‹ Le capitaine de Vautour M. E. BraddonChapitre 24 sur 26 · LE PROCÈS DE M1LLICENT · texte numérisé non relu

LE PROCÈS DE M1LLICENT

Darrell n’avait pas perdu son temps. Le noble gentilhomme écossais qu’il servait était prêt à lui donner toute assistance dans son affliction, et trois jours après l’interrogatoire devant M. Montague Bowers, le procès de Millicent fut remis aux mains d’un des avocats les plus distingués. Des officiers de police de Bow Street avaient été prendre des informations, mais, de quelque côté qu’on regardât l’affaire, elle avait toujours un aspect sinistre».

En tâchant de connaître les antécédents de Duke, on avait découvert qu’il avait bien mérité le pire de tous les destins qui auraient pu lui échoir. On fit des recherches qui prirent beaucoup de temps, et qui révélèrent que le bon vaisseau le Vautour avait été saisi et brûlé par un vaisseau français, près des côtes de Barbarie, et que le Capitaine George Duke et son second, un nommé Thomas Masterton, avaient été envoyés aux galères par le gouvernement français comme corsaires et négriers, et soupçonnés d’être

des assassins, et qu’ils s’étaient échappés tous les deux ensemble, le 1 er janvier de cette môme année.

L’avocat chargé par Darrell de préparer la défense de sa cousine croyait qu’il serait avantageux de découvrir où était ce Thomas Masterton ? dans l’espérance qu’on pourrait obtenir de lui quelque indice qui put guider dans la recherche de ce mystère, car il avait été le compagnon de l’homme assassiné.

On mit plusieurs fois une annonce dans la Gazette de Londres , et le résultat fut qu’on reçut une lettre du gouverneur de la prison de Carlisle, qui contenait des renseignements sur cet homme. Thomas Master^ ton était maintenant en prison pour quelque petit vol, et il attendait aux assises une sentence qui devait décider du sort de Mme Duke.

Un des agents de police les plus capables d’Old Bailey fut retenu par les avocats à qui était confiée la défense de Millicent. Darrell pria ces bons messieurs de n’épargner ni peine ni argent pour obtenir l’acquittement de sa malheureuse cousine, mais le défenseur secoua la tête en regardant ses notes, et il dit franchement à Markham qu’il ne voyait aucune lueur d’espoir dans cette triste affaire.

La veille du jour où l’on allait prononcer la sentence de Millicent, la diligence du Nord emmena Darrell, M. Pauncet, le procureur, et M. Horace Weldon, l’avocat de Carlisle, où le lendemain une femme délicate de vingt-sept ans devait répondre à l’accusation d’un meurtre prémédité

La veille du jugement, Sarah quitta son fils mourant. La pauvre femme vint à Carlisle accompagnée de Samuel, qui était un des témoins cités par l’accusation, et dont l’esprit était presque perdu par la responsabilité de sa position.

Les rayons d’un froid soleil de mars éclairaient tous

les coins du palais de justice, rempli d’une multitude confuse quand on conduisit Millicent à sa place, sur le banc où l’on met les criminels pour répondre à une accusation de meurtre. Sa santé était tellement affaiblie par son long emprisonnement, que ses gardes furent pris de compassion pour elle, et lui permirent de s’asseoir pendant l’interrogatoire.

Cinquante années après, des gens qui demeuraient à Carlisle pouvaient raconter l’histoire de cette tête blonde éclairée par les faibles rayons du soleil du printemps, et de cette figure délicate, amaigrie et flétrie par l’anxiété et la souffrance, mais' toujours trèsbelle dans sa calme blancheur.

— Non coupable!

La voix distincte et argentine avec laquelle ces deux mots furent prononcés pénétra jusqu’au coin le plus éloigné du tribunal. Il y avait une conviction générale parmi les assistants que cettè faible femme avait certainement commis le crime horrible dont elle était accusée. La foi dans la sorcellerie n’était pas encore éteinte dans ce pays du Nord. Cette jolie femme, qui s’asseyait là avec une tranquillité presque surhumaine, était-elle soutenue dans son procès par le diable lui-même ? Sa jeunesse et sa beauté étaient contre elle dans l’opinion de ces simples gens du Nord. Ses pareilles n’avaient-elles pas été brûlées sur un bûcher pour des crimes semblables au meurtre de Duke? et qui, si ce n'est le diable et ses acolytes, aurait pu lui donner le pouvoir de commettre le crime et de porter le corps de son mari par un escalier en pierres et à une distance de près de quarante mètres? Car c’était un point remarquable que, plus incroyable et plus impossible était le crime qu’on supposait avoir été commis, d’autant plus déterminés étaient ces gens dans leur conviction de la culpabilité de l’accusée.

Les preuves fournies par les témoins étaient semblables à celles exposées et fournies naguère devant M. Montague Bowers. Samuel devint encore vague et obscur quand il s’agit de l’identité de George Duke, capitaine du Vautour, avec ce fantôme, ce revenant qui était apparu à trois reprises différentes dans le courant de ces sept dernières années.

