OU CURUMILLA DONNE DE SES NOUVELLES
C'est ordinairement au mois de septembre que s'ouvre pour les Indiens l'époque des grandes chasses d'hiver, dans les régions où se passe notre histoire.
Ces chasses sont surtout importantes, parce que, à cette saison de Tannée, les fourrures des animaux étant plus belles, les Indiens peuvent s'en défaire plus avantageusement dans les comptoirs américains et anglais. Elles réunissent dans les déserts du Grand-Nord, ainsi que Ton nomme ces contrées désolées, des détachements d'élite de toutes les nations indiennes qui vivent dans un rayon de plus de trois cents lieues autour de ce territoire.
Les nations les plus célèbres qui se donnent rendez-vous sur ces lieux de chasse, sont en général celles des Sioux } des Piekanm, ou Indiens du sang, des Corbeaux y des Picanmux et d'autres moins considérables, et qu'il est inutile de nommer ici;
Ces Indiens, pour la plupart ennemis les uns des
autres, semblent conclure une tfèvé tâciië efttré eux, lorsque arrive la saison des grandes chàsâès d'hiver.
Ils désarment d'un commun accord à cette époque, et à moins de circonstances exceptionnelles, ils lie s'attaquent jamais; l'intérêt personnel, seul Hèh qui puisse les retenir, les oblige à cette modération ëii dehors de leurs habitudes.
En effet, outre les fourrures qu'ils vendent, lés In* diens en conservent d'autres pour leurs Velémentâ; de plus la chair des animaux q"u*ils ont tués, salée ou boucanée, les aide à passer sans trop de souffrances cette rude saison d'hiver dont les rigueurs sont ordinairement si terribîes pour ces nations imprévoyantes.
Dans le Grand-Nord ie gibier foisonne; on y rencontre en quantités innombrables les bisons, les élans, les castors, les loutres, les daims, les ours gris, les bœuls musqués, le loup rouge, le renard commun et lé renard bleu, le musquash, qui est une espèce de niarlré, le raton, l'hermine et quelques opossums; comme gibier k plumes, les perdrix grises et blanches, l'outarde, l'aigle gris à tête noire, abondent; enfin les lacs et les rivières dont ie lit est en général très-profond, fourmillent de poissons, tels que saumons, carpes, esturgeons, etc., sans compter ie Ticer mangue, ou poisson blanc, dont certains pèsent souvent jusqu'à seize livres.
Le lecteur comprendra de quel intérêt il est pour ces misérables nomades, de veiller sur leurs territoires de chasse; les Peaux-Rouges ne cultivent pas la terre, quelques tribus seulement, sèment un peu de mais, ou
blé indien; les autres croiraient se déshonorer en touchant une houe; aussi lorsque le gibier manque, la misère est-ello grande dans les tribus, la famine ne tarde pas à paraître et les décime.
La haine que les Indiens professent pour les blancs, haine implacable, et que rien ne pourra jamais éteindre, provient en grande partie de l'envahissement par ceux-ci, de leurs territoires de chasse.
Les coureurs des bois, sang-mêlés, métis, boisbrûlés ou blancs, sont en général munis d'armes excellentes, et de plus sont tous d'une adresse remarquable.
Les Indiens consentiraient cependant à la rigueur à partager avec eux leurs territoires; souvent même ils s'associent avec ces déclassés de la civilisation, dont les idées, sur beaucoup de points, sont les leurs; mais ils détestent mortellement les pionniers et les squatters qui apparaissent par troupes nombreuses au désert, s'établissent sur les points les plus avantageux; abattent les bois, défrichent les plaines, et forment des établissements qui éloignent à jamais le gibier.
Les Indiens ne veulent pas admettre que les blancs aient le droit de s'établir sur les terres inhabitées, et qui en réalité ne sont à personne.
Mais une discussion sur ce point important ne serait pas à sa place ici; elle nous entraînerait beaucoup trop loin; nous préférons la clore brusquement et reprendre notre récit.
Les diverses tribus rassemblée pour les chasses d'hiver, dans le Grand-Nord, avaient vu avec une colère
secrète l'arrivée du capitaine. Grilïiths et son campement sur leur territoire; cette colère avait encore été augmentée par l'arrivée imprévue du capitaine Kild et de sa troupe*
La surprise tentée contre les émigrants n'avait été que la conséquence de cette colère- Quelques jours après cette attaque, un camp Indien était établi sur les bords d'une petite rivière, affluent perdu de la rivière Rouge, et à laquelle dans la langue du pays, on donne le nom de rivière de l'Ours-, Bear- River, à cause sans doute des nombreux ours gris qui, à une époque assez reculée déjà, peuplaient ses rives.
Le camp, composé d'une trentaine de huttes en peau de bison, soigneusement gazonnées aux pieds afin de ne pas laisser pénétrer le froid, était occupé par une fraction assez importante de. la principale tribu des Piékanns ou Indiens du sang.
