, une forme noire le traversa rapidement.
Au milieu de cette triste nuit, cette circonstance, qui, en toute autre occasion, l’eût alarmée etlui aurait
fait supposer que quelqu’un rôdait autour de la maison, ne fit aucune impression sur son esprit. Elle ferma la fenêtre et retourna au foyer.
Mais elle trouva bientôt la solitude et le silence insupportables ; elle prit la bougie, ouvrit la porte de sa chambre à coucher et , sortant sur le palier de l’escalier, écouta.... Savait-elle bien ce qu’elle écoutait ?...
Elle entendait le tic-tac monotone de la pendule dans le vestibule et rien, excepté cela.... pas un son, p^s un souffle, pas un murmure dans la maison.
Tout à coup — et jusqu’à son dernier soupir elle ne sut pas comment cette idée lui était venue — elle pensa qu’elle ferait bien d’aller à la chambre du jardin, éveiller Duke, lui offrir tout l’or qu’elle possédait au monde, puis le prier de quitter Compton pour toujours.
Elle voulait faire appel à sa miséricorde, — ou plutôt à sa cupidité, mais elle savait depuis longtemps combien peu de pitié elle devait attendre de lui. C’est sous cette impression qu’elle traversa le long corridor qui conduisait à l’autre extrémité de la maison. La porto de la chambre du jardin était fermée, et la main droite de Millicent était blessée et enveloppée dans un mouchoir : quelque temps se passa donc avant qu’elle pût venir à bout détourner le bouton de cette porte. Le sang qui avait coulé de la blessure avait traversé le bandage, et laissa des taches rouges sur l’antique bouton de cuivre
Tout était tranquille dans la chambre du jardin. La lueur du feu brillait en flammes intermittentes qui éclairaient la tapisserie fanée et les vieux tableaux enfumés qui étaient accrochés aux murs. Millicent glissa doucement vers le lit sur lequel le Capitaine s’était jeté. Le dormeur reposait la figure tournée vers le feu, sa main tenait toujours la crosse de son pistolet :
c’est ainsi qu’il s’était couché une heure auparavant.
Millicent se rappela comment elle avait vu son frère Ringwood mort dans cette chambre il n’y avait que trois mois. Frappée de respect et de crainte par ce souvenir, Millicent s’arrêta entre le chevet du lit et le foyer, se demandant comment éveiller son mari.
La lueur capricieuse brillait alors sur les cheveux du Capitaine, qui flottaient épars sur l’oreiller.
Millicent suivit des yeux cette lumière folle partout; des boucles dorées éparses sur l’oreiller à la main qui tenait le pistolet, des colonnes du lit au plafond et au mur, sur le parquet en chêne à côté du lit, et sur une mare noire qui filtrait lentement à travers le bois.
Cette mare noire, c’était du sang qui l’alimentait par un ruisseau coulant silencieusement d’une blessure hideuse qui traversait la gorge du Capitaine du bon vaisseau le Vautour.
Millicent poussa un cri d’horreur, détourna la tête, et s’enfuit.
Au milieu de cette terreur insensée, aveugle, elle se rappela qu’il était plus facile de sortir de cette horrible maison par la porte vitrée qui conduisait au jardin que par l’escalier et le vestibule. Cette porte se trouvait dans un enfoncement caché par des rideaux de tapisserie. Millicent écarta la tapisserie, ouvrit la porte qui n’était fermée que par un verrou, descendit rapidement les marches en pierre; et se mit à courir dans les allées solitaires et sur le grand chemin.
La neige lui montait jusqu’aux genoux tandis qu’elle se dirigeait eii chancelant vers la rue du village; elle ne sut jamais comment elle s'était traînée jusque-là ; elle se rappela cependant que les pendules sonnaient trois heures quand elle frappa à la porte de Y Ours- Noir.
Samuel, épouvanté par les événements du jour, par
cc bruit à cette heure, entr’ouvrit la porte, tenant une bougie à la main.
Il avait ouvert ainsi la môme porte à la même visiteuse, plus de sept ans auparavant, par une certaine nuit d’automne, quand Darrell était couché malade et en proie au délire dans la chambre bleue.