Les provinciaux écoutèrent avec un intérêt ardent l’histoire du revenant, mais on n’en pouvait rien conclure qui pût jeter quelque lumière sur le meurtre affreux qui avait été commis au Manoir de Compton.

Samuel, dans un interrogatoire où on lui fit des questions captieuses pour voir s’il se couperait, raconta fidèlement la première apparition du revenant qui avait eu lieu dans le crépuscule d’un soir d’octobre, et il continua de dire que la prisonnière actuellement devant la cour avait vu le même fantôme trois mois après sur la jetée de Marley ; il dit aussi que le revenant s’était présenté de nouveau le soir même où le meurtre avait été commis, et qu’il avait amené avec lui un cheval en mauvais état, maigre, mais qui était positivement de chair et de sang, et qu’un maussade valet d’écurie était venu chercher ce cheval, qu’il n’avait pas voulu dire d’où il venait, ni par qui il était envoyé, mais qu’il avait payé l’argent pour la nourriture du cheval, l’avait monté, et s’en était allé.

Tout ceci avait une telle allure de sorcellerie, que cela produisit plutôt une prévention contre Millicent qu’en sa faveur. Il y avait évidemment du sortilège au fond de cette affaire, et il était très-probable que cette sorcière aux cheveux blonds avait le pouvoir de faire venir sa victime dans deux ou trois endroits à la fois pour l’accomplissement de ses desseins impies.

Or, pendant que les faits racontés par Samuel pro-

duisaient cet effet sur la portion ignorante de l’assemblée, les auditeurs plus instruits croyaient que l’histoire entière était quelque création confuse qui sortait de l’esprit troublé de Pecker, comme les ombres vaporeuses et les feux follets sortent d’un sol marécageux et fangeux. M. Weldon, l’avocat chargé de la défense de Millicent, était tout à fait de cette opinion, et il n’aVait que très-peu d’espérance qu’en suivant ce guide il en pût résulter quelque bien, car» au lieu d’éclaircir l’affaire, il ne faisait que la rendre plus obscure. Si une douzaine d’ombres du Capitaine étaient apparues simultanément dans une douzaine d’endroits différents, le fait de leur apparition n’aurait pas pu faire disparaître l’autre fait, celui de la disparition du marin, la mare de sang qui était sur le parquet de la chambre du jardin, et la terrible série de preuves contre l’accusée, preuves fondées sur un concours de circonstances qui lui étaient défavorables, et qui rattachaient Millicent au crime affreux qui avait été commis.

Ce fut une tâche cruelle pour Darrell de se placer sur le banc des témoins et de répondre aux questions que l’avocat de la Couronne lui posa, car il savait bien que chaque mot qu’il disait ne pouvait qu’aider à la condamnation de sa malheureuse cousine. Quand on lui demanda s’il n’avait jamais vu le fantôme du Capitaine, il raconta la rencontre qu’il avait faite sur les bruyères de Compton, quand on l’avâit volé et blessé, et aussi l’histoire que Ringwood le jeune seigneur lui avait racontée de sa rencontre avec un homme, qu’il avait cru être Duke, dans une maison de Chelsea.

La mère Meggis, la femme de charge sourde, Hugk. Martin, le constable, et Sarah furent alors interrogés, avec le même résultat quadans l’occasion précédente, et le procès fut terminé. Il y avait des preuves acca- >

blantes contre la malheureuse femme qui était devant le tribunal.

Une pendule en dehors du palais de justice sonna trois heures à l’instant où l’avocat de la Couronne s’assit. Plus de la moitié du jour avait été employée à l’interrogatoire de ces témoins.

Après avoir lu la déposition faite par Millicent devant M. Montague Bowers, le défenseur fit un com- . mentaire sur les faits qui y étaient mentionnés.

— Il y a deux ou trois choses, messieurs les jurés,

— dit-il, — sur lesquelles je désire attirer votre attention particulière. La première est l’ invraisemblance de la supposition que ma cliente, une femme faible et délicate, dont la santé était tellement affaiblie par la surexcitation et l’agitation qu’elle avait subies, aurait eu assez de force pour porter le corps d’un homme robuste pendant une distance de quarante mètres, et, en outre, de briser la glace épaisse, et de jeter le susdit corps dans l’étang où le cadavre qu’on dit être celui de George Duke a été trouvé. Cependant, convenons que ce qui serait très-difficile à aucun être raisonnable soit possible, est-ce que ma cliente, après avoir fait un effort presque surhumain pour cacher la principale preuve de son crime, se serait hâtée de faire connaître le fait par une révélation qui n’était pas nécessaire ? Une pareille conduite n’aurait pu être suggérée que par l’aliénation mentale, et sa déposition, que je tiens dans ma main, et que je viens d’avoir l’honneur de vous lire, n’admet pas une telle explication. Tout y est clair et lucide, il n’y a point de contradiction, point d’inconséquence. Ma cliente raconte les événements de cette terrible nuit sans aucune hésitation et sans aucune réticence. Tout y est dit, à partir du moment où elle a été laissée seule avec le Capitaine Duke,