Ces Indiens appartiennent à la grande nation des Pieds-Noirs et forment, encore aujourd'hui, une des peuplades les plus redoutables et les plus belliqueuses du Nord-Amérique.
Les Pieds-Noirs chassent sur une étendue de pays immense; ils vont voler des chevaux jusque sur la frontière mexicaine.
Ceux dont nous nous occupons en ce moment composaient une troupe d'environ deux cents hommes ; tous guerriers d'élite et Grands braves de la nation, réunis sous le commandement de plusieurs chefs, mais tous soumis au principal sachent de la nation, nommé le
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Couteau-Rouge; ce nom qu'il avait vaillamment gàgtiè par de nombreux exploits, et que les guerriers liai avaient décerné avec enthousiasme, témoignait de îâ valeur féroce de ce chef, et de la grande réputation dont il jouissait
Le Couteau-Rouge était un homme de trente anâ à peine, haut de plus de six pieds anglais, c'est-à-dire environ cinq pieds huit pouces et demi français ; sa taille était élégante, sa vigueur extraordinaire, son adresse à tous les exercices et à toutes ies armes remarquable; ses traits avaient une expression hautaine, remplie de majesté; ses yeux un peu petits, tin peu enfoncés sous l'orbite, pétillaient^ astuce, de finesse et de méchanceté.
Les guerriers placés sous ses ordreë l'adoraient, et bien que la positioii d'un sachem soit toujours assez précaire, et qu'il soit souvent contraint à certaines concessions, jamais le Couteau-Rouge n* avait vu discuter ses ordres ; il régnait sur sa tribu, comme un roi asiatique sur ses peuples.
Ordinairement, lorsque les guerriers indiens sont sur le territoire de xshasse, ils emmènent avec eux leurs femmes, leurs enfants et ieurs chiens; les chiens surtout, qu'ils attellent à des espèces de traîneaux, et auxquels ils font transporter leurs bagages; de plus, ilseffacent avec le plus grand soin toutes leurs couleurs belliqueuses et leurs emblèmes menaçants, pour ies remplacer par des peintures essentiellement pacifiques.
LE ÔÀfiTÀÎNE KfLB (63
Cette fois lès Piékaïms fi*aVaient pas â£i ainsi. Le chef avait amené avec M seulement des guérriëfS de choix, qui tous avaient conservé lëtirs tatouages de guerre. Oh ne voyait dans le cattiji; ni féuimës, ni enfants, ni chiens* Toutes preuves évidentes que, cette fois, là chassé n'était qU'Uri pbéléxte pôui* les Pieds- Noirs, et qu'en réalité itè se (tàiisidérâieîit comme étant sur le sentier de id guerre.
Il y avait dix jours ehvifôïi cjuè lès Péàïïx-Rouges étaient arrivés à leur campèmëiit ordinaire. Nous disons campement ordinaire, partie (Jiiè lofs dès gfrandeS chasses, chaque tribu, poiir évitée les querelles, campô sur un emplacement choisi a l'avarice, et adopté depuis de longues années.
Parmi les croyances ihdiëfméë, il en est tlîie surtout, plus singulière que les atitfës, que nous devons Mentionner ici: chaque tribu prétend descendre d'un animal quelconque, dont chacun de ses guerriers grave l'effigie, plus ou moins bien réussie, sur sd poitrine ; et qui, peinte en rouge, sur un (Jârré de peau de biëtm qu'on attache au bout d'une lance, garnie à'ô plumes sur toute sa longueur, devient ce que les Indiens appellent le totem ou étendard sacré de la tribu; cet emblème est extrêmement respecté, et lors des expéditions, il est confié à un guerrier renommé.
Chaque tribu porte donc le nom d*un animal; il y a la tribu du Castor, celle de TOpossum, celle de l'Élan, etc., etc.
Cette croyance des Indiens ne les empêche pas,
104 LES BOIS-BRULÈS
cependant, lorsqu'ils sont sur le territoire de chasse, de tuer ranimai dont ils se prétendent issus; mais ils ne commettent jamais ce meurtre sans s'excuser au préalable, et expliquer à leur victime que c'est la nécessité seule qui les oblige à agir ainsi, que leur vie* time le sait bien, que le Wacondah ou Grand-Esprit, les a autorisés à la mettre à mort, etc., etc., etc.
Il y a parfois de fort singuliers colloques, faits ainsi par les Indiens avec des animaux. Je me rappelle que, pendant le cours d'une certaine expédition que je faisais avec la tribu Comanche du Castor, par laquelle j'avais été adopté, notre file indienne fit la rencontre fortuite d'un étang sur lequel s'était établie une colonie de castors.
