‹ Le capitaine DupontChapitre 15 sur 28 · LA. REVELATION · texte numérisé non relu

LA. REVELATION

M. Leguépin était issu d'une vieille famille bourgeoise. Ses parents lui avaient laissé une fortune considérable, grâce à laquelle il aurait pu vivre sans exercer aucune profession. Mais,

— pour obéir à des considérations morales et pour donner un objet à son activité naturelle,

— après s'être marié, — comme il possédait un diplôme d'ingénieur, -^ il avait engagé ses capitaux dans une entreprise où ses connaissances techniques trouvaient leur juste application.

MaUn'ureusement, son associé, à qui incombait la gestion financière, n'était pas un honnête homme. Pendant des années, les livres comptables avaient attesté une fausse prospérité : les dépôts de fonds étaient fictifs, et il

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existait un découvert masqué par des reports de plus en plus onéreux.

La guerre ayant fait disparaître l'associé, — un naturalisé devenu tout de suite renonciateur, — M. Leguépin avait tenu à honneur de désintéresser tous les créanciers. En définitive, il s'était trouvé, à cinquante-deux ans, complètement ruiné et seul à Paris. Il était veuf et son fils, mobilisé, avait pris femme en province.

Un jour vint où iM. Leguépin n'eut plus, comme moyen d'existence, que « sa journée » de commis auxiliaire dans une administration puljlique. La grande question, alors, pour lui, fut de savoir où il allail habiter, en quittant son appartement du boulevard Malesherbes.

En dehors des meubles indispensables, — lit, chaises, tables, — il conservait encore sa bibliothèque et quelques « souvenirs » sans valeur marchande, mais fort encombrants.

Dans ces conditions, pour avoir un logement assez spacieux, il devait le chercher dans un quartier populaire de Paris.

Derrière le faubourg du Temple, il jeta son

dévolu sur une vaste «. habitation à bon marché », qui, encore propre et sans dégradation, ne sentait pas la misère par elle-même.

Il raisonna.

« Évidemment les locataires de céans sont de la plus humble espèce, — mais quoi ? J'ai dirigé des ouvriers et il ne m'a jamais été désagréable de coudoyer les gens du peuple. Au surplus, le coudoiement n'existera même pas. Je gravis l'escalier, on ne fait pas attention à moi, je ne fais attention à personne; ma porte fermée, je suis tout à mon intérieur, caché, tranquille, ignoré : le nouveau pauvre avec sa philosophie, sa dignité, sa fierté... eh oui! sa fierté !

'( En somme, il n'y aura rien de changé pour moi, au point de vue « indifférence du voisinage » : pendant les vingt ans de mon bail écoulé, l'idée ne m'est jamais venue, étant à droite, de me demander qui demeurait à gauche sur mon palier. »

Toutefois, avant d'arrêter dénni4,ivemenl le logement qui était à sa convenance, M. Leguépin voulut, — par une adroite conversation —

s'assurer que l'on respecterait sa tranquillité, son incognito. — en un mot sa liberté la plus chère, son droit personnel de n'être ni connu d'autrui, ni renseigné sur autrui.

Et le voici chez la concierge : une femme encore jeune (elle a deux enfants âgés l'un de sept ans, l'autre de huit ans), figure maigre et sans couleurs, le front contracté, les yeux inquiets, la bouche amère. Avec cela, l'ensemble de sa physionomie exprime l'énergie, la force tenace et réalisatrice. Cette ménagère représente une race, elle détient, dirait-on, un rôle éternel et nécessaire.

Après l'avoir fait asseoir, elle inspecte M. Leguépin, sans vergogne, bien en face. Il est assez grand et corpulent, les cheveux et la moustache grisonnants, une tête de vieux Parisien; le visage éclairé par ce je ne sais quoi d'intellectuel et d'élégant où se reconnaît l'homme du monde. Il est habillé en monsieur, — pardessus, chapeau rond, — mais ses anciens vêtements sont déjà assez « usagés », pour ne pas « le faire remarquer », outre mesure.

