NAUFRAGE DE LA JEUNE EMMA
semblaient indvitables. Ils avaient disparu.
Cependant les sept hommes r(5fug"iés sur le radeau, dont la largeur était à peine de deux pieds, sans vivres, sans voiles , sans avirons , s'abandonnèrent aux lames.
Assis sur ce frcle esquif, que dans cette position même ils pouvaient à chaque instant faire chavirer, plong'és dans Feau jusqu'à la ceinture, ils ne pouvaient qu'ctrc eng:loutis par une vajjue, lorsque le hasard apporta près d'eux une planche des pavois, qui leur permit de maintenir leur radeau, le bout à la lame.
Ce fut ainsi que , ballotës par une mer sur laquelle leur existence était une question de chaque instant, ils parvinrent, après six heures d'ang-oisscs, g-lacés, engourdis, défaillants, à demi morts à atteindre la plage anglaise, où les accueillirent hcurcuscuient tout ce que Ihumanilé la plus pieuse peut
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inspirer de sollicitutle et de soins touclianls.
Quelques jours après cette nuit terrible six marins français, la tète inclinée, le cœur brisé, suivaient accompagnés d'une population triste et recueillie, neuf cercueils qu'un ministre protestant précédait vers le temple de Paimbray.
Ce qui frappait surtout dans ce convoi, C'était, au milieu des draps funèbres, draps noirs à larmes d'argent, une espèce de cénotaphe blanc,sur lequel étaient placées une robe virginale et une couronne de roses uniques. Ce cercueil, autour duquel se pressaient une foule de jeunes filles vêtues de blanc, et blanches voilées, était celui où reposait la dépouille mortelle de mademoiselle C...., à qui les jeunes miss de la ville avaient voulu rendre les derniers honneurs.
Elle fut déposée dans la même tombe que son père.
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A HADAME LA MABQCISE OPHKLIA ***.
Le cœur humain conserve dans ses replis Jes plus secrets des souvenirs que le bonheur a parfuBiés pour consoler les temps malheureux»
Vous avez plus fait, Madame, que de me rendre ce peu de jours passés près de vous une suite d'enchantements et de plaisirs f
VOUS m'avez remis en possession de chàp^ mants et pénibles souvenirs, qui seront plus doux encore désormais, puisque je vous devrai le bonheur que j'y retrouve.
Je vous en dois la confidence, et je vous la ferai.
Je n'ai point à déguiser ces aveux, Madame ; je n'ai pas à m'en excuser devant vousj jeune et belle parmi toutes les jeunes belles femmes , vous avez voulu que ceux qui vous approchent pussent saas conséquence vous raconter ces choses d'amour dont, pour votre compte, jamais vous n'aurez à demander le secret à personne.
Si l'on pouvait jamais savoir que vous avez aimé. Madame^ on ne viendrait pas à l'avance , comme je le fais , vous demander grâce et indulg"ence pour ce récit, dans lequel vous ne trouverez rien autre chose que les simples expressions d'un amour d'enfant.
lE VIN DE ***. 26T
Mais cet amour c'est le bouton d'une fleur qui long'-tcmps parfuma ma vie.
Si vous êtes assee désœuvrée pour lire ce livre, que je vous envoie quand vous partez, — vous vous rappellerez peut-être, que la plupart des chapitres qu'il renferme formaient mon modeste enjeu dans ces riches parties d'artistes que vous nous oiTrîtes il y a quelques semaines dans votre terre de***- C'étaicnt tour à tour, illustres hôtes , les <jrands noms de la littérature et de la composition musicale qui brodaient ces délicieuses nuits d'été tantôt par leurs récits, tantôt par leurs mélodies vantées ; sur l'herbe verte des pelouses émaillées de fleurs, sous le dais bleu du ciel émaillé d'étoiles. Hloi, Madame, je rapportai parfois à votre prière quelques lectures de prose écrite la veille, pour servir d'entr'actes à leurs vers et à leurs mélodies. Voilà ces feuillets que j'ai ras-
âê$ LE CAPITAINE SABORD.
semblés 9 que j'ai cousus par le souvenir. Peut-être le vent d'automne qui eouvre d'un lit épais de feuilles amoncelées la terre de vos jardine, àvait-il droit de rouler dans son oublieuse poussière ces feuilles littéraires 9 moins durables que celles que détache la brise; mais vous êtes la sève qui les retient à l'arbre y l'arbre c'est moi y tout ce qui est amour s'attache à vous, et il y a de l'amour sur ces feuilles.