Notre sachem s'arrêta aussitôt; tous les guerriers firent face à l'étang, et alors à qui mieux mieux, ils commencèrent à saluer les castors, et à leur adresser des compliments et des félicitations, en les traitant de bons cousins, et d'amis fidèles; et cela pendant plus d'une heure, au grand effarement des castors accroupis sur le seuil de leurs cabanes- Toutes ces protestations n'empêchèrent pas cependant le sachem de revenir six mois plus tard, à l'époque des chasses, avec sa tribu, et de détruire complètement cette pacifique colonie, avec laquelle ils prétendaient avoir une origine commune.
La tribu du Couteau-Rouge était convaincue que son premier ancêtre avait été un ours gris; elle en portait le nom, et voilà pourquoi chaque année elle
revenait camper sur le bord de la Rivière de l'Ours.
C'était par une belle matinée des derniers jours du mois de septembre, le soleil se levait, les Indiens éveillés depuis longtemps déjà, se livraient avec nonchalance aux travaux du matin. Les guerriers répugnent assez ordinairement à ces travaux de propreté, dont ils laissent dans les villages le soin aux femmes.
Le camp solidement établi, sur le bord môme de l'eau, et garanti du côté de la terre, par une double rangée de pieux, avait cette apparence de saleté et d'incurie, qui distingue tous les établissements des Peaux-Rouges.
De magnifiques mustangs, retenus à des piquets, mangeaient à pleine bouche les pois grimpants qui leur servaient de provende. -Le Couteau-Rouge, gravement accroupi sur ses talons près d'un feu allumé devant sa tente, fumait son calumet, la tête penchée sur la poitrine et les yeux à demi-clos. Deux chefs importants de la tribu, mais d'une réputation moins grande que celle
du sachem, se tenaient immobile à ses côtés, et soit
respect, soit préoccupation, ils affectaient la même contenance que lui.
Après que les chevaux eurent mangé, on les conduisit à l'abreuvoir, puis les guerriers s'occupèrent de préparer leur déjeuner; les hommes, selon la coutume indienne, devant toujours passer après les animaux.
Bientôt on plaça devant le chef les mets destinés à son repas; ces mets très-simples consistaient en pennekann, viande de bison séchée et réduite en poudre,
106 LES BÔÏS=BJÛJLÈS
eh nolchaski, œufs d'esturgeon piles avec dés groseilles et des framboises sauvages, et enfin eh hômijnie, épaisse bouillie de maïs, additionnée d'un peu dé graisse d'ours ou de bison et de sel, et que l'on saupoudre ordinairement de pennekann.
Lorsque le hachesio, bu cfiôtir de là tfibu, ëlit sè^vi, le Couteau-Rouge invita d'un geste majestueux les deux chefs accroupis près de lui à prëûdfë lÔUf pâPt de son déjeuner.
Ceux-ci acceptèrent par un hôchèùïënt de tête ; déposèrent leurs calumets et le fêpââ comrhença saiis qu'une parole fût échangée entre les trois homfhes.
Ce déjeuner qui, certes, "n*&uraît que três-rûédioCfëment flatté le palais dïin Européen, était arrosé d^é&U de Smilax et de wisky.
Lorsqu'ils ont des vivres, les Indiens mangent gloutonnement, La quantité d'aliments que leur éëtûinac peut engloutir est extraordinaire; quand tin étranger est invité par eux à un repas, il commettrait une iïhpolitesse grave, s'il laissait devant lui la moindre parcelle des mets qui lui sont à profusion présentés.
Ajoutons que, par contre, quand il le faut, lés Indiens, supportent les privations avec le plus grand courage.
Malgré la quantité de mets placés devant eux, lè§ chefs ne prolongèrent pas longtemps leur repas, en quinze ou vingt minutes ils eurent terminé ; le hâchësto, qui les guettait du coin de l'œil, accourut près d'eux lorsqu'il vit qu'ils avaient achevé et leur présenta le calumet allumé.
LE CAPITAINE KILB 107
Les autres guerriers, dont le repas était aussi terminé, se roulèrent dans leurs fourrures, se couchèrent devant les feux et s'endormir eut.
Les PeauxtRouges n'ont que deux occiipatiqns sérieuses, chasser ou faire la guerre, hors de là, ils mangent, boivent, dorment et fument.
Seuls les trois chefs demeurèrent éveillés.
Deux heures s'écoulèrent, sans que le camp fût troublé par aucun mouvement insolite, et sans que les trois chefs eussent changé de posture.
Il était environ onze heures, lorsque le galop de plusieurs chevaux se fit entend rç au dehors; ïe hachesto se, leva «et se dirigea vers rentrée du camp.