— Qui est là? — demanda-t-il en frissonnant de tous ses membres.
— C’est moi.... Millieent.... Laissez-moi entrer.... laissez-moi entrer.... pour l’amour de Dieu, laissezmoi entrer....
Il y avait une si grande terreur dans la voix de Millieent, qu’elle fit oublier à Pecker sa propre alarme. L’aubergiste céda à cette femme éperdue, comme tous les hommes doivent céder à la puissance d’une forte émotion, et ouvrant tout à fait la porte, il la laissa passer devant lui sans l’interroger.
Le vestibule était étincelant de lumière. Darrell, Mme pecker, et les domestiques étaient descendus à moitié déshabillés; chacun portait une bougie allumée. La soirée avait été pleine d’agitation et de trouble, personne n’était bien endormi, et tous avaient été réveillés par les coups frappés à la porte.
Aucune ombre, aucun fantôme, aucun revenant nouvellement ressuscité dans le lit d’un mort, n’auraient pu frapper de plus d’horreur tous les esprits que la figure de Millieent, debout au milieu d’eux, la chevelure en désordre, toute trempée par la neige fondue, ses vêtements souillés et tachés de sang traînant derrière elle. Ses yeux étaient ouverts avec la même expression d’étonnement et d’effroi qu’ils avaient un instant auparavant quand elle regardait l’homme assassiné.
Pendant quelques moments elle ne put parler; ello passait sa main sanglante sur son front, et le couvrait ainsi de taches sanglantes.
Aussi pâle, aussi livide qu’elle, Darrell la regardait, tout à fait incapable de l’interroger. Sarah fut la première à retrouver sa présence d’esprit.
— Mademoiselle Milly, — dit-elle en essayant de prendre dans ses bras la pauvre femme, — qu’est-ce qu’il y a?... qu’est-il arrivé?... dites-le-moi, ma chère enfant!...
Au son de cette voix familière, les yeux fixes de Millicent remuèrent, et la jeune femme éclata de rire.
— Grand Dieu! — s’écria Darrell, — cet homme l’a rendue folle !
— Oui, folie! — répliqua Millicent, — folle!... Qui peut s’étonner de cela?... Il est assassiné.... Je l’ai vu de mes propres yeux.... Sa gorge était coupée depuis une oreille jusqu’à l’autre, et le sang coulait lentement de la blessure pour agrandir la mare noire sur le parquet.... Oh!... Darrell!*... Sarah!... ayez pitié de moi.... ayez pitié de moi....
• Elle tomba à genoux en levant ses mains jointes.
— Calmez- vous, ma chère, calmez-vous, — dit Mme Pecker en essayant de la relever. — Vous voyez, ma chérie, que vous êtes avec ceux qui vous aiment.... avec M. Darrell et avec votre fidèle vieille Sally.... et tous ceux qui sont ici sont vos amis. Qu’est-ce que c’est?... Qu’est-ce qu’il y a?... Qui est assassiné?...
— George Duke.
— Le Capitaine a été assassiné?... Mais qui l’a assassiné?... Qui aurait pu faire une chose si affreuse?
Millicent secoua la tête, mais ne fit aucune réponse.
Darrell prit alors la parole pour la première fois.
— Emmenez-la, — dit-il à Sarah à voix basse. — Pour l’amour de Dieu, emmenez-la ! Ne lui faites point de questions, mais séparez-la de tout ce monde, si vous l’aimez.
Sarah obéit; ils la portèrent tous les deux en haut dans la chambre où Darrell s’était couché. Quelques cendres chaudes brûlaient toujours dans la grille, le lit était à peine dérangé, car le jeune homme s’était jeté tout habillé sur la couverture. Sarah y posa Millicent, pendant que Darrell rallumait le feu de ses propres mains.
En entrant dans la chambre, il avait pris la précaution de fermer la porte à clé, de sorte qu’ils étaient certains de ne pas être dérangés ; mais ils pouvaient entendre les voix confuses des domestiques.
Sarah ôta les souüers mouillés de Millicent, et lui baigna le front.