* jusqu’à celui où elle est entrée dans sa chambre et

l’a trouvé blessé dans son lit; et cependant, messieurs, c’est sur cette déposition faite volontairement par ma cliente que vous voudriez fonder la supposition de sa culpabilité. Mettez de côté cette déposition, et quelle preuve avez-vous qu’un meurtre ait été commis ? Aucune !... Une mare de sang dans la chambre où dormait l’homme qu’on ne pouvait pas d’abord retrouver, et la découverte d’un corps trop décomposé pour être reconnu. Ces faits, avec la disparition de Duke, sont les seules choses que nous ayons entendues aujourd’hui, et ces faits ne forment pas une preuve suffisante qu’un meurtre ait été commis. Le Capitaine aurait pu se rompre une artère, et il aurait pu quitter Compton par sa propre volonté, pour quelque projet que nous ne pouvons pas approfondir, ne connaissant pas le mobile de sa conduite. J’appellerai tout à l’heure un témoin qui prouvera que cet homme était un scélérat et un coquin, qu’il a passé sept ans de sa vie aux galères, et qu’il s’en était seulement échappé trois semaines avant son retour à Compton. C’était un misérable capable de tous les crimes. Sa disparition peut être un complot affreux par lequel il espère se venger sur cette malheureuse' femme. Ne rejetiez pas ces suppositions parce qu’au premier coup d’œil elles vous semblent improbables: — elles ne peuvent pas être plus incroyables que la supposition de la culpabilité de ma cliente. Un sang innocent a été trop souvent répandu par suite d’erreur judiciaire. L’affaire d’Ambroise Gwinett, qui sans doute vous est connue, peut fournir un parallèle singulier avec celle que nous devons décider aujourd’hui. Ma première proposition est que peut-être aucun meurtre n’a été commis; ma seconde proposition est que, si Duke a été vraiment assassiné, il est tombé victime de quelque personne* ou de quelques personnes inconnues qui avaient un intérêt

à le faire mourir. Aucune chambre n’était plus facile à ouvrir que celle où il était couché, et une personne désirant entrer dans cette maison entrerait naturellement par la porte de cette chambre, qui, selon la déposition de ma cliente et celle de Marthe Meggis, la gouvernante, était seulement fermée par un verrou. Il a fallu que la chambre fût envahie par quelque personne dont l’intention était de piller la maison, qui pensait que la femme Meggis était la seule habitante, et qui ne savait pas que Duke fût là. Le meurtrier, quel qu’il fût, a été sans doute dérangé dans son horrible occupation par l’entrée de ma cliente, qui dit dans sa déposition qu’elle a eu beaucoup de peine à ouvrir la porte. Il a donc bien eu le temps de se cacher avant qu’elle entrât dans la chambre. Immédiatement après avoir fait la découverte de l’assassinat, elle s’enfuit de la maison, laissant tout en sûreté pour l’assassin. Il a fallu que deux heures s’écoulassent dès ce moment jusqu’à l’arrivée de Hugh Martin et de M. Darrell; pendant cet intervalle, le meurtrier a bien eu le temps de cacher le corps et d’emporter les habits de sa victime; car il faut vous rappeler que toutes traces des vêtements que Duke portait avaient disparu quand le constable et M. Markham firent leur première enquête au Manoir- Je vous demande, messieurs les jurés, si pour un instant vous croyiez que ma cliente soit coupable, que pensez- vous qu’elle ait fait de ces habits? Quel temps, quel moyen, quelle occasion avait-elle pour cacher les lourds vêtements que portait son mari? Moi, je réponds sans hésitation qu’elle n’en a eu aucun.

M. Horace Weldon finit sa plaidoirie par un appel éloquent aux jurés.

Thomas Masterton fut le premier témoin qu’on ap^ pela pour la^éfen^e.

H fat très difficile d’obtenir la vérité de cet homme ; il riposta à toutes les questions qu’on lui posa d une manière qui aurait excité beaucoup d’admiration à Old Bailey ; mais il avait un praticien d’Old Bailey à combattre, qui l’obligea à dire comment lui et Duke avaient pu s’échapper des galères.

Toutes les oreilles écoutaient tout ce que cet homme disait, tous les yeux le regardaient fixement, pendant qu’il raconta son histoire, et toutes les personnes présentes tressaillirent d’horreur en voyant le changement qui se fit soudain dans la contenance de ce! ' qui parlait.

Au milieu d’une phrase, Masterton s’arrêta, et les joues pâles et blêmes, les yeux tout grands ouverts, il regarda à travers les têtes des avocats et celles de la foule qui entouraient la porte du palais de justice, qui était dans une position un peu élevée, et communiquait par un perron à la partie principale du bâtiment.

