COMBAT D'UNE DIVISION DE CANONNÏÈKES
SUR LES c6tES du CALVADOS £N itll.
Combat h\uu lUiïJiiîiou k Cûuonni^rfô
SIK LUS CÔTES DV CALVADOS EN iSii,
Le 8 septembre 1811 , une division de six canonnières, armées cliacnnc de trois canons de 18 et d'une caronade de Si, quitta le port de Boulogne pour se rendre à Cherbourg , sous le commandement de l'enseigne de vaisseau Jourdan. Chacun de ces bricks était monté par les capitaines Katouin, F. Lccomte, Trigan, Anquier et Sanier,tous enseig:ncs auxiliaires, choisis dans les cadres des capitaines au long-cours.
Favorisce par un beau temps d'automne ^ cette petite division se trouvait le 9 , au soir, en vue du cap de Mève, faisant bonne route vers sa destination, lorsqu'une corvette anglaise qui coupait à contre route, aborda la tête de la ligne de marche et fit feu de ses gaillards sur les canonnières commandées par les enseignes F. Lecomtc et Sanicr. Une riposte énergique décida la frégate à abandonner le combat qu'elle avait semblé vouloir présenter à cette avant-garde ; car sa première attaque n'eut pas de suite, et elle prit le large, avec quelques manœuvres coupées par nos boulets.
Le 10 au malin, la petite flotille longeait les côtes du Calvados , lorsqu'on signala sous la terre une frégate et une corvette que l'œil exercé des marins reconnut tout de suite pour ennemies. Les deux bâtiments anglais prenaient probablement les six ca-
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iioniiières pour un convoi marchand , car elles envoyèrent des chaloupes armées pour Jcs reconnaître et pour s'en emparer , sans doute 9 si l'examen répondait à leurs prévisions. Mais les officiers qui montaient les embarcations ne jujyèrent probablement pas prudent d'attaquer nos navires; car, après avoir levé rames à bonnes distances 5 et essuyé une volée de mitrailles bien ajustée , elles prirent le parti de rejoindre la corvette et la frég:ate , qui déjà s'approchaient pour protéfjer leur retraite. A peine les deux jjrands navires ennemis prirent-ils le temps de ramasser leurs chaloupes au passag^Cj qu'ils échangèrent des signaux , et se couvrirent de voiles pour joindre la petite division française qui établissait sa ligne d'embossage , après s'être autant que possible rapprochée de la cô(e.
La nuit vint interrompre les préludes
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ïrune action devenue déjà meurtrière. Bien que la frégate et la corvette eussent pris le larg-e à la chute tlu jour, le commandant des canonnières ne jugea pas devoir quitter le mouillage pour continuer sa route vers sa destination, jugeant avec raison que le combat à l'ancre , rendu égal par le courage de son escadrille, présenterait des désavantages trop réels s'il venait à être soutenu à la voile le lendemain. L'infériorité de forces était déjà trop marfjuée entre si\ petits bricks peu élevés sur l'eau et montés de faibles équipages, contre deux bâtiments de grande dimension, pour qu'il fut prudent de ne pas se renfermer dans les chances les plus favo^ râbles de combat.
Sans doute que , pendant cette nuit d interruption , un des navires ennemis gagna la pointe de Barlleur pour prévenir de 1 action commencée la veille ^ le commaudant
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d'un vaisseau rasé mouillé sur ce point ; car, dès l'aube, les officiers français virent les trois voiles reg^agncr la terre en lançant au larg"e les premiers coups de leurs canons de cLasse. La lijync française offrait un point de mire fort étendue, a ces premières attaques, auxquelles elle s'abstint de répondre jusqu'à ce que les positions de Tennemi fussent éjj'alemcnt déterminées par le mouillag'e. Le vaisseau courait sous toutes voiles vers la terre, près de laquelle il semblait vouloir jeter l'ancre en coupant la tcte de notre lijï-ne ; la frég-ate et la corvette prenaient leurs distances pour opérer un pareil mouvement. Mais , soit que le vent trompât le vaisseau dans son virement de bord , soit qu'il ne connut pas suffisamment la profondeur de l'eau sur ce point , il échoua sur un haut fond appelé la Fosse-d'Espagne ^ et sa quille se prolong-ea précisément sur l'ancre
lie la canonnière n» 140, que montait le capitaine Lccomte 9 qui eut a. peine le temps de filer son câble pour éviter le choc de cette masse formidable.