— Il y a du sang sur son front ! — dit-elle, — et du sang sur ses habits! la pauvre chérie! qu’a-t-on pu lui faire?
Darrell posa sa main sur son épaule, et la femme de l’aubergiste s’aperçut que cet homme si fort tremblait violemment.
— Écoute-moi, Sarah, — lui dit-il, — quelque chose d’horrible est arrivé au Manoir. Quoi? Dieu seul le sait, car cette pauvre fille, qui est à présent presque folle, n’en peut rien dire. Il faut que j’aille avec Samuel voir ce que c’est.... Rappelle-toi qu’il ne faut permettre à personne d’entrer dans cette chambre, pendant que je serai absent. Tu comprends, n’est-ce pas?
— Oui!... oui!...
— Tu veilleras toi-même sur ma malheureuse cousine, et tu ne permettras à aucun être humain de la voir?
— Non, monsieur Darrell.
— Et toi-même, tu ne la questionneras pas, et si elle essaye de parler, tu l’en empêcheras.
— Oui, oui, la pauvre chérie, — dit Sarah se
penchant trendrement sur Millicent qui reposait sur le lit.
Darrell resta encore un instant pour contempler sa cousine. Il eût été difficile de dire si elle avait sa connaissance ou non; ses yeux étaient à demi ouverts, mais ils regardaient sans voir, et elle paraissait ne rien comprendre à ce qui se passait autour d’elle; sa tête reposait sur l’oreiller, ses bras pendaient impuissants le long de son corps
— Vous reviendrez, — dit Sarah, — quand vous aurez découvert...?
— Ce qui est arrivé là-bas?... Oui, Sarah, je reviendrai tout de suite.
Il descendit l’escalier, et dans le vestibule il trouva l’un des constables du village, qui demeurait à côté de Y Ours-Noir, et qui avait été éveillé par un valet d’écurie officieux, désireux de se distinguer dans cette affaire.
— Savez- vous quelque chose, monsieur Darrell ? — demanda cet homme.
— Rien de plus que ce que ces gens peuvent vous dire, — répliqua Darrell; — j’allais justement au Manoir.
— Bien ! j’irai avec Votre Honneur, si cela ne vous dérange pas.... Quelqu’un veut-il me chercher une lanterne?
Cette demande étant un peu vague, tout le monde y répondit, et toutes les lanternes qu’on put trouver dans l’établissement furent immédiatement mises à la disposition du constable.
Ce fonctionnaire en choisit une pour lui, et en donna une autre à Darrell.
— Maintenant, monsieur Markham, — dit-il, — plus tôt nous partirons, mieux cela sera.
Mais l’officieux garçon d’écurie qui avait évcilllé le
constable, et les autres domestiques de V Ours-Noir, n’avaient aucune envie d’être privés de leur part dans l’affaire; ils se formèrent donc en un espèce de cortège improvisé, armés de deux espingoles rouillées et du tisonnier de la cuisine, dans l’intention de suivre Darrell et le constable. Mais celui-ci se tourna brusquement vers eux.
— Nous n’avons pas besoin, — dit-il, — que vous vous traîniez derrière nous dans le village avec vos armes à feu. C’est désobéir à la loi sur les émeutes. Quel que soit le malheur qui puisse être arrivé là-bas, moi et M. Markham nous sommes assez grands et assez forts pour l’examiner sans votre aide.
Là-dessus, le constable ferma la porte de Y Ours-Noir sur le maître de l’auberge et sur ses domestiques, et se mit à marcher à grands pas dans la neige, suivi par Markham.
Les deux hommes ne prononcèrent pas une parole en allant au Manoir ; une fois seulement le constable demanda de nouveau à Darrell s’il savait quelque chose sur cette affaire, et Darrell répondit, comme il avait déjà répondu, qu’il n’en savait pas le premier mot. La lumière de la fenêtre ronde et sans volets de la chambre du jardin leur indiqua de loin la maison. Cette lumière était celle de la bougie de Millicent, qui brillait toujours sur la table où elle l’avait posée avant de découvrir le meurtre.