Un homme qui venait d’entrer dans la salle se tenait au sommet de ce perron, isolé de tous les autres spectateurs. Il parlait à voix basse à un agent qui était près de lui ; il avait l’air de lui confier un message, et il semblait, aux manières de l’homme, que l’affaire de l’inconnu n’était pas une affaire ordinaire.

— Pourquoi vous arrêtez-vous, monsieur Masterton? — demanda le défenseur de Millicent.

Le témoin leva lentement la main, et désigna du doigt l’étranger qui était au sommet du perron.

— Parce que le Capitaine George Duke vient d’entrer dans la salle.

Il y eut un mouvement parmi la foule des spectateurs. Millicent était restée tranquillement assise sur le banc des criminels, la tête penchée en avant, et les mains posées sur ses genoux ; pendant tout le procès, elle avait eu l’air d’un spectateur qui n’avait aucun

intérêt h ce qui se passait, 3t à qui l’issue de l’affaire était bien indifférente ; mais quand Masterton dit ces mots, elle leva la tête et regarda dans la direction que la main du témoin avait indiquée, et elle articula un faible cri de terreur.

Elle ne s’évanouit pas, mais elle s’assit comme une personne transfigurée; ses yeux bleus étaient ouverts autant qu’ils pouvaient l’être, et elle regarda l’inconnu avec une profonde horreur.

— Encore!... — murmura-t-elle, — encore!... encore!... »

L’agent à qui le nouveau venu avait parlé se fraya un chemin à travers la foule, et il dit quelques mots tout bas à l’oreille de l’avocat de Millicent.

L’avocat se tourna vers le juge avec un geste de surprise.

. — Milord, — s’ccrla-t-il , — j’ai toujours été moimême convaincu de l’innocence de ma cliente, et je confesse franchement que ma liste de témoins n’était pas très-forte, mais à présent je suis en droit d’appeler un nouveau témoin.... je suis à présent endroit de déclarer qu’aucun meurtre n’a été commis, et que George Duke est dans ce moment-ci devant le tribunal.

— Non.... non.... non!...

C’était des lèvres de la prisonnière que ce faible murmure s’échappa; mais à ce moment tous les yeux étaient fixés sur l’étranger aux yeux bruns, qui était maintenant placé sur le banc des témoins, Masterton ayant cédé sa place au nouveau venu. ♦

— Restez où vous êtes, monsieur Masterton, — dit l’avocat de Millicent; — peut-être aurons-nous besoin de vous tout à l’heure.

Le marin se recula de quelques pas sur le banc des témoins, regardant d’un œil fixe le nouveau venu.

Sa figure portait une expression particulièrement em-

barrassée, et il grattait sa tête rasée avec un geste , lent et réfléchi.

— Puis-je vous demander, monsieur le Capitaine Duke , — dit le défenseur, — pour quelle raison il vous a plu de vous absenter jusqu’à ce que votre femme ait été mise sur le banc des criminels sous l’accusation d’un meurtre prémédité sur votre personne?

Il commençait à faire sombre dans les coins les plus reculés du palais, et l’obscurité avançait aussi lentement sur les bancs des criminels et ceux des témoins. Deux ou trois huissiers commencèrent à allumer les bougies dans les flambeaux à bras de cuivre; mais la lumière rouge du soleil couchant n’avait pas entièrement disparu du bâtiment, et les grandes fenêtres étaient rouges de la dernière lueur du jour.

Dans cette demi-lumière, l’homme qui était sur le banc des témoins regarda lentement autour de la salle, examinant avec soin les figures anxieuses tournées vers lui. En regardant ainsi, il ne pouvait pas voir le visage blême de l’accusée, ni ses yeux fixés comme • des yeux qui regardent un revenant.

— Je suis resté absent, — dit l’homme, — parce que je n’avais pas reçu un accueil très-agréable de ma femme. Nous nous étions querellés avant que je me couchasse, et ayant trop bu, et étant découragé par l’accueil que j’avais reçu, je pensai que la vie était si peu de chose, que je me suis coupé la gorge, dans l'espoir d’en mourir; mais, quoique j’aie perdu assez de sang pour guérir vingt malades de la fièvre, je ne me suis pas fait d’autre mal que de me rendre raisonnable. De sorte que j’ai étanché la blessure en m’enveloppant la gorge d’un fichu de laine, et que je suis sorti aussitôt de la maison, ayant l’intention de ne jamais revoir la femme qui est ici présente. J’ai marché dans la campagne pendant une distance de seize

milles, et j’ai pris une place dans la diligence il’ York d’où j’allais à Londres, où je suis resté depuis. Il y a trois jours que par hasard un paragraphe d’un journal m’a appris le mal causé par mon absence. J’ai pris immédiatement ma place dans la diligence du Nord, et me voici pour justifier ma femme de l’accusation qu’on a portée contre elle.