Les deux autres bâtiments ennemis mouillèrent près des rochers du Calvados, et tout aussitôt le leu commença.
La li(jne française se trouvait prolong-ée en face d'un pauvre villag-e , baigné par la mei*5 et qu'on appelle Arromanche. Un petit fort, armé de deux pièces d'un faible calibre, joig^nit son feu incertain aux volées des canonnières qui frappaient en plein bois sur les trois gros navires. Ceux-ci, au contraire, trop élevés sur Teau pour battre les ponts de leurs petits adversaires, lançaient des bordées terribles , qui traversant les gréements de nos bâtiments , allaient se perdre à terre et jusque dans le village qu'elles ravageaient.
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La cauonnière n" 140'' se trouvait, par l'écliouajje du vaisseau angolais 5 à portée de fusil de ses formidables batteries. Aussi souiFrit-elle cruellement des paquets de mitraille que son puissant ennemi jetait sur son pont où se déployait une rare et valeureuse énergie. Le feu de eette canonnière et de celle montée par le capitaine Jourdan fut si vif j le pointage de leurs boulets si habile, qu'après deux heures de combat, la batterie du vaisseau anglais était tellement démantelée, que la plus grande partie de ses pièces se trouvèrent hors de tout service. Le reste de la ligne répondait vigoureusement au feu nourri de la frégate et de la corvette ; la fumée de tant d'explosions successives était tellement épaisse, que parfois l'ennemi était contraint d'attendre que le vent la dissipât
•■" Les canonnières n'avaient point de noms, comme les autres navires de guerre, mais des numéros d'ordre.
pour donner plus de justesse au pointage de son artillerie. Le combat dura ainsi jusqu'au soir j c'est-à-dire pendant plus de six heures ^ dont chaque minute fut comptée par des explosions. La nuit vint encore y comme la veille , mettre fin à une action aussi acharnée qu'étonnante j si l'on tient compte de l'énorme disproportion des forces opposées les unes aux autres.
Mais il était temps pour le vaisseau rasé que l'action fût interrompue. Les g-onflements de la marée du soir y en remettant à flot sa coque ravagée , n'eussent peut-être pu la soustraire à un abordage qui eût pu entraîner sa capture comme conséquence , si les deux alliés ne s'étaient hâtés de lui prêter leur appui pour regagner le large. Son gréement et ses voiles en lambeaux l'eussent rendu impuissant à fuir, et le premier des trois il avait assoupi son feu ^ d'à-»
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bord si nourri et si meurtrier, tant avaient été grands les ravages commis dans les batteries par l'adresse de notre poinlag-e et la répétition de nos volées. Un pilote de Barfleur , retenu prisonnier à bord , fut témoin de la manière dont il avait été maltraité. — liui seul avait perdu quatre -ving-t-quatre hommes.
Une anecdote rappôî*tée par ce même marin, nommé IVicolas Legrain , prouvera du reste jusqu'à quel point la lutte opiniâtre des canonnières françaises et les déjjâts commis sur le vaisseau par leur feu actîf^ avaient jeté de démoralisation cliez l'ennemi et d'exaltation chez un sexe dont les habitudes paraissent si antipathiques avec la sanglante mêlée d'un combat naval. Une femme de marin, embarquée sur le vaisseau, comme il s'en trouve quelquefois à bord des
bâtiments angolais, avait vu ses deux fils '• 16
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tués flans la batterie par des boulets qui , entre's par un sabord , avaient causé un dég^ât affreux. Exaltée par sa douleur, elle se sentit transportée par la soif de la veng:eance , et elle lit un appel aux autres femmes du bord pour les cng-ager à servir avec elle une pièce de canon abandonnée par ses canonniers.
Le désespoir de cette malheureuse mère ranima un peu le courag-e abattu des marins y qui peu à peu avaient ralenti le service de leur batterie encombrée d'éclats et de débris. Le canon servi par ces espèces d'Amazones ne tarda pas à se trouver ég^alement hors d'état àe faire feu , et le petit nombre de boulets qu'il lança alla s'ég^arer dans les terres sans causer de dommages aux brickscanonnières dont les volées avaient au contraire porté si juste.
Le division française perdit une vingtaine d'hcmmcs dans cette affaire ; le brick du