— Madame, vous connaissez le proverbe : pour vivre heureux, vivons caché... Certes, je ne fais fi de personne, mais...

La concierge interrompt d'une voix autoritaire :

— Monsieur, mes locataires ne sont pas des gens riches, mais le costume de Iravail n'empêche pas l'honnêteté ; ici, les femmes sont nu-tête, corsage et tablier; les gamins sont en galoches, les grands-pères et les apprentis en cotle et en blouse...

— Oh! madame, ma condition est des plus modestes : je suis, à tilre provisoire, commis au ministère...

Cette parole provoque un grand geste de la concierge :

— Comme ça tombe! Justement on se proposait d'adresser une lettre au ministre, rapport à la vie chère...

— C'est que, je ne suis pas le ministre...

— Écoutez voir que tout est hors de prix : le cheval devient aussi cher que le bœuf, les poireaux deux sous pièce, des vieux poireaux qui sont chauves d'avoii* traîné dans les petites voilures! Les chaussures, le cuir on dirait du carton et elles coûtent le double... Jusqu'au millet pour les serins .. Enfin, monsieur, on a une feucire, c'est pour mettre une cage, un pot de tleurs et des bas à sécher...

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M. Leguépin s'elîorce en vain de revenir à l'objet si grave de sa préoccupation :

— Je comprends ces doléances générales, — toutefois ma résolution est précisément de rester en dehors...

— Maintenant, écoulez voir le résultat : même avec les allocations, même en travaillant d'arrache-pied, on a bien de la peine à y arriver. C'est que ça mange, c'est que ça use, les gosses, — et la maison en est pleine. Interrogez-les à n'importe quelle heure, ils vous répondront qu'ils ont faim : c'est jeune, ça ne se rend pas compte...

« Et la maison a des charges à n'en plus finir ! Nous avons des gens âgés qui ont besoin d'une aide, d'un service par-ci par-là... Nous avons des femmes déjà seules, avant la g^uerre, journalières, couturières, — elles ne touchent donc que leur salaire, — arrive une maladie, il faut voir à ne pas les laisser périr. Ensuite, les femmes qui ont déjà trois, quatre enfants et qui s'en vont encore faire un tour à la Maternité,— bien, on se partage les enfants, jusqu'à leur retour. Nous avons des veuves, des mères de tués ou de disparus qui sont un peu égarées par le chagrin, — parfois il faut les remplacer

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auprès des petits qui restent, pendant qu'elles pleurent, ou, — ce qui est plus efTrayanI, — pendant qu'elles rient loules seules, dans un coin...

« Et nous avons cinq orphelins, ni père, ni mère... Bien sur, l'administration est là... Mais vous pensez bien qu'on ne les déclare pas : on les a mis frères et sœurs avec d'autres, à dire papa, maman, lout comme eux, — on ne va pas les remettre orphelins, voyons, ça ne se peut pas... Et puis il y a les maris et les fils en Irain de se batire, à qui on fait les envois nécessaires : des colis, un peu d'argent... Et quand ces poilus viennent en permission, il s'agit de les recevoir honorablement... d'autant plus que jamais un poilu de la maison ne viendra tout seul, — non, pas de cet égoïsmelà, — toujours il amènera un copain, sans famille...

<( Tout ça, pour vous dire qu'avec la vie chère, si on y arrive, c'est par une espèce de miracle, — parce qu'on se lient tous : on cotise les services, la bonne volonté, les sous... Au moindre extra, — on s'adresse les uns aux autres, on va aux portes... »

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M. Leguépin, qui écoutait, méditatif et résigné, tressaille tout à coup :

— Ah! on s'adresse!... on va aux portes!...

— Oh! permettez, — on ne s'adresse pas à tous les locataires, — les pauvres ne s'aident qu'entre eux, — et il y a pauvre et pauvre... El d'abord, il y a des égoïstes partout, — et puis il y a ceux qu'on laisse de côté par punition, à cause qu'ils ont des défauts, comme de boire ou de ne jamais trouver de travail, soidisant...