L’homme regarda autour de lui quand il eut fini de parler. L’avocat de Millicent froissa ses papiers dans sa main. Il y eut un peu de désappointement parmi les spectateurs. L’affaire se terminait d’une manière très-ordinaire, et le Capitaine Duke devait avoir honte de se jouer ainsi d’une assemblée anglaise.

L’avocat de la Couronne se leva dans cette conjoncture.

— Mon savant collègue a oublié, — dit-il, — que la personne qui dit être le Capitaine Duke n’a été reconnue que par un homme, et que cet homme est un témoin pour la défense. Messieurs les jurés auront besoin d’une preuve plus forte de son identité avant d’admettre qu’aucun meurtre n’a été commis.

— Je ne crains rien, — répliqua l’avocat de Millicent; — appelez Samuel et Sarah Peker, Darrell Markham, Marthe Meggis et Hugh Martin.

On appela les témoins.

— Soyez assez bon, Capitaine Duke, pour vous pla-

cer dans l’endroit le plus éclairé de la salle, — dit l’avocat. /

L’homme s’approcha et se plaça dans la pleine lumière des bougies. Il portait les mêmes habits qu’il avait portés la nuit de son arrivée à Compton : l’habit bleu usé, aux boutons de marine , et orné de fragments de galons ternis; les bottes fortes, et le gilet qui montrait la corde, et le chapeau à trois cornes usé par le mauvais temps. Ses cheveux blonds ardents

étaient attachés par un ruban, et ses yeux bruns avaient la même expression cruelle qu’on pouvait se souvenir d’avoir vu briller dans ceux de George Duke.

L’un après l’autre, les témoins attestèrent son identité. Hugh Martin, le constable, fut le dernier à jurer.

— Je connaissais très-bien le Capitaine Duke, — dit-il, — et je peux jurer que celui que je regarde n’est nul autre que lui. Si l’on désire une (meilleure preuve de son identité, je crois que je peux la donner.

— Donnez-la, alors, il nous la faut absolument, — reprit l’avocat de Millicent.

Le constable prit quelque chose dans la poche de son gilet et le présenta au défenseur. C’était | un de ces boutons que portent les marins avec un fragment de drap bleu usé attaché à la monture.

— Je l’ai ramassé dans le parloir de chêne du Manoir de Compton , la nuit où l’on a supposé que le meurtre avait été commis, — dit Hugh. — Je crois que vous le trouverez pareil aux autres qui sont sur l’habit de cet individu.

Quand on l’examina, on trouva qu’il était pareil aux autres; ils étaient d’une fabrique étrangère et portaient les armes du Roi d’Espagne : on n’avait jamais acheté ces boutons-là à Londres.

— Messieurs les jurés, — s’écria Horace Weldon, — il n’est pas nécessaire de vous retenir plus longtemps, il n’est pas nécessaire de presser M. le Capitaine Duke de nous dire les motifs qu’il a eus pour tenir une conduite si extraordinaire. Il a été reconnu devant le tribunal par six témoins. L’innocence de ma cliente est si apparente que je vous demande de l’absoudre sans quitter vos sièges.

Le juge parla très-brièvement.

— Messieurs les jurés, r— dit-il, — je suis d’accord avec l’honorable défenseur. La chose me semble très-

simple, et ce que vous avez à faire est assez clair. t>

Les jurés se parlèrent entre eux à voix basse; il y eut dans la foule un murmure de satisfaction réprimé et un cri convulsif de Sarah. Le principal juré se leva et adressa la parole au juge :

— Nous trouvons la prisonnière innocente.

Cette fois les applaudissements éclatèrent bruyamment.

Pour la première fols, pendant cette journée, Millicent se leva de son siège, et se tournant vers les jurés qui venaient de l’acquitter, elle dit avec une calme résolution :

— Je vous remercie , messieurs , de votre bonté pour moi, mais, cet homme-là n’est pas mon mari 1

L’avocat de Millicent s’était assis, et était occupé à rassembler ses papiers. Il se leva lorsqu’elle parla.

— Messieurs , messieurs ! — dit-il, — les événements d’aujourd’hui ont dérangé l’esprit de ma cliente. Je vous prie de n’y faire aucune attention. Monsieur le Capitaine Duke, emmenez votre femme.

— Je répète, — dit Millicent, — que cet homme n'est pas mon mari.

— Oh! je l'ai bien dit ! je savais bien comment cela finirait, le jour où elle m’a parlé dans son cachot, la pauvre et innocente chérie, — s'écria Sarah en se tordant les mains, tandis qu’elle et Darrell s’avançaient pour emmener Millicent du tribunal. — Je savais bien que ces cruelles souffrances la rendraient folle.

— Que les amis de Mme Duke l’emmènent du tribunal, — dit le juge.

