PROLOGUE
n y avait autrefois dans la ville de Milan un pauvre sculpteur. Après avoir passé les meilleures années de sa jeunesse à tailler dans le bois des images âtj Christ, de la Vierge et de tous les saints, il avait fini oar être si las de ce métier, où il ne gagnait pas quelquefois deux ducats par semaine, que depuis bien des jours il nourrissait dans son cœur le dessein de quitter ce monde.
Deux choses, cependant, indépendamment de la
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crainte de Tenfer, Tavaient pendant longterop» retenu, à savoir un chien, et une fiancée qu*il chérissait du plus profond de son âme et dont Tamour le rattachait par moments à Texistence. Mais son chien, sur quelques soupçons d*hydrophol)ie, ayant éié assommé parla populace, et sa tiancée Tayant quitté pour suivre un of licier, paice qu'elle avait fini par désespérer de le voir jamais réaliser la somme nécessaire à leur établissement conjugal, il résolut sans plus de délai de passer dans Tautre vie.
Le soir du jour qu'il avait fixé pour Texécution de son sinistre dessein, il sortit à la tombée de la nuit et se promena dans la ville avec ce contentement qui résulte toujours d'une résolution arrêtée et d'un dessein bien pris. Se regardant déjà comme n'ayant plus qu'un pied sur la terre, il lui semblait qu'il appréciait les biens d'ici-bas à leur juste valeur, et il avait un horrible mépris des choses qui autrefois avaient été l'objet de sa convoitise ou de son envie.
En passant devant la boutique des changeurs, où* reluisait l'or de toutes les conurées de la teire, il ne pouvait se tenir de prendre en pitié ses semblables, qui affrontaient tous les périls et toutes les fatigues pour se procurer quelques-uns de ces jetons dorés.
En passant devant la boutique des tailleurs et des marchands d'étoffes, il se demandait à quoi servent tous les soins qu'on se donne pour vêtir richement cette chair de corruption promise aux vers de la terre, sans compter les médecins et les apothicaires, qui, dès son