Je publie donc ceci pour servir de jalon dans le g^rand chemin de ma vie au souvenir délicieux des fêtes que vous présidiez.
Vous m'avez souvent parlé de ces belles côtes de la Manche où pendant tout un été vous avez respiré cet air frais et salin qu'ag^itent les lames, en se cabrant conti'e les rochers des grèves. = — Vous m'avez aussi vanté cette belle nature maie et forte, aux
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lig^nes ang-uleiises , aux lointains carminés lé matin ^ brumeux le soir. — Vous m'avez trop montré d'exaltation et de sensibilité exquise îiu souvenir de ces poétiques rivag'fes y — Madame , — pour qiie votre cœiir ne soit pas complice de votre ima(>'ination. C'est à votre insu peut-êtte, car il vous faut à vous souvent les reg^ards de votre imagination pour voir le monde; partout où vous êtes, Madame, il ne nous faut que notre cœur; près de vous, Dieu a rendu l'imagination inutile.
Moi aussi j'ai \n ces grèves. C'est dans leurs vagues écumantes que j'ai essayé mes premières luttes avec la mer. C'est dans le Creux obscur des rochers que j"ài souvent pleuré sans le vouloir, et d'une douleur encore sans objet, en voyant de blancs oiseaux marins s'effacer dans l'espace, en contournant chaque vague de ce grand miroir du cieU
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Cest aussi là que j*ai aime , moi aussi , 3ladame.
D'abord j'aimai cette mer, ces rivag-es, celte fraîche nature; — j'aimai ces fleurs sauvag^es , ces coquilles uacrées ; — j'aimai ces égiantiers roses, ces acmélias dores aux boutons couleur de sang, qui semblait qu'on se soit blessé pour les cueillir ; — j'aimai ces Yertes toiiiTes de cbriste-marine, ces g^cnêts rampants et ces ronces à fleurs lilas ; — j'aimai toutes ces tièdes et fu(jilives senteurs que mêlait la brise ; — j'aimai ces petites lames avec leur deutclle d'écume, ou ces flots accourus du large, pour se briser couvulsivement dans les rochers coiffés d'algue; — j'aimai tout. Madame, ciel et mer de ces rivag-es ; tout, soleil et ombre; tout... jusqu'à la fille du vieux pêcheur qui apportait chaque soir au château le produit de sa pêche laborieuse du malin.^
LE VIN DE '**. 27i
Le père s'appelait Simon, l'enliant Simonne.
J'avais souvent rencontré cette jeune fille pendant mes promenades au bord de la mer. Il y avait des lienres où je l'y voyais toujours , et j'avais fini par trouver incomplet les tableaux qu'à certains moments du soir m'offraient les souvenirs du soleil restés dans le ciel 9 et l'obscurité qui sortait de toutes les cavités des roches, lorsque je ne voyais pas la jeune pêcheuse debout sur la grève, portant une hotte dans laquelle sa main humide jetait les cotpiillag-es que découvrait la marée en se retirant.
Un soir, accroupie sur un rocher, elle était si Complètement livrée aux plaisirs de sa pêche, qu'elle ne vit pas assez à temps que Teau montait autour d'elle j quand elle s'en aperçut , la mer commençait à battre la platte-forme de son île.
272 l.F. CAPITAINE SABORD,
»5'ëtais là ; je voyais tout , et je ne sais quel malin plaisir j'avais pris à laisser cette enfant au milieu d'un danger qui , d'instant en instant , grandissait autour d'elle. Mais ayant remarqué le chemin le plus praticable pour la secourir quand le moment serait venu, à ses premiers cris j'arrivai vers elle ; j'avais l'eau à la ceiniure quand je la rejoignis.