— Je ne bougerai pas avant que j’aie parlé, milord, — s’écria Mme Duke. — Est-ce que je parle comme une folle et en ai-je l’air? Cet homme n’est pas mon mari. George Duke a été tué dans la nuit du 30 janvier dernier. C’est son cadavre que j’ai vu étendu dans la

chambre du jardin, le sang en coulait par une grande balafredans la gorge. Quant à cet homme qui est là, ce n’est pas une chose nouvelle pour moi de voir l’ombre de mon mari. Je l’ai vue, il y a sept ans, sur la jetée de Marley, lorsque les horloges de l’église sonnèrent minuit.

L’histoire du fantôme du Capitaine Duke, que Samuel avait racontée, frappa l’esprit des spectateurs, et mainte joue devint pâle à la pensée que l’homme, qui était debout et sur qui la lumière brillante des bougies frappait, pouvait être une ombre.

L’homme lui-même regarda Mme Duke d’un air renfrogné.

— Ma femme est folle, — dit-il. — Faut-il que nous restions ici toute la nuit pour écouter son délire?

— Quelqu’un veut-il faire à cet homme deux ou trois autres questions? — dit Mme Duké.

Le défenseur de Mme Millicent Duke lui répliqua :

— Oui, madame, si vous le désirez réellement.

— Oui, je déclare que je le désire très-ardemment.

— Alors, je suis à vos ordres.

— Demandez-lui s’il a en sa possession une seule boucle d’oreille, un diamant monté en or indien d’un travail curieux, fin et délicat.

L’homme prit dans sa poche de gilet un petit sac en toile, en tira le bijou et le donna à l’avocat.

— Peut-être cela contentera-t-il ma femme? — dit-il.

— Le bijou est d’accord avec votre description, madame Duke, — dit l’avocat, — êtes-vous contente?

— Pas encore; soyez assez bon pour lui demander ce que mon mari m’a dit quand il a pris ce bijou?

L’homme sourit

— Qu’est-ce qu’un mari aurait pu dire à sa femme en recevant un souvenir d’elle, — reprit-il; — que dirait-il, si ce n’est de lui promettre de le garder

fidèlement, et de ne pas le donner à quelque femme qu’il pourrait rencontrer dans les pays étrangers ?

— Vous l’entendez, vous l’entendez! — s’écria Millicent, — il ne peut pasmedire ce que GeorgeDukem’a dit, quand il a reçu ce bijou de mes mains, fi y a sept ans. Il m’a dit que, n’importe qui viendrait à moi, se disant mon mari, serait un imposteur s’il ne pouvait montrer ce bijou.

— Alors, — dit l’avocat en haussant les épaules avec impatience de la sottise de sa cliente, — maintenant que cette personne peut montrer le bijou, c’est une nouvelle preuve de son identité.

Millicent porta la main à son front et demeura silencieuse pendant quelques minutes.

— Qui que ce soit qui a assassiné mon mari on a emporté ses vêtements. Cette boucle d’oreille était dans la poche de son gilet.

Il y avait dans la sincérité de celle qui parlait une ardeur qui portait la conviction dans l’esprit de ceux qui l’écoutaient. M. Horace Weldon croyait réellement que l’homme qui était là était George Duke, le Capitaine du Vautour. Cependant, et malgré lui, il était ébranlé dans sa conviction par les paroles et par l’aspect de cette femme si calme, qui semblait vouloir attacher de nouveau la corde qu’on venait de détacher de son cou.

L’avocat de Millicent était habile à étudier les physionomies, et il fixa ses yeux sérieux sur la figure de l’homme qui se tenait sur le banc des témoins. Ensuite il regarda un peu à droite, où le digne Thomas Masterton était debout sous la garde d’un des agents, étant, comme nous savons, seulement élargi pour le moment de la prison pour assister à ce procès. Les deux hommes se regardèrent sérieusement, et la bouche de Masterton remua avec une contorsion par-

ticulière, qui pouvait être ou un mouvement convulsif ou un signal.

C’était un signal, car il fut accompagné d’un geste de la main; une espèce de geste très-commun parmi les voleurs et les vagabonds français.

— Comment osez-vous faire des signes à cet homme*! — s’écria l’avocat en regardant Masterton d’un œil fixe et sévère.

— Que cet homme me fasse le contre-signe, — dit Thomas, — s’il le peut! S’il ne le peut pas, il n’a jamais été aux galères, et il n’est pas George Duke.

— Il n’est pas George Duke?

— Non, j’en ai douté depuis que j’ai affirmé son identité. S’il est George Duke, qu’il se déshabille et montre ses épaules nues devant le tribunal. S’il est George Duke, qu’il montre sur son dos la marque des criminels, qu’il montre une marque pareille à celle que je peux montrer, car George Duke et moi nous ayons été pris le même jour, et nous avons été marqués le même jour.

— Je présume que vous n’aurez aucune répugnance à faire cela, monsieur le Capitaine Duke? — dit l’avocat après une pause.

La figure de l’étranger devint rouge de colère.