M. Leguépin, la voix un peu altérée :

— Mais, voyons, moi, par exemple... employé... habillé comme je suis... est-ce que, pour les événements de la maison, on viendra m'appeler? frapper à ma porte?

La concierge, sans hésiter :

— Vous! Soyez-en sûr!... D'abord, vous êtes seul, c'est tout indiqué : le dimanche, par exemple, quelque gosse malade à surveiller...

M. Leguépin, ébaubi :

— Ah!

La concierge, le scrutant sévèrement :

— Et surtout, je vais vous dire : c'est pas tant qu'on vous demandera, — c'est que vous devinerez, vous offrirez...

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Le visage de M. Leguépin exprime la stupeur et radmiraiion ; bouche ouverte, il conlemple cette feuime qui a le don de prophétie ; il est saisi de respect pour sa supériorité, pour sa science autoritaire. Et entin, d'un ton anxieux, il sollicite quelque précision sur la, révélation incroyable qui le concerne :

— Ah! vous supposez que je devinerai!... que j'offrirai!...

La concierge, brusque, choquée qu'il ait l'air de douter :

— Comment, si je suppose!... Mais, mon pauv' monsieur, vous ne vous êtes donc jamais regardé dans une glace?... Mais, depuis que je vous parle, vos yeux, vot' figure, vot' bouche, — c'est comme qui dirait l'hôpital de la Charité et l'hospice de la Pitié qui se disputent ensemble à qui aura le meilleur...

Alors, M. Leguépin, pétrifié :

— Je vous demanderai donc à emménager tout de suite...

riN&ÉNUE

A l'écQlè maternelle du quartier des Panouillots.

La débutante, à peine âgée de dix-huit ans, est une jeune Pille de la bourgeoisie, dont les. parents sont demeurés prisonniers dans une région envahie. On voit qu'elle a été élevée dans une bonne et saine simplicité morale : son pur visage de blonde, éclairé de grands yeux limpides, oiïre une expression comme arrondie de franchise et d'ingénuité.

Depuis le matin, tout ce qu'elle voit lui paraît nouveau et attendrissant, tout ce qu'elle entend l'étonné et la ravit. Elle aime la majesté bienveillante de la directrice et la sévérité « trop courte » de ces dames les adjointes : il y a toujours un bout de leur indulgence qui dépasse de-ci de-là. Elle aime l'air peuple et la

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mine prolifique de la femme de service : avec sa forle poitrine, sa taille épaisse, son tablier de ménagère, n'est-ce pas elle qui a mis au monde toute la marmaille de l'école?

Mais ce sont surtout les mioches qui lui plaisent. Ils lui plaisent par ce qu'ils ont de plus misérable : leurs joues fanées, leurs cheveux mal coupés, le comique et le navrant de leur accoutrement de guerre. Elle les trouve irrésistibles, avec leur frimousse éveillée, leur regard éplucheur, et ce goût affamé pour sa personne dont ils ont tout de suite témoigné entre eux :

— Tu remues ta bouche comme si que t'attendais du suc', Polyle?

— Voui, on dirait qu'elle est en suc' d'orge celte m'moiselle-là?

Maintenant, c'est dans la cour de récréalion ({ue la directrice fait d'importantes recommandations à la débutante.

Tout à coup, celle-ci demande avidement : — Madame, est-ce que je peux jouer avec les enfants?

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— Comment! si vous pouvez... vous le devez, mademoiselle.

— Oh ! quel bonheur !

La chère petite éprouvée de la guerre ! Elle a tant soupiré, tant pleuré, tant soufïert de la cruauté du sort, qu'aujourd'hui, par une réaction nécessaire, elle a besoin de jouer, elle a besoin de se mêler à la gaieté, à l'innocence enfantine.

La directrice la retient par le bas :

— Attendez ! l'organisation d'un jeu se fait toute seule, en vertu de conventions tacites. Les enfants ont, d'instinct, le sens du théâtre : pour qu'il y ait jeu, comédie, action, il faut un conflit de volontés, et pour eux, à cet égard, le monde se divise en deux sortes de personnages : les grandes personnes, dont le rôle est de commander et de se fâcher; les enfants, dont le rôle est de désobéir et de se dérober.