Trois cavaliers indiens armés en guerre, et qu'aux
nombreuses queues de renard qui pendaient à leurs
talons, ainsi qu'à la plume d'aigle gris plantée droite
•au-dessus de l'oreille gauche, on reconnaissait pour
des chefs, s'approchaient rapidement,
LorsquHls eurent atteint la clôture de pieux formant l'enceinte, ils s'arrêtèrent. Alors celui qui paraissait être le chef des autres, et se tenait un peu en avant d'eux, leva le bras droit au-dessus de sa tête, présentant la paume de la main en dehors, les quatrq doigts réunis et le pouce, courbé,
Le hachesto fit un geste pareil, puis il s'approcha des nouveaux venus, les salua respectueusement, et d'une voix basse et contenue^ il leur demanda ce qu'ils désiraient.
Après avoir rapidement échangé quelques mots avec
les étrangers, le hachesto les salua avec le même respect, puis il rentra dans le camp afin de rendre compte au sachem de leur arrivée.
Le Couteau-Rouge écouta d'un air impassible les paroles du hachesto, puis il lui ordonna d'introduire les inconnus.
Au bruit des chevaux les guerriers s'étaient éveillés.
Les inconnus mirent pied à terre et après avoir abandonné la bride de leurs chevaux à des guerriers qui s'étaient approchés, ils s'avancèrent, précédés par le hachesto, vers les trois chefs de la tribu qui les regardaient froidement venir.
Le Couteau-Rouge leva la tête, et alors il remarqua que les trois étrangers, bien qu'ils portassent leur costume de guerre, n'avaient cependant aucune peinture belliqueuse sur !ë visage,
— Mes frères sont les bien venus, dit-il, Ahnimiki est un grand chef dans sa nation, il prendra place près de son frère le Couteau-Rouge, et il fumera avec lui le calumet de paix.
Ahnimiki, car le principal chef des trois étrangers était eu effet le redoutable sachem des Corbeaux, Ahnimiki s'inclina gracieusement à ce compliment, il s'accroupit et accepta le calumet que lui présentait le Couteau -Rouge,
Sur un geste de ce dernier les autres chefs prirent place à leur tour.
Quelques minutes s'écoulèrent pendant lesquelles les trois guerriers fumèrent silencieusement. L'étiquette
indienne exige impérieusement qu'aucune question ne soit adressée aux étrangers qui viennent s'asseoir au feu du conseil. Eux seuls ont le droit d'engager l'entretien et de diriger la conversation.
Lorsque Ahnimiki eut complètement fumé le calumet que lui avait présenté le sachem, il en secoua la cendre sur son pouce, puis il se pencha vers le Couteau-Rouge, et le saluant avec un gracieux sourire :
— Je souhaite à mon frère des bisons à profusion, et la rencontre de beaucoup d'ours gris, dit-il.
— Je remercie mon frère, répondit le Couteau-Rouge en répondant par un sourire non moins gracieux au sourire d'Ahnimiki; malheureusement les ours gris se font de plus en plus rares. Les visages pâles sont maîtres dans la savane ; les Peaux- Rouges n'ont plus que leurs restes.
— Oui, fit Ahnimiki avec un sourire amer, les Longs Couteaux de F Ouest s'emparent de tout le gibier comme si le Wacondah l'avait créé pour eux seuls. La charrue des visages pâles se rapproche chaque jour davantage des territoires de chasse des guerriers Rouges* Bientôt la terre manquera sous les pieds des enfants du Grand- Esprit; ils seront contraints de mourir faute de gibier pour les nourrir. Mon cœur se déchire lorsque je songe aux misères qui attendent ma nation. Il me semble que le sang coule moins pur dans mes veines; je me demande si le Grand-Esprit, qui est juste, a réellement consenti à ce que les Blancs, s'emparent ainsi de tous ces biens qui nous ont été donnés par lui.
— Mon frère est un guerrier sage, répondit le Couteau-Rouge avec tristesse ; les paroles que souffle sa poitrine lui sont dictées par le Grand-Esprit lui-même ; mon frère Ahnimiki n'a point la langue fourchue ; les paroles qu'il a prononcées ont profondément ému son ami le Couteau-Rouge ; qu'il parle, les oreilles d'un Chef sont ouvertes, un ami écoute.
— Je parlerai donc, reprit Ahnimiki, puisque mon frère m'y invile si gracieusement. Lorsque le Wacondah fit sortir l'homme de la terre, il lui montra les forêts, les savanes, les lacs, les rivières, et il lui dit : « Prends, tout ceci est à toi. » Alors, il n'y avait pas de visages pâles ; Maboya, l'esprit du mal, ne les avait pas encore fait surgir des volcans pour persécuter les Peaux-Rouges ; les guerriers s'inclinèrent devant le Grand-Esprit et lui dirent « merci ». Des années s'écoulèrent, cinquante, cent, deux cents, et trente années encore passèrent ainsi. Les Peaux-Rouges étaient heureux. Ils oublièrent le Grand-Esprit et commirent des crimes ; ce fut alors que le Wacondah permit au génie du mal de faire paraître les faces pâles. Les faces pâles se sont emparées de tous les biens des Peaux-Rouges; il les ont dispersés sur la terre comme des grains de maïs gâtés ; mais la méchanceté de Maboya a été plus loin que ne le voulait le Wacondah. Aujourd'hui les fautes des Peaux-Rouges sont oubliées. Les Blancs leur ont fourni des armes terribles et des chevaux infatigables; l'heure de la vengeance est venue; pourquoi mes frères n'en profiteraient-ils pas? Voyez cet immense
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territoire de chasse; il y a dix lunes à peine, il foisonnait encore de gibier de toute sorte;' aujourd'hui tous les animaux ont fui devant les visages pâles ; les Peaux-Rouges sont condamnés à mourir de faim, s'ils ne contraignent pas ces ennemis implacables de leur race, à se retirer, comme ils le doivent, près du grand Lac Salé, qui se trouve bien loin par delà les montagnes. Que pense mon frère de mes paroles? J'ai dit.