Ce fut alors que nous nous parlâmes pour la première fois. Je la rassurai de tous ses sentiments de crainte, et lui jurai qu'aussi Lien que son père qu'elle appelait, j'étais en état de la porter au rivtig^e.
Elle voulait abandonner ses coquilles que je la pressais de reprendre ; mais après quelque hésitation, elle se confia enfin à mes forces, et je l'emportai.
J'étais grand et fort, j'avais 17 ans, elle en avait 16 j elle était mince et légère.
Ses jambes nues s'appuyaient sur mes lianelies^ le frais du soir et l'air acre de la mer, les avaient fout empourprées; ses pieds étaient petits et g^onllés comme ceux de tous les enfants ; ses mains attacliées sur ma poitrine avaient ég"alement cette enflure colorée rjiie les mains des femmes ne perdent qu'à un ajje plus avancé ; je sentais la chaleur de son haleine dans mes chcvenx, et celle de sa g'org'e sur mon cou presque nu ; car pour traverser l'eau et me rendre jusqu'à elle, j'avais dépouillé ceux de mes vêtements qui auraient pu me devenir incommodes.
— Aussi! je vais vous donner ma pèche, -r- me dit-elle, quand, par la sûreté de mes pas au milieu de l'eau, elle eut reconnu qu'il n'y avait plus de danger pour aucun de nous.
— Nous la mang-crons cnscjnble , Simonne, lui dis-je.
27i LE CAPITAl.NE SAî«ORD.
— Oli ! monsieur î — interrompit-elle ^ — vous ne mangez pas ce (jue nous mang^eons nous autres ! car si mon père prend de beaux poissons, c'^est pour le château! Mathoa aussi, îe garde forestier, vous porte les plus belles pièces de la cîiasse.... INous autres, nous n'v faisons pas tant d'attention î
Je lui protestai du bonheur que j'aurais à souper ce soir là dans sa cabane, et nous nous quittâmes sur la grève en nous pro-^ mettant de nous rejoindre plus tard ; elle emporta ses coquillages.
lue temps qui s'écoula entre cette prc" mière conversation avec Simonne, et l'heure où je me rendis chez son père, fut rempli par les premières impressions que ressentit mon cœur pour ce qui, plus tard, fut de l'amour.
J'envoyai du vin à la cabanne ; je fus souper avec Simon. Je ne dormis pas pen-
t.r. vi\ 11F.
«httil la nuit suivante , et à dater de ce jour j'habitai bien moins le château que la grève et la cabane =
En huit jours d'assiduités près de Simonne j'avais réussi à causer assez de scandale dans le petit villag-e ; les vieilles femmes donnèrent Féveil à Simon , il enferma sa fille.
Il arri\'a que précisément le même jour y ma mère commença à me retenir près d'elle pour que je pusse me livrer sous ses yeux à certaines études préparatoires aux examens de marine que j''allais subir.
Je voulus représenter à ma mère que j'apprendrais beaucoup plus de marine en allant sur le rivage regarder la mer, me mêler aux pêcheurs et jouer dans le vent , que de pâlir sur des traités de mathématiques ; mes motifs n'eurent aucun succès.
Comme j'étais en train de retenir des chif-
276 LL CAPITAIKE SABOr.D.
fres !... CCS petites jambes rongées de Sir monne me trottaient dans la tête; ces rires aux dents si bîanclies, de la jeanc pêcLeuse, m'agaça'.ent dans toutes mes tentatives d'études. — Je subis ainsi^ en usant toutes me$ forces , une réclusion de cinq ou six jours.
Un soir , iî s'éieva un g:rand vent du larg-e ; tout s'ébranla dans le château. On sp retira de bonne heure.
Au lieu de gajjner mon appartement je sortis, et m'élançai par la campagne dans la direction du viHage.
•l'espéraisj ce soir là, mettre en défaut 1^ yigîlance des habitants occupés aux soins de leurs barques en péril.
Je l'avais bien prévu. Presque tout le vil^ lag^e était descendu sur la grève — et surtout Simon.
J'entrai tout dune pièce dans la cabane cntr'ouvcrte , sans prendre de précaution y
LE VIN DE "*. â77
pour prévenir Siuionne de mon approche.