— Oh ! comme c'est amusant !... Alors, par le seul fait de la distribution des rôles, le canevas du jeu est donné...

— Et pour le remplissage, il suffit d'une improvisation d'autant plus facile qu'elle est la répétition de l'actualité connue de tous. Car les enfants se ressentent de l'obsession commune ;

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ils ne peuvent jouer qu'à parodier ce qu'ils ont observé autour d'eux et qui a rapport à la guerre.

— Je crois, madame, que voici justement def^ élèves de ma classe?

— Oui. La brunette nerveuse et autoritaire c'est Denise; le blond filasse, Paulol; les deux chauves, Riquet et Louisette; tout ça habite et fraternise dans la même maison. A quoi vontils jouer? Ah! bon, au papa en permission... Bien entendu, Denise est la mère, Paulot le père, Riquet et Louisette sont les enfants, sans compter cette kyrielle de figurants qui viennent s'enrôler.... Eh hien ! mademoiselle, à vous d'intervenir dans le jeu au bon moment, de façon à lui donner une impulsion morale ; votre rôle à vous, c'est de sauver la morale...

La Mère. — Allons, mes enfants, v'ià un train plein de poilus qui arrive, fouillons dans le tas pour trouver papa.

Le Pèhi<]. — Ohé ! ohé ! la coterie !

CiTŒUH DKS ENFANTS. — Houjour, papa!

Le Père. — N'en v'ifi du loupiot !

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La Mère. — Oui, j'en ai toujours une bonne pincée... Et toi, comment que ça va?

Le Père, im bot/t de papier au bec pou?' fi. çnrer une pipe. — Tu vois, la cheminée tire comme avant.

La Mère. — Allons, mes enfants, récitez vot' compliment.

RiQUET. — Mon petit papa, je suis content que t'es revenu et que t'as encore les quat' pattes.

LouiSETTE. — Mon petit papa, quand t'auras fini de te crocheter avec la Triche et la Deraagne, je te ramasserai tout plein des bonis de cigarettes, pour ta peine...

Un pauvre avorton rachitique. — Mon petit papa, quand t'auras mal à tes cheveux et que ta tête pendra comme un vieux cheval, je te tamponnerai avec une grosse éponge et un seau d'eau.

Denise. — Maintenant on est à la maison. Derrière le marronnier, c'est la chambre.

Le Père. — Mes gaillards, allez-vous-en jouer dans le ruisseau, tenez, v'ià un bouchon...

Un vieux dessalé de troes ans. — Un bouchon ! tu peux te le fiche... etc.

Denise, 7}â^5 majestueuse que la, directrice. —

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Monsieur, nous ne jouons pas avec quelqu'un d'aussi mal élevé que vous. [Reprenant son rôle maternel.) Mes enfants, au ruisseau, ou je vous botte le derrière !

Chœur. — Nou ! uon ! .. On veut rester là... On veut voir ce que papa l'a rapporté.

— 11 ne m'a rien rapporté...

— Si! si! L'aut'jour on t'a entendu rire avec la voisine, tu parlais de ce que papa il allait te rapporter...

Le Père. — C'est des morceaux d'obus que j'ai ramassés.

Chœur. — Fais voir.

Le Père. — On ne fait pas voir ça aux enfants.

' La Mère. — Dans tous les cas^ j'ai à causer avec vot' père, dans la chambre.

Chœur. — On va écouter derrière la porte.

La Mère. — Justement, je ne veux pas... J'aurai beau fermer la porte à clé, si vous restez là, ça m'ennuiera. Alors, puisque" vous ne voulez pas décaniller, je vais raconter toules les l'ois que j'ai promis de le dire à vot' père, pour qu'il vous corrige... Tiens, papa, celui-là, il a appelé la concierge : vieille embusquée.

