‹ Le capitaine LambertChapitre 4 sur 42 · PEINTRE LIÉGEOIS · texte numérisé non relu

PEINTRE LIÉGEOIS

PBÉFAt!E

Permis au lecteur de voir dans ce livre une simple débauche d'imagination. 11 n'en restera pas moins un livre honnête et qui s'était proposé de mettre eo relief une utile et opportune moralité.

Le caractère le plus saillant, disons mieux, la maladie de notre époque, c'est l'impatience du résultat.

Nous mangeons tout en herbe. 11 nous faut des arbres v^nus aussitôt que plantés; des Paris faits en un jour; des fortunes, champignons de Bourse poussés au premier soufQe de la hausse ou de la baisse; des nationalités anciennement perdues et reconstituées en trois tours d'annexion. Locomotives chauffées & pleine vapeur, nous ne comprenons rien et

II PRéFACE

n'acceptons rien qui n'aille lélégraphiquement el à train express; comme ces dévorantes et aveugles machines, nous avons un instinct : celui d'arriver.

On ne saurait donc trop redire à cette fiévreuse génération, que dans toutes les luttes de la vie, le temps, la résignation, le courage de souffrir sont d'infaillibles auxiliaires, et en un mot, quesavoir attendre est la première et la grande loi du succès.

En vue de sauver à cet enseignement toute apparence de pédantisme, nous avons commencé par demander au moyen âge le concours de ses deux formes littéraires les plus naïves, à savoir celles du conte et du mystère. Puis, pour entrer dans les mœurs et l'esprit du temps où nous entendions placer la scène, force nous a été d'admettre l'intervention d'un sombre personnage dont alors la pensée et la figure étaient partout présentes, si bien qu'avec ce vilain compagnon nos bons aïeux étaient contraints de vivre dans une sorte d'accoinrance quotidienne et de familiarité.

De nos jours, la Mort, puisqu'il faut l'appeler par ' son nom, est une idée répugnante et douloureuse ; au moyen âge, sa commémoration était ince^ante sans que personne parût la craindre ou seulement s'en affecter. La camarde, comme on l'appelait avec assez d'irrévérence, avait son joyeux rôle dans tes bons contes, etàTenvi artistes et poètes lui don*

PRÉFACB III

oaieol p\até ftnpcemier plan dnis la plupart de teurs créatioDS.

Im Bivine CùÊnéâiedn Dante esl tout entière dominées par ridée 4e la Mort; à Oreagna, aux pein* très du Gaiopo-Saiitu et à Michel-Ange, elle a inspiré teon célèfares Jugements derniers.

En deçà des Alfies, dans les fameuses Danses matabrts, elle apparaît sous ; une forme moins élevée mais peut-être ptus saisissante, et le long de la clôture des cimetières, sur les murs des marchés, des cloîtres et (tes cathédrales, sur les piliers des ponts, et jusque sous les lambris des demetires princières, on la voit faisan! la presse ée toutes les conditions humaines, dérouler sans fin ses effrayantes et grotesques farandoles.

Plus tard, de la peinture à fresque, la burlesque représentation des tails^ et gestes de la Mort descendit sur les marges ouvragées des Heures et des Missels, et au seizième siècle,* Tépoque que nous nous^ étions donnée à faire revivre, la vogue de cette allégorie était poussée si loin qu'elle devint l'ornement obligé des gardes d'épées et des fourreaux de dagues. Nous fera-t-on une querelle de nous être montré religieux observateur de la couleur locale en chargeant un personnage à ce point populaire de servir de cadre à notre récit?

Au reste, un précédent contemporain doit nous

)V PREFAGB

laisser espérer que grAce pourra être faite à notre lugubre et fantasque concepliop.

Il 7 a quelques années, au milieu d'une foule d'objets d'art qui composaient le précieux cabinet du docteur Véron, on remarquait un poignard d'une rare beauté d'exécution et dont le mandie était formé par une figure de squelette artistement drapée à la façon d'Holbein. Cette arme» à laquelle nous avons fait jouer un rôle dans notre roman qui a pour titre : k Cabinet •noir^ fut vivement admirée par Mi>« Rachel, ce qui est assez dire, qu'à l'instant même, hommage lui en fut iait. Cet illustre suffrage décida la fortune de ce modèle qui, en quelques mois, se vendit à plusieurs milliers d'exemplaires.

Tant il est vrai :

c Qu*i\ n'est pas de serpent ni de monstre odieai ■ Qai, par l'art imité, ne paisse plaire aox yeni. •

Maintenant, dans les Tribulations de maître Fabri-^ dus, l'art et le talent qui 'font tout passer se mon- Irent-ils?

Au public de le dire, quand il aura lu.

A nous d'attendre en toute humilité son arrêt souverain I

Faris, 99 joillet ItM».

ET

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