— Parbleu l — s’écria-t-il, — j’ai une certaine répugnance à le faire. Du diable! messieurs, est-ce qu’il faut qu’un homme se déshabille devant un tribunal pour montrer une marque honteuse que les ennemis de son pays ont brûlé dans sa chair, afin de prouver son identité, après qu’une demi-douzaine de témoins en ont juré? Est-ce qu’il faut qu’un homme fasse cela parce qu’il plaît à une femme folle de renier son mari? Pardieu! c’en est assez pour remuer labile du plus grandlâche qui ait jamais marché sur le sol britannique.

Comme il parlait, il regarda d’un air de défi autour

de lui; et il y eut un murmure d’applaudissement dans la salle.

— Voyons, monsieur, voyons, — dit le juge, — je ne désire pas vous faire faire quelque chose qui vous soit désagréable, mais il me semble que nous nous enfonçons dans un mystère que, peut-être, nous ne pourrons jamais éclaircir. Voici cinq personnes qui jurent que vous êtes George Duke, et en voici deux autres qui jurent que vous ne l’êtes pas. Il faut que la question soit décidée avant que vous quittiez ce tribunal, ou Millicent Duke ne le quittera pas avec une réputation sans tache. Il n’est pas nécessaire que vous vous déshabilliez devant tout le tribunal ; vous pouvez vous retirer avec deux personnes nommées par moi, et leur montrer la marque du fer.

L’homme resta silencieux, puis, après une longue pause, il regarda autour de lui d’un air résolu, et dit :

— Et si je nie que j’aie jamais été aux galères?

— Alors vous mettrez de nouvelles difficultés dans l’affaire, — reprit le juge. — Thomas Masterton a juré que lui et George Duke avaient été pris ensemble sur

le Vautour, le jour où il a été brûlé parles Français, ' qu’ils ont été jugés ensemble, et qu’ils se sont échappés ensemble dans les premiers jours du mois de janvier dernier.

— Tout cela est bien vrai, milord, — dit Thomas avec fermeté.

A ce moment, une faible voix s’interposa, une figure pèle se montra parmi la foule qui entourait Millicent, et Pecker, de l 'Ours Noir, réclama l’attention de la cour.

— Je sais qui c’est, — dit-il; — c’est le revenant!... le fantôme qui m’a demandé quel chemin il fallait prendre pour aller à, Marley; le revenant que M. Darrell a rencontré sur les landes de Compton ; le fantôme que Mme Millicent a vu sur la jetée de Marley.

C’était quelque chose d’ étonnant de voir l’animation du petit aubergiste. Masterton frappa de sa main sur la barre de bois devant lui.

— Fantôme ! — cria-t-il. — Que Dieu nous bénisse! Cet homme n’est point un revenant. Je sais qui il est. L’idée m’en est venue juste en ce moment, et j’étais un fou de ne pas y penser. Cet homme est le plus grand ennemi de George Duke.

Un changement affreux fut visible sur la figure de l’homme lorsque Masterton dit ces mots, et il regarda à la dérobée autour de lui, comme s’il cherchait comment il pourrait sortir de la salle; mais il était tellement entouré qu’il ne pouvait pas plus s’échapper que s’il eût été lié par des chaînes de fer.

— Comment!... comment!... monsieur Masterton, — dit le juge, pendant que les spectateurs étonnés regardaient le marin.

— Je dis que cet homme est celui que George Duke haïssait plus que le Capitaine français qui a brûlé son vaisseau, ou le juge qui l’a condamné aux galères. Cet homme est le frère jumeau de George Duke.

— Son frère!

— Oui, son frère jumeau, et il lui ressemblait tant que sa mère n’a jamais pu les distinguer quand ils n’étaient pas ensemble. Le Capitaine m’a raconté toute l’histoire pendant un calme plat, près des côtes d’Afrique. George se fit marin et s’enfuit quand il avait quinze ans. L’autre, James, a été un voleur et un scélérat depuis qu’il a pu marcher seul ; Georges avait maintes fois payé pour les péchés de son frère, car aucun magistrat et aucun constable ne pouvaient distinguer l’un des jeunes gens de l’autre. James était un menteur et un poltron, toujours prêt à s’en aller tête baissée quand il y avait du danger, et à laisser son frère George dans l’embarras, et quelques tours pa-

LE cap. ou Vautour. 19

reils à celui-là ne dissipaient pas la haine qui existait entre eux, de sorte que quand George Duke se fit marin, le dernier mot qu’il a dit en quittant l’Angleterre a été pour maudire son seul parent vivant et son frère jumeau. Remarquez, — ajouta Thomas Masterton, — que je vous raconte l’histoire comme le Capitaine me l’a racontée. James Duke et moi nous ne nous sommes jamais rencontrés avant ce soir, mais je sais une personne qui le connaît très-bien.

— Voilà une singulière histoire, — dit le juge, — et s’il ne peut pas la contredire, elle prouve que cet homme est coupable d’un parjure.