Je l'effraji»i d'abord; puis la joie de me revoir combattit son effroi ; je me cachais dans des filets pendus à des g:au'es de pèche, et je la pressai de questions exig^entes.
D'abord si elle ne m'oubliait pas et si elle m'ainiait toujours.
Elle me répondit que si m'aimcr c'étaij: penser à moi, elle m'aimait toujours , et à chaque moment du jour et de la nuit.
Je lui ajoutai mille folies très sérieuses pour nous deux, et je finis par lui protester que ne pouvant vivre sans elle, je mourrais si ma mère s'opposait à notre mariage.
Elle paraissait croire que nous pouvions nous marier, et que je pouvais mourrir ei? face des obstacles ; elle me lit les mêmes protestations.
Nous étions tous deux de la meilleure fi>i du monde.
2T8 LE CAl'ITAlNE SABORD.
Le bruit de la rue nous replong-ea dans les tortures de notre positioit' présente ; la porte de la eabanne s'ouvrit , le vent qui entra dans la chambre éteig'uit la lampe alimentée par l'huile de poisson. — Père Simon, cria une voix que je reconnus pour celle d'un des domestiques de mon oncle, — est-ce que notre jeune monsieur ne serait pas chez vous par hasard ?
Personne ne répondit comme on pense.
Simonne s'était blottie près de moi dans les filets, pour que mon haleine ne s'entendit pas ; j'appliipiai mes lèvres sur son épaules.
— Oh père Simon î — reprit l'obstiné, — dort-il ce vieux requin par un temps pareil?
Et refermant la porte de la cabane , le domestique sembla décidé à en prendre possession en l'absence du pêcheur.
Dans ce moment j'aurais voulus fuir, et
essayer de regag'ncr le château en trouvant un prétexte qui donnant lechang-eà mon oncle et à ma mèrC;, n'appela pas de nouveau et avec plus de sévérité l'attention sur mes naissantes amours. Nous entendîmes l'importun tii'cr à lui un escabeau sur lequel il parût se décider à attendre le retour du TÎeux Simon , dont l'absence lui parut sans doute motivé par le mauvais temps.
Dès-lors j'essayai de sortir de ma cachette en entraînant Simonne vers une autre porte livrant accès à une seconde chambre dont la fenêtre devait donner un libre cours sur la campagne ; mais j'éprouvai quelqu'embarras à sortir des filets dont les rangs, placés sans ordres s'abaissaient des gaules qui les retenaient aux solives. Plus j'essayai de sortir, plus je m'y embrouillai, et j'avais fini par mettre aussi cnti*e la jeune fille et moi de larges mailles de cordage qui me privaient
â80 LE CAPITAINE SABORD.
de toute possibilité de dissimuler à l'avenir le bruit de ma respiration précipitée... Je ne savais plus que faire.
lue domestique se prit à elianter pour se distraire ; je voulus de nouveau et à l'aide de ce bruit;, essayer de sortir et de dégager Simonne de son incommode attitude, tous mes efforts furent inutiles ; je reconnus que tous les deux nous étions parfaitement cernés.
Un nouveau bruit se fit au-dehors. Le vent sifflait et tourbillonnait toujours dans Pair , parfois la cabane 9 craquait dans ses parties, r— Des voix s'élevèrent dans le chemin... — Puis la porte s'ouvrit enfin, et Simon portant un large fanal entra en finissant avec les autres pêcheurs une conversation commencée sur la grève.
JLe domestique lui renouvela les queS' lions qu'il avait faites au hasard en arrivant
chez le bonliorame; celui-ci répondit ne m'avoir pas vu depuis six jours.
Le messag-er allait se retirer, lorsque sortant du fanal la lumière qui jusque-là y était renfermée , Simon éclaira toute la cbambre dont les filets g^arnissaient la plus g-rande larg-eur.
Nous fûmes trahis.
ï*endant un instant les deux hommes nous i^egardèrent avec le plus stupide étonnement.