— Mon frère a bien parlé, ses paroles résonnent à mon oreille aussi agréablement que le cri de l'aigle fondant sur sa proie. Les guerriers Piékanns sont venus sur leur territoire de chasse, non pas pour poursuivre les ours ou les bisons, mais pour renvoyer les faces pâles dans leurs villages en pierre; mais que peuvent faire deux cents guerriers si braves qu'ils soient? Un Chef attend ; que mon frère réponde !
— Le Couteau-Rouge a les cheveux noirs, mais sa sagesse est grise, c'est un guerrier prudent au feu du conseil. Les Corbeaux de la tribu de l'Opossum ignoraient l'arrivée des Piékanns; ils ont attaqué les visages pâles; les visages pâles les ont vaincus. Les Corbeaux flairent le sang, la vengeance a mis une peau épaisse sur leur cœur ; ils se sont rendus chez les Picaneaux, chez les Sioux et chez les autres nations, maîtresses, comme eux, de ce territoire de chasse. Partout ils ont été bien accueillis; partout ils ont fumé le calumet de paix, et ont trouvé des alliés contre les faces pâles ; la hache est enterrée entre toutes les tribus et les Corbeaux ; que fera le Couteau-Rouge?
• — Le Couteau-Rouge n'enterrera pas la hache ; il y a longtemps que l'amitié règne entre lui et les Corbeaux de TOpossum. Le Sachem a jeté si loin sa hache derrière lui qu'il serait impossible de la retrouver. Mon frère a un ami; les guerriers du Couteau-Rouge sont les siens ; voici mon tomawhaack, mon couteau et mon calumet.
— Je remercie mon frère de cette alliance et je reçois avec joie ses présents. Je prie mon frère d'accepter en échange mes armes et mon calumet. J'y joindrais mon cheval de guerre, si je ne savais pas que le Couteau- Rouge en possède de plus beaux et de plus rapides. Dans quatre soleils, après celui-ci, trois cents guerriers se réuniront à la cinquième heure de la nuit au Saut de l'Élan.
— Le Couteau-Rouge y sera en compagnie de tous ses guerriers.
Ahnimiki se leva et prit alors congé du Couteau- Rouge; le Sachem l'accompagna, ainsi que les principaux Chefs Pi ékanns jusqu'à l'entrée du camp.
Quelques minutes plus tard, le Chef Corbeau et ses deux compagnons avaient disparu dans les méandres sans nombre de la savane.
Depuis une heure environ, les Chefs Corbeaux s'étaient éloignés, lorsque un grand bruit se fit entendre sous le couvert de la forêt, dont les derniers taillis descendaient en pente douce jusques a l'entrée du vallon où les Piékanns avaient établi leur camp.
Ce bruit, en se rapprochant, prit rapidement les pro-
portions d'un véritable tumulte ; plusieurs coups de feu, tirés à très-peu d'intervalle les uns des autres, vinrent encore augmenter l'inquiétude que causait aux Indiens ce bruit dont ils ne pouvaient deviner la cause.
Sur l'ordre du Couteau-Rouge, tous les guerriers prirent les armes et se portèrent aux retranchements; prêts à intervenir, si tout ce tapage n'était qu'une feinte de leurs ennemis, pour leur donner le change et surprendre leur camp.
Deux jeunes guerriers furent envoyés à la découverte ; mais, à peine avaient-ils quitté le camp, que deux cavaliers émergèrent de la foret avec une rapidité vertigineuse.
L'un de ces cavaliers se retournant sur sa selle, sans ralentir sa course, épaula son fusil et lâcha la détente.
Ce cavalier portait le costume indien; autant qu'on pouvait le reconnaître, à la distancje assez éloignée où il se trouvait du camp, ce devait être un Chef, bien qu'il fut impossible de savoir à quelle nation et à quelle tribu il appartenait.
Le second cavalier portait des vêtements européens; malgré le manteau dont il était recouvert presque en entier, tout faisait supposer que ce devait être une femme.
Cependant les deux inconnus poursuivaient leur course affolée à travers la savane, ne sachant trop de quel côté se diriger.