— Nous aurons de la peine à entrer, — dit Darrell, tandis qu’ils s’avancèrent à tâtons vers la terrasse, — car le seul domestique que j’aie vu dans la maison était une vieille femme sourde, et je doute que Mme Duke l’ait réveillée.
— Mme Duke est donc sortie de la maison quand le crime a été commis, et elle est accourue directement à Y Ours- Noir ?...
— Je le crois.
— C’est extraordinaire. Pourquoi n’a-t-elle pas couru d’abord chez ses voisins les plus proches pour demander du secours. L 'Ours-Noir est éloigné de plus d’un mille et demi d’ici ; il y a des maisons qui ne sont qu’à un quart de mille.
Darrell ne fit aucune réponse.
— Regardez là-bas, — dit le constable ; — nous n’aurons point de difficulté pour entrer.... il y a une porte au haut de cet escalier.
Et il indiqua de sa main la porte vitrée de la chambre du jardin, que Millicent avait laissée à moitié ouverte en s’enfuyant. La lumière qui brillait à travers l’ouverture projetait une raie lumineuse sur les marches couvertes de neige.
La neige qui tombait toujours effaçait les traces des pas.
— Savez- vous dans quelle chambre le meurtre a été commis, monsieur Darrell? — demanda le constable, pendant qu’ils montaient l’escalier.
— Je n’en sais pas davantage que vous.
Le constable poussa la porte, et les deux hommes entrèrent dans la chambre.
La bougie avait brûlé, elle était là, sur la table près de la fenêtre. Le rideau en tapisserie était tiré devant la porte. La mare noire entre le lit et le foyer s’était encore élargie, mais le foyer était froid et sombre, et le lit où George Duke s’était couché était vide
Le lit était vide. L’oreiller sur lequel la tête de George avait reposé était là, taché de son sang. La crosse de pistolet que ses doigts avaient pressée était toujours visible sous cet oreiller. Des taches de sang souillaient les draps du lit, mais le lit était vide.
— Il est sans doute descendu de son lit et s’est traîné dans une autre chambre, — dit le constable.
Et, prenant la bougie dans sa lanterne :
-tt II faut que nous examinions la maison, monsieur Markham, — ajouta-t-il.
Avant de quitter la chambre du jardin, il ferma la porte vitrée au verrou, puis, suivi de Darrell, il entra dans le corridor.
Ils examinèrent toutes les pièces de cette grande et triste maison, mais ils ne trouvèrent nulle trace du Capitaine. Les yeux perçants du constable observèrent tout, et, parmi d’autres choses, il prit note du tiroir à moitié ouvert dans le bureau de la chambre que Millicent avait récemment occupée. Dans ce tiroir, à moitié ouvert, il ne trouva rien que l’étui et les rasoirs qu’il mit dans sa poche.
— Qu’ avez- vous besoin de ces rasoirs ? — demanda Darrell.
— Il y a des taches de sang sur l’un d’eux, monsieur Markham. On en aura besoin quand cette affaire sera examinée.
Dans une des chambres, ils trouvèrent la vieille femme de charge, qui ronflait paisiblement, ignorante de ce qui s’était passé ; et, comme il leur sembla qu’ils ne pourraient rien apprendre d’elle, ils ne l’éveillèrent pas.
Les bouteilles vides, avec leurs goulots cassés, et le grand chandelier d’argent, étaient sur la table de chêne dans le parloir, tels que le Capitaine Duke les avait laissés en s’en allant coucher. La porte du vestibule était fermée par les verrous massifs exactement comme après le départ de la femme de charge. Nulle part le moindre signe de vol ni de violence, si ce n’est la mare de sang dans la chambre du jardin.
— Qui que ce soit qui ait fait le coup, — dit le constable, — cet assassinat n’a pas eu le vol pour mobile. Il y a plus qu’un brigandage au fond de tout ceci.
Us allèrent encore une fois à la chambre du jardin,
et le constable en fit lentement le tour en regardant toutes choses.
— Je voudrais bien savoir ce que sont devenus les habits du Capitaine ? — dit-il en s’enveloppant dans son manteau et en regardant le lit d’un air pensif.