Puis portant uniquement ses reg^ards animés sur sa fille, le vieux pêcheur parut livré à des réflexions qui jetèrent sur son front chauve une vive rougeur. L'eau qui dégoûtait de ses vêtements fit une flaque sous ses pieds , il resta immobile !
Le domestique de mon oncle avait une toute autre attitude , et contrastait complètement avec la pose consternée du vieillard.
S'étaiit approclid de nous il reconnut enfin que plusieurs rangs de filets séparaient de moi la jeune fille, dès lors il ne pût contenir ses rires ; sans doute que cette cir-* constance fit aussi quelqu'effet sur le vieux Simonne, car à ce moment il se dépouilla de son paleteau humide , et s'approclia de nous pour nous délivrer.
Une heure après j'étais rentré au château. Le lendemain j'étais consijjné et g-ardé à vue par les gens de mon oncle. — Le père Simon envoyait sa fille chez une parente de Saint-Servan pour y passer le reste de la saison et n'en revenir qu'après notre départ pour Paris.
Il me fallut mille ruses pour acquérir la la connaissance de toutes ces choses. Ma bonne mère était avec moi d'une sévérité extrême. Je ne pouvais lever le nez de mes livres d'étude, et à peine dans les heures de repos me permettait-on de me promener dans les allées du jardin les plus voisines de l'appartement de ma mère. Cet état de tortures n'était supportable que par le soulajyemcnt que je ressentais parfois de mes menées
secrètes j toutes les économies de ma bourse avaient passé à me procurer des renseig^nements sur l'exil de Simonne. Huit jour s'écoulèrent ainsi. Ma mère pensant que Péloignement de la fille du pêcheur mettrait un terme à mes extravag-ances , m'accorda un peu plus de liberté. J'avais d'ailleurs admirablement écouté toutes ses réprima ndesj et l'espoir que je couvais de connaître enfin la retraite de la jeune fille y donnait à mon attitude une trompeuse apparence de calnl'e et d'oubli. On en fut dupe ; et le jour où fut levé mon blocus y j'appris par un fils du jardinier ^ qui l'avait vu au village y la rciraite de ma petite bien-aimée.
Mon oncle avait quelques propriétés dans les campagnes de Saint-Servan. Je me souvins que l'année précédente et à l'occasion d'une fête de Dinau nous avions campé pour quelqucsjoursdansun pavillon faisant partie
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tl'une maison qui depuis avàié été convertie en grang-e. La parfaite connaissance que j'avais des lieux me permf* de construire à mon gré un plan d'escapade. J'y rêvai plusieurs jours et plusieurs nuits.
Puis quand le projet eut bien fermenté dans ma tcte, quand je crus que toutes mes apparences de tranquillité avaient rendu la confiance à ma famille 9 je prétextai une partie de pêche ; une fois arrivé dans les g'rèves avec le domestique ^ je l'égarai. Un billet laissé dans ma chambre prévenait msL mère de mon absence dont je motivais ainsi le motif. « J'avais appris, disais-je, que Simonne était à Cjranville, chez une de ses parentes j ne pouvant résister au désir d'allet la voir, et bien pénétréjdu refus que la manifestation de ce désir eut rencontré, j'avais pris Itî parti de faire seul ce petit voyage ,
dont la durée n'excéderait pas trois ou qua- 1. 19
28fi LE CAPITAINF. SABORD.
tre jours. — Kspérant avoir ainsi donné le change aux poursuites^ je galoppai sur la route de Saint-Malo, emporté par le cœur^ sans trop savoir ce que j'allais faire , et comment je me comporterais en face des obstacles qui pouvaient se dresser devant mes fîésirs.
Le lendemain vers le soir , j'étais en faction à quelque distance de la maison oîi son père avait caché Simonne. Je passerai rapidement sur quelques détails qu'on devine en appréciant ma position ; d'ailleurs l'impression principale m'est seule restée^ et je ne voudrais pas ajouter à ce simple récit quoi que ce fut qui y fit entrer l'imagination pour quelque chose.
Simonne avait fini par me voir. Je lui avais parlé. Je lui avais proposé de fuir. Oïl , elle n'en savait rien ; a peine le savaisif bien nn)i-mènie. Mais le but importait