Quelques minutes s'étaient écoulées depuis leur ap- ' parition, lorsqu'une dizaine de cavaliers, vêtus comme
les chasseurs canadiens ou Bois-Brûlés, sortant derrière eux de la forêt, les suivirent à fond de train.
Le péril des fugitifs était extrême; tout espoir de salut leur était enlevé; cependant, loin de se décourager, ils redoublaient d'efforts pour gagner la rivière à une courte distance du camp.
Lorsqu'ils atteignirent le bord de l'eau, celui des deux cavaliers qui portait le costume européen, lança résolument son cheval dans le courant, l'autre, au contraire, s'arrêta, se retourna une fois encore sur sa selle et, d'un coup de feu, désarçonna un de ceux qui le poursuivaient.
Ceux-ci poussèrent des hurlements de rage, et firent une décharge générale de leurs armes sur l'homme qui les narguait ainsi.
L'Indien brandit son fusil au-dessus de sa tête, d'un air de triomphe; jeta dans l'air son terrible cri de guerre, et fit entrer son cheval dans l'eau.
Bientôt les deux fugitifs atteignirent la rive opposée et la suivirent à toute bride dans la direction du camp.
Arrivé en face du campement, l'Indien se dépouilla de sa robe de bison qu'il fit flotter au-dessus de sa tête, en même temps que d'une voix stridente, il cria à trois reprise, ces mots :
— Ziraïng! ziraïng! — un frère ! un frère !
— Ho ! ho ! ho ! répondirent les Piékanns en frappant joyeusement dans leurs mains. .
Le Couteau-Rouge s'était hâté de se rendre sur le
rivage; il avait suivi avec admiration les péripéties émouvantes de cetle fuite si brave et si fière.
Au cri poussé par le Chef inconnu, il leva le bras, la main ouverte et la paume en dehors, puisilôta sa robe et l'agita en criant d'une voix claire :
— Andezeit andezei! — Viens ici 1 viens ici!
L'étranger, suivi par son compagnon, fit alors entrer son cheval dans la sente aboutissant au camp.
Cependant les cavaliers, après avoir fait halte pour relever leur camarade blessé et le remettre en selle, avaient repris la poursuite obstinée des fugitifs que, depuis un instant, ils avaient perdu de vue.
Ils entrèrent à leur tour dans la rivière, la traversèrent, et alors ils aperçurent avec une rage impuissante, les fugitifs pénétrant dans le camp des Piékanns.
Il y eut parmi eux un moment d'hésitation.
Mais presque aussitôt, ils se dirigèrent, eux aussi, vers le camp.
Cinquante guerriers bien armés, [montés sur leurs mustangs, s'étaient rangés sur une seule ligne, à l'entrée des retranchements-
A cette vue, les cavaliers s'arrêtèrent et se consultèrent de nouveau; puis l'un d'eux, s'avançant à quelques pas du front de la troupe indienne, leva sa main audessus de sa tête et ût le signe de paix.
Deux ou trois minutes s'écoulèrent sans qu'il reçût de réponse.
Le chasseur ne se découragea pas, il fit de nouveau un signal, en criant dans le français du Canada, langue
comprise et même généralement parlée par les tribus indiennes qui fréquentent ces parages :
— Ami des Peaux-Rouges ! je demande une entrevue avec les Sachems de la nation !
— Que veut le visage pâle? répondit le Couteau-Rouge avec hauteur.
— Entretenir le Chef d'une affaire importante.
— Bon! que mon frère attende, une, trois, ou six minutes.
Force fut au chasseur de se soumettre; mais bientôt il comprit la cause de ce retard. Il aperçut une quarantaine d'Indiens Piékarms, qui sortis du camp sans être vus, avaient traversé la rivière à la même place où eux-mêmes l'avaient passée et prenaient position, pour leur couper la retraite.
Les Bois-Brûlés se regardèrent avec inquiétude; mais connaissant les hommes auxquels ils avaient affaire, ils affectèrent d'être tranquilles.
Aussitôt que le Couteau-Rouge se fut assuré que ses ordres avaient été exécutés, il leva la main, et s'adressant au chasseur qui suivait tous ses mouvements avec anxiété :
— Mes frères, les visages pâles, sont les bienvenus, dit-il, que quatre d'entre eux traversent la rivière et entrent, sans armes, dans le camp.
Toute résistance était inutile, le piège était si bien tendu que les chasseurs se sentirent pris.
Quatre d'entre eux, après avoir quitté leurs armes, se décidèrent à obéir à cette railleuse invitation.
Le Couteau-Rouge et les principaux Chefs de la tribu attendaient les étrangers. Ils s'avancèrent courtoisement à leur rencontre, et les conduisirent jusqu'au feu du conseil, sans qu'une parole fût échangée.