— J’ose dire qu’il ne peut pas la contredire, milord, — interposa l’avocat de Millicent, — si cet homme qui porte les habits que George Duke a portés la nuit de sa disparition n’est pas George Duke, comment rend-il compte de la possession de ses habits, milord'? J’ose dire que cet homme est l’assassin de son frère. Il est reconnu par Sarah Pecker comme étant l’homme qui est venu h Y Ours-Noir quelques heures avant que le meurtre fût commis. Il a laissé un cheval à l’auberge pendant trois jours, et, au lieu de revenir luimême, il y a envoyé un commissionnaire le chercher. Il se présente aujourd’hui devant ce tribunal avec une histoire invraisemblable, afin de se faire passer pour le mari de mistress Duke, et pour obtenir la possession de sa fortune. Où a-t-il été et qu’a-t-il fait depuis la disparition de George Duke 4 ? Qu’il produise des témoins pour répondre à ces questions, et en même temps qu’il soit arrêté sous la prévention d’avoir commis un parjure et un meurtre. Je vous demande, milord, d’ordonner qu’on arrête cet homme.

Le juge donna son approbation à l’idée exprimée par son savant collègue, et le fantôme de George Duke, ou son ombre, ou soç frère jumeau, fut em-

mené du tribunal, etécroué dans la prison de Carlisle, jusqu’à ce qu’on eût trouvé des renseignements qui pussent lui rendre la liberté ou qui justifiassent son emprisonnement jusqu’aux assises prochaines.

Les vigoureux bras dé Darrell portèrent Millicent hors du tribunal. Son faible corps céda à la fin, et elle s’évanouit pendant que Masterton racontait son histoire.

De bonne heure, le lendemain, on la ramena à Compton-des-Bruyères, pas à la vaste et vieille maison où le meurtre avait été commis, mais à une agréablç chambre de l’ Ours- Noir , où elle fut fidèlement servie par Phœbe, la jolie femme de chambre, Sarah étant tout occupée à soigner son fils.

La carrière de Henri Masterton, autrement le Capitaine Fanny, autrement sir Lovel Mortimer, était presque finie ; il languit pendant une quinzaine de jours après le procès de Millicent, et il conserva toutes ses facultés jusqu’à son dernier soupir ; il fut frappé d’étonnement quand il entendit le récit du procès de Carlisle.

— Je croyais sincèrement que c’était James Duke qui avait été assassiné, — dit-il, — et que la malheureuse

femme avait commis le crime dans un accès de folie

ou de désespoir; mais je peux révéler quelque chose sur cette affaire et justifier la réputation de cette dame; je ferai ainsi un acte de justice avant de mourir ; mais je ferais mieux de faire un serment et de raconter mon histoire devant témoins, car peut-être cela aidera-t-il à faire pendre cet homme , ce James, qui, quant à cela , sera mieux hors de ce monde que dedans, car il n’a jamais fait de bien ni rendu le moindre service à aucune créature humaine.

Le soir, en présence de sa mère, de Samuel et de l’attorney Selgood, le Capitaine Fanny fit une déposition qui fut écrite avec soin par l’homme de loi, et qui fut ensuite signée par l^malude.

Dans cette déposition, le bandit dit comment James Duke avait d’abord été son camarade, puis ensuite son complice ; comment, dès le principe, ce James Duke avait été un fort mauvais drôle, si maussade et si sournois que ceux qui le connaissaient lui avaient donné le sobriquet de maussade Jérémiah , et quelquefois, à cause de sa mauvaise chance, celui de malheureux Jérémiah ; comment la haine entre les deux frères jumeaux était bien connue de ceux qui fréquentaient l’un des deux, et comment, lui, Henri Masterton, lorsqu’il avait appris la disparition de George Duke, avait pensé que James Duke pourrait profiter de cette circonstance, et se faire passer pour son frère, et obtenir ainsi lafortunedesafemme. Cette trame avait été résolue et discutée à Londres, lorsque le hasard avait fait que le bandit rencontrât sur les marches de l’église de St. Bride les nouveaux époux. Cette rencontre fortuite avait décidé James Duke à agir immédiatement. Il était parti le soir même pour Compton-des-Bruyères, après avoir reçu une somme d’argent suffisante du Capitaine Fanny, et il avait pris rendez-vous une semaine après, à Y Ours-Noir, avec le brigand, pour partager la fortune qu’il aurait ainsi acquise avec son ancien camarade et maître.

Voilà. tout ce que Henri Masterton put dire, mais cela formait un enchaînement de preuves pleines d’évidence contre l’homme qui était renfermé dans la prison de Carlisle.

Le Capitaine Fanny reposait sous un monticule de gazon, dans le cimetière de Compton-des-Bruyères, quand James Duke fut amené au banc des accusés, où Millicent s’était assise peu de temps auparavant, pour être jugé aux assises de l’été pour le meurtre de son frère George.

Anneau»par anneau on déroula la chaîne des preuves

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