Le Père. — Attends un peu !

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Poursuite, fessée.

La Mère. — Celui-là, il a pris le charbon pour jouer à la guerre dans l'escalier.

L'incriminé. — Je l'ai jelé sur les Boches !

La Mère. ■ — Oui, mais tu ne l'as pas rapporté, et on s'est tapé pour faire chauiïer la soupe.

Poursuite, fessée.

La Mère. — Celui-ci, en allant chercher le pain, il a mangé la pesée.

Le pale et chauve Riquet. — Je l'ai pas mangée, je l'ai donnée à un môme, un pauv' petit crevasson...

(Nous sommes en France, il est des choses impossibles, même « pour de rire ».)

Le Père, ajwes s'être gratté la lignasse. — Puisque y a pas moyen autrement, tenez, v'ià un soHi... et vous pouvez dépenser tout!

Départ des enfants.

Cavalcade tumultueuse et braillarde à la suite de Louisette qui est porteuse du caillou monétaire :

— On va acheter des frites !

— Non ! des gâteaux !

— Non ! un chemin de fer !

— Un aéroplane !

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D'autre part, grande joi<' des parents :

— Enfin, nous en voilà débarrassés!

— Quel bonheur, mon Dieu ! Asseyons-nous par terre...

— Ce qu'on est contents de se revoir!

— Ce qu'on s'amuse !

Criant à tue-tête :

— Ce qu'on est tranquilles !

— Y a pas de bruit!

— Personne qui nous dérange...

Retour des enfants, dont le nombre s'est considérablement augmenté.

— Toc! toc! toc!

Le Père. — On n'est pas là.

La Mère. — Y a personne.

Ln ralentissement. Vile la débutante intervient :

— Vous êtes derrière la porte, il faut bassiner vos parents... Tapons du pied, tapons du poing contre le marronnier, et piaulons tous : <( Dis, maman, pourquoi que t'as fermé la porte à clé?... Dis, papa, qu'est-ce que tu fais?)

Les parents. — Attendez, attendez, mes gaillards, vous allez en avoir une décoction de martinet.

La débutante, aux enfants :

— Vous savez jouer à « Loup, y es-iu? » Eli bien, puisque vos parents vous promettent une correction, c'est comme le loup qui doit vous manger... Tout le monde en rond et chantez en tournant :

Promenons-nous dans rentrée tandis que papa sort Si papa sortait, il nous fesserait... [pas...

Mais papa sort pas, il nous fessera pas... P'pa, y es-tu?

Le Père. — Non ! pas encore ! je me prépare.

Tandis que le cliant reprend sur une gamme ascendante, la débutante passe de l'autre côté du marronnier et, pour faire durer le jeu, souffle une série de réponses appropriées à « P'pa, y es-tu? »

— Je suis couclié ! Je dors encore !

— V'ià que je me réveille !

A son instigation, Denise et Paulot se donnent le bras ; ils vont et viennent en faisant de tendres grimaces pour exprimer la félicité des époux réunis.

— P'p^) y es-tu?

La débutante continue de souffler, en toute ingénuité :

— Je raconte la guerre à vot'e mère !.. .

— J'en suis encore qu'au commencement ! . . .

— Je suis dans la bataille !

Maintenant, tous les écoliers ont formé des ronds et prennent part au jeu. Ces dames les adjointes sont devenues spectatrices.

— P'pa, y es-tu?

— Je remporte la victoire !...

Ces dames s'inquiètent de l'heure, il va falloir clore la récréation.

Elles se consultent du regard : il serait peutêtre temps d'arrêter... ?

Derrière elles se tient la femme de service, dont le mari est venu en permission il y a trois mois.

Elle a déjà doux enfants et sa taille se déforme de nouveau.

La tête inclinée, elle suit attentivement les simagrées affectueuses de Denise et de Paulot.

A chaque fois, l'immense clameur de « P'pa, y es-tu ? » émeut d'un sursaut son corps alourdi, et souriante, extatique, doucement elle pleure, elle pleure comme une bienheureuse.

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