Arrivé près du l'eu du conseil, le t Couteau-Rouge prit place et fit signe aux étrangers de s'asseoir.
Il y eut un silence assez long, dont les chasseurs profitèrent pour jeter autour d'eux un regard investigateur.
Ils aperçurent alors les deux fugitifs, appuyés l'un et l'autre contre le Totem de la tribu, planté à quelques pas seulement du feu du conseil, à l'entrée de la tente du Chef,
— Pourquoi les visages pâles se sont-ils introduits dans mon camp? demanda enfin le Couteau-Rouge, d'une voix sourde; quelle demande ont-ils à adresser aux guerriers Piékanns? il n'y a rien de commun entre les visages pâles et les guerriers Peaux-Rouges.
Cette question, et surtout le ton sur lequel elle était faite, n'avait rien d'amical ; de plus les chasseurs remarquèrent avec une anxiété secrète que le calumet, contre l'habitude indienne, ne leur avait pas été offert; on les traitait donc, non-seulement en étrangers, mais encore en ennemis.
Le Chef des chasseurs Bois-Brûlés était notre ancienne connaissance, Hippolyte Margotîet; il élait depuis trop longtemps au courant des mœurs indiennes, pour ne pas comprendre tout ce que cette réception avait d'hostile.
Mais c'était un homme d'une grande bravoure, doué d'une certaine finesse, et qui, familiarisé depuis son enfance avec le péril, avait appris aie regarder en face.
— Je me suis présenté dans le camp des guerriers Piékanns, répondit-il, pour m'asseoir au feu du conseil, et adresser à mes frères rouges une demande trop juste pour être repoussée par eux.
— Les Piékanns sont des hommes sages, répondit le Couteau-Rouge avec emphase, nul ne s'adresse en vain à leur justice.
— Je le sais, répondit en s'inclinant le lieutenant du capitaine Griffiths, qui connaissait parfaitement les gens auxquels il parlait, et par conséquent n'avait pas la moindre foi dans leurs paroles; je le sais, les Piékanns sont des guerriers sages, leur demander satisfaction d'une injure, ou réparation d'une insulte, c'est l'obtenir.
Les Chefs indiens s'inclinèrent sans répondre; le lieutenant continua, d'un air aussi tranquille que s'il se fut trouvé en visite dans une maison de New-York ou de Boston:
— J'ai une si grande confiance dans la loyauté de mes frères rouges que je n'ai pas un instant hésité à venir dans leur camp avec mes jeunes hommes; d'ailleurs aucun motif de querelle n'existe entre les Piékanns et les Bois-Brùlés de la rivière Rouge; la hache est enterrée entre eux depuis longtemps. Pourquoi donc craindrais-je de venir sans armes parmi mes frères? Si je les avais crus mes ennemis, deux cents
guerriers Bois-brûlés campent à deux lieues et demie h peine d'ici ; j'aurais pu venir avec eux adresser aux Sachems la réclamation qui m'amène dans leur camp. Je ne l'ai pas voulu, je savais que je venais vers des amis:
Il y eut un silence.
-Bien qu'ils n'eussent /rien perdu de leur impassibilité, les Indiens avaient parfaitement compris l'allusion faite par le jeune homme au sujet des forces dont il pouvait disposer au besoin.
Le Couteau-Rouge fit un geste imperceptible; un guerrier se sépara du groupe qui se pressait autour dix feu du conseil, et s'éloigna aussitôt. Mais ce mouvement n 4 échappa pas au lieutenant. Il devina que le chef expédiait un espion pour s'assurer de la vérité de ses paroles, il sourit et reprit :
— Un Peau-Rouge vagabond n'appartenant à aucune tribu, et que toutes les nations repoussent, s'est présenté dans mon camp et m'a demandé l'hospitalité ; celte hospitalité lui a été accordée; il a reconnu tna loyauté, en enlevant une de mes captives ; que mes frères répondent : cet homme avait-il le droit d'agir ainsi? sa conduite est-elle loyale? n'est-il pas traître aux lois de l'hospitalité? Que mes frères soient juges; j'ai dit!
Tous les regards se tournèrent vers l'Indien toujours immobile et nonchalamment appuyé contre la hampe du totem.
Le Sachem lui fit signe d'approcher et lui lançant un regard soupçonneux :
— Mon frère est accusé, dit-il, ne se défendra- t-il pas? L'Indien sourit dédaigneusement, mais faisant un
effort sur lui-même :
— Je croyais que l'oiseau moqueur ne se rencontrait pas dans ces froides contrées, dit-il d'une voix railleuse ; et pourtant son chant trompeur résonne à mon oreille. A quelle tribu appartient ce chien menteur qui ose prétendre que je n'en ai pas, moi qui suis un Chef et un Sagamore de ma nation? regardez sa peau, elle n'est ni blanche, ni rouge, ni noire; de quelle race est-il donc issu? il n'appartient à aucune ; il ne peut reproduire un homme de sa couleur; il sort de l'accouplement scandaleux d'une chienne huronne et d'un voleur face pâle. De quel droit élève-t-illa voix devant le conseil des Chefs, lui qui ne commande qu'à une troupe de bandits? Ma nation habite bien loin, du côté où vient le soleil; elle est nombreuse et vaillante; je suis un grand Chef chez les Aucas, mon nom est Curumilla ; voici mon Totem.
En parlant ainsi, Curumilla, car c'était bien lui, fit deux pas en avant et écarta la blouse qui lui couvrait la poitrine.
Alors tous les assistants purent voir tatoué en bleu sur son sein gauche un soleil sortant des nuages.
— Curumilla ! s'écrièrent les chefs en s'inclinant devant lui avec respect.
— Le frère et l'ami du Chercheur-de-Pistes, le protecteur des Peaux-Rouges? dit le Couteau-Rouge avec émotion.
— Je suis Curumilla; pour ne pas me séparer de celui que vous nommez le Chercheur-de-Pistes, j'ai tout quitté, amis, parents, tribu, et dans ce pays où je suis venu, j'ai retrouvé d'autres frères, parmi les hommes de ma couleur.
Le Couteau-Rouge se leva, et, s'inclinant avec grâce devant le chef :
— Lui-même Ta dit, répondit-il, il est un Sagamore ; qu'il prenne la place du Couteau-Rouge au feu du conseil; qu'il commande; ce qu'il décidera sera exécuté; ce que fait Curumilla est bien; la sagesse est en lui et le Wacondah l'aime; il n'a jamais à expliquer sa conduite,
Curumilla, avec une dignité dont furent frappés tous les assistants, s'assit à la place que lui cédait le Couteau- Rouge, et levant la main pour réclamer le silence :
— Je remercie mon frère de ne pas me demander d'explication, dit-il, mais ma langue n'est pas fourchue, et mon honneur exige que mes fils les Piékanns soient juges entre cet homme et moi; ce Sang-Mêlé s'est traîtreusement introduit dans la maison de cette femme ; il Ta enlevée à sa famille et à ses amis, qui la pleurent parce qu'ils la croient morte ; depuis il traîne cette infortunée à sa suite pour la vendre aux Mormons, voilà ce qu'a fait cet homme, en avait-il le droit? Non,
— Non ! répondirent les Chefs d'une seule voix,
— Voici ce que j'ai fait moi, reprit Curumilla, j'ai demandé l'hospitalité, non pas à lui, mais à son chef, le capitaine Griffiths; cette femme trahie et maltraitée
122 LES BOIS-BRULKS
par les Sangs-Mêlés, a imploré près de moi la pitié et la protection des Peaux-Rouges, cette protection je ne pouvais la lui refuser; hier, lorsque les Bois-Brûlés ont quitté leur camp, je me suis éloigné, puis ce matin à la halte de midi, tandis que tous dormaient gorgés de nourriture et de wistky, je me suis glissé au milieu d'eux, et j'ai enlevé la jeune fille; mes frères savent le reste. En quoi ai-je manqué aux lois de l'hospitalité? que mes frères décident.
En ce moment, le guerrier expédié par le Couteau- Rouge à la découverte reparut; il fit ail Sachem un signe que celui-ci comprit seul.
— C'est à mon frère à juger et non à nous ; dit le Couteau-Rouge ; sa conduite a été loyale ; les traîtres sont les Bois-Brûlés.
— Allez, fit Curumilla en s'adressant au lieutenant, vos mocksens ont laissé des traces déjà trop profondes dans le camp des Piékanns ; la prisonnière est libre ; vous n'êtes pour nous, ni des amis, ni des ennemis ; partez, mais souvenez-vous que la hache n'est pas enfouie entre nous, de façon à ce quelle ne puisse être promptement retrouvée ; allez, un Chef a parlé.
Malgré son effronterie, le lieutenant Margottet ne trouva rien à répondre ; forcé de reconnaître intérieurement qu'il n'avait point le beau rôle, et surtout qu'il n'était pas le plus fort, il baissa silencieusement la tête, et se leva fort satisfait, du reste, de sortir à ce prix du guêpier dans lequel il s'était si maladroitement four-. Yoyé«
LE CAPITAINE KILB 123
Ses trois compagnons et lai rejoignirent le gros de leur troupe, qui s'éloigna ventre à terre dès qu'elle eut traversé la rivière.
Les guerriers Piékanns embusqués à quelque distance et qui sans doute avaient reçu des ordres, les laissèrent passer sans les inquiéter.
Deux heures plus tard, le lieutenant Margottet rentrait au camp du capitaine Griffiths et lui faisait d'un air penaud le récit de sa déconvenue.
124 LES BOIS-BUULÈS
DANS LEQUEL VALENTîN GUILLOIS CONTRACTE UNE ALLIANCE